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15/01/2008

15/01/08 - 23:23

DLXXII. - Ma vie à Gangstertown.



Avec le gang, on a repéré un coffiot à fort Monjol. C'est pas loin, le long de la rue. Non qu'on veuille s'offrir la rue des Morillons, quoi qu'il paraît qu'il y a un marché intéressant côté recel. Nini-Trois-Paluches en tout cas serait preneur, toute la question serait de pouvoir détourner le Pandore qui somnole à l'entrée pendant qu'un asticot quelconque irait s'esbrouffer les paluches dans les rayons.

Bref, on s'est dit qu'on allait faire dans le classique, le grand philharmonique à gomina. C'est toujours dans les vieux paniers à salade qu'on fait les meilleurs gangs, alors depuis que Momo-le-Dératé était sorti en un morceau de la Roquette sans passer par la case Deibler je m'étais promis de faire dans la grande tradition du Comique. Pas de l'Opéra-bouffe, non, non, un bon souterrain qu'eul Gaston Leroux il aurait pas rêvé mieux pour y faire traîner son coupe-sifflet.

Tous les matins après la session tracassin, je prends le 62, direction Morillons. Histoire surtout de larguer les branques qui me pistent depuis un temps. Mine de rien, au marché de Convention, je me la joue comme Robespierre en 93 : je me taille. Ni une, ni deux, hop on saute de l'omnibus, juste derrière le caisson de Barbe-la-Poisseuse, celle qui tue le chaland avec son poiscaille en direct du Havre par la case Tombouctou. Côté poque, ça change pas de quand elle était en état de gruanderie.

J'enfonce mon bloum, le beau du dimanche que j'ai chopé sur une roulante à refroidis qu'allait jouer un dernier bastringue à Charonne, je savoure un petit chasseur de brouillard à l'angle et zou derrière le comptoir Nestor. Faut soulever la trappe discrétos, pas facile-facile, mais avec un peu d'usage on parvient toujours à entrer dans le tunnel.

On y creuse un bon temps, avec Momo et Volfoni. C'est un boulot de rossard mais ça vaut autre chose que de la roupie de sansonnet. Trois mois qu'on est dessus, enfin, dessous : on a creusé de quoi fossoyer toutes les catacombes et les endormis de l'Assemblée au passage, sans compter les bande-à-l'aise du Président de la République.

Un bon gros tunnel, direction : la banque. C'est pas la boulange aux faffes, mais quand les bibis vont pleurer du plafond on crachera pas sur le grisbi. Des sacs plein les sacs, et je me mettrai au vert sans avoir besoin de Grenelle.

Pourtant je me demande si je fais bien m'associer avec ces deux zigues. À midi, en nous enfilant un petit galopin chez Eugène, je les entendais se vanter d'être bourrés. Bourrés ici, bourrés là, avec autant de bourrelets ils vont finir par jacter... ou me faire en plein turbin un nervous breakdown comme on dit de nos jours.

Va falloir que je songe à me séparer de leurs services. Après tout, le trou est déjà creusé.








commentaires

17/01/08 - 01:08

quitte à faire un clip fauché, on fait pas ça, vraiment !...

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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