19/09/2007

19/09/07 - 19:51

DXVIII. - Co**** !!!



Hier, cette co*** de collègue, celle avec laquelle je me fritte de plus en plus parce qu'elle est pas foutue de mener un dossier à terme et crie toujours en accusant les autres, m'envoie un message, juste avant de partir, très tard, à 16h. C'est un dossier dont elle (cette co***) a prétendu pouvoir hériter, et qu'elle (cette co***) soutient pouvoir gérer.

Je suis plutôt de bonne humeur (confer almanach n°DXVII), je regarde son message sans a priori. Elle me file des taux, des ratios, sans m'expliquer comment elle les a calculés, et me demande de les lui expliquer. Vu que je sais pas d'où ça sort, ces chiffres, le premier réflexe est d'ouvrir le bouzin Excel et de regarder ce qu'elle a pu faire.

Je fais mes ratios ; je trouve pas. Bon. Comme ça j'aurai du mal à avancer. Je fais un tableau récap, avec les causes et les conséquences, en lui disant que j'ai cherché, que j'ai pas trouvé les mêmes taux qu'elle, mais que je pense que des pistes de réflexion vont par là et par ici. Pas sobre (mes messages sont rarement laconiques, simplement parce que je veux être clair et explicite), mais simple.

Lendemain matin, tout fredonnant (ah, que j'étais pétulant ce matin, l'Internationale que je sifflais, pas moinsse), je reçois deux personnes, regarde des plans puis passe du côté de mes collègues de l'embedded value (ô joie, ô extase, ô orgasme), et on discute d'un truc urgent.

L'autre co*** débarque, et prétend me parler. J'ai rien contre lui parler (je suis de bonne humeur, je vous dis), mais je suis en réunion : j'irai la voir plus tard, c'est tout. Les questions existencielles de l'embedded value expédiées, je la rejoins sur l'open-space, d'un Ouiiiiiii ? tu voulais me voir, je crois ? calme et placide. Je m'installe en face d'elle.

Elle ne me regarde pas. De toutes les matières c'est l'écran qu'elle préfère. Ouh putain la connaissant elle m'a fait un coup tordu, songé-je en mon fors profond qu'il est intérieur tout plein, intime et secret.

La Co***. - C'est à propos de mon message d'hier.

Bad. - Oui. Je pense bien. Je t'ai répondu. J'ai pas trouvé tes ratios...

À ce stade, vous constaterez que c'est juste un constat & une information.

La Co***. - Oui ben je suis pas d'accord.

Là, je sens l'orage se préparer. Je me rapproche, mets mon menton dans ma main (je fais souvent ça), et commence des tactiques d'approche diplomatique & pacifique, dans le genre tu m'expliques, on en cause, mais très sincèrement pour l'instant je comprends pas, et surtout je comprends même pas le problème.

La Co***. - T'as tout modifié ! C'est pas les mêmes chiffres qu'hier !

Bon alors là je sens le sol qui se dérobe. Je suis encore face à une crise qui me dépasse et dont tout le monde va être le public attentif. En plus, vu que je suis de bonne humeur (ou presque, maintenant), je suis pas combatif. Donc je reconnais tout naturellement que oui j'ai regardé ses fichiers, fallait bien que je comprenne.

La Co***. - Les dates ont été modifiées !!!

Bad. - Bah oui quand on ouvre un fichier Excel, la date de modification change... ça me choque pas...

La Co***. - Mais tu trouves pas pareil que moi ! T'as modifié les formules !!!

Bad. - Euh... j'ai juste ouvert les fichiers pour comprendre... je sais pas, moi ça me paraît naturel. Que voulais-tu que je fasse d'autre ? Surtout, je comprends même pas le problème, en fait. Tu m'expliques ?

Vous remarquez que là encore je suis conciliant.

La Co***. - De toute manière je t'ai envoyé un message de réponse, tu regarderas !

Bon... dans ces moments, des fois ça sert à rien de discuter. Je pars, passe à autre chose et vais déjeuner. Au retour je trouve sa prose.

La vache.

Copie la terre entière, elle m'accuse d'avoir traficoté les chiffres, de la faire passer pour une idiote, de ne jamais répondre à une question qu'elle me pose depuis deux mois, qu'avec moi on ne peut jamais collaborer mais qu'elle est bonne pâte et qu'elle se sacrifie encore pour m'offrir l'opportunité de travailler ensemble avant mon départ.

La co*** !

J'avoue que là je vois rouge. Le taureau furax des films de Tex Avery, avec les jets de vapeur qui sortent des naseaux, c'est de la roupie de sansonnet à côté de bibi. Qu'on ait pas les mêmes tempéraments, je le conçois, qu'on ait des difficultés à s'entendre, aussi, mais de là à me faire traiter publiquement d'entourloupeur, de menteur et de collègue impossible, ça fait beaucoup d'insultes au poids. Surtout après l'antisémite et le reste.

Là c'est un stade où cette co*** a dépassé les bornes : je suis patient, mais faut pas déconner. Je réponds, copie la terre entière, dans le genre : 1/ rappel simple des faits ; 2/ tu m'expliques la cause de ta philippique ? 3/ j'aime pas me faire insulter ; 4/ accessoirement, j'en ai ras le bol d'être sans arrêt accusé par ta petite personne, et j'ai l'impression que j'ai pas de mal à travailler avec nos collègues, que je sache.

Je sais, dans le monde de l'entreprise c'est un truc qu'il faut pas faire. Désolé. Mais je devais être rubicond, fou de rage, format mais pour qui elle se prend cette co*** ?

Bien évidemment, la co*** va chialer sa race chez le nouveau big chief, qui est un peu dépassé mais a tout intérêt à préserver ceux qui restent plutôt que ceux qui partent. Il y connaît rien, il se contente de prendre partie pour celle qui chiale. On me fait encore comprendre que je suis jeune et qu'eux sont bons et me pardonnent.

Putain, c'est moi qui ai déclaré la guerre ?

... il me pardonne, surtout que je sais plein de chose et qu'il faut absolument, c'est la priorité (il connaît que ce mot) que je transmette mes savoirs que j'ai accumulés (bah oui, j'ai travaillé, désolé). Notamment avec la co***, que je dois voir au plus tôt...

La Co***. - Oui parce que tout ce que je demande c'est de pouvoir travailler.

Bon j'écoute plus. Je me renverse dans mon fauteuil, je croise les bras et les jambes, j'ai le sang qui bat aux tempes et je regarde le nouveau big chief bouger sans arrêt ses mains aux ongles épais et jaunes sans ciller. De toute façon si je parle je bégaie, là. Je m'en fous, et en plus c'est évident qu'il s'écoute parler pour se rassurer, et que l'autre co*** se frotte son gros cul qui déborde de la chaise sur la mousse en simili-moquette tellement elle boit du petit lait.

De toute manière c'est évident que le nouveau big chief me prendra à part ensuite pour tenter d'arrondir les angles avec moi, histoire de croire qu'il maîtrise la situation et qu'il sait manager. Ce qu'il fait.

Il baratine encore, agitant toujours ses mains. Il doit tenter de m'hypnotiser, je sais pas. Au bout d'un moment, je lui coupe la parole (marre, tout de même, des soliloques satisfaits).

Bad, un peu tremblant (désolé, je suis un émotif). - Bon, écoute, M***. Jusqu'à présent, j'ai l'impression d'avoir été plutôt exemplaire, et d'avoir fait des horaires honorables alors que je suis démissionnaire. La semaine passée, y'avait pas grand'monde à 8h ni à 20h. Que je sache. Maintenant, je t'annonce que c'est fini. Je pars à 16h15, et c'est tout. Et je ne vois pas pourquoi je continuerai à faire des efforts, vu la situation. Je n'en ai plus aucune envie.

'videmment, il reprend par un ouiiiiii, mais tu sais qu'on compte sur toi, ragnagna, ragnagna, et qu'il est 'achement important que gloubiboulga, de toute manière le son se perd dans ses mains qui gesticulent désespérément pour montrer son importance.

En tout cas, c'est bien la première fois que j'achète des fringues pour me vider la tête. Y'a pas à dire, ça fait du bien. Et un costume, et trois chemises, et une cravate, allez !

Elle va réussir à m'avoir à l'usure.

Connasse.






L'autre citation de Sire Constance :

"L'univers, à leur point de vue, dépendait pour sa bonne marche de l'équilibre de quatre forces, dans lesquelles ils [les druides] reconnaissaient le charme, la conviction, le doute et l'envie d'emmerder le monde."

commentaires

19/09/07 - 23:51

Tu lui envoies la note de tes frais vestimentaires en lui demandant d'intégrer le facteur textile à la ratio exponentielle de ton adrénaline multiplié par le taux constant de son hébétude

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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