17/09/2007

17/09/07 - 22:27

DXV. - Buzz : quels sont vos plus vieux souvenirs ?



Mon plus vieux souvenir, enfin, celui qui remonte le plus rapidement, est en maternelle, à Sainte-Foy. La cour était bordée d'une rangée d'arbres et d'un peu de terre : j'y cours Dieu sait pourquoi (je crois que je n'étais pas poursuivi : je devais jouer seul), en tentant de faire battre ma cape au vent - les capes se prenaient dans de grands coffres, sous un auvent. Je regarde derrière moi et je me cogne contre un arbre. J'ai très mal. Je suis par terre, je hurle de douleur et je pleure de douleur tant j'ai mal à la tête. Une dame de service passe, ou une maîtresse. Elle ne me voit pas. Et je continue de pleurer.

Un autre souvenir est le lendemain, à l'hôpital : ma mère m'y a amené, affolée je pense par les marques de l'arbre. Je me souviens de l'attente, dans un recoin de couloir au sol carrelé de petite mosaïque, sur des chaises de formica. Devant moi il y avait un garçon, avec un tube de plastique qui lui sortait d'entre les jambes, et une sacoche pleine d'urine. J'étais fasciné.

Un autre souvenir est le samedi matin. Je suis sûr que c'est un samedi matin. Les samedi matins étaient particuliers : on pouvait rester plus longtemps dehors. Il fait beau, ce pouvait être mai. J'essaie de faire des avions en papier avec deux camarades. Les ailettes sont trop courtes. Ils ne volent pas.

Un autre souvenir est chez ma nounou : son fils était très grand, c'était peut-être un adolescent. Je me souviens d'une musique qu'il écoutait souvent. Plus tard, j'ai découvert que ce devait être Chante, des Forbans. Je découvre que ce devait donc être en 1982, je devais avoir 3 ans.

Un autre souvenir est que le fils de ma nounou une fois m'a emmené à la maternelle. Il ne passait pas par le chemin normal : il y avait un long escalier, qui devait avoir quelque chose comme l'aventure. Je crois que c'est la première fois que j'ai essayé de siffler.

Un autre souvenir est que je suis en train de me laver avec mon père dans la même baignoire.

De ces souvenirs, je ne sais pas lequel est le plus ancien.

commentaires

18/09/07 - 10:36

Mon plus vieux souvenir? J'hésite.
Je n'ai en tous cas pas plus d'un an et demi/deux ans.
C'est en fait deux souvenirs, liés tous deux aux Antilles.
Le premier, c'est que je suis dans une voiture qui longe une longue bande de sable blanc, la mer au bout. Elle avance indéfiniment -la route; la voiture semble en fait immobile. Le ciel est d'un azur éclatant. La route semble droite, rectiligne, bête comme une ligne droite, quoi. La plage est un immense trait de sable blanc, éclatant. Un ruban.
Le deuxième, je suis porté sans doute par une servante, qui m'emmène au bord de la mer calmer des crises d'asthme.
Bien entendu, il n'y a rien avant ni après.
Ce sont des flashs mémoriels.
Sinon, bien sûr j'en ai d'autres, un peu plus tardifs (vers 2ans et demi/3 ans), où il y a des situations, des débuts de narration possible (la première neige; le temps où je passais debout sous la table de la salle à manger de ma grand-mère; la découverte de l'écho dans la forêt landaise; etc.
Mais ce ne sont pas mes plus vieux souvenirs.

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 






"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



eXTReMe Tracker