15/05/2007

15/05/07 - 23:22

CDXL. - La vie fantastique de Bad : les lys.



J'ai déjà raconté, il y a un peu plus d'un an, comment une collègue un peu frappadingue m'avait offert un énorme bouquet de mes fleurs préférées pour mon anniversaire, saison où elles sont introuvables.

Ce soir, il est 22h15. Je repasse, en petit employé de bureau consciencieux, mes chemises. Le téléphone fixe sonne : seul deux types de personnes se servent de cette ligne - ma famille, et les démarcheurs téléphoniques. Vue l'horaire, ce doit être ma soeur, qui veut se soulager son moral de capèsienne. Armé de courage et de toute la bénévolence fraternelle, je décroche.

Une voix réjouie mais inconnue se présente. Merde. Une pub. À 22h, il pourrait me foutre la paix, tout de même. Je commence à attendre le moment de lui rappeler fermement qu'il devrait s'occuper de sa famille et laisser les honnêtes gens tranquilles.

La voix réjouie : Oui, monsieur, le livreur est passé ce soir, mais vous n'étiez pas là.

Bad, poli : Je vous demande pardon ? Je n'ai rien commandé, je n'attends rien.

La voix réjouie : Si, monsieur, on vous a envoyé des fleurs par le site A***.

Bad, déjà excédé : C'est une blague ?

La voix réjouie : Non, je vous assure. On est passé à 21h, vous n'étiez pas là.

Bad, sur le point de raccrocher : Ecoutez, je ne vois absolument pas de raison que qui ce soit m'offre quoi que ce soit, vous devez faire erreur.

La voix réjouie : Pourtant c'est au nom de monsieur Badinou, au 1***, rue L***. Si vous voulez, je peux ouvrir le paquet pour vous dire ce que c'est.

Bad, in petto : Ah, ah, nous y voilà. Le coup de l'enveloppe et du colis surprise à aller chercher. C'est une pub. ex petto : ouvrez donc, tenez.

La voix réjouie : Si vous voulez... attendez, je quitte le bureau...

Bad, in petto : Hein ? Quel bureau ? Il fait pas semblant ???

La voix réjouie : Oui, voilà, c'est là. (Bruits de déballage divers)

Bad, in petto, affolé : Les pubars poussent pas le vice jusqu'à simuler les bruits, c'est pas possible, je comprends plus rien.

La voix réjouie : Ce sont des lys, pas encore ouverts. Je vous lis ce qu'il y a sur l'enveloppe : ...

Bad, interloqué : Je ne comprends pas. Je ne vois personne qui peut m'offrir ça, ça ne me dit rien.

La voix réjouie : Vous savez, c'est peut-être une fille.

Bad : Oui, peut-être. Si vous le dites.

La voix réjouie : Je vous livre, alors ?

Bad, qui commence à vouloir savoir : Quand pouvez-vous ?

La voix réjouie : Demain soir, si vous voulez.

Bad : Va pour demain soir. De toute manière, les lys sont fermés, ils peuvent attendre jusqu'à demain.

La voix réjouie : Au revoir, monsieur. Bonne soirée !

Bad, rincé : Bonsoir. Mais vous savez, je persiste à croire que c'est un coup de pub déguisé.


Remarques subséquentes :

i. Franchement, il n'y a objectivement aucune raison qu'on m'offre des fleurs ces temps-ci, et je ne vois même pas qui - j'ai cherché un petit peu, en finissant de repasser mes chemises ;

ii. Dans l'éventualité incongrue où quelqu'un voudrait m'offrir des fleurs, sans raison, ça aurait tendance à plus m'inquiéter et me faire me barricader qu'autre chose ;

iii. Si le livreur m'a contacté sur le fixe, c'est que la personne a trouvé mon adresse sur les pages blanches - quelqu'un qui me connaît aurait donné le portable (tout le monde sait que le fixe ne me sert pas) ;

iv. Or, à Paris, nous sommes six inscrits sur les pages blanches à porter et mon nom et mon prénom (mes parents n'ont pas fait dans l'original) et 538 à porter mon nom seul : l'erreur grossière est possible ;

v. Et surtout : j'ai jamais vraiment aimé les lys... Non seulement ça fait mortifère et ça sent beaucoup, mais en plus ça me rappelle une expérience très désagréable.


Conclusion provisoirement définitive :

À suivre. Premier élément de réponse demain.

commentaires

16/05/07 - 12:57

alors la suite de l'aventure? C'est qui l'admirateur(e) aux lys?

23/05/07 - 22:43

J'ai mis des lys sur mon blog hier... mais c'était sans connaissance de cause...

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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