03/04/2007

03/04/07 - 22:10

CDXXI. - Cuisson des artichauts.

Et si les artichauts cuisent, ils cuisent non parce que j'ai copié qui que ce soit. J'en avais aussi acheté trois ce ouiquennede, il m'en restait deux, qui marinent dans mon faitout.



Je n'ai pas vraiment l'âme légère ces temps-ci. Toujours une barre dessus, comme si un Sphynx s'y étais assis, y laissant la trace de sa croupe de pierre.

Les vieilles lunettes, ressorties depuis que j'ai cassé les "vraies", doivent y être pour quelque chose. Elles me serrent le crâne, et m'obligent à forcer des yeux, ce qui n'est pas toujours agréable lorsqu'on lit des pages et des pages à l'écran. Me voici contraint de faire des pauses en allant sur d'autres sites que celui du CEIOPS, histoire de voir une autre police que leur infâme copie d'Arial, ou d'imprimer les quatre documents du QIS3. De toute manière, même pour lire des documents de travail, rien ne vaut le papier, que l'on flaire, compulse et annote, et qu'on chiffonne de rage devant les immondices de bêtise pontifiante qu'ils peuvent parfois contenir.

Les vieilles lunettes allaient de toute manière avec la vieille chemise, qui me serrait aux aisselles, et la cravate avec mes yeux fatigués. Voilà des nuits - y compris le ouiquennede - que je n'ai pas dormi vraiment, intégralement, paisiblement. J'en somnole parfois le jour, me disant qu'il vaudrait mieux que je fasse une sieste plutôt que d'accepter de traîner cette usure comme un vieux tapis usé par les genoux de tous les enfants, les chaussettes des ados, les talons des mères et les charentaises traînées des vieux, cent générations y étant passées pour allumer la télévision. Cette maladie de peau qui n'en finit pas de disparaître et errer sur moi depuis deux mois. Cette pensée d'hier soir.

Il est si facile, une fois qu'on a penché la tête dessus la falaise, de désirer continuer de tomber avec son regard.

La tentation est facile. Faut que je me dise que d'ici deux jours je suis en vacances - que j'ai un jour pour récupérer mes esprits - que j'ai ma soeur trois jours à domicile - et que je suis en vacances.

Je serai en vacances.

Je serai en vacances et il est hors de question que je laisse mugir les mêmes sirènes que lors des dernières vacances, cet été. Je dois finir deux tableaux - ce foutu portrait traîne depuis trop longtemps. Je dois écrire - cela fait trop longtemps que je n'ai pas écrit, vraiment. Je dois aller à des concerts - car cela est.

Caverne gardée par les quarante voleurs mais où je me suis promis de trouver des colifichets une fois le sésame des congés payés prononcé...

Bon, la bonne nouvelle : mes écrits plaisent. En-dehors de mon corps, qui a plu au Kawaï, et à des Nantais, qui me vendent. Si, si. Bientôt, les lieder de Badinou seront joués aux grandes orgues à Lyon, et édités avec petits dessins pour faire joli sur la page de gauche en face du texte. Même qu'on m'a démarché pour.

Sauf que le projet plantera. Bien évidemment. Au moins cela m'occupera.

commentaires

03/04/07 - 22:32

Vous avez crié contre le QIS3 ?

Allons, gardez encore un peu d'énergie pour hurler contre le sombre papier que l'IASB va nous pondre ce printemps ! Une tuerie.

04/04/07 - 11:24

Allez mon grand courage, la vie n'est pas si moche si ?

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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