21/02/2007

21/02/07 - 20:53

CDLXXXVI. - Qui se souvient d'Érostrate ?



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Je n'ai pris que trois jours, et j'avais cent et quelques messages qui m'attendaient. J'ai passé une bonne partie de la matinée à les lire.

Soit on veut me faire croire que je suis vital, ce que mon salaire ne me fait pas accroire, soit je suis une larve susceptible de tout accomplir, à la demande.






- 2 -


Je n'ai rien foutu de ma journée. J'ai horreur de ça, surtout lorsque je suis payé.

Le farniente, lui, ne me gêne pas.






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En réunion, il y a plusieurs manières de s'imposer plus ou moins progressivement.

i. La Socrate : rester calme, écouter poliment menton dans la main, faire des soupirs quand l'autre dit des conneries, rouler des yeux, regarder ailleurs. L'autre s'énerve ou vous interpelle, vous le regardez l'air ahuri et vous commencez à dire posément pourquoi tout ça n'est qu'un immense ramassi de fadaises ;

ii. La Jarnac : écouter tout sourire, faire deux-trois blagues, puis poser une question bien déstabilisante en raillant et rappelant un point faible que seul vous et l'interlocuteur connaissez. L'autre la boucle et vous pouvez remettre le tout dans son droit chemin ;

iii. La Héron d'Alexandrie : vous êtes gai, poli, posé, puis vous montez en graine comme une cocotte minute, vous fulminez, vous tempêtez, vous vous agitez sur votre siège en exigeant qu'on vous laisse parler, la vapeur sort de partout, sauf qu'en général en phase de vous vous avez un autre disciple de James Watt ;

iv. L'Érostrate : vous tempêtez et criez d'office, dès le début de la réunion vous sortez la scramasaxe et parlez fort. Personne ne la ramène ou du moins tout le monde se défend piteusement. Plus tard, vous vous calmez, et, soulagés, les assistants accèdent à toutes vos exigences.

Personnellement, je préfère être Socrate ou Erostrate. C'est plus calme, et plus posé. Aujourd'hui, j'ai eu droit à un Erostrate de première. Sauf que dans ces cas le seul effet sur ma petite personne est de m'énerver et m'assoupir, me rendant indifférent.







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"Depuis si mois environ, les préfets de la République sont priés d'adresser, chaque semaine, un "rapport très court" au ministère de l'Intérieur. Ce rapport doit parvenir chaque jeudi "avant 18 heures" sur la messagerie interne : "SGCAB-PREF-INFOS (SGCAB)". C'est la boîte à lettres électronique de Bernadette Malgorn, secrétaire générale du ministère de l'Intérieur. Les thèmes étudiés sont, selon l'un des préfets sollicités par Sarko, "très loin des compétences du ministère de l'Intérieur, mais plutôt en rapport avec la préparation des élections".

"Ainsi, les préfets ont dû plancher, avant le 1er février, sur le sujet suivant :

"
La situation des travailleurs pauvres dans votre département, état des lieux, sensibilité du thème dans l'opinion publique, perspectives d'évolution."

"Pour le 8 février, Sarkozy leur a commandé une note sur "
l'état d'esprit du monde agricole à la lumière des élections aux chambres d'agriculture et d'enjeux tels que la réforme de l'OMC, le développement durable, l'agriculture raisonnée".

"Autres sujets déjà traités : "
les problèmes de logement", "la question du pouvoir d'achat", "la décentralisation".

"Commentaire du même préfet : "
C'est vraiment la première fois que l'on nous fait aller si loin."

"Voilà pourquoi un candidat qui se pique de ne pas utiliser l'appareil d'Etat."



Source : Le Canard enchaîné du 21 février 2007.






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Ma citation, sans Sire Constance cette fois :

"Ibant obscuri sola sub nocte per umbram
perque domos Ditis vacuas et inania regna.
"

commentaires

22/02/07 - 05:45

Ton - 4 - ne m'étonne même pas, il a fait bien pire...

22/02/07 - 23:25


Réponses, bande de moules :

i. Enéide, Virgile, VI, 268 - 281 ;

ii. Érostrate est un mendiant du IV° siècle avant notre ère, un vieux scrofuleux et rachitique qui, pour devenir célèbre, a mis le feu au temple de Diane à Ephèse, l'une des Sept Merveilles du monde antique.

Pour le punir de cet hybris, et contrecarrer ses ambitions, après son supplice son nom fut condamné à l'oubli. Sauf que Strabon et Valère Maxime ont cafté.

Dans Le Mur, Sartre soutient grave ce mendiant :

« - Je le connais votre type, me dit-il. Il s'appelle Érostrate. Il voulait devenir illustre et il n'a rien trouvé de mieux que de brûler le temple d'Éphèse, une des sept merveilles du monde.

- Et comment s'appelait l'architecte de ce temple ?

- Je ne me rappelle plus, confessa-t-il, je crois même qu'on ne sait pas son nom.
- Vraiment ? Et vous vous rappelez le nom d'Érostrate ? Vous voyez qu'il n'avait pas fait un si mauvais calcul.
»

Pour info, les architectes de l'Artémision étaient Théodore de Samos, Ctésiphon et Metagenès.

Selon la tradition, cet incendie a eu lieu le jour de la naissance d'Alexandre le Grand, le 21 juillet 356.

Mishima a aussi raconté un cas d'Érostrate japonais, dans Le Pavillon d'Or : un jeune homme maladif qui a brûlé le Pavillon d'Or, une des merveilles de l'art nippon en juillet 1950.

24/02/07 - 03:22

J'aime bien mélanger la Socrate et la Jarnac.

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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