30/05/2007CDXLVIII. - Comment passer sa soirée.
En ressortant le crayon.
(oui, je sais, les mains sont toujours trop petites)
27/05/2007Pour des raisons légales de protection des mineurs, cet article n'est accessible qu'aux inscrits. Vous pouvez vous identifier si vous êtes inscrit, ou vous inscrire si vous êtes majeur. CDXLVI. - Plaisir du dimanche.
Se lever, à l'aube de dix heures et demi, et lire pendant que le thé fume. En toile de fond, sur l'écran clignotant, des types qui voient une porte rouge et qui veulent la peindre en noir, et, ayant ras le bol des couleurs, veulent toutes les passer au noir.
Le problème, c'est qu'ils ne peuvent pas avoir de satisfaction, bien qu'ils tentent, bien qu'ils tentent. Mais permettez-moi de les présenter : ce sont des hommes qui ont bonne santé et bon goût, et qui étaient dans les environs depuis un sacré bail. Certes, ils ont volé pas mal d'âme et de foi humaines, et ils étaient là quand Jésus-Christ en fut à son moment de doute et de douleur.
De toute manière, il suffit de savoir, Angie, quand ces nuages vont disparaître. Angie, vous savez, sous mon pouce, cette fille qui une fois m'a mis en dessous.
CDXLV. - Un dessin, un gris, un homme, un vert, un dessin, un gris, un homme, un vert, un dessin...
26/05/2007CDXLIV. - Pendant que la polenta a décidé de cuire au four.
Voilà quelques temps que je n'ai pas fait de liste de lecture. Allons-y.
i. La véritable histoire du dernier roi socialiste, de Roy Lewis : ou comment la révolution de 1848 a réussi en Angleterre et Europe, et comment un régime monarchiste communiste a été instauré par Disraëli. C'est à la fois très drôle et propre à pas mal de réflexions.
ii. Doggy Bag - Saison 1 de Philippe Djian. À force d'en entendre parler, ici, ailleurs, et de tomber dessus chez mon libraire, je l'ai acquis. J'ai du mal à comprendre les raisons du succès de ce livre. Il prétend être écrit sur le mode des séries télévisées - peut-être : les transitions sont ôtées, on passe des fois du système champ au contre-champ. C'est peut-être l'originalité. Mais l'histoire est creuse, et les sentiments, vides.
iii. L'Oncle Robinson de Jules Verne. Alalah, Jules Verne... non seulement Nantais, ce qui n'est déjà pas si mal (ce manuscrit a été vendu par la municipalité nantaise) mais en plus un des plus appréciables écrivains que je connaisse. Il a ses défauts, sa morale - je ne sais pourquoi, je m'attendris toujours sur ses lourdeurs et ses aisances.
iv. David, de Bernard Noël, parce qu'une petite somme à la portée du tout venant sur le peintre de l'Empire fait toujours du bien.
v. Le Loup des mers de Jack London. Livre de mon enfance, ramené. Et aussi parce que.
Au pied de mon lit ces temps-ci :
i. Microfictions de Régis Jauffrey. Mille pages, cinq cent histoires... toutes de deux pages chacunes, un monument de l'humoir noir.
ii. Mystères de la Kabbale, de Marc-Alain Ouaknin. Une collègue, qui n'avait pas apprécié que je cite Umberto Eco à table et m'ayant taxé de vision simpliste et faussée de la kabbale, m'a glissé cette somme dans les mains. Bah, ben c'est nul... c'est un auteur qui se satisfait de sa connaissance, de son univers, de ses évidences, sans chercher à montrer et encore moins faire passer son expérience. Pour un livre de vulgarisation, c'est complètement à côté de la plaque.
CDXLIII. - Petite annonce.
Suite trois réorganisations en deux ans, autant de démissions en deux mois, et deux à venir, cadre innovant, jeune, barbe à l'italienne et cravates défraîchies, lecteur à ses heures et gaffeur, critique et grinçant mais bosseur quoi que râleur, fin connaisseur de la version du 23 mai 2007 du questionnaire n°3 de Solvabilité II et des subtilités de l'article 39 GB quinquies du Code général des impôts cherche emploi.
Ou places de ciné gratuites pour changer idées.
24/05/2007CDXLII. - J'en reviens tout juste et pas encore.
Entre cabotinage, tendresse, amertume, poncifs renouvelés, inovation, et joie infinie de vivre, demi-teintes continues et la colonne de la Bastille, pluie et longues écharpes de l'hiver glacé, hésitation et silence...
La vie de Paris sans qu'en fait Paris importe, les petites mimiques magnifiées qui deviennent le seul langage dans le silence des chansons, qui se portent comme des manteaux, un peu frippés, à la patère plutôt que de vouloir se payer la facilité de devenir des singles à radio.
Atypique, amoral - jusque dans le quotidien qui devient poétique, tendre, amer, indécis. Une larme, parfois, qui s'étonne de glisser, sans vraiment être épaté de tendresse. La vie...
Bouche bée...
23/05/2007CDXLI. - La dolce vita (quando sono un eterosessuale).
La giornata era quasi finita. Il cosciotto alla crema di salvia era morto e sepellito con il defunto cake al parmigiano e agli zucchini. Qualche bottiglia asciugava il suo goccio di vino in pieno sole. All'ombra, la famiglia de Malta e d'Algeria al completo stava filosoficamente dicendo la messa con il liquore di verbena che aveva portato lo zio Rolando - una meraviglia ambrata al profumo del Mediterraneo, fatta in casa.
La sera era vicina, e mi rinfrescavo nella piscina. Lei venne guardarmi. Aveva grandi occhi, e lunghi capelli biondi e ricci. E io, la guardavo.
Non aveva costume da bagno : nuda, venne ritrovarmi in piscina.
Non seppe nuotare : nuda, venne nelle mie braccia in piscina.
E tremava dallo spavento e per la gioia. E io, avevo più paura di lei. Mi sorrideva, il suo viso contro del mio.
E poi l'avevo aiutato a raggiungere la terraferma. Era lieta, accarezzava mi.
Non sorprendente : questa ragazza ha quatro anni.
15/05/2007CDXL. - La vie fantastique de Bad : les lys.
J'ai déjà raconté, il y a un peu plus d'un an, comment une collègue un peu frappadingue m'avait offert un énorme bouquet de mes fleurs préférées pour mon anniversaire, saison où elles sont introuvables.
Ce soir, il est 22h15. Je repasse, en petit employé de bureau consciencieux, mes chemises. Le téléphone fixe sonne : seul deux types de personnes se servent de cette ligne - ma famille, et les démarcheurs téléphoniques. Vue l'horaire, ce doit être ma soeur, qui veut se soulager son moral de capèsienne. Armé de courage et de toute la bénévolence fraternelle, je décroche.
Une voix réjouie mais inconnue se présente. Merde. Une pub. À 22h, il pourrait me foutre la paix, tout de même. Je commence à attendre le moment de lui rappeler fermement qu'il devrait s'occuper de sa famille et laisser les honnêtes gens tranquilles.
La voix réjouie : Oui, monsieur, le livreur est passé ce soir, mais vous n'étiez pas là.
Bad, poli : Je vous demande pardon ? Je n'ai rien commandé, je n'attends rien.
La voix réjouie : Si, monsieur, on vous a envoyé des fleurs par le site A***.
Bad, déjà excédé : C'est une blague ?
La voix réjouie : Non, je vous assure. On est passé à 21h, vous n'étiez pas là.
Bad, sur le point de raccrocher : Ecoutez, je ne vois absolument pas de raison que qui ce soit m'offre quoi que ce soit, vous devez faire erreur.
La voix réjouie : Pourtant c'est au nom de monsieur Badinou, au 1***, rue L***. Si vous voulez, je peux ouvrir le paquet pour vous dire ce que c'est.
Bad, in petto : Ah, ah, nous y voilà. Le coup de l'enveloppe et du colis surprise à aller chercher. C'est une pub. ex petto : ouvrez donc, tenez.
La voix réjouie : Si vous voulez... attendez, je quitte le bureau...
Bad, in petto : Hein ? Quel bureau ? Il fait pas semblant ???
La voix réjouie : Oui, voilà, c'est là. (Bruits de déballage divers)
Bad, in petto, affolé : Les pubars poussent pas le vice jusqu'à simuler les bruits, c'est pas possible, je comprends plus rien.
La voix réjouie : Ce sont des lys, pas encore ouverts. Je vous lis ce qu'il y a sur l'enveloppe : ...
Bad, interloqué : Je ne comprends pas. Je ne vois personne qui peut m'offrir ça, ça ne me dit rien.
La voix réjouie : Vous savez, c'est peut-être une fille.
Bad : Oui, peut-être. Si vous le dites.
La voix réjouie : Je vous livre, alors ?
Bad, qui commence à vouloir savoir : Quand pouvez-vous ?
La voix réjouie : Demain soir, si vous voulez.
Bad : Va pour demain soir. De toute manière, les lys sont fermés, ils peuvent attendre jusqu'à demain.
La voix réjouie : Au revoir, monsieur. Bonne soirée !
Bad, rincé : Bonsoir. Mais vous savez, je persiste à croire que c'est un coup de pub déguisé.
Remarques subséquentes :
i. Franchement, il n'y a objectivement aucune raison qu'on m'offre des fleurs ces temps-ci, et je ne vois même pas qui - j'ai cherché un petit peu, en finissant de repasser mes chemises ;
ii. Dans l'éventualité incongrue où quelqu'un voudrait m'offrir des fleurs, sans raison, ça aurait tendance à plus m'inquiéter et me faire me barricader qu'autre chose ;
iii. Si le livreur m'a contacté sur le fixe, c'est que la personne a trouvé mon adresse sur les pages blanches - quelqu'un qui me connaît aurait donné le portable (tout le monde sait que le fixe ne me sert pas) ;
iv. Or, à Paris, nous sommes six inscrits sur les pages blanches à porter et mon nom et mon prénom (mes parents n'ont pas fait dans l'original) et 538 à porter mon nom seul : l'erreur grossière est possible ;
v. Et surtout : j'ai jamais vraiment aimé les lys... Non seulement ça fait mortifère et ça sent beaucoup, mais en plus ça me rappelle une expérience très désagréable.
Conclusion provisoirement définitive :
À suivre. Premier élément de réponse demain.
CDXLIX. - J'accuse le Président élu d'être anticonstitutionnel.
Pour mémoire, je voudrais rappeler un article de notre Constitution :
"Article 8 : Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions."
Par conséquent, le Président de la République nomme le Premier Ministre, certes. Mais c'est le Premier Ministre qui forme le Gouvernement, et le propose au Président - à charge pour lui de nommer, c'est-à-dire de créer les individus nommés "ministres".
Je ne vois donc nulle part que le Président de la République constitue le Gouvernement, ni ne choisit les ministres. Ce n'est pas son rôle. Même si j'ai bien conscience que "dans la vraie vie", lorsque la Chambre et le Président de la République sont du même bord, il y a de fortes probabilités que le Président trempe dans la constitution du Gouvernement.
Il y a cependant des formes à respecter.
Or, je constate que depuis une semaine les journalistes nous rebattent les oreilles avec l'idée d'un Président élu - Nicolas, Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa - qui est en train d'établir son Gouvernement.
Que ce Gouvernement soit un gouvernement d'opérette qui va durer tout juste un mois, dont l'objet est de faire croire qu'il y a ouverture à droite, à gauche, au milieu, en haut et en bas, qu'on va mettre plein de femmes avant de voir revenir les féals sujets de Sa Dévastitude n'est pas le problème.
Par conséquent,
Au nom de la Constitution du 4 octobre 1958,
De la Nation et de la Loi,
J'ACCUSE le Président élu, Nicolas, Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, de violer l'article 8 de la Constitution en outrepassant les pouvoirs qui lui sont attribués par la Nation.
J'ACCUSE le Président élu de violer ce même article 8 en empiétant sur les pouvoirs relevant du Premier Ministre.
J'ACCUSE le Président élu, par voie de conséquence, de violer l'article 5 de la Constitution, en n'assurant pas le fonctionnement régulier des pouvoirs publics.
J'ACCUSE le Président élu, par voie de conséquence, de violer ce même article 5, en n'étant pas le garant de la Constitution.
Aussi, je reconnais le Président élu coupable de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat.
Par conséquent,
Vu l'article 68 de la Constitution,
le Président élu, Nicolas, Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, devra être poursuivi devant la Haute Cour, et reconnu comme anticonstitutionnel, indigne de son mandat, et déchu de ses fonctions.
CDXLVIII. - Les 821 marches.
Le printemps revient, avec le vent coulis qui lui sied. Rien de mieux pour aller attraper froid aux pieds de votre immeuble de bureau, et le service de sécurité de votre entreprise y pense. Il convient de vous entraîner - sait-on jamais - à descendre en urgence de vos nuages orageux dans l'éventualité où vous verriez par la fenêtre une armada de cigognes, de retour de l'Espagne lointaine, foncer sur la Tour des bombes sous les ailes.
Aussi, si vous apercevez lors d'une réunion téléphonique un carroussel de socialistes ailés en formation serrée s'approcher de votre étage, couteau entre les dents - ou si l'alarme anti-gauchiste vous annonce qu'un meute d'étudiants entreprend de lancer des boulettes de papier vermifuge contre votre bureau, il faut garder le plus grand calme. Dites à votre interlocuteur que la réunion se poursuivra au bureau de Saint Pierre, porte B, prenez vos papiers et l'escalier. Il n'y a pas lieu de faire un signe quelconque - nous savons bien que vous êtes homme de bien, et donc catholique - la Sécurité veille sur vous.
Il vous reste 821 marches à descendre. Soit un dénivelé d'environ 164 mètres.
Ce n'est rien. Nous vous en savons capable. Surtout que les 70 tonnes de l'Airbus A320 menées par un hystérique communiste foncent sur votre étage à Mach 0.8, ses 150 passagers hurlant à pleins poumons l'Internationale, drapeaux sanguinolents brandis par les hublots.
Vous descendez donc avec la dignité de la civilisation que vous représentez, et de la classe sociale qui est la vôtre, les 821 marches. Dossiers sous les mains, il y a des choses à ne pas laisser aux racailles rouges. Si vous avez oublié votre agenda, ce qui est peu probable, nous vous déconseillons cependant de remonter les quelques étages - certains s'y sont perdus, on ne les a pas retrouvés.
Il vous faudra, au rythme sportif qui est le vôtre, entre 10 et 15 minutes pour descendre les 36 étages. Etant un cadre supérieur, c'est-à-dire un élément nécessaire à la société, les millions de tonnes de fibres de métal, de verre, les poutres d'acier et les plaques d'amiantes oubliées pour des raisons budgétaires, les orages électroniques créés par les ordinateurs débranchés et les mélanges toxiques d'eau et de peinture que les réservoirs en crevant versent sur les câbles haute tension, les documents enfermés dans les armoires distendues par la chaleur et le kérosène en fusion qui se déverseront dans les moindres interstices, les poudres de matières composites volant en un plasma de plus de 10MW pulvérisant la moindre possibilité de chair, le Feuersturm qui tombera des 180 mètres de votre Tour de bureau ne pourront vous atteindre. Seuls les êtres les moins productifs resteront dans les escaliers, anihilés, renvoyés à un magma de chairs réduites, écrasées, broyées, calcinées.
Pendant ce temps c'est d'un pas élastique que vous pourrez vous éloigner d'environ 200 mètres de la Tour où les orages de la Colère divine continueront de s'abattre sur les incapables. Peut-être des éclats voleront-ils à vos côtés - ils sauront vous éviter. Vous pourrez admirer le spectacle de la Puissance.
À moins que ce ne soit un bête exercice de sécurité.
12/05/2007CDXLVII. - Se venger de la vie.
On déjeune à 15h, désormais.
Gnocchis aux asperges fraîches et vertes néanmoins, avec un peu de parmesan, de jambon d'Espagne et une trace de crème, ça vous ira ?
Il manquait de la truffe.
P.S. de 20h41 : Zaza de Napoli est admissible ! Enfin une bonne nouvelle...
CDXLVI. - Ville morte.
03h15. - Monde de merde. Je t'ai eu. Dossier enfin expédié.
N'importe quoi pour me détendre, par pitié !
Le monde d'aujourd'hui est ici.
11/05/2007CDXLV. - Vie morte.
22h. - Je rentre du travail, j'allume nerveusement l'ordinateur pour croire que j'ai une vie. Que des petites fenêtres vont tilliter, plein de petits camarades qui jailliront et me diront qu'elle est chouette la vie.
22h. - Je range les sacs du Monbaprix, un truc pour cadres et férus du social-berlusconisme qui permet de rentrer plus tard en travaillant plus et de faire malgré tout ses courses. J'ôte la cravate, et regarde les messages publicitaires pour m'occuper. Tatiana veut baiser avec moi, et Enron meurt d'envie de tomber d'amour pour moi.
22h. - En fait, je ne rentre pas vraiment du travail. J'ai dû quitter la Tour plus tôt, et aller dans un café pour continuer de bosser. Quarante-quatre pages de rapport à corriger, annoter, fulminer devant tant de conneries.
22h. - J'ai mal partout. À rester toujours assis dans la même position. Me sens vide. Me demande quoi faire. Si je voulais être sérieux, il faudrait que je bosse encore. C'est dommage d'avoir Excel sur mon ordi.
22h. - Je n'ai pas faim, en fait. Je devrais au moins grignoter un bout de concombre. Me connaissant, ça va se conclure par une tisane et un bout de gâteau vers 23h. Les comptes m'attendent, la radio bourrine des trucs sentimentaux pour adolescents, je suis en ticheurte et caleçon. J'ai mal à la nuque, à la cuisse.
22h. - Je devrais prendre une douche, m'occuper de moi - de quoi ? Le monde, sans sens, roule parmi un vide imbécile ; plein de crasse, d'idiotie. Je n'ai même pas envie du ouiquennede, en fait. J'ai envie de partir, et de me retrouver bête encore avec moi, ailleurs. (image convenue) J'ai beaucoup envié ce trentenaire qui couinait et faisait des mimiques à sa mère, laquelle approuvait ; chance des niais.
22h. - Vide, lassitude amertume.
La citation à la mode du jour :
" Ho sempre bisogno di sognare."
09/05/2007CDXLIV. - Et le train, innocent, roulait.
Toute la journée, nous avions évité les radios, les télévisions. Nous nous étions a-é-rés. Dehors, sur la pelouse, à bâffrer les cakes maisons et siphonner divers Cahors contraires à toute l'éthique du travail. Nous tartinions derechef des mousses diverses, gobions les tomates et tendions de nouveaux les verres. Nous parlions beaucoup - sauf d'une chose. Nerveusement, par pudeur. Nous avions voté dès le matin, pour ensuite nous retrouver, là, loin.
Le soir, je m'étais débrouillé pour prendre un train - être dans le train à 20h - être loin de Paris, ne pas compulser nerveusement en surveillant l'heure tout ce qui pouvait se passer - rouler pour que le téléphone ne fonctionne pas. Le wagon était au trois quart vide, je n'arrivais pas vraiment à me concentrer. Le soleil, certainement. Je gribouillais, lisais un mauvais article sur Hugo Pratt. Un de mes voisins bataillait avec une radio ondes courtes, je l'écoutais, un peu nerveux - sans râler, pour une fois.
L'indicatif sonore couina, et après un soupir pour se préparer à l'impassibilité, une voix annonça que Nicolas Sarkozy était votre nouveau président de la République.
Il y eut un silence épais.
La radio crachotait des incohérences, on entendait des bribes de discours, des défilés de courtisans. Une femme se balançait, serrant son enfant contre elle, en se mordant la lèvre. Une fille tangua, bras en avant, pour aller téléphoner sur la plate-forme. L'homme à la chemise, qui avait somnolé au début, serrait les accoudoirs dans ses mains, menton sur la poitrine ; il regardait devant lui, le souffle court.
Seule la mamiboumeuse qui compulsait Voici nous toisa d'un petit sourire, les fanons de son cou étirés de satisfaction. Nous allions voir, maintenant.
Et le train roulait, roulait, dans la campagne.
Ce matin, alors devant ma fenêtre le dôme de la cathédrale se dessinait, le chat regardait Angoulême se réfugier sous la bruine. À la télévision, des journalistes obséquieux montraient des yachts, des restaurants de luxe, et des allées piétonnes sous les voitures. J'étais étonné que le Journal officiel n'ait pas publié ce que Sa Dévastitude avait mangé.
Bienvenue dans la bêtise à 53%.
05/05/2007CDXLIII. - Demain, les élections.
Songez-y.
CDXLII. - Contes modernes, section La Cathédrale : La dernière fois.
Il se leva. Il alla se laver les mains à côté - en se tenant. Tu attendais dans le fauteuil noir. Tu continuais de t'agiter lentement. Avec la haine et la volonté d'être inaccessible - de ne pas sentir, jusqu'à son regard et ta chair.
Rien ne pouvait exister. C'était pas une question de rêve, de néant. Simplement ce n'était pas là, tu n'étais pas là. Quelque chose se déroulait sans que tu y ais accès. Voilà.
La chaise pliante, en bois blanc, était de biais devant toi. Le petit chauffage à soufflerie ronronnait à côté. Il tournait peu à peu sur soi. La mezzanine laisserait tout juste assez d'ombre pour cacher ton visage : tu espérais y montrer ton indifférence.
Tu espérais aussi cacher le moment où, malgré tout, tu avais fermé les yeux.
Suspendu à l'un des piliers de la mezzanine ton manteau parvenait à être neutre, lui. Tache plus sombre perdue dans l'obscurité sous les poutres de bois craquelé. Tu l'avais posé sur le crochet, quand tu avais voulu partir.
Puis tu étais resté.
Soudain plus faibles ses yeux et sa voix demandaient pourquoi tu voulais partir - si tu ne voulais pas vraiment rester - ce qui te faisait prendre ton manteau. Respectant tes devoirs tu montrais ta hâte. Partir, montrer que tu voulais partir, parce que tu avais conscience de la suite, malgré tout. Et qu'il fallait qu'on comprenne que tu la craignais.
Tu étais venu encore une fois, avec certainement l'envie de tenter le diable ou plutôt vérifier si ce qui avait eu lieu la dernière fois était vraiment possible.
L'engourdissement que tu avais eu, c'était une méthode pour cacher tes gestes et tes mots dans le halo de la fatigue. Les souvenirs hésitaient, le trouble du sommeil permettait de douter de ce qui était arrivé. Ou d'imaginer bien pire. Cela te grandissait. Te laissait croire à des possibilités, des perversions fabuleusement flatteuses. À bout de tout, et déjà revenu de tout. Mais bon : cette fois tu étais bien là, tu n'avais pas l'excuse de l'ivresse.
Tu n'avais pas fait l'effort de redescendre les courtes marches de l'escalier. Elles étaient si petites et si usées qu'on aurait dit une rampe : tu ne pouvais pas t'y asseoir pour te maudire, tant par lâcheté qu'obséquiosité. Et tu ne t'étais pas enfui en admirant ton courage. On n'est pas au cinéma.
La voix derrière la porte avait un ton inquiet au début ; les yeux qui ont ouvert te dominaient déjà. Tu étais entré. Pour parler, bien entendu.
***
Parfois ils étaient deux. Elle se trémoussait sur la chaise blanche, comme pour te saluer. Peut-être y avait-il du Schubert.
Tu étais un peu hébété à chaque fois. Tu ne comprenais pas ce qu'il pouvait y avoir. L'idée de quoi que ce soit ne te venait pas. Tandis que toi tu ne faisais guère mieux avec ta copine.
Pourtant, longtemps votre trio demeurait une lourde sensation, des silences. Chacun avait beau tenter et sourire - chacun devait avoir ce désir stupide de rester plus longtemps, de ne pas partir le premier. Jusqu'à ce que les assauts de banalités vous forcent à vous raccompagner l'un l'autre. Il vous regardait, souriant un peu.
Mais là tu étais chez lui, et vous étiez seuls. Il y avait de la musique, qu'il n'avait pas arrêtée. Ce devait être un trio.
Préciser quoi ? Si ça te satisfait, disons par exemple que tu avais posé toi-même le manteau à la patère, cette fois-ci. Réfugié de suite dans le fauteuil, tu t'y sentais dominé, assis sous ses yeux. Tu attendais quelque chose - un tic. Sans vraiment oser le regarder de face.
Marbre fixe vêtu de gris
Puis sans trop savoir comment, tu te penches dans ton fauteuil. Peut-être ta voix changea-t-elle un peu trop - la phrase était-elle trop longue. Comme si tu avais tendu le doigt vers des frontières étranges, son regard te suit pour remonter le long de ton bras et s'arrêter.
En un sens, tu étais venu vraiment pour ça, voir et t'effrayer.
Tout avait glissé - il ne restait que ses yeux. Nette, directe, moins attendue, sa question de recommencer. Tu voulais t'offusquer, tu suais et tremblais. Un peu moins. C'était du courage qu'il fallait, de l'honnêteté plutôt.
Dire qu'avant tu appréciais, simplement et sans chercher comment, de le retrouver entre les autres à table le matin. Il fallait que tu partes. Être brusque : tu te levas vers ton manteau, qui attendait dans l'ombre.
- Tu es sûr ?
Il était juste derrière toi. Ce n'était pas la peine de te retourner. Tu savais qu'il te paraîtrait plus petit. Son visage serait bas, et sa voix plus aiguë.
Vrai, tu étais absolument tiraillé. Avec tout ce que tu voulais montrer. Nouveau mensonge. Tête penchée et main dans les poches du manteau. Épaules remontées. Tu bougonnas quelque chose, et la nausée monta. Tu rentrais le ventre pour ne pas vomir.
- ... quoi ?
- ... peut-être parce que j'en ai envie
***
Avec le recul, tu te dis que tu aurais dû faire comme embrasser. Ç'aurait été l'aboutissement ou ça aurait simplifié.
C'aurait pu être un film, et c'était peut-être ce que tu tentais de faire. Tu te contentas de remettre ton manteau à sa patère.
Cette dernière fois se déshabiller a été rapide, on se débarrasse vite pour aller plus loin. Cette fois vous ne vous êtes pas touchés, et à peine regardés. Son œil te jaugeait complètement. Il avait quelque chose d'inanimé. Évoluait quelque chose, les étouffements d'une conscience dont on se moque. Et aussi le désir, faible et douloureusement continu, que tu avais.
Tu lui en voulais. Orgueil, volonté de ne pas plier. Ni de faire croire que tu ressentais quoi que ce soit, même lorsqu'il y eut sa main. Tout ce qui devait importer était qu'il achève. Tu te contenais pour ne rien montrer de la dernière fois. Tu en tremblais. N'être qu'une mécanique. Rien de cela ne devait être vrai ni possible. En fait, tu avais honte.
Lui aussi semblait plus amer.
Plus tard, durant la nuit, tu n'arrivais pas à dormir dans la mezzanine trop froide. Tu venais d'y monter pour la première fois. Une affiche de film couvrait tout le plafond au-dessus du matelas, et respirait lorsqu'on bougeait trop.
Tu ne savais pas ce qu'il faisait - dormir, certainement. Tu n'osais pas te retourner ne serait-ce que pour ne pas sentir le léger mouvement du poster noir et gris. Tu te raidissais au bord du matelas pour ne pas frôler son pied, tandis que l'image de sa main glissant vers toi, glissant sur toi te fouillait le cerveau et le ventre.
Le désir, entre la poitrine et la gorge accentuait le froid de la mezzanine.
***
Après qu'il s'était levé, il y eut un bruit de lavabo. Il s'était levé sans te regarder, de profil. Son poing certainement plein d'un sperme qui n'était pas tombé. Il y avait un bruit d'eau et quelques larmes glissèrent vers tes oreilles. Tu les séchas, tête renversée. Main mécanique, hésitant, refusant, retardant au maximum, ne voulant plus mais poursuivant. Tu n'avais pas voulu ni pu finir en même temps que lui, mais il fallait que cela s'achève.
Il passa encore deux fois, ayant remis son caleçon. Tu étais vraiment nu et, lorsque ce fut fini, avec un sourire petit et dur, entre deux doigts il te tendit un mouchoir de papier.
04/05/2007CDXLI. - Contes modernes, section La Cathédrale : Ton départ.
Tu me quittes tout juste. Aussi idiot que cela paraisse, tu me manques déjà. Pourtant, nous n'avons rien fait, et qu'est-ce que nous nous sommes vus ? Peu.
J'avais envie de te faire la bise, au moins. Nous nous sommes contentés d'une poignée de main un peu plus longue. En te quittant je t'ai tapoté la cuisse. Je n'aime pas les adieux dans le métro. Ils sont toujours pressés. La porte nous commande de sortir, de faire rapidement les dernières phrases. Dès que nous tournons le dos, nous reprenons le masque, pour marcher vers une des correspondances.
Quand toute ta rame m'a dépassé, je me suis malgré tout senti un peu bête. Les murs avaient la couleur d'un estomac qui hésite à se nouer.
C'est vrai, je t'ai désiré. Ou peut-être me le suis-je imaginé, parce que cela aurait été si bien. Pendant un temps, j'en étais obsédé. Moins certainement de parvenir que de simplement te le dire. Nous allions au restaurant, je me promettais d'avancer là-dedans. J'en tremblais en allumant ma clope. Tu le remarquais, et tout en esquissant je ne disais rien. J'aurais juste voulu de tes bras. Certainement étais-je trop dans l'évidence, durant ces mois d'hiver, à revenir sur ce sujet, pour que tu le devines faisant comme si tu ne comprenais pas.
Puis je me suis comme habitué. L'amitié est revenue. Dessous nageait malgré tout cette hésitation. Nous nous sommes moins vus depuis.
Nous allions au restaurant, au cinéma. Parfois les deux. Assis côte à côte, nous parlions. En fait, le plus souvent, je menais la conversation : tu n'as jamais été que discret, pudique, et mon bavardage devait m'aider en bien des choses.
Un soir que tu mangeais à la maison, je t'avais fait boire. Bien que tu tiennes nettement mieux que moi, tes résistances semblaient trembler. Je me torturais et ne savais que faire. Pour la première fois tu t'es vraiment confié à moi, et tous mes précieux arrangements se sont effondrés. Il ne restait plus que l'ami.
Demain, tu te prépareras. Dimanche, tu prends l'avion. Je n'irai pas t'accompagner : ce serait déplacé, nous avons fait nos adieux. Alors que pour une fois j'ai envie de ce genre de scène.
Chacun vivra d'un côté de la mer. Moi entre les immeubles bétonnés, toi dans les parcs des universités. Certainement nous échangerons des messages. Tu seras toujours peu disert, et resteras au factuel. Je voudrai toujours trop raconter, et me restreindrai pour me mettre à ton niveau.
Peut-être même prendrai-je en moi la force de sortir de la ville et de faire les treize heures d'avion pour aller te voir. Il me faudrait chercher un passeport, parler anglais. Me forcer. Me débrouiller.
Comme pour tous, lorsque nous nous retrouverons avec plaisir, dans un an, nous ne saurons plus trop de quoi parler. Sinon d'une comparaison continue entre l'Amérique et ici. Ce n'aura fait que poursuivre de finir.
Tout à l'heure déjà, quand tu me regardais, droit dans les yeux, je me contentai de les détourner au bout d'un instant. Adieu mon amour.
03/05/2007CDXL. - En constatant, en rentrant.
Soyons lucides. Ca m'énerve déjà. Tout ça pour de bêtes questions de rhétorique tribunicienne.
On a perdu.
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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.
Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !
Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."
Dante Alighieri, Inferno , I.
"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."
François Villon, Epitaphe, 1-4.
"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."
Mickhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, II.
"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.
Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"
P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7. Trad. toute perso.
"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."
Albert Cohen, Les Valeureux, I.
"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."
Yukio Mishima, Les Amours interdites, VIII.
"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."
Homère, Iliade, XXIV.
"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."
Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.
"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.
Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.
" Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, I.
"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."
Herman Melville, Moby Dick, I.
"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"
Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.
" Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."
Giuseppe Tomasi, duc de Palma de Montechiaro, prince de Lampedusa, Le Guépard, I.
"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."
Jules Verne, Le Château des Carpathes, I.

"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."
John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles, Un.
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