Je ne suis plus un écrivain. Je ne l’ai jamais été. J’aimerais pouvoir vous dire que j’écris cela sous la bougie, et que sa flamme vacille et m’éblouit parfois. Non. Je ne suis pas écrivain, et j’ai un écran minable qui m’explose les yeux. J’y tape quelques mots, une phrase que je vais corriger vingt fois, entre des centaines d’errances sur internet.
Longtemps, j’ai tout fait pour persuader à tout le monde que j’étais fait pour ça. J’avais même l’attirail. Non pas l’attirail bien évident de l’auteur qui se néglige – ni du poseur à mèche – ni la main au front, la parole posée, la veste et la chemise ouverte. Surtout pas le carnet. Ça, c’est fait pour les Hemingway de salon. Je me contentais de la simplicité classique, évidente, académi-que de l’écrivain maudit. Rien de plus vendeur, du moins pour la commisération des femmes. Être maudit exige une réelle professionnalisation de la malédiction. Il est bien évident que des hurlements rimbaldiens ne peuvent être bons que pour le cinéma. Rien dans l’attitude – ou presque – ne doit laisser transpirer l’accouchement impossible du monstre, refusé ensuite par tous les éditeurs.
Le plus efficace, je pense, consistait dans à faire découvrir cette impossibilité par le premier ami venu. Il suffisait d’un café feutré, et d’avoir l’air morose. La tristesse lourde, cette dureté de l’écriture, aussi large et profonde que la plus stricte des constipations, n’avait plus qu’à se chier à petits pets. Il suffisait de se taire. Parfois de regarder ailleurs, comme gêné, bras croisés. Plissant la bouche dans la haine contenue, modeste, de soi.
L’autre mordait toujours plus tôt qu’on ne le croyait. Fascinant, cette faculté de com-passion qu’octroient les boiseries des cafés parisiens. Le plus imbécile des cancres a vu devant le bureau de tabac les cartes postales si mignonnes où l’on voit tel ou tel écrivaillon de Doisneau écrire son chef-d’œuvre en sirotant un Fernet-Branca. Mettez-le dans l’ambiance. Il s’y croit. L’écriture n’est jamais que la disposition d’une tasse de café sur une table éloignée.
Je n’ai jamais montré ce que j’ai pu écrire à qui que ce soit. Qui s’en soucie ? Il aurait fallu me dire qu’on appréciait, de la manière la plus polie. Ces confidences arrachées – ma peine dévoilée avec tant de douleur, de retenue délicate ont assis mon rôle, et permis de coucher à défaut de phrases les femmes qui aimaient le grand homme. Chacune m’offrait son corps, où elle avait caché mon secret terrible. Mes maîtresses étaient minables – des enfants, ces vieilles dames qui réchauffaient leur mariage en tâtant de l’art au premier vernissage venu. On m’y trouvait, sans souci. J’étais une des cautions artistiques. Nécessaire. Comme leurs étoles, où elles drapaient leur sein fripé.
C’est la poésie qui me bottait. Tu parles. Invendable, la poésie. Pourtant, j’aurais été content. Surtout la classique. Quand on pense à tous les bouseux qui ont réussi à tenir l’officine, à coups de pieds et d’alexandrins, je me disais qu’en comptant paisiblement sur mes doigts j’aurais de nouveau pu faire ronfler la ritournelle des siècles. Nada. La poésie était morte, le théâtre trop cher. Fallait faire des paragraphes, qu’on en ait pour son investissement. Je m’y suis mis – au turbin. Je n’avais pas d’idée. J’aurais pu être bon pour faire des choses courtes : faire briller une idé-lette jusqu’au dégoût en une petite page. C’était une manière de chronique sur papier glacé, pas de brochure, même de collection en tirage limité sur vélin.
Je désespérais d’inventer. Si je vous avais croisé le matin et que vous m’aviez donné l’heure, vous pouviez être sûr que vous couchiez le lendemain dans mes pages. J’ai désespérément miniaturisé l’existence – réduit le moindre fait inutile en consortium de phrase. Jamais je ne prétendrai m’être lancé dans l’acquisition de l’univers. Je me suis contenté d’y glaner, craignant d’être surpris. Je grattais de façon suffisamment légère pour espérer qu’on ne découvre jamais le recel. Mais tout. Tout. Tout a rejoint la mémoire morte de mon ordinateur. Le plus léger raté de rendu de monnaie de la boulangère, et le caillou sur lequel j’ai buté. Infime je suis – de l’infime je me contentais.
Je ne prétendrais même pas avoir lancé une mode. Un genre ! Allons, et pourquoi pas une école ? La mode, l’école, le genre existaient – étaient déjà si répandus que je n’avais qu’à les suivre. Je n’étais pas original. En tout cas je ne dénotais pas, j’étais un auteur potentiellement recevable. Délicieusement outrancier, c’est-à-dire totalement présentable. Et surtout suffisamment anodin pour ne causer ni scandale, ni insatisfaction. Quelle merde, qu’écrire. Je produisais des phrases inutiles tout aussi mécaniquement qu’un tableau de bord. Mes pages relataient la comptabilité de mes détournements, avec la fidélité inévitable de l’avancement du temps.
Mes livres trébuchaient à chaque fois sous les fourches caudines de mes éditeurs. Ce qui ne me surprenait pas. Je n’étais pas l’auteur d’un rêve intouchable – je n’avais fait que ramasser des morceaux épars, et les disposer à côté. Non pas même selon mon goût. Uniquement selon la survenue. J’étais un simple ouvrier, respectable, dans la chaîne parfaite de l’édition : j’avais pour job d’apporter une cueillette congédiée d’un chèque. J’aurais été bien insolent de réclamer une plus forte participation ; et de toute manière, cela me nourrissait. Quoi de plus ?
Ah, si. Les livres auxquels j’ai participé tiennent à tout le moins un bout d’étagère. Rien de grave. Certes, d’autres écrivains sont venus parfois les corriger – j’ai réécrit d’autres bouquins de saison. Tous ont moins duré que moi. Mais je suis assez content que mon existence ait permis à des ouvriers travailler.
Ayant bu, mangé, rebu, visionné un film, bu, parlé de J. Chirac, bu, ouï un téléphone, bu, répondu au téléphone, bu, hurlé dans ma chambre sur le lit, bu, parlé de P. Poivre d'Arvor, bu, analysé le système du ghetto depuis le premier siècle, bu, j'ai décidé de vous écrire n'importe quoi.
Et donc je bois.
Post-scriptum du lendemain matin : j'ai maaaaaal au crâââââne.
Je me souvenais de Da Silva, à l'époque où il faisait des premières parties. Il m'avait marqué. Sa timidité, entre autres. Ses soupirs, hésitations, tremblements de voix. Sa carrure, aussi.
C'est que souvent, il était sur une scène en surplomb. Je me souvenais de ses larges épaules, juchées sur sa guitare sèche.
Le revoir au Café Dansant a été une vraie surprise - je ne me souvenais pas qu'il était si petit - que sa musique était si mélancolique - qu'il avait des épaules aussi imposantes - qu'il bougeait autant. Surtout à côté de la grande perche bretonne, aux longs cheveux, qui rêvassait avec application sur le violon.
Soyons honnêtes - j'ai plus retenu le jeu du batteur, le décati magnifique de la salle et ce trou à l'aisselle du tisheurte qui rendait brusquement si humain Da Silva. La lumière était lamentable, et faisait tout le charme. Ce n'était pas un concert - c'était un groupe local qui se donnait dans l'amphithéâtre du collège. L'ambiance salut les copains a toujours du savoureux. Je rattrape maintenant mon adolescence.
La vraie découverte, c'était la première partie : Constance Amiot et consoeur. Deux petites fées de la gratte, et une manière de battre du pied, cuisses en avant, qui vous réveille brusquement quelque chose, un vieil atavisme désirant. Et quelles chansons ! Le tout disponible en cédé, aussi...
Demain, tour chez le disquaire. Faut bien : il compte licencier, ces temps-ci.
Bureau de vote, dans la maternelle qui colle ses basques à mon immeuble ; il est 19h45, je suis à l'heure pour le dépouillement. J'ai tout juste eu le temps de prendre une douche rapide, je sens encore le soleil sur ma nuque. Mon ticheurte avec le soir deviendra lentement lourd de sueur.
La présidente est jeune, propre sur elle. Elle s'affole - je suis seul à venir. Puis en cinq minutes la salle de gym se remplit. Nous attendons sur les bancs trop petits, les mains moites sur les cuisses. Certains se lèvent, auscultent le téléphone - d'autres vont fumer une dernière clope nerveuse dans la cour. Une fille, accompagnée d'un père aux cheveux rougeoyants, vient étrenner sa première carte de vote et veut rester. Elle regarde, rêveuse, son ancienne école. Sa maîtresse la reconnaît.
Nous sommes une trentaine, en fin de compte - c'est trop. Certains partiront, d'autres resteront, mains dans les poches, pour regarder. Un vieillard, traîné par sa canne, oscillera vers 20h30 jusqu'à un amoncellement de banc pour s'y jucher et songer, poings sur le pommeau.
Nous sommes à nos tables, nez dans les genoux, tentant de ne pas renverser les plateaux. Tour à tour chaque portable trilite : il est 20h, et nous connaissons déjà les résultats. La présidente n'a pas encore ouvert l'urne.
Elle l'ouvre et on se regarde tous, moitié hilares. Nous sommes tous profs - fonctionnaires - bobos banals. Nous avons tous un coup de soleil et traînons nos sandales sur nos pieds surchauffés. En deux minutes, malgré le chiant du décompte, on se tutoie, suant. Le rouquin bataille avec ces foutues enveloppes - sa fille lit le nom - nous faisons nos petits bâtons.
Mon voisin et moi répétons à voix haute toutes les dizaines atteintes... le rouquin roule des yeux de bulletin en bulletin. Sa fille s'étrangle en lisant. Nous en sommes à compter tous les cinq bulletins, pour être sûrs. À chaque centaine, nous revérifions - même si des assesseurs voudraient aller plus vite. Bordereaux de décompte, enveloppes, bulletins... Aux tables à côté, le papi qui rigolait en déclamant les prénoms sur les bulletins s'est lentement mis à énumérer les noms. Le nom.
Mon bureau de vote avait 50% de votes exprimés en faveur de N. Sarkozy. Toutes les personnes qui avaient fait l'effort de se déplacer avaient au pire voté P.S.
L'incipit du jour :
"Le vieux temple est en ruine en haut du promontoire..."
CDXXXII. - Quelques rappels de principes constitutionnels.
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Constitution du 4 Octobre 1958 : Préambule et article premier
Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu'aux droits et devoirs définis dans la Charte de l'environnement de 2004.
En vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d'Outre-Mer qui manifestent la volonté d'y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l'idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique.
Art. 1. - La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
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Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789
Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que leurs actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.
En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.
Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.
Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
Art. 5. La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.
Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Art. 7. Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance.
Art. 8. La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
Art. 9. Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.
Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.
Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
Art. 12. La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
Art. 13. Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.
Art. 15. La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.
Art. 16. Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.
Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.
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Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946
1. Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.
2. Il proclame, en outre, comme particulièrement nécessaires à notre temps, les principes politiques, économiques et sociaux ci-après :
3. La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme.
4. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République.
5. Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.
6. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix.
7. Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.
8. Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises.
9. Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.
10. La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
11. Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.
12. La Nation proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales.
13. La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat.
14. La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.
15. Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l'organisation et à la défense de la paix.
16. La France forme avec les peuples d'outre-mer une Union fondée sur l'égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion.
17. L'Union française est composée de nations et de peuples qui mettent en commun ou coordonnent leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs civilisations respectives, accroître leur bien-être et assurer leur sécurité.
18. Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s'administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ; écartant tout système de colonisation fondé sur l'arbitraire, elle garantit à tous l'égal accès aux fonctions publiques et l'exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus.
Le lieu est un parc quelconque mais où on peut bronzer, sis près de chez Bad. Bad y bronze donc. Il somnole, bouquine, ronfle de nouveau et sent lentement sa peau s'approcher du stade de cuisson.
Il s'étire, renifle un peu l'air, tend la patte. Pas loin, un micheton, torse sec et fesses magnifiques, joue à la baballe. Bad tourne sur lui-même, gratte un peu, rassemble ses affaires en mordant dans son ticheurte.
Il flâne, rêvassant, vers la sortie, serviette à l'épaule. Sur sa gauche, il voit arriver Bogosse.
Bad ouvre un oeil.
Bogosse fait 1m80, a de magnifiques cheveux tondus, une barbe de quatre jours à se mordre les bras, des yeux de biche, un petit sourire narquois et un marcel tout aussi petit qui permet de voir un peu de sa toison.
Bad ouvre l'autre oeil.
Bogosse tient à la main un biberon aux trois quarts vide et s'approche de Bad.
Bogosse. - J'ai trouvé ce biberon. Il serait pas à vous ?
Bad, caché derrière ses lunettes, respirant un grand coup, pitoyable. - Euuuuuh... non... je suis désolé...
Bogosse. - Ah. Je l'aurais parié, figurez-vous. Ca me surprend pas. C'est dommage, tout de même.
Et il s'en va.
Bad ouvre le troisième oeil.
Bad, troisième oeil ouvert. - Meeeeeeeeeeeerdeuh !!!!
Rentrer chez soi vers 9h en passant par la gare de RER de la Défense. Rangées de cadres qui s'écartent inquiets de ma veste militaire et de mon pas somnambule.
Cadres, mes frères.
Rentrer chez soi et voir le thé qui fume lentement sur les framboises et les petits pains.
Récupérant Zaza de Napoli, ses strass et son boa à plumes, le Bad alla consulter les augures sous la forme romaine près des mânes fraternelles. Un poulet suffit : on l'occit, l'écharpa, ne l'empailla point, mais, le mettant dans un âtre entouré d'un poivre melliflu (aimé des Dieux), on empuantit grandement et la salle et les voisins.
Le Bad, émoustillé par les particules épicées et les cadeaux polléniques des platanes, arbres aimés de la Troisième qui nous infectent les bronches, claironnait du mouchoir.
Alors le samedi pascal débutant, Zaza de Napoli et le Bad allèrent cahin caha porter leurs sandales usées sur le macadam panamien. Sept heures ils marchèrent, sept heures ils mouchèrent. D'Odéon à Jules Joffrin, périple immense (et tout en montées), que je ne narrerai point, tant ma plume devant l'immensité de la tâche perd ses barbes. Hélas ! Hélas ! Hélas ! Trois fois hélas ! Que ne suis-je le Maro, ou l'homérique aimé des Dieux !
Mais, pendant que ma langue fourchait de vastes balles de blé, Zaza et le Bad parvenaient à Jules Joffrin, où ils purent rire, et pleurer, et aimer follement le grand Bill, qui songeait à une nuit d'été... en plein printemps, je vous jure ! Cela, d'ailleurs, agaçait pas mal Titiana - qui est femme, et qui donc ne peut que s'énerver, car elle est femme - mais Obéron, bonne pâte, la faisait aimer un âne (car que peuvent aimer les femmes sinon Maître Aliboron ?). Il y eut des grincements de dents - beaucoup. Ce ne furent qu'après de diplomatiques tergiversations que Zaza et Bad parvinrent à les réconcilier, les laissant lire alors amoureusement les amours aimantes de Pyrame et Thisbée.
Le Bad, émoustillé par les particules drôlatiques et les cadeaux polléniques des platanes, arbres aimés de la Troisième qui nous infectent les bronches, claironnait du mouchoir.
Partons alors ! Envolons-nous jusqu'à Versailles où la Marquise Zaza et le Baron Bad zinzinabulent et badinent, hochant de la perruque et de la plume d'autruche devant les plaisirs royaux dont les vannes avaient été ouvertes à l'occasion. Ainsi, paraissant sur le perron de leur demeure de campagne, furent-ils accueillis par le Te Deum qui permit aux Grandes Eaux de s'emballer.
Déambulant d'un mollet gracieux, la main au côté, ils saluaient galantement les gentilhommes venus leur présenter hommage et féal serment. Encélade éructait sa rage en postillons impuissants que les cieux lui rendaient. Un orchestre bourdonnait de vieilles courantes. D'un geste large, alors, Bad tendit un verre d'oranges fraîches à Zaza. Elle y trempa ses lèvres, émue de son front rougeoyant dont il s'était orné, visible ainsi jusque dans les tréfonds du métro.
Le Bad, émoustillé par la foule du train de banlieue et les cadeaux polléniques des platanes, arbres aimés de la Troisième qui nous infectent les bronches, claironnait du mouchoir.
Au soir, libéré, le Bad alla enfin siphonner une binouse, casser un verre et se faire lentement rendre la monnaie, zyeux dans les zyeux, par le serveur souriant. Alors il mangea un cochon au miel du Quercy, et s'en alla s'effondrer, se promettant bien vaillamment de retourner au café dès le lendemain - ce qu'il ne fit pas.
Rentrant, il trouva quelques plumes déposées là par le boa de Zaza de Napoli, et aussi pas mal de cheveux. C'est fou ce que ça perd comme cheveux, une fille. Et des poils, je vous dis pas.
Le Bad, émoustillé par les yeux du serveur et les cadeaux polléniques des platanes, arbres aimés de la Troisième qui nous infectent les bronches, claironnait du mouchoir.
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Où on évoque les festivités post-pascales
Hier soir, concert de Herman Düne...
Je ne connaissais pas.
J'en reviens, certes, mais je n'en reviens toujours pas.
Jamais je n'avais vu une telle humanité dans un concert : une certaine forme de simplicité, d'évidence, de refus du m'as-tu vu lumineux.
En plus, Herman Düne qui se force à parler français et refuse de se servir d'une pédale pour sa guitare, bataillant plutôt de la main avec un vieil ampli pendant un silence - ce qui donne des Larsen pas trop prévus - moi je trouve ça tout attendrissant.
Et l'impro au sax... boudou...
C'est décidé. J'abandonne le look vieilles fringues pour le look vieilles fringues à fleur.
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Où on évoque les festivités futures
La citation du jour, histoire de vous rappeler quelques principes républicains avant d'aller voter ce tantôt :
"Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !"
Nicolas Sarkozy persiste et signe. Après la vive polémique provoquée par ses propos à Philosophie Magazine et dans lesquels il disait qu'il inclinait "à penser qu'on naît pédophile", le candidat de l'UMP a une nouvelle fois relancé la controverse mardi sur France 2.
«Qui peut me dire que c'est normal d'avoir envie de violer un petit enfant de trois ans? Est-ce que c'est un comportement normal ? A partir de ce moment là, quelle est la part de l'inné et la part de l'acquis? », s'est-il interrogé.
Une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy a renchéri sur le e suicide des jeunes, décidant également de parler du cancer qui touche parfois des fumeurs passifs et non les gros fumeurs.
A propos des jeunes qui se suicident, il estime que «génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable»å puis il rajoute «Je ne veux pas qu'on complexe les parents : tout jeune qui se suicide ce n'est pas exclusivement la faute des parents, il y a un terrain».
Déjà en fin de semaine dernière, ces propos avaient soulevé de nombreuses critiques. «Si moi je m'étais permise de dire des énormités pareilles, je pense que cela aurait émergé dans le débat public», a jugé la candidate socialiste, tandis que le président de l'UDF qualifiait d'«inquiétants» et de «glaçants"»les propos de de son rival.
En revenant sur ce sujet, Nicolas Sarkozy affirme une nouvelle fois sa vision d'une origine génétique des troubles comportementaux chez l'homme. Il a invité ce matin ses adversaires à «ne pas fermer la porte à tout débat».
«C'est des propos extrêmement graves, ça veut dire qu'on revient sur tout ce qui a été l'évolution des sciences dans notre société», a déclaré Marie-George Buffet en réponse à la nouvelle intervention de Nicolas Sarkozy, tandis que le candidat MPF Philippe de Villiers a lui affirmé le principe de la «liberté» de l'homme en excluant tout «prédéterminisme».
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L'interview d'origine :
dialogue entre Nicolas Sarkozy et Michel Onfray
Source : Philomag n°8.
Nicolas Sarkozy : Je me suis rendu récemment à la prison pour femmes de Rennes. J'ai demandé à rencontrer une détenue qui purgeait une lourde peine. Cette femme-là m'a parue tout à fait normale. Si on lui avait dit dans sa jeunesse qu'un jour, elle tuerait son mari, elle aurait protesté : « Mais ça va pas, non ! » Et pourtant, elle l'a fait.
Michel Onfray : Qu'en concluez-vous ?
N. S. : Que l'être humain peut être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers.
M. O. : Je ne suis pas rousseauiste et ne soutiendrais pas que l'homme est naturellement bon. À mon sens, on ne naît ni bon ni mauvais.
On le devient, car ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme.
N. S. : Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?
M. O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.
N. S. : Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.
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Commentaires
Commentaire n°1
On commence par dire ça.
Puis on dit que les pédophiles - les communistes - les homosexuels - les gauchers - les roux - faisant preuve d'une tare génétique, doivent être traités comme tels :
i. soit par voie compassionnelle - ce sont des malades, il convient de les isoler, d'une façon humaine, en ayant pitié d'eux (mais ce n'est pas leur faute) ;
ii. soit par voie militaire - ce sont des malades, contraire à l'ordre naturel des choses, il convient donc de les éradiquer, car il en va du bonheur de l'humanité.
Commentaire n°2
La grande force de M. Sarkozy, c'est qu'il sait qu'avec de tels propos il va encore tenir le devant de la scène médiatique, forçant ses adversaires à prendre position par rapport à lui et ses propos.
De toute manière, il faut être lucide. Qui va parler de ça, réellement, afin que les grandes masses en aient conscience ?
TF1 ? Surtout pas - Martin Bouygues est un ami intime de M. Sarkozy : au pire, ce sera M. Pernaud qui en fera un laïus pro-UMP à 13h, M. Poivre d'Arvor n'en touchant pas un mot.
France 2 ? Allons, Arlette Chabot et Patrick de Carolis tiennent trop à leurs postes - surtout depuis le dernier éclat de M. Sarkozy, lors d'une séance de maquillage, rapporté par le Canard d'il y a quinze jours.
Les journaux ? Lesquels ? Ceux de M. Largardère, un autre intime de M. Sarkozy, ou ceux de M. Dassault, baron de la Chiraquie rallié à la Sarkozie ?
Rappelons que M. Sarkozy, trente ans de pouvoir et qui prétend jouer au partisan du renouveau et de la refondation, quatre ans d'exercice direct du pouvoir dans deux ministères d'importance cruciale (l'Economie et l'Intérieur), a permis une hausse du phénomène d'insécurité (forte croissance des attaques non crapuleuses sous son ministère, émeutes de banlieue...), et lors de son passage à l'Economie, a plus endetté la France que sous Mitterrand au début des années 80.
Impliqué dans un système de copinage et de détournement de l'intérêt public à son propre profit, dans le cadre de la SNAC de l'île de la Jatte, M. Sarkozy se pose en défenseur de la droiture et de l'honnêteté intellectuelle... Par exemple, lors d'une dernière intervention, M. Sarkozy a chiffré le nombre de suicide des "jeunes" (15-25 ans) à 1 200 à 1300 par an. Ils sont de 300 à 600.
Nous sommes actuellement dans une phase hystérique de la campagne, où il faut attirer les médias et leur attention par des déclarations tonitruantes. Là, je trouve cependant que M. Sarkozy dépasse des bornes : intangibles, morales, constitutionnelles. Il n'est plus seulement malsain, outrancier, caricatural et schyzophrène dans ses diverses promesses.
Le jour mystique de la naissance de Maître Villon, 30 mai 1431, à Rouen une hérétique est brûlée vive sur la place du Vieux-Marché. L'hérésie était violente, inouïe : la Sorbonne avait condamné la schismatique, l'apostate, la menteuse, la devineresse, la suspecte d’hérésie, l'errante en la foi, la blasphématrice de Dieu et des saints. Un évêque, celui de Rouen, avait présidé le procès, et celui de Winchester avait exigé à ce qu'elle soit brûlée trois fois.
Une fois pour être intoxiquée.
Une fois pour que ses chairs soient consumées.
Une fois pour que les os deviennent poussière et débris.
Cela fait, et le bûcher refroidi, le bourrel expédia les restes - bois, paille, poussières, derniers restes de dent - à la Seine.
Ca, ce sont les faits historiques. Rien que ça fait qu'aucune personne sensée de l'époque, raisonnant avec le mode de pensée qu'il était légitime d'avoir en ce temps - voyant une hérétique brûlée après avoir été gardée par les pandores locaux - n'aurait jamais tenté de soudoyer le bourrel pour récupérer des restes de la condamnée.
Au pire, c'eût été pour un emploi magique des débris, mais je crois pas avoir entendu parler de propriété particulière attachées aux restes des bûchers : les pendus, les écartelés, les bouillis, oui. Les brûlés... Si même on suppose qu'une "sorcière" locale ait voulu s'approprier les os, elle aurait dû payer le bourreau pour - et les aurait rentabilisés d'office, en les incluant dans quelque mixture contre la fièvre et les chaleurs féminines.
Bref.
La simple idée que des restes de Jeanne d'Arc aient pu traverser les âges pour finir chez un antiquaire parisien en 1867, avant d'être confiés au saint et bon évêché de Chinon relève déjà de la pantalonnade.
Ca n'empêche pas qu'on a voulu pousser plus loin la bêtise et que toute une étude sssssscientifique ('scusez du peu), publiée prochainement dans Nature va prouver que ces reliques n'en sont pas - rien de surprenant - et qu'il s'agirait plus probablement de fragments de momie égyptienne du III° ou IV° siècle avant notre ère, ce qui est drôle.
Nombre de sites, ce jour, répétaient, clamaient, bégayaient à qui peut mieux la dépêche initiale de l'Agence France Presse - que l'AFP s'est d'ailleurs empressée d'ôter de sa page ouèbe dès potron-minet.
Pensez ! Pour cette étude, le docteur Philippe Charlier, médecin chargé de cours en paléopathologie et histoire de la médecine aux facultés de Lille II et Paris VII et docteur ès-lettres, assisté de dix-huit (18 !) chercheurs, de deux "nez" provenant de l'industrie du parfum, Sylvaine Delacourte, de Guerlain, et Jean-Michel Duriez, de Jean Patou (on sait jamais, si les ossements étaient en odeur de sainteté !), a fait subir tous les outrages aux vénérables restes. La totale : carbone 14, analyse au microscope électronique, spectromètre de masse, spectromètre infrarouge, appareil de spectrométrie optique. C'est peu dire que si jamais la formule du Graal était dans une des molécules, elle n'aurait pas pu s'échapper.
Et c'est là que je me pose une question, que je n'ai vue sur aucun article : pourquoi tout cet arsenal ? Qui a payé pour ce déploiement inouï de technique, tel que même la recherche ADN dans le cadre du vol d'un vélomoteur de fils de ministre de l'Intérieur est renvoyée au domaine de la simple anecdote ? Qui a simplement eu suffisamment de pognon à dépenser dans une bouffonnerie aussi sotte ?
Parce que le nom du commanditaire - ou du moins du financeur - on ne le trouve nulle part. Des noms ! Des noms !
La première place pour le grand bêtisier 2007 est d'ores et déjà pas mal disputée, moi je dis.
Les deux citations du jour :
"Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose."
"T'es beau comme un prince - plus que ça !! T'es beau comme un dieu. Si tu veux je peux t'envoyer mes photos sur ton e-mail. T'es trop trop beau."
Une salle de réunion de l'Etat-major interarmées de la République royale de Bacteria. Table allongée, drapeau au mur et fenêtres qui ouvrent sur le complexe de bâtiments de l'Etat-major interarmées.
Personnages :
i. Les représentants de l'Etat-major interarmées : Le général de brigade, marquis de Brouzouphe, rattaché à l'Etat-major interarmées et le lieutenant-colonel Fracasse, son aide de camp, décoré de plusieurs ordres et héros de plusieurs guerres grâce aux ordres du jour publiés par le général Brouzouphe.
ii. La représentante du Ministre-général délégué à la Guerre de la République royale bactérienne : Madame Phoolar de Saint-Albion ;
iii. La capitaine Hercule, chargée de la XII° d'attaque aérienne ;
iv. Le capitaine Ulysse, chargé du XXXVI° de chasse alpine et son aide de camp, le lieutenant Bad von Badern.
Action !!!
Tous les assistants sont là, sauf le capitaine Ulysse et son aide de camp, de retour de manoeuvres en Tomania. Le lieutenant-colonel Fracasse mâche un chewing-gum et tourne conscieusement un style autour de son pouce, le bras gauche passé derrière son fauteuil. Entrent Ulysse et Bad, crottés et barda sur le dos.
Capitaine Ulysse. - Bonjour, bonjour... désolé pour le retard... les manoeuvres...
Général Brouzouphe. - Oui, mais tout de même ! Bon, on vous attendait, hein ! Allez, allez, installez-vous !
Le capitaine Ulysse et son aide de camp posent leur barda, font le tour de la table, serrent les pognes après s'être frotté les mains sur la veste et s'installent à côté du capitaine Hercule.
Lieutenant Bad, bas. - Bonjour, Hercule ! Ca va ?
Capitaine Hercule, bas. - Pas mal. Attends de voir ce qu'ils vont nous sortir, lieutenant.
Lieutenant Bad. - Bah, ça doit être important, vu qu'on a réuni tout le tintouin et les trouffions.
Général Brouzouphe, ventre calé contre la table. - Alors. On peut commencer, hein ? Donc, je disais que je vous avais demandé de vous déplacer pour que l'on discute de la date des grandes manoeuvres de l'hiver prochain. Quand c'est qu'elles commencent ? Je vous rappelle que je suis le garant, le garant, de leur réussite, et que je ne peux que souhaiter qu'elles se réalisent le plus rapidement possible, et de la façon la meilleure qui soit, hein ! Et que lorsque je vous ai consulté par la dépêche plénipotentiaire, capitaines, vous avez souhaité comme début des manoeuvres le 1er novembre !
Capitaine Hercule. - Oui. Vu tout ce qu'il faut faire - vu que le Ministre-général, M. Benzino Napoloni souhaite que les grandes manoeuvres soient achevées...
Madame Phoolar de Saint-Albion, compulsant ses fiches. - Aux ides de janvier.
Général Brouzouphe. - Oui, et alors ? Bon, d'accord, c'est tôt, j'en conviens, mais tout de même !
Capitaine Hercule. - Mon général, c'est une bête question de rétroplanning. Sauf retard majeur et empêchement, vu tout ce que le Ministre-général souhaite que l'on fasse, il nous semble plus que raisonnable de commencer les grandes manoeuvres vers mi-novembre. Plutôt un peu plus tôt.
Général Brouzouphe. - Mais c'est trop tôt ! Je vous rappelle que je suis le garant de la réussite des manoeuvres, et que là vous renversez tout ce qui a été fait depuis des lustres, hein !
Capitaine Hercule. - Je sais bien. Mais si nous voulons non seulement tester grandeur nature non seulement la force de réaction de la flotte aéroportée dans les conditions déjà requises cette année mais aussi pouvoir mettre en oeuvre le Hynkel III, il nous faut plus de temps...
Capitaine Ulysse. - Je ne peux que suivre le capitaine Hercule. Cette année, lors des manoeuvres la tenue des délais a été ric-rac, et ça a été aux dépens de la qualité. Nous avons perdu nombre d'unités, et la réorganisation des troupes lors de la phase finale n'a pu être effectuée que dans un certain désordre. Nous n'avons même pas eu le temps de faire le debriefing : c'était déjà le jour de la grande revue devant le Président-roi.
Général Brouzouphe. - Mais enfin vous n'y pensez pas ! Croyez-en mon expérience ! Déjà à Azincourt, je vous dis ! Je ne peux que le constater, hein ! Lorsqu'on avance trop les grandes manoeuvres, la qualité s'en ressent : le soldat n'a pas le temps d'astiquer son fusil, les semelles ne sont pas propres et un soldat qui n'est pas propre n'est pas un soldat compétent et présentable en revue !
Lieutenant Bad, in petto. - Pfff, son soldat il peut astiquer son fusil durant le transport des troupes ? Ou on peut pas inventer une méthode pour astiquer plus efficacement les fusils ? Après tout, c'est le djobeu de l'Etat-major, de moderniser !
Madame Phoolar de Saint-Albion. - Si je puis me permettre, je comprends bien le souci des capitaine Ulysse et Hercule. Cependant, je dois souligner que la mise en production du Hynkel III, juste avant les tests des manoeuvres, n'est réalisable dernier carat que le 11 novembre.
Lieutenant Bad. - C'est la vraie date ou celle qui tient compte des retards ?
Madame Phoolar de Saint-Albion, pincée. - Il n'y a jamais eu de retard de matériel lors de la livraison avant les grandes manoeuvres.
Lieutenant Bad. - Ah bon ? J'ai conscience que je n'ai pas autant d'expérience ni de compétence que ceux qui sont autour de cette table...
Général Brouzouphe, rayonnant. - Allons, allons, lieutenant !
Lieutenant Bad. - ... mais si ma mémoire est bonne, lors des trois manoeuvres auxquelles j'ai pu assister, les versions précédentes du Hynkel ont toujours été livrées avec quelques jours de retard. Le pire, ça a été quatre.
Madame Phoolar de Saint-Albion, faisant mine de chercher. - Vous êtes sûr ? Je ne me souviens pas.
Lieutenant Bad. - Si, c'était en
Général Brouzouphe, le coupant (il était alors responsable du projet Hynkel). - Oui, bon, donc le 11 on vous dit ! Et encore, hein ! Vous voyez qu'on-ne-peut-pas !
Capitaine Ulysse, ayant consulté son homologue. - Mon général, nous comprenons les nécessités de livraison du Hynkel III. Si on compte deux jours de rab au cas où, ça nous permet de commencer les manoeuvres le 13 novembre. Nous acceptons quinze jours de moins, mais c'est déjà quinze de mieux que l'an passé. On cravachera, mais on pourra tenir les délais.
Capitaine Hercule, lieutenant Bad, in petto. - Et vlan !
Général Brouzouphe. - Hein ! Mais ! Je vous dis que ! Jamais ! Croyez-en mon expérience ! Ramillies ! Reichshoffen ! Sedan ! Il n'est pas bon de prendre trop d'avance ! Ca nuit toujours à la qualité des manoeuvres !
Lieutenant Bad, surpris et in petto. - Mais pourquoi il parle pas tout simplement du fait qu'il faudrait aménager le système de visée de l'Adenoid X ? Au moins ce serait un argument... Et encore... on pourrait toujours y réfléchir avant.
Général Brouzouphe, sur sa lancée. - Et d'ailleurs qui vous dit que ce serait possible, hein ?
Madame Phoolar de Saint-Albion. - Mon général, la gendarmerie et les gardes mobiles commencent leurs manoeuvres fin octobre... en tant que représentant du Ministère-général, je ne vois pas d'opposition... tant que les troupes sont prêtes pour la revue devant le Président-roi.
Capitaine Hercule, bas, au lieutenant Bad. - Vlan !
Général Brouzouphe, se calant à nouveau le ventre. - Non, décidément je ne peux pas ! Je vous rappelle que je suis le garant des grandes manoeuvres !
Capitaine Ulysse, doucement. - Ben justement... le 13 novembre...
Général Brouzouphe, s'emportant d'un geste large. - Bon ! Mais je vous rappelle que ce ne sera pas possible ! Qu'est-ce que tu en penses, Fracasse ?
Lieutenant-colonel Fracasse, sans lever les yeux, entre deux mâchouillement de chewing-gum. - 15 novembre.
Général Brouzouphe, se redressant. - Le 15 !
Capitaine Ulysse, respectueux. - Mon général, le 15, ce n'est pas possible...
Général Brouzouphe. - Quoi, encore ? Je vous ai dit le 15 ! Garant, que je suis, hein !
Capitaine Hercule, irrité. - Général, le 15 est le début du Pont National de soulagement festif à la gloire de nos glorieux ancêtres décrêté par le Président-roi et ça nous fait commencer le 17. Au moins, si on commence le 13, les troupes sont sur place, matos en place, et prêtes.
Général Brouzouphe. - Mais enfin ! Je ne peux que vous rappeler mon expérience, depuis Crécy, je vous dis ! Si vous avancez trop les débuts, les soldats ne sont pas prêts ! Le 15, allez !
Capitaine Ulysse. - Mon général, je crois que le 15 n'est pas raisonnable du tout. Comme vous le disait Hercule, ça nous fait vraiment commencer le 17. Le gain de temps par rapport à l'an passé est négligeable, du coup.
Capitaine Hercule. - Général, nous ne pouvons pas commencer aussi tard ! Jamais nous n'aurons le temps de mettre en oeuvre le Hynkel III ! On ne va pas encore utiliser le Hynkel II !!! Jamais le Ministre-général ne l'admettra.
Général Brouzouphe, catégorique. - Le 15 !
Capitaine Hercule. - Le 13, Général !
Général Brouzouphe, se calant le ventre. - Le 15.
Capitaine Ulysse. - Mon Général, le 13...
Général Brouzouphe, s'étranglant. - Bon. Mmmh. Le 14.
Les deux capitaines se regardent, désolés, et se parlent à l'oreille.
Capitaine Ulysse, conciliant. - D'accord pour le 14, mon Général.
Capitaine Hercule, rageur. - Il faudra que les troupes se magnent le train pour tout mettre en place avant le Pont National. Mais on fera tout pour. Quitte à crever les soldats d'office. Merci, Général.
Général Brouzouphe. - Vous voyez, hein !
Madame Phoolar de Saint-Albion. - Très bien. Je note donc que ce sera le 13. J'en informe monsieur le Ministre-général.
Capitaine Ulysse. - À propos, cette génération Hynkel III volera bien en conformité avec les exigences de l'arrêté du Ministre-général, notamment quant aux tables prospectives de vol ?
Général Brouzouphe. - ...
Lieutenant-colonel Fracasse. - Oui. Mais au charbon.
Capitaine Hercule, lieutenant Bad. - Quoi ??? Au charbon ? Mais l'arrêté ! Les tables prospectives ! C'est une blague ?
Général Brouzouphe, coupant court. - Madame de Saint-Albion, je vous remercie d'avoir bien voulu vous déplacer pour assister à cette réunion.
Madame Phoolar de Saint-Albion. - Oh, vous savez, c'est trois fois rien. Je n'ai jamais eu que cinq heures de route pour assister à un débat sur une date.
Général Brouzouphe, mielleux. - Comme vous le voyez, nous mettons tout en oeuvre pour que les grandes manoeuvres s'accomplissent au mieux, mais attendez je vous raccompagne...
Le général Brouzouphe et le lieutenant-colonel Fracasse, toujours mâchouillant, sortent avec madame de Saint-Albion.
Lieutenant Bad. - Hercule ?
Capitaine Hercule, fatigué. - Oui.
Lieutenant Bad. - On a marchandé sur une date, avec deux jours de décalage.
Capitaine Hercule, soupirant. - Oui.
Capitaine Ulysse. - Et pour ça on a mis un général d'état-major, un représentant du ministère et deux officiers.
Lieutenant Bad. - Et un trouffion. Bon on va bosser maintenant ?
Capitaines Ulysse et Hercule, rigolant. - Oui ! Qu'au moins on fasse quelque chose !
Et si les artichauts cuisent, ils cuisent non parce que j'ai copié qui que ce soit. J'en avais aussi acheté trois ce ouiquennede, il m'en restait deux, qui marinent dans mon faitout.
Je n'ai pas vraiment l'âme légère ces temps-ci. Toujours une barre dessus, comme si un Sphynx s'y étais assis, y laissant la trace de sa croupe de pierre.
Les vieilles lunettes, ressorties depuis que j'ai cassé les "vraies", doivent y être pour quelque chose. Elles me serrent le crâne, et m'obligent à forcer des yeux, ce qui n'est pas toujours agréable lorsqu'on lit des pages et des pages à l'écran. Me voici contraint de faire des pauses en allant sur d'autres sites que celui du CEIOPS, histoire de voir une autre police que leur infâme copie d'Arial, ou d'imprimer les quatre documents du QIS3. De toute manière, même pour lire des documents de travail, rien ne vaut le papier, que l'on flaire, compulse et annote, et qu'on chiffonne de rage devant les immondices de bêtise pontifiante qu'ils peuvent parfois contenir.
Les vieilles lunettes allaient de toute manière avec la vieille chemise, qui me serrait aux aisselles, et la cravate avec mes yeux fatigués. Voilà des nuits - y compris le ouiquennede - que je n'ai pas dormi vraiment, intégralement, paisiblement. J'en somnole parfois le jour, me disant qu'il vaudrait mieux que je fasse une sieste plutôt que d'accepter de traîner cette usure comme un vieux tapis usé par les genoux de tous les enfants, les chaussettes des ados, les talons des mères et les charentaises traînées des vieux, cent générations y étant passées pour allumer la télévision. Cette maladie de peau qui n'en finit pas de disparaître et errer sur moi depuis deux mois. Cette pensée d'hier soir.
Il est si facile, une fois qu'on a penché la tête dessus la falaise, de désirer continuer de tomber avec son regard.
La tentation est facile. Faut que je me dise que d'ici deux jours je suis en vacances - que j'ai un jour pour récupérer mes esprits - que j'ai ma soeur trois jours à domicile - et que je suis en vacances.
Je serai en vacances.
Je serai en vacances et il est hors de question que je laisse mugir les mêmes sirènes que lors des dernières vacances, cet été. Je dois finir deux tableaux - ce foutu portrait traîne depuis trop longtemps. Je dois écrire - cela fait trop longtemps que je n'ai pas écrit, vraiment. Je dois aller à des concerts - car cela est.
Caverne gardée par les quarante voleurs mais où je me suis promis de trouver des colifichets une fois le sésame des congés payés prononcé...
Bon, la bonne nouvelle : mes écrits plaisent. En-dehors de mon corps, qui a plu au Kawaï, et à des Nantais, qui me vendent. Si, si. Bientôt, les lieder de Badinou seront joués aux grandes orgues à Lyon, et édités avec petits dessins pour faire joli sur la page de gauche en face du texte. Même qu'on m'a démarché pour.
Sauf que le projet plantera. Bien évidemment. Au moins cela m'occupera.
Hier soir, je crois que j'aurais beaucoup apprécié n'être pas seul. Non que je puisse dormir. Mais tenu par un bras, je n'aurais pas tourné toute la nuit.
Des livres me maudissent. Je les achète brusquement. Ou plutôt ils tirent ma main, ils extraient mon oeil, détournent mon portefeuille. Je suis là sans raison - eux le savent, et ils m'attendent patiemment, tique accroché au chêne mort depuis des siècles, ils m'attendent patiemment depuis des siècles et sous leur branche calcinée je passe. Et ils tombent sur moi.
Ces livres-ci, je sais qu'ils sont dangereux pour moi. Je ne les lis pas tout de suite. Je ne les mets pas pourtant dans l'étagère des "à lire", où certains de leurs frères, plus angéliques, traînent depuis des années. Ils sont là, et bougent dans le salon et la chambre. Je les trouve parfois sur le canapé ou à ses pieds, chiens fidèles qui respirent des enfers - souriant avant de mordre. Je les trouve aussi sur la table basse, la table du salon, la commode, au pied du lit et même sur le rebord de l'évier. Ils rampent partout, se traînant sur leur couverture dont le vernis accroche légèrement la moquette.
Je les prends, les feuillette, les parcours. Je peux interrompre la cuisson du repas sabbatique juste pour finir une phrase commencée il y a dix pages. Jamais je ne les lis - je m'en empêche. Toujours je prends au hasard, j'erre, je retourne, j'avance et je recule. Au bout du compte, j'en connais l'histoire d'une certaine façon, sans en être relativement sûr - je l'ai reconstruite comme l'archéologue poursuivi par les Araucans qui a volé aux détours de sa fuite quelques pierres et tente avec ça de trouver comment le temple était fait.
Cela peut durer longtemps.
Il suffit alors d'un moment d'inattention - une viande trop facile à cuire, un café qui met du temps à monter dans la Bialetti. Je suis debout, feuilletant, et je me retrouve assis. Le livre danse dans ses voiles de bois, dressant les volutes obscènes de ses phrases. Sa bouche ouverte me tire doucement jusqu'à la première phrase. Il soupire et s'alanguit, s'étendant le long du paragraphe. Et, par-dessus la ruelle du second paragraphe, il me regarde de la couche de mots où il s'est vautré, se mouillant la lèvre de sa langue - par en-dessous, la tête sur mes cuisses.
J'étais assis sagement - il m'a poussé d'un léger revers de feuille contre le dos du canapé, jambes écartées offertes. Par petites phrases tentatrices, il me couche, tête dans les coussins, il s'effeuille pour que j'étende mes jambes et qu'il puisse s'asseoir sur mon ventre. Et il me poèssdera longtemps, jusqu'à la fin.
Ainsi m'a-t-il fait cet après-midi. Avant même le café - il m'a pris sur le canapé. Vers 19h, enfin entièrement vidé, entièrement repu, il m'a laissé, satisfait, allant se coucher, étendant ses pages ramollies par les heures sur la moquette, où il se referma dans un soupir déjà rêveur.
J'avais mal au crâne et je n'avais rien fait, évidemment, de ce que je voulais. Quatre cent pages m'avaient violé. Cela faisait longtemps que le cédé s'était arrêté, et que je n'avais pas fait un geste pour le changer. Je regardais au plafond les dernières traces du soleil glauque, et allais allumer une lampe, pour trouver ce que je pourrais faire durant les vacances.
Tous ceux que j'aimerais voir étant soit occupés, soit pris, soit commandés - soit pauvres, soit déprimés - j'ai pu me faire une liste effrayante de concerts où je pourrai aller seul (ou n'aller pas). Il faut reconnaître que le site de la Fédération Nationale d'Achat des Cadres peut être pratique. Il est sûr que le 10 je serai au Ba-Ta-Clan. J'hésite encore pour l'aller-retour à Bourges et pour Bob Dylan, mais Da Silva et Aaron me laissent songeur. The Servant, j'en couine d'avance, et peut-être aussi de My Chemical Romance. Mademoiselle K, en juin, c'est évident que j'y serai. Restent donc les Eurockéennes, il conviendrait alors que j'achète une tente ou que j'en trouve une dans le Marais. Les Hurlements d'Léo, Good Charlotte et les Wampas me font encore hésiter.
Mais après tout, je ne peux jamais offrir des cadeaux qu'à moi.
Je ne voulais pas me foutre en l'air le nycthémère - le jour avait suffi, déjà. L'huissier, oublieux comme toujours, avait omis de me signifier un exploit quelconque qui mériterait qu'on éclusât quelques bières. Et ne répondait pas, encore. Je suis sûr qu'il passait son temps à dormir, comme chaque ouiquennede. Vie formidable que celle de bacplussecinq à Paris. Il était tard, j'avais loupé les premières séances ; je me trouvais un petit spectacle dans un ciné de quartier qui m'aurait remonté dans mon estime - et on m'avait tant parlé de ce film que...
Foule du samedi soir - une voisine qui râle sur les ampoules cassées pas encore changées - wagons de fille enterrant leur virginité symbolique - bancs de touristes suivant leur cicerone - couples hésitants devant les cachemires importés de Corée. Le cinéma était bloqué de corps, ce qui ne me surprenait pas - après tout, il paraît que voir ce film nécessite toute une mise en scène. Un garçon venait aussi y enterrer son innocence en contrefaisant, entouré de ses amis à ticheurte peint, un bizuthage sorbonnicole. Un homme âgé brandissait une bouteille, hilare - de jeunes garçons légèrement déguisés - des gothiques - et moi, livre à la main et blouson de cuir.
Le cinéma était plein, les billets vendus, on ne voulait pas de moi.
Dommage. J'aurais volontiers été quelques instants dans la même salle que ce jeune homme aux yeux peints de noir grelottant dans sa vareuse et sa casquette de marin mangées aux mythes. S'il eût été près, je lui eusse volontiers raconté l'histoire d'Achille et Patrocle. Mais il devait être mineur - encore aurait-il fallu que je le susse pour qu'il y ait danger.
The Rocky Horror Picture Show sera une autre fois - ou chez moi, tant qu'à maintenir mon quota de ratages.
Et j'allais par les rues, constatant avec inquiétude que mon radar à faisceaux de présomption fonctionne de mieux en mieux.
L'incipit à la mode du jour :
"Nous avons filmé des scènes de torture et de meurtre afin d'en dénoncer le caractère intolérable et la barbarie."
"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.
Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !
Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."
Dante Alighieri, Inferno , I.
"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."
François Villon, Epitaphe, 1-4.
"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."
Mickhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, II.
"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.
Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"
P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7. Trad. toute perso.
"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."
Albert Cohen, Les Valeureux, I.
"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."
Yukio Mishima, Les Amours interdites, VIII.
"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."
Homère, Iliade, XXIV.
"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."
Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.
"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.
Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.
"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, I.
"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."
Herman Melville, Moby Dick, I.
"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"
Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.
"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."
Giuseppe Tomasi, duc de Palma de Montechiaro, prince de Lampedusa, Le Guépard, I.
"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."
Jules Verne, Le Château des Carpathes, I.
"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."
John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles, Un.