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28/02/2007

28/02/07 - 22:48

CDXCIII. - Feuilleton universel (2) : San Germano.



Pour les Lecteurs, le début était par ici


Ce n'est pas la peine que j'évoque tout le voyage en berline, ni l'arrivée à la villa que Comte occupait. Toujours dans ces cas-ci il n’y a jamais que restes de souvenirs, impressions, mouvements et poussières dans la chaleur de l'été finissant. Chaque invité pourrait raconter la même chose, et toutes les invitations dans tous les palais du monde donnent toujours les mêmes trajets. Il suffit de rajouter la sensibilité de mon âge, la fatigue mêlée à l'empressement et toutes les inventions que l'imagination se brode avant même d'arriver, et l'on a le tableau nécessaire.

En fait, la seule chose qui me sembla d'importance alors était que le vieux singe en livrée venu me convier devait disposer d'un droit quelconque et suffisant pour n'être pas sur le marchepieds : il s'était installé en face de moi, tricorne bien mis. Parfois, lors des cahots, nous nous retrouvions tête contre tête à nous rattraper aux parois de la voiture. Cela ne devait que durer ; j'avais compris dans les grommellements en patois français de ce compagnon qu'il ne fallait pas m'attendre à un trajet court. Et il fut long.

La berline ne fit crisser les graviers de l'allée que la nuit. Au reste, je devais être parmi les premiers, ce qui me força de grimacer saluts et politesses à tous les nouveaux arrivants qui avaient l'avantage, eux, de trouver des salons où le monde se tenait, et discutait.

Je ne parlerai pas de ce qui s'est passé ce soir-là, sinon la dernière heure dont je me souvienne. Tant par promesse que par dignité. Et je crains que ce que vous attendez, mon jeune ami, ce sont des descriptions d'extravagances, de bombances, de luxes étalés et aussitôt perdus, comblés, écrasés par d'autres eux-mêmes couverts aussitôt par d'autres nouveautés. Classiques : les masques dont cette époque était si friande, croyant innocemment qu’il suffisait d’étendre le Carnaval pour que Carême ne vienne jamais. Insensés : les avalanches du luxe, du plaisir, certes, mais l’irruption de la plus grande simplicité suffisait nécessairement pour nous pâmer. À quand bien même j'inventerais cela ou même vous le décrirais-je en toute sincérité, vous seriez insatisfait, et je ne serai jamais complet. Laissons donc ces petits détails.

Je ne ferais que vous dire ce qu'était le Comte. Que pourriez-vous imaginer ? Je suppose quelque être un peu froid et sombre, ou du moins d'obscur et de secret. Vous attendriez, j'imagine encore, une flamme étrange qui brûlerait dans ses yeux. Un de ces Dom Juan que vous trouvez dans chacune de vos lectures, en somme. Et qui conviendrait bien, après tout (et c'est ce que j'attendais, sans trop vouloir réellement y penser), à tout ce mystère de convocations et ces sensations poussées à leur plus extrême pointe.

Et comme entendu : du tout. San Germano était un personnage, certes, mais un personnage jovial. Oui-da, sa façon de s'habiller n'était pas ce qui convenait dans nos goûts de Napolitains, même de sang ou de lignage. Peut-être était-ce de l'avance, quelque chose comme un flair inouï de ce qui pouvait se porter dans dix, vingt, trente ans, puisqu'il portait des pantalons ! Et des pantalons à carreaux, des carreaux les plus étranges, de ceux qu'on voit sur les Écossais des gravures ou qu’arborent aussi nos Anglais désormais. Ma foi, il y paraissait à l'aise : c'est un critère, de nos jours. Du moins le portait-il avec le naturel de tout homme de bien.

C'était je ne sais quoi, et certainement pas sa jovialité, sa faconde un peu paternes ou peut-être elles dans leur extrémité qui nous décontenançait, qui laissait un peu inquiet, sur le qui-vive. Le Comte n'avait pourtant rien pour créer seulement l'ombre d'une inquiétude et, même pour moi, il était petit, gras, rond. Homme du monde. Pourtant lorsqu'il me quittait après une discussion des plus anodines, je n’étais que soulagé, peut-être, qu'il ne vît cette sotte et incivile réaction.

Les journées de San Germano touchaient à leur fin, et notre hôte venait de donner, dans une munificence dont à la fois Mécène et Lucullus n'avaient pu qu'être les disciples. Des détails ? Oh, dites-vous des tokays, jeune homme, des plus précieux, du chocolat d'une mousse extrême, suave et légère, et d'une blancheur crémeuse et profonde. Vous souriez ? Certainement avez-vous raison, désormais que tout cela n'est que peu quand c'était tant alors. Comme d'une chair qui n'est plus qu'un os, et que l’on regarde, déçu. La paix de nos années n’était alors qu’un frisson qui parfois assoupissait l’Europe : peu de navires revenaient, même sur notre Méditerranée qui depuis longtemps se berce des chants doucereux de son passé. Ils revenaient sans mâts, ils revenaient sans hommes, ils revenaient vides, surtout.

Ce n'est rien…

Cependant quelque plaisantin, trop amusé par le brillant du vin - peut-être était-ce moi, que sais-je - s'amusa à lancer un jeu. Deviner la raison de l'invitation du Comte, s'il y en avait une, s'entend, et la dire en vers. Jeu, jeu, jeu. Ce dont nous raffolions, afin de passer notre temps de pauvres cadavres. Jeu, jeu, jeu. Plaisirs de l’ego dont nous nous décorions, nouvelles pampilles, nouvelles couronnes, petits vols de petits nobles incapables de mériter leurs petites épées et de ne faire assaut ailleurs que dans les petits boudoirs. Le Comte s'en amusait, et passait dans la société, comptant et mesurant les points.

Je ne m'excuserai pas de l'ivresse. Ce n'est que faiblesse désormais de penser cela, et c'était une toute autre faiblesse qui nous excitait alors : celle de plaire, et de plaire d'autant plus que nous ignorions ce qui devait nous inciter à rendre hommage par notre cour la plus veule à cet être étrange qu'était le Comte. Amoureux des félicités et des jouissances, reconnaissants ? Allons - d'un pouvoir inconnu, qui nous échappait. Nous portions sur lui le regard de vierges, sourires effarouchés et timides de celles qui se livrent et appartiennent désormais à jamais pour si peu, pour une simple et stupide rose. Nous en avions eu des brassées.

Le Comte souriait plus encore, d'un sourire complet, de ceux que pouvaient avoir les anges avant la Chute. Le silence peu à peu se fit. Malsain. Gêné. Un hémistiche chuta et se brisa dans un tintement cristallin.

« Messieurs, je crains que vous ne vous fussiez créé quelques illusions, et je le déplorerais, s'il n'y avait dans ce désir de trouver une raison au plaisir d'être votre hôte quelque chose qui me flatte. Certes, trop. Je dois avouer que, bien contrairement à ce que vous pourriez espérer, je ne vous ai rendu aucun service. C'est à votre compagnie, et à l'honneur que vous me fîtes d'accepter si généreusement mon invitation, hélas cavalière et modeste, que je dois moi seul rendre grâces. »

Une fois ces courtoisies usuelles accomplies, le Comte prisa et, avant même de pouvoir éternuer, reprit :

« Croyez bien que ce qui a guidé ces quelques festivités n'est que de l'orgueil d'un nouveau jouet, dont je souhaite à tout prix fêter l'acquisition. D'ailleurs, au lieu de faire étalage de fausse modestie et de vous contraindre bassement à me demander, ce qui ne doit pas être, je vous prie d'accepter et de me suivre dans le petit salon. »

Que faire? Nous le suivîmes, déjà ennuyés de ce qui allait être l'exhibition d'une œuvre achetée par un petit maître, ce qu'était donc San Germano. Nous devrions nous extasier, nous pâmer presque, et admirer jusqu'à la finesse du grain d'une peinture quelconque. À nous voir, je pense que déjà chacun recherchait une petite phrase et pour combien il était connaisseur, et combien l’ouvrage était sans pareil : glacis, perspective, splendeur et couleur. Nombre d’entre nous devaient déjà trouver des rimes à Parrhasius et Apelle. Je me battais avec Zeuxis. Quelle lassitude.

Ce n'était pas un tableau mais une statuette qui semblait se dresser sur un guéridon, au centre de la chambre, faiblement éclairée comme il se doit. Fatigués de notre courtoisie, nous aimant d’avoir abandonné les douceurs qui trônaient dans les autres salons, nous nous étions répandus sur les fauteuils et les liseuses, et je n'étais pas dernier. J’avais pris un album, et je le feuilletais appuyé sur l’épaule d’un marquis, attendant qu’un valet quelconque apporte des sorbets. Il ne s'agissait bien que de faire acte, et nous reposer grâce au verbiage du Comte, poussières que nous étions, croyant connaître l'essentiel du monde et de ses terreurs. Infatués !

Plutôt que pérorer, le petit homme aux carreaux faisait silence. Il ne nous toisait même pas de cet air goguenard propre à tous les nouveaux possédants de quelque merveille pour eux seuls non-pareille. Non, San Germano se contentait de regarder la statuette. Sous le lustre son regard avait certainement de la fierté, de l'envie. Les remous des chandelles allumaient des remous dans ses yeux, comme si la petite chose sur le guéridon y avait embrasé des mystères secrets. Il ne bougeait même plus, et sa respiration paraissait avoir été aspirée entièrement par la statue. Mon compagnon me montra d’un doigt moqueur les poches de son pantalon. Ses mains s’y serraient lentement, soulevant le drap.

Ceux qui étaient moins ivres et qui s'étaient approchés avaient daigné lancer un regard rapide à l’œuvrette. Mais la force étrange qui avait étranglé tout mouvement dans le Comte les captait à leur tour. Ils restaient cois, s'affaissaient tout en ne parvenant pas à quitter le guéridon des yeux. Certains, sous l'alcool certainement, tremblaient, et continuaient de fixer : chiens affamés craignant terriblement le poison au si bon fumet.

Lassé sur mon fauteuil, je m'approchais, pour courtiser à mon tour.




28/02/07 - 20:15

CDXCII. - Charles Cros, Le Coffret de santal, 1873.



Avenir

Les coquelicots noirs et les bleuets fanés
Dans le foin capiteux qui réjouit l’étable,
La lettre jaunie où mon aïeul respectable
A mon aïeule fit des serments surannés,

La tabatière où mon grand- oncle a mis le nez,
Le tric-trac incrusté sur la petite table
Me ravissent. Ainsi dans un temps supputable
Mes vers vous raviront, vous qui n’êtes pas nés.

Or, je suis très vivant. Le vent qui vient m’envoie
Une odeur d’aubépine en fleur et de lilas,
Le bruit de mes baisers couvrent le bruit des glas.

Ô lecteurs à venir, qui vivez dans la joie
Des seize ans, des lilas et des premiers baisers,
Vos amours font jouir mes os décomposés.


25/02/2007

25/02/07 - 23:49

CDXCI. - Dark passage, scène (n-3).



Bus station. Vincent Parry calls Irene Jansen.


Vincent Parry. - This is Allan.

Irene Jansen. - Where are you ? Are you all right ?

Vincent. - Are you alone ?

Irene. - Yes.

Vincent. - Well, it was Madge who killed them both. But I'll never be able to prove it. I went up ther for a showdown and she admitted it, but she stumbled and fell through the window. It'll be in the afternoon papers. You'll read that I pushed her out but I want you to know how it really was.

Irene. - I know how it was. Do I hear music ?

Vincent. - Oh. Yes, I picked it out on the jukebox.

Irene. - You didn't just call me to tell me about Madge. There's something else you want me to know.

Vincent. - I never could fool you, could I ? I'm just beginning to realize that it's better to have someting to look forward to. Can you get a map of South America ?

Irene. - I'll find one.

Vincent. - Look up Peru. There's a little town on the coast called Paita. Say it. Tell me where it is.

Irene. - Paita, in Peru.

Vincent. - Good. Now listen. I won't write. We've got to wait. We've got to give it plenty of time. Maybe they'll get a lead on you or keep an eye on you for a while.

Irene. - I'll be careful. Go on.

Vincent. - Meanwhile, if God's good to me and I manage to make it down ther, I'll be waiting for you. There's a little café right on the bay. If you could see your way clear... Ey... Listen to all those "ifs".

Irene. - We'll skip all the "ifs". I get the idea, and that's all I need. Oh... Now hang up on me. Just like that. Hang up, darling.

He hangs up.


In Dark Passage de Delmer Daves, avec Humphrey Bogart (Vincent Parry) et Lauren Bacall (Irene Jansen), 1948.

25/02/07 - 20:55

CDXC. - P'tit pohème.



Au détour de l'hiver sur mon canapé
Au détour de l'ennui pas loin sous la lune
Au détour de ton bras devant la tisane
Au détour de ton ciel où brillaient des yeux
      Il y avait la merveille de ton retour

Au rebord de l'hiver sur le banc de messe
Au rebord de l'ennui sous la cathédrale
Au rebord de ton bras posé sur le bois
Au rebord de ton ciel cheveux emmêlés
      Il y avait l'étrangeté de ma venue

Au détour de l'hiver au détour de l'ennui
Sur mon canapé devant la tisane
Au rebord de ton bras au rebord de ton ciel
Cheveux emmêlés où brillaient des yeux

Au rebord de l'hiver au rebord de l'ennui






Le Scrate la zique d'occase.

25/02/07 - 02:11

CDLXXXIX. - Faire un mauvais film, avoir un succès d'estime.



1. - Le scenario.

Le scenario étant la base, vous prenez un scenario. Prenez le plus simpliste, cousu de fil blanc (amours contrariées). Teintez-le :

i. de fausse distanciation : parlez de film dans le film, mettez des acteurs et des réalisateurs qui parlent d'un film ;

ii. d'internationalisme : mettez un ou deux slaves, qui ne peuvent être que des types mal rasés vivant dans des huttes humides ou des vieillards accoudés à la table de cuisine devant la télé ;

iii. d'internationalisme (bis) : évoquez un mythe gitan quelconque, tous les mythes étant dus aux Roms, et tous les mythes de Roms ne pouvant qu'être source de malédictions et de fantômes divers ;

iv. d'onirisme : l'excuse du rêve permet toutes les déficiences du film - passées dans ce cas sous le vocable "mai-euuuuh ! c'est onirique !" - le rêve depuis Hugo Pratt, Calderòn et Michel Gondry étant très à la mode ; par ailleurs, cela vous permettra, si jamais on critique la nullité de votre scénar, de dire que les nullités sont dans la tête du personnage qui rêve, qui est donc une pire tanche, contrairement à vous, ah, ah, qui montrez comment c'est con de penser ainsi, hein.

Vous avez donc un scenario bon pour un James Bond. Mais vous visez la couverture des Inrockuptibles et une rétrospective dans Le Monde. Vous faites donc un copié-collé de votre scenario, et vous avez donc trois scenario parfaitement parallèles que vous changez de gamme diatonique : un se passera chez les riches, un autre chez les pauvres, un autre chez les moyens.

Ce contrepoint qui vous fait l'égal de Bach et de Pythagore vous permettra par ailleurs de fricotter avec de vagues notions comme le temps circulaire (le bouddhisme se vendait quand vous faisiez vos études) et l'éternel retour (idem).

Ouaouh, z'êtes trop fort, y'a pas à dire.



2. - Les acteurs.

Ils doivent pouvoir :

i. marcher lentement, bras ballants (courir sur les talons aiguilles est un plus appréciable) ;

ii. posséder en tout et pour tout deux jeux :

- yeux écarquillés, bouche ouverte, vu d'en haut (le front doit apparaître bombé) ;
- yeux écarquillés, bouche ouverte, vu du menton (cela permet de donner l'impression qu'on voit le visage à traver un judas).

Dans les deux cas, ces jeux de faciès ne demanderont pas un jeu corporel. Il n'est pas demandé qu'ils expriment autre chose qu'une stupeur inquiète.

La préférence ira aux acteurs à la bouche légèrement tordue (ce qui accentue le côté "auteur" du film). Une certaine forme de laideur sera appréciée.

Bien évidemment, pour contrecarrer la laideur des acteurs et soulager l'instinct catherine-millettien de toute élite qui se respecte, quelques minettes pourront être exhibées en plan complet.



3. - Le décor.

Dans la mesure où vous vous réfugierez derrière l'excuse de votre scenario, vous n'aurez aucun scrupule à foncer dans tous les poncifs. Usez donc :

i. de chambres grises d'hôtels ;

ii. de barbecue ;

iii. de couloirs où l'on peut tout juste passer ;

iv. de fenêtres sales ;

v. de meubles type seventies revival ;

Ces éléments vous classent d'office parmi les réalisateurs intellectuels. Il vous faut vous démarquer, maintenant. Pour cela, la lampe de chevet posée sur un meuble, éclairant violemment un mur, est une idée de base déjà employée mainte fois, que vous pourrez donc resservir sans scrupule.

Faites de même avec les portes. Surtout que les portes, ça a un symbolisme de bazar assez épatant : le passage, l'au-delà, la menace, le monstre, la vie, la mort, la mère, la naissance... On peut tout faire dire à une porte. Suffit de filmer un de vos acteurs en train de s'y engouffrer ou d'en jaillir dans le bon sens, et le message passe sans souci.



4. - Comment maintenir le spectateur éveillé ?

Faire artiste ne s'invente pas. Ca se copie très bien en revanche. Sauf que lorsque c'est raté, le spectateur est susceptible de s'emmerder grave - surtout qu'un film d'artiste, ça dure vingt minutes ou trois heures. Entre les deux, pas d'alternatives.

Vous pourrez donc maintenir l'attention par une savante gradation :

i. Filmez en gros plan, zoomez sur les visages. Les caractéristiques physiques de vos acteurs feront que le spectateur ne pourra que fixer à son tour ces yeux ouverts comme des viols imbéciles ;

ii. Quand la technique est rompue, utilisez la tirette de zoom de votre Super-8 pour zoomer/dézoomer. Normalement, l'accoutumance est suffisamment lente pour que le spectateur doive se crisper sur son fauteuil pour arriver à suivre ;

iii. Lorsque le spectateur est habitué, augmentez le son de la zique pseudo-contemporaine, digne héritière de l'arnaque boulézienne, que vous avez mis en fond. Pour des raisons de budget (et ça fait plus chic), vous avez loué l'orchestre des joyeux garçons bouchers de Windsor, et vous les faites jouer de grands coups de zique moderne et d'archets de même. Faites grinçant, mais expressif : ça doit bien faire tralatralatralatralatralaaaaam quand le danger monte, zimboum-pan quand le danger survient.

iv. Enfin, même lorsque la musique pedereckienne ne fonctionne plus, reste l'arme fatale : le stroboscope. Flashouillez dans tous les sens. Même le Bad qui avait posé sa tête contre le mur pour somnoler, se contentant d'écouter entre deux changements de position pour cause d'énervement grandissant, sera obligé d'ouvrir les mirettes pour en avoir plein la gueule, de votre film d'ââââârt.



5. - Conclusion.

Il y a quelques années, Mulholland Drive ne m'avait pas du tout convaincu.

Décidément, Inland Empire est un étron légèrement parfumé de Chanel pour faire plaisir aux péteux à foulard. C'est creux, c'est vide, c'est mauvais. C'est facile, sans ambition, sauf celle de prendre une pose que l'on espère élégante et attendre les prix dans son petit smoking que l'on a délicatement lissé du plat de la main.

Il y a des films de vidéastes qui disent dix fois, vingt fois, cent fois plus de choses que cette farce à gros plans et à petits effets.

Ce qui m'énerve le plus, c'est qu'alors dans la salle tout le monde s'est enfui terrorisé, personne n'oserait dire que c'est nul, par peur de passer pour un imbécile abscons.

Bah, ça me fera au moins un sujet de conversation, cette daube.

24/02/2007

24/02/07 - 02:30

CDLXXXVIII. Contes modernes (13) : Homme fauteuil.



« Vous avez tort. »

Ses dents étaient déchaussées. Il gloussait pour ce que j’en voyais. Doucement dans la pénombre. Étirant sa lèvre lentement sur ses gencives défaites. Il avait fait la totale. Rien n’était épargné. Fauteuil – lampe – abat-jour.

Le débris de son corps, angles s’extirpant de la carapace du fauteuil. Restes de rosace, plombs tordus vers l’extérieur d’une bouche, pagure aux pattes constellées de vermine.

Il toussa. Il serra les genoux dessus les coussins, petit enfant pris en faute. Il tira son bras sur le bras du fauteuil, poussa l’une des extrémités jusque vers le guéridon à sa gauche. Le verre attendait, préparé.

« Votre mort ne laissera rien. Vous n’êtes pour l’instant qu’une ombre sur mon doigt. On vous a instillé l’existence, larve de laboratoire. Imaginez-vous. Vous n’êtes qu’à peine une morve, un reste, un déchet. L’on vous a pris, tourné, exposé. Contre une pipette collé, la seringue vous a poussé jusqu’à ce que votre peau cède, et que vous viviez par ce simple geste. Miracle ! La vie. Cette simple exhalaison d’une seringue – le rêve poussé par une machine dans un corps fait pour mourir.

« Vous voulez vous déplacer. Vous me haïssez. Qu’y puis-je ? Je ne suis pas à votre mesure, vous le savez – votre petite ambition de sentiment pour moi ne vient que de là. Pauvre être. Vous ne vous traînez du froid à la chaleur que pour finir, larve parmi les larves, boue la plus infecte, là où l’abomination n’a pas de nom. Vous n’êtes qu’un diminué, le résidu d’un espoir qu’on a enfermé et laissé hurler, des années durant, dans une geôle d’acier sans rien voir, sans rien entendre, sans se nourrir de rien que le passage d’un souffle, parfois, sous la porte. Vous n’avez pas eu des années : vous avez eu des siècles. Et vous avez joui de votre répugnance.

« Vous espérez bien, situation aidant, que je vais vous faire une révélation. Quelle qu’elle soit. Au contraire, que je vous enferme dans votre discours misérable. Rien. Que dalle. Nib. Je ne vais même pas vous faire le coup de l’ineffable. Vous avez suffisamment d’âge pour comprendre que c’est jamais qu’une arnaque. Aussi pour savoir que vous n’allez pas vous mettre à pleurer. Il y a pire.

« J’aurais pu ne pas être là. »

L’une des pattes glissa sur le cuir du meuble, l’angle du pantalon et gratta l’escarre de la joue. La croûte tirée vint entre les ongles déformés. Ils étaient jaunes, épais. Striés. L’un d’entre eux se relevait étrangement. Il s’essuya les lèvres, posa le caillot sur la cuisse. Tissu couvert de peaux séchées – traces de salive séché. Pinça les lèvres. Renifla.

De nouveau silence. De nouveau la poignée tordue remonta, les angles se découpèrent, ombres vives dans l’ombre. Il s’effila le nez qui dépassait. Les algues de son cou s’étirèrent, il hissa sa tête hors du fauteuil.

« Vous avez désespérément, inévitablement tort.

« Vous n’avez rien à faire qu’à fouiller la pièce. Chercher. Bien entendu, vous imaginez certainement passer par tous les stades : commencer par le compliqué, pour vous dire en fin de compte que tout ne peut être que là, au plus évident, posé sur le guéridon. Vous ne parviendrez à rien. Dès le moment où vous êtes entré, et même avant, tout était scellé. Au pire vous y aurez perdu du temps. Au mieux vous serez suffisamment à bout de nerf que le dénouement vous sera salutaire, espérant encore, imbécile, que vous allez savoir.

« Vos gestes ne sont là que pour vous occuper. Vous rêvez d’une vie qui vous échappe.

« Chacun de vos gestes, chacun de vos instruments de liberté. Pour moi. Chacune de vos constructions. Pour moi. Vos bras, vos jambes, votre corps sculpté du début à la fin. Pour moi. Et vous n’êtes qu’un ramassis de déception. Vous en avez suffisamment conscience pour ne même pas oser vous débattre. Cela vous plaît, en somme, que je vous dise cela. L’avilissement, en fin de compte, est aussi un moyen d’exister. »

De nouveau dans le fauteuil il y eu le geste de se frotter la joue. Il se leva. Il était mort.


22/02/2007

22/02/07 - 23:34

CDLXXXVII. - Moi et ma grande...



On s'est dit que dans un cas comme ça, il ne faudrait pas évoquer des choses, des pensées.

On s'emballe. On dit la connerie. On fait peur.

Puuuuutain mais pourquoi je ne sais pas la boucler ?



(et maintenant je pense à la fin de Dark Passage.)


21/02/2007

21/02/07 - 20:53

CDLXXXVI. - Qui se souvient d'Érostrate ?



- 1 -


Je n'ai pris que trois jours, et j'avais cent et quelques messages qui m'attendaient. J'ai passé une bonne partie de la matinée à les lire.

Soit on veut me faire croire que je suis vital, ce que mon salaire ne me fait pas accroire, soit je suis une larve susceptible de tout accomplir, à la demande.






- 2 -


Je n'ai rien foutu de ma journée. J'ai horreur de ça, surtout lorsque je suis payé.

Le farniente, lui, ne me gêne pas.






- 3 -




En réunion, il y a plusieurs manières de s'imposer plus ou moins progressivement.

i. La Socrate : rester calme, écouter poliment menton dans la main, faire des soupirs quand l'autre dit des conneries, rouler des yeux, regarder ailleurs. L'autre s'énerve ou vous interpelle, vous le regardez l'air ahuri et vous commencez à dire posément pourquoi tout ça n'est qu'un immense ramassi de fadaises ;

ii. La Jarnac : écouter tout sourire, faire deux-trois blagues, puis poser une question bien déstabilisante en raillant et rappelant un point faible que seul vous et l'interlocuteur connaissez. L'autre la boucle et vous pouvez remettre le tout dans son droit chemin ;

iii. La Héron d'Alexandrie : vous êtes gai, poli, posé, puis vous montez en graine comme une cocotte minute, vous fulminez, vous tempêtez, vous vous agitez sur votre siège en exigeant qu'on vous laisse parler, la vapeur sort de partout, sauf qu'en général en phase de vous vous avez un autre disciple de James Watt ;

iv. L'Érostrate : vous tempêtez et criez d'office, dès le début de la réunion vous sortez la scramasaxe et parlez fort. Personne ne la ramène ou du moins tout le monde se défend piteusement. Plus tard, vous vous calmez, et, soulagés, les assistants accèdent à toutes vos exigences.

Personnellement, je préfère être Socrate ou Erostrate. C'est plus calme, et plus posé. Aujourd'hui, j'ai eu droit à un Erostrate de première. Sauf que dans ces cas le seul effet sur ma petite personne est de m'énerver et m'assoupir, me rendant indifférent.







- 4 -


"Depuis si mois environ, les préfets de la République sont priés d'adresser, chaque semaine, un "rapport très court" au ministère de l'Intérieur. Ce rapport doit parvenir chaque jeudi "avant 18 heures" sur la messagerie interne : "SGCAB-PREF-INFOS (SGCAB)". C'est la boîte à lettres électronique de Bernadette Malgorn, secrétaire générale du ministère de l'Intérieur. Les thèmes étudiés sont, selon l'un des préfets sollicités par Sarko, "très loin des compétences du ministère de l'Intérieur, mais plutôt en rapport avec la préparation des élections".

"Ainsi, les préfets ont dû plancher, avant le 1er février, sur le sujet suivant :

"
La situation des travailleurs pauvres dans votre département, état des lieux, sensibilité du thème dans l'opinion publique, perspectives d'évolution."

"Pour le 8 février, Sarkozy leur a commandé une note sur "
l'état d'esprit du monde agricole à la lumière des élections aux chambres d'agriculture et d'enjeux tels que la réforme de l'OMC, le développement durable, l'agriculture raisonnée".

"Autres sujets déjà traités : "
les problèmes de logement", "la question du pouvoir d'achat", "la décentralisation".

"Commentaire du même préfet : "
C'est vraiment la première fois que l'on nous fait aller si loin."

"Voilà pourquoi un candidat qui se pique de ne pas utiliser l'appareil d'Etat."



Source : Le Canard enchaîné du 21 février 2007.






- 5 -


Ma citation, sans Sire Constance cette fois :

"Ibant obscuri sola sub nocte per umbram
perque domos Ditis vacuas et inania regna.
"

20/02/2007

20/02/07 - 23:59

CDLXXXV. - RAH !!!





Deh, vieni alla finestra, o mio tesoro,
Deh, vieni a consolar il pianto mio.
Se neghi a me di dar qualche ristoro,
davanti agli occhi tuoi morir vogl'io.

Tu ch'hai la bocca dolce più che il miele,
Tu che il zucchero porti in mezzo al core,
Non esser, gioia mia, con me crudele,
Lasciati almen veder, mio bell'amore !


20/02/07 - 19:57

CDLXXXIV. - Choses lues.



"J'appartiens à une génération qui a recherché la beauté, le bonheur. Aujourd'hui encore, il m'arrive de partir en voyage pour retrouver des camarades avec qui j'ai été heureux. Il en reste, on s'amuse à nouveau ensemble, on fait des blagues. De temps en temps, il y en a un que l'on ne trouve plus, parce qu'il est passé dans une autre vie ou dans un autre songe. "

20/02/07 - 14:32

CDLXXXIII. - Choses vues.



À la supérette, une jeune femme, séduisante et belle, achetait en tout et pour tout une énorme banane. Elle la pressait tendrement dans sa paume, ses doigts parfois se resserraient plus lentement sur le fruit. Main contre poitrine.

Elle m'a regardé.

J'ai souri.






La citation de Sire Constance :

"Y todo a media luz."

19/02/2007

19/02/07 - 22:58

CDLXXXII. - Du listage de déréliction.



- 1 -


Envie d'entendre une voix, mais timidité de déplier le téléphone. Et que dire ?






- 2 -


Dans la rue, vers Saint-Denis, deux hommes se battaient en se crachant dessus. Ils se hissaient sur la pointe des pieds, tiraient leur corps en arrière et tendaient le cou comme lorsque l'on veut humer des flocons de neige.

D'un bout à l'autre de la rue, la salive partait. Ils avaient tous les deux le même sac d'alimentation rapide à la main, ce devait être le prétexte de la dispute.






- 3 -


Vu un film tarlouzesque, Boy Culture, de Q. Allan Brocka, afin de me rappeler quelle est ma sensiblerie et les trucs qui peuvent, un instant, me faire sourire d'une bluette homo et croire qu'il y a un espoir quelconque. Indéniable c'est cependant que Derek Magyar, Darryl Stephens et Jonathon Trent ont plus été choisis pour leurs yeux de biche et la pulpe de leurs lèvres que leur capacité dramatique. Et que j'irai aussi acheter le livre, tiens.

Néanmoins, cela reste un film sur le silence et le non-dit... qui m'a évoqué beaucoup de choses. Non la simplicité stupide des relations amoureuses - quoi que - mais le problème & la question de l'aveu. Il y a des mots que je ne dis jamais - ou que je n'ai dit qu'une fois ou deux, peut-être, réellement, sincèrement. Et en fait le plus souvent trop tard.






- 3 -


Rentrant j'ai fait un détour, comme je le fais souvent dans ces cas, pour marcher et traverser un pont ou deux. Même si je le fais toujours rapidement, j'ai toujours un certain plaisir à sentir l'eau sous moi. C'est mon évasion minable - mon emmenez-moi au bout de la terre.

Comme à chaque fois, je suis revenu par Saint-Michel. Comme à chaque fois, je suis passé par le même passage clouté. Comme à chaque fois, j'y ai repensé - plus que d'habitude - allant jusqu'à regarder autour de moi pour vérifier - quand le plus souvent je me contente d'un oeil rapide.

J'étais un peu démonstratif, avec le premier garçon avec lequel je n'ai pas eu nécessairement des relations quelles qu'elles soient, mais avec lequel ces relations étaient du domaine du conscient et du volontaire. Non que je l'appréciais réellement. Plutôt je me jouais une scène, pour lentement me persuader la chose - moi, moi, moi, je pouvais avoir des relations homosexuelles et en plus apprécier cela.

Nous nous tenions par la main, chacun tout fier de son aubaine. Pas très longtemps : à partir du pont qui donne sur la Cité. Au passage piéton, trois types derrière se sont mis à nous insulter, disant que nous devrions avoir honte, que c'était un scandale, qu'on était de sales lopettes, des erreurs de la nature, etc. Ils nous ont encerclé, ont donné une bourrade.

Dans ces cas-là, on n'est pas héros : le feu était vert, on a couru sur toute la place, poursuivis. On était samedi après-midi, personne n'a réagi.

Je me souviens n'avoir pu manger ou dormir durant plusieurs jours.






- 4 -


Depuis samedi, je me bats avec une toile. À voir son état à ma droite, je dirais que je ne suis vraiment pas fait pour l'abstrait. Actuellement, c'est moche.

Je n'arrive pas du tout à faire ce que je veux. Peut-être faudrait-il que je m'extraie du tracé au plomb, pour mariner le tout au couteau, comme cela vient.

On se sent tout de même dégoûté et vide, dans ces cas. Et je ne sais plus que faire. Demain, je ne me sens pas le courage de m'y remettre - mais comment m'occuper, alors ?






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Depuis le temps que je n'avais pas fait de liste de lecture...

i. Mémoires d'un incapable, de Cazaux et Qwak : plongée dans ma vie de dans quelques années ;

ii. Terre des hommes, d'Antoine de Saint-Exupéry : collation d'articles divers qu'il avait publiés en ses périodes de disette, et où il enchaîne les formules ronflantes comme d'autres les hommes sur le tableau de chasse ;

iii. Le Stradivarius perdu, de John Meade Falkner : une petite nouvelle gothique classique mais nettement plus originale que des romans d'épouvante plus réputés du XIX° ;

iv. L'art de la fugue, de Stephen McCauley : un roman qui commence comme une bluette de telenovelas pour pédés en excès de Kleenex et qui se finit comme un vrai et bon roman ;

v. Sarah, de J. T. Leroy : comment me rappeler que j'ai vingt-sept ans et que je n'ai rien fait de viable jusqu'à présent - Leroy avait dix-neuf ans lorsqu'il l'a publié ;

Addendum du 8 des calendes de mars MMDCCLX A.U.C. : Effectivement, un Lecteur attira mon attention sur le fait que le personnage de J. T. Leroy était un canular, monté par Laura Albert et Geoffrey Knoop. Etant donné que, lisant, je n'avais aucune donnée sur l'alentour compassionnel construit autout de Leroy (Sarah serait une autobiographie, etc.), je me suis contenté de lire un roman. Et, quoi qu'on dise, ce roman est un bon roman.

vi. De sang-froid, de Truman Capote : y'a un blème dans l'édition Folio, j'ai trente pages qui ont sauté, je dois reconstruire un bout du roman...

vii. De l'autre côté de Corto, Hugo Pratt, entretiens avec Dominique Petitfaux - on est maltesien ou on ne l'est pas.






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Pour ceux qui pensent que je suis un maître et dont les pensées s'alignent sur mes éructations, je pense que soit je ne vais pas voter soit je voterai pour Marie-Ségolène Royal. Non que j'adhère intégralement. Mais la raison... et la mémoire.

Addendum du 8 des calendes de mars MMDCCLX A.U.C. : Comme cela est de notoriété publique - n'hésitant pas à m'en targuer - je n'ai pas la télé. Hier, je m'étais promis de trouver un bar pour regarder l'émission. Mais la flemme, la tête vraiment ailleurs... Par conséquent, mon opinion présente n'est pas la conséquence d'une influence récente liée à un effet d'annonce incertain.

Effectivement, la semaine passée, pendant que des programmes à l'utilité aléatoire tournaient, j'ai passé pas mal de temps sur les sites des différents partis qui présentent un candidat - on va dire que malgré tout je ne me suis pas formé une opinion objective, en ce sens que j'ai omis la quelque quarantaine de candidats déclarés ou non dont le score est infinitésimal et qu'on ne connaît qu'à travers les statistiques d'audience du C.S.A. (minuscules de l'Histoire, qui ne resteront dans les mémoires de quelques khâgneux d'ici quelque siècles que parce que le souffle du déplacement des géants les aura effleurés, comme Orlie-Antoine Ier et Marguerite Steinheil). Bon.

J'ai donc lu les discours de Nicolas-Paul-Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, puisque ce brave homme se contente d'en faire et de n'avoir pas de programme. J'ai regardé, de façon assez amusée, les interventions de ses deux porte-paroles, qui ressemblent plus à des aboiements de chiens de garde plus que des critiques constructives.

Je me suis ensuite offert les invectives tout azymuths du quasi-candidat du Front National, ses promesses contradictoires, faites d'un subtil mélange de rancoeurs touillées doucement sur l'air de la Frônce-en-perdition-et-que-c'était-mieux-avant (sauf que les gonzes qui ont sucé la Jeanne d'Arc revisitée par les hussards noirs de la Troisième ne sont plus très vivants, maintenant, tout comme les afficionados de Charles Maurras), de protectionnisme frileux et de libéralisme outrancier à la Milton Friedman première manière.

J'ai fait un petit tour sur le site des néo-trotkystes qui, sorti de son slogan plus que séduisant - Nos vies valent plus que leur profit - n'a plus grand'chose à proposer que du populisme simpliste. L'ancien premier parti de France, le P.C.F., lui est d'un vide absolu. Coque de noix.Il fut un temps où l'innovation politique venait de la gauche. Désormais, ce parti m'a l'air complètement débordé, tentant de maintenir sa légitimité en tant que parti monolithique par l'accaparement des propositions des nouveaux révolutionnaires - ce qui est assez paradoxal : l'organisation du communisme-léninisme ne favorise pas la dissidence, et le P.C.F. désormais essaie de parler au nom des dissidents (ultra-verts, anti-mondialistes...) qui sont bien gênés d'être ainsi récupérés - mais comment sinon auraient-ils accès au champ politique légitime ?

J'ai, encore, la tentation du troisième homme. Pourtant je me souviens qu'un homme ne gouverne pas seul - surtout avec la moûture actuelle de la Cinquième chiraquienne, où l'on nous a vendu l'arnaque du quinquennat : il faut avoir la Chambre, et la Chambre ne risque pas d'être gagnée avec ce troisième homme-ci. Le Gouvernement serait un gouvernement de compromis - ou, plus sûr, une équipe qui n'aurait rien à voir avec le Président. Un nouveau type de cohabitation, plus absurde que les précédentes. C'est dommage de devoir mettre de côté un candidat qui a réellement acquis la stature d'un grand homme d'Etat (titre que je n'octroierais pas à M. Sarkozy) à cause d'un calcul mesquin sur les législatives.

Cependant - si je n'adhère pas intégralement à certaines propositions du P.S. telles que résumées dans les 100 points - si je me pose la question du financement (mais cette question est valable pour toutes les politiques, tous les programmes) - je me dis que ce programme reste le plus proche de mes convictions, et est celui qui sur le long terme est le plus réaliste. Il a, d'une certaine manière, le courage d'assumer des dépenses actuelles et de poser certaines questions, plutôt que de verser dans la promesse de l'immédiat, dans l'oubli complet des conséquences de telles déclarations tonitruantes. Si je n'aime pas les "petites phrases", je trouve cependant que l'appellation "France de l'affrontement" résume un peu trop bien les promesses de l'U.M.P.

Et donc... il reste...

De manière plus large, avec le temps je me dis qu'il faudrait vraiment relooker notre Constitution. Le quinquennat l'a considérablement vieillie, pervertie, détruite.






- 7 -


L'incipit à la mords-moi-le-noeud de circonstance avec l'item 6 :

"Remember remember the fifth of November
Gunpowder, treason and plot.
I see no reason why gunpowder, treason
Should ever be forgot...
"


19/02/07 - 00:24

CDLXXXI. - En jugeant, en constatant.



Par hasard dans le miroir : à force de traîner, le pantalon était plus bas que la ligne de ceinture. D'où deux constats :

i. J'ai minci : le pantalon tombe ;

ii. Le caleçon qui dépasse du pantalon, ça ne me va vraiment pas.






L'incipit à la mode du jour :

"La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres."


18/02/2007

18/02/07 - 12:52

CDLXXX. - De la moussaka.



- Tendre père, que nous vaut l'honneur de votre délicieuse visite ? demanda alors Lord Isaac Windsor and Beaconsfield, prénoms que le faux avocat, grand admirateur de l'Angleterre, avait donnés au plus jeune de ses enfans, âgé de quatre ans.

- Je vais préparer mon petit déjeuner, bambinet, répondit Mangeclous.

- Qui sera ? interrogea avidemment Moïse, âgé de cinq ans et dont les prénoms supplémentaires étaient Lénine Mussolini. (En cas de révolution triompante, communiste ou fasciste, Mangeclous se prévaudrait du premier ou du deuxième prénom, selon le cas, pour témoigner de son orthodoxie politique). Qui sera ? répéta le jeune Moïse.

- Une légère moussaka qui, vous n'êtes pas sans le savoir, est un délicieux hachis de mouton convenablement mêlé d'oigbnons, de tomates et d'aubergines, ces dernières étant, je le proclame, reines entre les légumes ! Votre sainte mère reçut hier soir mes instructions quant aux préparatifs préalables ou encore préliminaires. Rébecca, digne épouse ! cria-t-il. Quant à vous, chérubins et prunelles, remontez en vos demeures du sommeil car je ne veux pas être troublé durant la création de la moussaka.

Les deux marmots s'aggripèrent à la corde à noedus et regagnèrent leurs couffes suspendues tandis que la porte s'ouvrait et que Rébecca apparaissait, obèse et timide, vêtue à la turque - culottes bouffantes de soie verte, gilet rose tendre, fez à gros glandd'or sur ses cheveux crépus et charbonneux, pantoufles garnies de fausses perles et collier de sequins. Un sourire humble sur ses épaisses lèvres huileuses, elle tenait des deux mains un grand plat de cuivre sur lequel la viande hachée était entourée d'aubergines, de tomates et d'oignons, le tout coquettement présenté, mais non cuit.

- Que cette journée te soit propice, ô mon bey, dit-elle, rougissante.

- Je te salue avec respect et affection vos cent vingt kilos, jardin de mon âme.

- Ô mon capital, pourquoi tu me dis vous ?

- Par déférent amour, aimable Rébecca, répondit le galant en s'inclinant. Combien hachâtes-vous de viande ?

- Mais un kilo, comme tu m'as dit, joyau ! répondit Rébecca, se sentant déjà coupable.

- Est-ce du mouton véritable ? demanda Mangeclous, l'oeil méfiant et scrutateur.

- Parole d'honneur que mouton c'est ! Que je perde mes yeux si mouton ce n'est ! Mouton c'est !

- Il suffit, ordonna Mangeclous, écoeuré par le langage de cette ignorante.

- Seigneur mari, vingt drachmes la viande elle a coûté, vingt drachmes au boucher je dois lui apporter ! Que noire année me vienne si mensonge je dis ! Vingt drachmes, sur ma vie !

- Les voici, dit Mangeclous, et n'omettez poçint de me remettre avant vesprée un reçu dûment signé pour bonne et valable quittance. Et mantenant approchez çà, car j'ai une mission à vous confier.

Il lui parla à l'oreille et les deux bambins, rondez têtes hors paniers balancés, mirent leurs mains en cornet pour tâcher d'entendre.

[...]

La malheureuse sortie en grande perplexité, Mangecxlous se mit en devoir d'allumer le fourneau à charbon de bois sous les regards perçants des deux marmots à moitié sortis de leurs couffes. Cela fait, il leva les yeux vers eux, leur lança des baisers avec ses doigts.

- Petits chevreaux, leur dit-il, maintennt que Dieu merci nous sommes entre hommes, parlons peu mais parlons bien.

- Et correctement, dit Lord Isaac.

- J'ia compris l'allusion, mon cher, dit Mangeclous, mais respect à celle qui donna le jour. Voici, l'heure est venue de vous initier à la moussaka qui est mets de roi. Suivez-moi donc bien en mes préparatifs afin qu'en votre âge adulte et devenus riches à l'extrême limite de la richesse, vous puissiez à votre tour vous préparer votre breakfast matinal. Je vous permets même de quitter votre altitude et d'atterrir auprès de moi afin de mieux apprendre et comprendre.

Fortement observé par les deux petits promptement descendus, il versa libéralement de l'huile dans la marmite déjà posée sur le fourneau. Sifflotant de délicieuses attente et très à son affaire, il coupa ensuite avec une dextérité étonnante six tomates, six oignons et douze aubergines, jeta le tout dans la poêle fumante, ajouta le mouton hâché, s'ssuya les mains à sa redingote qu'il ôta car il avait chaud. Torse nu, il poivra et sala puis remua et tapota, humant fort et fredonnant gras.

- Voilà, messieurs, notre moussaka est à point, anonça Mangeclous une demi-heure plus tard, après avoir goûté. La laisser plus longtemps sur le feu lui serait funeste. Retirons donc cette marmite. Maintenant ajoutons ces trois oeufs battus, vous voyez, mes adorés, je les ajoute afin de donner du suave à l'ensemble, puis je presse ce citron pour l'enchantement de la langue qui en sera délicieusement picotée. Voilà qui est fait, et je vais manger ! Vous pouvez vous approcher, mes chéris et bonbons, et même sentir si tel est votre désir et souhait. Dites, minuscules de mon coeur, n'est-ce pas une merveille que cette moussaka ? Mange-moi ! semble-t-elle crier, ne trouvez-vous pas ?

- Mangez-moi au pluriel, crie-t-elle plutôt ! dit finement le petit Isaac dont l'allusion passa inaperçue, son père étant occupé à puiser dans le délicieux mélange avec une louche qu'il huma puis mit sous le nez des deux petits avec un bon sourire.

[...]

Branle-bas de mangement enfantin ! cria-t-il d'une voix forte.

Comprenant aussitôt le sens de ce commandement, les deux frérots sautèrent d'un bond hors de leurs couffes, sans l'aide de la corde à noeuds et au risque de se rompre les vertèbres. Sans dire un mot, ils se munirent prestement de cuillers, se mirent à table en hommes d'action et s'alimentèrent avec efficacité sous les fiers regards de leur père. "Mangez du pain aussi, leur disait-il, beaucoup de pain car il augmente le plaisir de remplissement ! Mais si dans votre précipitation une tranche de pain tombait à terre, ne manquez point de lui demander pardon et de lui donner un baiser ! - Oui, oui, on sait, répondaient les deux petits, très occupés. "

Sublime de moralité et le poing sur la hanche, Mangeclous contemplait avec attendrissement le spectacle du bonheur dont il était l'auteur, admirait ses rejetons qui se remplissaient en techniciens, menottes actives et bouches diligentes, petits chapeaux hauts de forme allant et venant au rythme des maxillaires. Soudain, il estima opportun de se rendre un juste hommage public.

- Je me sacrifie pour mes enfants car je suis bon ! déclara-t-il. Je leur ai cédé les neuf dixièmes de ma moussaka ! Tant pis si je me sous-alimente, tant pis pourvu que mes enfants soient heureux ! Donner du bonher à ceux qu'on aime est la loi suprême !

La beauté de ses paroles le bouleversa et plusieurs larmes coulèrent sur ses joues décharnées cependant que les deux petits mastiquaient activement. Se gardant de les essuyer, il s'approcha du miroir accroché au-dessus de l'évier, s'assura qu'elles étaient bien visibles.

- Je suis profondément ému, dit-il à haute et intelligible voix.

Cette déclaration avait pour but d'attirer l'attention des petits mangeurs, pendant qu'il était temps encore car les cinq larmes, chauffées par les pommettes ardentes du phtisique, allaient bientôt s'évaporer. Mais les deux ingrats, trop occupés, ne levèrent pas la tête. Cinq larmes, perdues, gâchées !


Albert Cohen, Les Valeureux, Folio Gallimard, pp. 64-75.


18/02/07 - 02:20

CDLXXIX. - Son.



Le vieil homme ne distinguait plus les cordes de sa guitare. Elles se perdaient. Seuls les sommets des frettes, oiseaux fins, se dégageaient en ondulations bleutées sur les hautes montagnes neigeuses. Ses yeux et ses lèvres se perdirent un peu plus dans les ramures de sa peau. Il leva un instant les yeux, légèrement égaré, réarrangea le mouchoir dans la large poche de son pantalon.

Les hommes avaient pris une couleur foncée, et la lumière découpait des prismes dans les corps. Parfois, quelqu'un allumait une cigarette. Mais les taches innombrables se dissolvaient dans l'éclat d'un projecteur. D'autres s'étiraient, devenaient brumeuses pour se fondre enfin dans de larges irisations. Devant lui, il y avait de l'eau, et sur cette eau respiraient les facettes d'opale de sa myopie.

Lentement, sa main se hissa de nouveau sur le manche. Lentement, il posa l'ongle sur la frette qu'il voyait. Lentement, sa tête s'inclina et il vérifia que la guitare était calée . Son pied arrêta de trembler. L'horizon était beau, là-bas.

Dans ses rides se répandirent les lointains.

"Dos gardenias para ti, con ellas quiero decir..."


17/02/2007

17/02/07 - 01:44

CDLXXVIII. - Du vide.



Mon esprit vide. Mélange de fatigue, de lassitude de soi et de corps. Comme souvent alors, j'ai la tentation d'écrire, la page reste blanche. Elle ne pourra que rester blanche. Je suis assis, je sens les angles de cette chemise trop courte qui me scient les aisselles - mais qui fait si à la mode, j'ai déjà de la fatigue et il est tard. Je ne peux prendre de douche, pour n'être pas trop bruyant. Pourtant, cela couvrirait les gémissements de ma nouvelle voisine.

Je m'étire, mains derrière le crâne. Le pan de la chemise remonte sur mon ventre.

Les heures s'enchaînent en bas de l'écran. Je n'ai toujours rien écrit. Je ne sais pas quoi écrire. J'ai le désir, mais rien qui le soutienne. C'est un fantôme ténu qui se lève et me pousse à l'enquête, grinçant dans son armure tombale.

Hamlet ! Hamlet !

Les cheminées de la ville se sont longtemps endormies. Les fenêtres bleues ont fini de papilloter. L'oeil serpent démon est là, dans le blanc de l'écran. Il faudrait que ce soir je fasse. Je n'ai pas pu peindre, bloqué. L'idée simple de mettre en oeuvre a été bloquée, et j'étais dans le canapé, à y songer, me l'interdire.

Hamlet ! Hamlet !

Continuer, poursuivre : bouger, vivre. Le ciel infime entre les briques ne suffira jamais pour tout ce qu'il doit faire. Les airs légers, les couleurs pures sont comprimés dans chaque pli de mon pantalon. Cherche cet air de guitare, bute sur la première mesure. Non, pas comme ça. Je fredonne : il est en tête, mais ne sort pas. Tout est en tête mais ne sort pas.

Hamlet ! Hamlet !

L'oeil sémaphore est là. Il m'attend me fixe m'éprouve me jauge. Mon corps d'assis ne s'enfuit pas. Il le faudrait, il le faut, il le faut, il le faut. Mais non... Le silence continue dans la page à remplir.






" O! answer me :
Let me not burst in ignorance; but tell
Why thy canoniz’d bones, hearsed in death,
Have burst their cerements ; why the sepulchre,
Wherein we saw thee quietly inurn’d,
Hath op’d his ponderous and marble jaws,
To cast thee up again. What may this mean,
That thou, dead corse, again in complete steel
Revisit’st thus the glimpses of the moon,
Making night hideous ; and we fools of nature
So horridly to shake our disposition
With thoughts beyond the reaches of our souls ?
Say, why is this ? wherefore ? what should we do ?
"

16/02/2007

16/02/07 - 13:25

CDLXXVII. - En rondant, en printemps.




Rose, liz, printemps, verdure...
Guillaume de Machaut

Rose, liz, printemps, verdure,
Fleur, baume et tres douce odour,
Bele, passés en douçour,

Et tous les biens de Nature,
Avez dont je vous aour.
Rose, liz, printemps, verdure,
Fleur, baume et tres douce oudour.

Et quant toute creature
Seurmonte vostre valour,
Bien puis dire et par honnour:
Rose, liz, printemps, verdure,
Fleur, baume et tres douce oudour,
Bele, passés en douçour.

14/02/2007

14/02/07 - 23:04

CDLXXVI. - Puuuuuuuuuuutain de boooooooordel de sa rrrrrrrrrraceuh !!!



Fausse manip.

Je viens de perdre un texte. Il a été engouffré par un ventre insatiable et en tout cas qui ne me le restituera jamais.

M'en fous. Je recommencerai demain. Je me souviens des idées principales.

N'empêche. Faiche. J'avais trouvé de belles expressions.

Meeeeerdeuh !!!






L'incipit à la mode du jour :

"Glad tient l'os de raton laveur au-dessus de ma tête comme une auréole."

14/02/07 - 20:06

CDLXXV. - Question de savoir-vivre.



Lorsqu'après une boutade un Commissaire aux comptes, tout sourire, a posé sur mon bureau une rose le mercredi 14 février, comment dois-je le prendre ?

Pas le CAC, le geste.

Elle est longue, magnifiquement pourpre, mais elle n'a supporté que difficilement les heures de bureau sans eau.

Ceci étant, le soir aussi était beau : ciel immensément dégagé, et le soleil faisait une large bande de rouge Titien entre les nuages, pendant qu'on me posait une question sur la revalorisation des arrérages prévoyance.

13/02/2007

13/02/07 - 22:59

CDLXXIV. - Pensers rapides.



Il y a quelques temps, j'avais émis des doutes quant à l'utilité des "groupes" sur ce site.

J'avais cédé alors à la facilité, et fais ce que toute personne aussi stupide que moi ne pouvait que faire : créé un anti-groupe. Je m'étais complu dans les petites jouissances désuettes de l'être et du non-être.

Il y a un peu moins quelques temps, j'avais de nouveau cédé à la facilité : vive la 'Pataphysique.

Sauf que d'aucuns prennent le sérieux pataphysicien pour le sérieux bourgeois. Soit des subtilités private jokesques m'ont échappé, soit c'est réellement inintéressant. Voir le pape Breton s'inviter au pays de Queneau, ça fait toujours étrange.

Allez, on arrête ces idioties. Être en-dehors des catalogues, farfelus ou consensuels, c'est ce qui me convient tout de même le mieux. Les catalogues, c'est moi qui les tiens.

Je n'ai pas cette folie française de me croire grand et important sur la scène du fait de ma gloire surannée. Je connais ma petitesse... la Belgique faite homme, c'est moi.

Et puis j'ai d'autres choses qui me trifouillent que ces querellayeries.






L'incipit trouvé tout à l'heure, sans liaison aucune - et qui ira jusqu'à l'excipit, pour la peine :

"Mon ange, mon tout, mon moi — quelques mots seulement aujourd'hui, et au crayon (le tien) — Ce n'est pas avant demain que mon logement sera définitivement arrêté — Quelle misérable perte de temps pour de telles choses. Pourquoi ce profond chagrin alors que la nécessité parle ? Notre amour peut-il exister autrement que par des sacrifices, par l'obligation de ne pas tout demander ? Peux-tu faire autrement que tu ne sois pas toute à moi et moi à toi ?

— Ah ! Dieu, contemple la belle nature et tranquillise les esprits sur ce qui doit être — L'amour exige tout, et de plein droit, ainsi en est-il de moi avec toi, de toi avec moi. Mais tu oublies si facilement que je dois vivre pour moi et pour toi ; si nous étions complètement réunis, tu éprouverais aussi peu que moi cette souffrance.

— Mon voyage a été terrible ! Je ne suis arrivé ici qu'hier à quatre heures du matin ! Comme on manquait de chevaux, la poste a pris une autre route, mais quel chemin épouvantable ! A l'avant-dernier relais, on me conseilla de ne pas voyager de nuit — on me parla, pour m'effrayer, d'une forêt à traverser, mais cela n'a fait que m'exciter, et j'ai eu tort, la voiture aurait dû se briser dans ce terrible chemin, simple chemin de terre défoncé — sans des postillons comme ceux que j'avais, je serais resté en route. Estherazy, par l'autre chemin, le chemin habituel, a subi le même sort, avec huit chevaux, que moi avec quatre — pourtant j'ai éprouvé un certain plaisir, comme toujours quand j'ai heureusement surmonté un obstacle.

— A présent passons vite de choses extérieures à des choses intérieures ! Nous nous reverrons sans doute bientôt, aussi aujourd'hui je ne peux te faire part des considérations que j'ai faites sur ma vie pendant ces quelques jours — si nos cœurs étaient toujours serrés l'un contre l'autre, je n'en ferais pas de pareilles. Le cœur est plein de tant de choses à te dire — Ah ! Il y a des moments où je trouve que la parole n'est absolument rien encore — courage — reste mon fidèle, mon unique trésor, mon tout, comme moi pour toi ; quant au reste, les dieux décideront de ce qui doit être et de ce qui adviendra pour nous.
"

13/02/07 - 00:34

CDLXXIII. - Mon premier mariage...



... et d'autres choses m'ont fait ruminer beaucoup tout à l'heure dans le métro.

J'en parlerai, pour qu'on pleure mon sort (teasing).



11/02/2007

11/02/07 - 23:06

CDLXXII. - La citation de Sire Constance.



"Tonight we fly
Over the mountains
The beach and the sea
Over the friends that we've known
And those that we now know
And those who we've yet to meet



And when we die
Oh, will we be
That disappointed
Or sad
If heaven doesn't exist
What will we have missed
This life is the best we've ever had"


10/02/2007

10/02/07 - 00:30

CDLXXI. - En sommeillant, en rêvant.



Demain.

Tout à l'heure.

Tout de suite !!!

08/02/2007

08/02/07 - 23:17

CDLXX. - Aguirre, la colère de Dieu.



- 1 -


Lorsque je suis parti, les Klaxons chantaient Golden Skans.






- 2 -


Le métro, à Concorde, était déjà bondé. Un homme était assis sur le strapontin. Je suis serré. Je tangue.

Je me baisse. Je demande s'il peut se lever, s'il lui plaît.

Non, vous avez suffisamment de place.

Je suis complètement séché. Je bafouille que s'il veut faire preuve d'incivilité, alors là...

Je me redresse.

La colère monte terriblement en moi. Mais c'est trop tard. Je ne peux plus me baisser et l'engueuler.

Je me colle à lui, je lui coince les genoux avec mes jambes, je luis fous la sacoche que pour une fois j'ai prise devant le nez. De toute manière je ne peux pas faire autre chose.

Je bous d'une indignation profonde, mesquine, bourgeoisement offensée. Et je lui taraude les cuisses, me servant de lui pour tenir mon équilibre. Minablement vengeur.

Je sais bien que je ferais mieux d'être le lion superbe et généreux. Déjà dans mon esprit de l'escalier roulent les invectives de la bile la plus aigre. Je le traite mentalement de petit con bronzé à la lampe à dézinguer, j'extermine chacune de ses fringues de sport matinal qui puent la richesse paternelle et la satisfaction péteuse, je maudis sa saloperie de diamant véritable qu'il a collé sur sa minable oreille de latin lover puant l'autosatisfaction, je conspue son égoïsme de fils de qui n'est rien sinon ce par ce qu'il a hérité par hasard d'autrui, je chie sur sa tignasse à vingt briques et j'ai extrêmement de mal à me concentrer sur ma méthode d'italien. Je bégaie ma leçon.

Je suis content qu'il descende à Pont de Neuilly. Je n'en pouvais plus de le maudire. Et je suis heureux que chacune de mes injures tues soit avérée.

J'ai pas décoléré de la matinée. Encore heureux que je bossais sur un dossier inintéressant (l'éternelle european embedded value), je pouvais regarder mouliner l'ordinateur en me calmant très lentement.






- 3 -


La coiffeuse m'a exterminé la tignasse. Plus court, elle aurait pas pu. Je crois qu'elle en est si satisfaite qu'elle m'a donné son prénom afin que je m'en souvienne la prochaine fois - j'ai le don d'oublier, peut-être pour n'être pas lié par un clientélisme abscons.

Elle était très contente, pouffait au moindre haussement de mes sourcils, et riait pas mal dès que j'ouvrais la bouche. Généreux pour une fois, je récompensais la mise en scène commerciale d'un pourboire.







- 4 -


J'ai eu sur le fauteuil un moment de terreur silencieuse. Je commence à m'habituer aux faux compliments, qui sont là pour me faire comprendre que je perds lentement mes cheveux (j'espère juste sur ce point avoir suffisamment de conscience pour tout raser lorsqu'il le faudra).

Ma peur était autre. Brusquement, j'ai vu dans l'ombre de ma myopie un linceul dans le miroir, et des cheveux dessus. Alors que la jeune fille continuait de zézailler, dans mon silence je sentais l'effondrement réel du temps.

Je pris une des mèches entre des doigts, et la regardais.

Je suis en train de mourir, et le temps passe.







- 5 -


Il y a des épiphanies imbéciles comme ça.







- 6 -


Il y en a d'autres qui le sont moins.







- 7 -


Je réfléchissais tout à l'heure que j'ai souvent du mal à dire ce que je pense ou éprouve. Autant je l'écris sans pudeur, ou presque, autant ma langue et mes gestes m'échappent et se cabrent.

Je me fais parfois penser à ces caricatures dostoïevskiennes qui agissent toujours contre leur propre coeur et leur propre intérêt, le savent, en souffrent, et pourtant ne s'en peuvent empêcher.

Un soir, un jeune homme revint. Je lui ouvrais la porte, pour qu'il la voie de l'escalier et rentre sans frapper, et faisais semblant de m'affairer dans la cuisine - rangement stupide. Je jouais très bien au type hyper occupé. Comme si sa présence était naturelle.

Tu parles. Cinq minutes plus tôt j'étais en train de lui écrire un texto d'un enthousiasme qui aurait pu l'effrayer...







- 8 -


Enfin bref.






- 9 -


Enfant, j'avais regardé sans y rien comprendre Aguirre. Je viens de le revoir.

Je pourrais faire des litanies pas possible d'analyse.

J'éviterai. Ce film est juste coupe-soufflant.






- 10 -


Lorsque je suis revenu, les Klaxons chantaient Golden Skans.






- 11 -


La citation de Sire Constance à la mode du jour :

"25, rue de la Grange au loups
Je m'en souviens du rendez-vous
Et j'ai gravé dans ma mémoire
Cette chambre au fond d'un couloir
"


06/02/2007

06/02/07 - 21:40

CDLXIX. - Remise des Oscars - Embedded value : 2 ; Bad : 3.



Bon.

Malgré vents, marées, cyclones, typhons, ouragans, maëlstroms, cataclysmes, gouffres, tourbillons, empêcheurs de tourner en rond, glisseurs de peau de bananes, merdeux, branleurs, vantards, jean-foutre, bouillonnements de cravate, bourrasques, déchaînements des Directions Métier, déferlements de messages incendiaires, explosion de vannes, fracas, frénésies de petits chefs, fureurs imbéciles, orages, rafales des consultants, rages des auditeurs, tempêtes, tintamarres d'incompétents, tourmente, trombe, trouble, tumulte, vent, cassure des Critérium, explosion des stylos, fumées des ordinateurs, usures devant SAS, expiration des bases de données, j'ai rendu enfin cette putain de salope de sa race de connerie d'embedded value traditionnelle.

Demain, on passe aux analyses de sensibilité et à l'european.

Vous comprenez rien ? Z'avez raison, c'est jamais qu'aux frontières de l'arnaque intellectuelle, ces trucs.

Cependant, en cette période de remise, je tiens à remercier ma cantine, sa potée auvergnate, ses quiches lorraines, ses soufflés au marron, sa pancetta, ses cuisses de lapin à la tomate ailée, sa génoise au kirsh, ses épinards à la crème, son pavé aux morilles, sa scarole aux foies, ses brownies, sa panna cotta au marsala, son omelette au fromage, sa mousse aux fruits rouges, ses brochettes de viandes diverses, ses lunes au poivron, ses pommes duchesses, ses purées de fonds d'artichaut, ses forêts noires, ses pois cassés, ses fèves au lard, ses méli-mélos d'Auvergne, de poires, de noix et de gésier, ses mousses de citron toujours trop sucrées et son jambon de Savoie où coule lentement un peu d'huile d'olive.

Sans eux, je ne serai pas devenu ce que je suis.

Ni n'aurais survécu assez intact pour résister moralement à l'embedded value. C'est pour cela que je tiens tout particulièrement à dédier cette remise à tous les cuisiniers de la terre, aux bons vivants, à ceux qui aiment le plaisir de la bouteille vide sur une table jonchée de conversation, aux amateurs de sourires légers et timides, à tous ceux qui aiment l'Homme, à tous ceux qui savent trouver de la beauté dans la légère irisation d'un regard vite baissé, à ceux aussi qui prennent leur douche brûlante et en sortent comme d'un combat, à ceux qui chantent devant l'évier en faisant la vaisselle et aux siffleurs dans la rue.

05/02/2007

05/02/07 - 21:50

CDLXVIII. - Je résisterai.



Je ne vous montrerai pas les peintures devant lesquelles je suis resté ébaubi, hier. Tout simplement parce que je m'aperçois que les pâles et sinistres copies que l'on trouve sur le net (énième reproduction de la photo de Jacquotte posant devant Lajo Conde ou Taka dans son nouveau ticheurte de Gap avec Lavic, Poire de Sam O'Thrace derrière en se penchant bien).

Bouche bée, j'étais devant Jour de lenteur de Tanguy. La finesse translucide des petits traits de blancs infimes me fascinaient. Tout comme l'ample ondulation des couleurs du fond, où se dessinent des formes apaisées et pourtant tordues.

Et j'ai soufflé doucement sur les mobiles de Calder, en cachette des gardiens.

Pas loin, un chronophotogramme scintillait... et je restais assis, tête penchée sur le côté, yeux ronds et pleins de lumières.

04/02/2007

04/02/07 - 01:28

CDLXVII. - Citation.



"Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. J'ai désiré m'asseoir à son ombre, et son fruit est doux à mon palais.

Il m'a fait entrer dans la maison du vin ; et la bannière qu'il déploie sur moi, c'est l'amour.

Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins, fortifiez-moi avec des pommes ; car je suis malade d'amour.

Que sa main gauche soit sous ma tête, et que sa droite m'embrasse! -

Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles et les biches des champs, ne réveillez pas, ne réveillez pas l'amour...
"

04/02/07 - 00:20

CDLXVI. - Photos ratées.



Déjà, j'avais fait le tri... j'en ai viré pas mal... Malgré tout, il en restait six qui me plaisaient bien...

Je montre ça à l'ami Z***, qui censure, expédie. L'oeil professionnel. La critique du chirurgien. Mes photos veulent montrer le banal mais ne disent pas grand'chose. Il n'y a rien qui attire l'oeil ni qui qui retienne l'attention sur ces photos. Or si on prend quelque chose, même de banal en photo, c'est pour attirer l'attention sur quelque chose. Mon propos est trop vague, en fait.

Et en plus elles sont légèrement floues.

Groumpf. Pas facile à avaler.

Deux ont presque trouvé grâce. Quoi que... c'est vrai que je suis sûr que si je les mets, maintenant, c'est juste par sursaut d'orgueil, histoire qu'une bonne âme vienne me consoler en disant que naaaaan elles ne sont pas mal. Mué. Allez, flattez-moi, que je ne vous croie pas.

Je ferai mieux.






03/02/2007

03/02/07 - 02:32

CDLXV. - De la fumée, du feu, des pare-feu.



Outre la perte de tout un univers symbolique déjà évoquée, l'interdiction de fumer a bien entendu déjà viré au caricatural. Sans aller jusqu'aux descriptions néo-misérabilistes trouvées dans les journaux ces temps-ci - des fumeurs devenus parias, des petits maréchalistes tout fiers de leur civisme qui vont dénoncer les coupables à leurs responsables hiérarchiques - plus que jamais l'interdiction vire au ridicule. Car elle a concentré les fumeurs - et en plus introduit un système d'hiérarchie assez malsain.

Jadis (il y a deux jours), les fumeurs avaient leurs salles fumeur dans ma Tour. Il y en avait deux ou trois (jamais trop su), pour une quarantaine d'étages. La pause clope se cantonnait donc pour les tabaqueux à prendre l'ascenseur, entrer dans une salle enfumée, en sortir de même, mais sans trop gêner le populo - pour peu que les fumoirs fussent un brin isolés et entretenus par la DRH. Par ailleurs, le fait qu'ils pussent fumer dans la Tour réduisait le temps de trajet, et donc la pause. Parce qu'il faut des pauses dans une journée de travail, je le rappelle - même Ford l'admettait : on est plus efficace, plus rentable.

En notre ère de modernité, les petits pannonceaux hygiéniques ont surgi partout : dans les escaliers, et même dans les ascenseurs, histoire d'éviter qu'on en grille une en bloquant la mécanique entre deux étages. Le tabac, ce mal social, est chassé, banni. Z'ont qu'à aller fumer dehors, ces sagouins !

Ils fument donc dehors, mains dans les pantalons, mais ils fument. Tous. Et vu qu'il n'y a que deux entrées à la Tour, il y a un nuage bien permanent de fumée et d'odeur qui environnent tout le pied de ce maaaaagnifique bâtiment giscard-d'estainguois.

Ce qui fait que... alors que la tabagie publique est interdite, jamais la fumée n'aura été aussi présente. Toute la Défense est couverte d'un splendide nuage bleuté qui, pour le coup, est vraiment plus chiant que ce que l'on pouvait avoir à croiser auparavant - genre le type qui fumait ses maïs pile sous mon nez. Et je parie qu'un petit tour dans les villes ne ferait qu'étendre le constat.

Que faire, alors ? Encore interdire - maintenant, de fumer à moins de cent mètres d'une porte ? Parquer les tabaqueux dans des zones réservées, leur octroyer uniquement les places au fond dans les bus ?

Sans aller dans le misérabilisme, alors que comme souvent les fameuses "nuisances" du tabac n'étaient pour l'essentiel que des problèmes de civilité banale - si un type qui a le culot de me souffler sa clope dans le bec me fait chier, j'ai malgré tout plus de chance de mourir d'un cancer du poumon du fait de l'automobile que du tabac - on a couvert ça d'un contexte médical pour justifier un discours propre, sanitaire, malsain en somme.

On nous vend un univers fait de peur, propret à force de se laver les mains, l'âme forte de sa bonne conscience. Et cet univers nous plaît. Nous nous repaisons de sucres, de petits panonceaux aux couleurs vives marquant les énièmes rabais des soldes, nous nous réjouissons des réclames qui satisfont notre pouvoir d'achat en baisse. Et nous sommes heureux de pouvoir changer de cellulaire tous les ans.

Nous rejetons tout l'obscur, le ténébreux, le sale. Nous oublions la boue, alors que c'est d'elle que l'on fait l'or. Nous ne voulons que d'un visible immédiat, alors que n'est important que ce qui est rendu visible. Tout n'est qu'immédiateté, vacances au soleil sous les cocotiers et sourire grâce aux pilules d'un bonheur consommable.

En plus, cette illusion si parfaite, si blanche, permet d'accentuer les oppositions sociales : de les rendre tangibles.

Dans les assurances, les professions sont classées selon sept grades : les classes 1 à 4 sont les employés ; les classes 5 à 7 les cadres. Ensuite, il y a les directeurs, qui n'ont pas le même statut juridique (ils n'ont pas la même relation salariale). Dans mon Groupe, les employés (et certains classes 5 qui le souhaitent) doivent badger - les cadres sont le plus souvent au forfait horaire. Le fait de badger exige que l'employé soit présent dans les locaux durant des plages dites "fixes", dont la durée est tout de même inférieure aux 7h36 requises pour faire les 38h règlementaires (de 9h30 à 11h30 et de 14h00 à 16h30). Jusqu'à présent, quelqu'un qui fumait prenait sa pause, crapotait dans sa salle, et repoussait logiquement son horaire de départ de la durée de la pause (je ne vais pas rentrer dans la discussion sur le temps de travail effectif au boulot).

Depuis deux jours, la clope est hors-la-loi. Donc non seulement maintenant être fumeur est discriminatoire - puisque la jurisprudence actuelle de l'UE admet qu'à partir du moment où la clope est interdite, un employeur peut en toute bonne conscience donner la préférence à un non-fumeur plutôt qu'à un fumeur de même capacité (les seules causes de discrimination reconnues sont actuellement : le sexe, la race, la religion, et, des fois, le handicap) - mais en plus il y a des hiérarchies de fumeurs :

i. L'employé : maintenant, il n'a le droit de ne fumer que durant les plages "mobiles" (avant 9h30, de 11h30 à 14h00 et après 16h00, vous suivez ?) mais en plus il doit débadger (indiquer qu'il ne travaille pas) à chaque fois qu'il va tirer sa clope. Par conséquent, un employé qui fume est moins qu'un employé qui ne fume pas... et devra comptabiliser toutes ses pauses, passera pour un tire-au-flanc, contrairement à un employé non-fumeur mais qui passe sa vie devant la machine à café. En même temps, je suis lucide : au bout d'un moment, plus personne ne débadgera, et pour préserver la paix sociale les responsables ne diront rien. N'en pensant pas moins... et jugeant selon cette nouvelle norme sociale.

ii. Le cadre : il peut fumer tant qu'il veut, du moment que c'est dehors, ça ne sera pas décompté de son temps de travail.

iii. Le directeur : vous vous voyez en train de dire à un dirlo qu'il ne doit pas fumer dans son bureau ? Tentez, c'est vous qui vous choperez l'amende.

On a donc volontairement et consciemment introduit dans un rapport qui est un rapport économique (le travail, le salariat) et où l'échelle de valeur et de jugement est supposée être la compétence de chacun (sa performance économique, sa capacité pédagogique, son don à glisser des peaux de bananes un peu partout) une dimension qui lui est totalement étrangère : le corps, sa drogue, ses plaisirs. Si on inverse la perspective, et qu'on se mettait à juger un gymnaste selon sa capacité à disserter sur Husserl, ça paraîtrait con. Ben là, c'est tout aussi absurde. Et en plus dangereux. Car utilisant une dichotomie merdeuse pseudo-sanitaire bien/mal on affirme les oppositions de classe, tout en accentuant leurs inégalités du fait de la permissivité évidente que s'octroient les classes supérieures, et parce que ce sont elles qui édictent de facto les règles à respecter qu'elles s'empressent d'enfreindre, faisant les gros yeux aux pas sages "pauvres" (qui eux vont avoir droit au pampan cucul, faut pas déconner, hein, avec la Loi et la Santé).

Je ne veux pas dire, mais si on regarde les tendances de fond de notre société :

i. un amour grandissant de l'ordre et de la sûreté au détriment de l'indépendance ;

ii. une inquiétude profonde de tout ce qui est susceptible d'atteindre le confort personnel ;

iii. une exigence absolue de la propreté clinquante, établie avant tout sur l'apparence et l'agitation (il faut qu'on croit que l'on fait tout pour que ce soit propre et sain) ;

iv. une fixation des échelles de valeur et de stratification sociale sur la base de dichotomies a priori étrangères à celles-ci, se qui oblige la société soit à la schyzophrénie, soit à réinventer en permanence ses auto-justifications (voir la clope, ou la relation au corps et au sida que j'avais déjà évoquée) ;

v. l'orchestration de mouvements d'opinions jusqu'au moment où l'on distribue le Valium apaisant par un discours vide mais plein de promesses (dont le seul objet est d'être des promesses, on n'a aucun intérêt à les accomplir puisque le seul problème est de tenir la société en haleine, pas de résoudre les problèmes) ;

ça me rappelle un livre, ça... d'Aldous Huxley.

Déprimé, je vais songer à des bras, tiens. Et des lunettes.






La citation de Sire Constance :

"O, wonder!
How many goodly creatures are there here !
How beauteous mankind is ! O brave new world,
That has such people in't !
"

01/02/2007

01/02/07 - 23:13

CDLXIV. - Empoussiérant, en fumant.



- 1 -


Ma boîte est issue d'une vénérable et antique compagnie d'assurance. Elle en a les traditions, les usages, les coutumes. L'une d'entre elles est que des couples s'y forment, y durent, y restent. Parfois des dizaines d'années.

L'une de mes collaboratrices fait partie de ce genre de personne. Toute sa carrière a été faite dans la même entreprise, depuis quarante ans. Son mari, pareil. Je l'avais croisé de temps à autre, durant quelques années - notamment aux toilettes. C'était le genre d'homme épais, au souffle court, qui se baladait toujours avec un blouson usé en partie fermé, de l'hiver à l'été.

Ce matin, quand elle s'est réveillé, son mari était mort dans la nuit. C'est la première chose qu'on m'a appris en arrivant.

Le plus abject est que ma première réaction a été de croire que ma collaboratrice était morte - j'avais mal compris. Pour le coup, j'étais vraiment surpris, et inquiet - réaction malsaine de cadre qui se demande tout de suite comment le travail va être fait.

Je vais être honnête. Je ne connaissais pas du tout son époux, je ne vais pas dire que c'est une mort qui me touche profondément - en-dehors de la claque usuelle du rappel de ma condition humaine (ce qui est un sentiment égoïste, non une compassion pour l'autre). Disons qu'elle me met surtout indirectement face à mes propres lâchetés.

En général, lorsque je me retrouve face à ce genre de situation, j'ai tendance à ne rien dire, à laisser le temps passer, pour arriver comme une fleur lorsque la bataille est finie. Tout simplement parce que je ne sais pas comment me comporter dans ce genre de situation douloureuse (ou dans ces instants où l'on attend de moi que je compatisse et montre de l'intérêt, même si je ne suis touché en rien, ni personnellement, ni par amitié, compassion ou sentiment).

J'ai trop souvent l'impression, quand on s'intéresse aux douleurs d'autrui, de devoir jouer une comédie de l'intérêt, qui en fait indispose plus la personne qui souffre qu'autre chose. Ceux qui demandent ce qui s'est passé, comment s'est arrivé, ou qui sortent encore les terribles phrases vides - ici, toutes mes condoléances - ne font que contraindre la personne face à sa douleur de répéter toujours les mêmes phrases - il a eu... - dont le but est d'objectiver la chose. Une rupture d'anévrisme, une crise cardiaque, une embolie pulmonaire sont toujours des éléments circonscrits, pas une mort. Peut-être qu'en même temps forcer la personne souffrante de répéter a aussi une vertu incantatoire, qui pour elle-même permet de faire non la part des choses, mais par la répétition de mettre à distance ce qui lui est arrivé.

Alors je me tais, je reste à distance - j'évite même de cotoyer, pendant un temps. Jamais été très fort pour les bons sentiments, l'écoute qui se cantonne en-dehors du silence pour être confinée aux conseils et aux paroles si fréquentes, si banales (et pourtant ainsi nécessaires).

Dans ce cas, je crois que je ne pourrais pas m'enfuir lâchement comme je le fais habituellement. Très sincèrement, je sais pertinemment que je ne pourrai pas éviter cette femme à son retour de congé de deuil. Je ne sais pas quoi lui dire. Je ne pourrai pas faire comme si de rien n'était, mais je ne me sens pas le culot de sortir les banalités ou des questions elle aura répondu vingt fois déjà avant mon arrivée. Je n'ai pas à montrer trop de compassion - simplement parce que je n'en ai pas vraiment, si ce n'est le respect de sa douleur de veuve - et je n'ai pas à me montrer froid (ce serait profondément injuste et immoral).

Bref, faut que j'y réfléchisse, mais je ne sais comment.






- 2 -


Je suis sûr que tout le monde s'est déjà étendu sur l'interdiction de fumer... Après toutes les batailles toujours je suis. Sans avoir été un gros fumeur - je crapotais plus pour la galerie - et étant encore un fumeur occasionnel - lorsque de grosses périodes de stress arrivent, il me vient parfois l'envie de me balader nez en l'air et clope grisonnant au bec - je trouve dommage que l'on en soit passé par l'interdiction.

Comme toujours, on n'a trouvé comme solution que la Loi, et la Loi que l'amende. 68 euros l'amende, ça donne envie de se mettre à fumer des cigares, pour que le papillon vaille vraiment le coup. D'autant plus que mes meilleurs souvenirs de tabagie restent attachés à un cigare, fumé presqu'endormi dans le jardin du Luxembourg - où l'on a encore le droit de fumer. Je suis sûr qu'on me dirait la marque, je m'esclafferais d'un ouiiiiiiii : la bague est faite de carreaux noirs et blancs, et il y a de l'orange et du vert. Mais le nom...

Bref.

Sans aller dans la nostalgie du geste impérial - l'on est toujours moins seul au café avec une clope, ou du moins nettement moins minable - sans parler non plus que tous ces moralistes qui fanfaronnent désormais geindront bien plus quand toutes les sucreries auront été interdites dans dix ans (après tout, il n'a fallu que dix ans pour interdire la clope, et le "combat" hygiéniste contre les barres chocolatés ne commence que tout juste chez les faiseurs d'opinion), je regrette surtout que d'ici quelques années, tout ce qui fait la réelle poésie de certaines scènes sera incompréhensible sans une note de vingt pages...

... les tabagies des frères Le Nain...

... celles de Chardin...

... celle de... Rembrandt ? Goya ? (je vois l'image, je ne me souviens plus de l'auteur - disons, Goya)...

... la première scène du Dom Juan...

... une scène dans Vingt mille lieues sous les mers où Nemo offre des cigares au professeur Arronax...

... cette scène si bandante, la toute première apparition de Lauren Bacall à l'écran, dans To Have And Have Not...

... ce geste si important qui calmait Malraux...

... ce geste si peu important qui des fois m'a entraîné dans des horizons de calme et de paix...

... ce geste d'humanité que l'on s'offre...

... et surtout, surtout, cette simple inclinaison de nuque, ces épaules haussées qui rendent des hommes au secret le plus sensuel, au silence le plus vrai et le plus profond.






- 3 -


L'incipit de Sire Constance :

"Corto Maltese se reposait paresseusement sur l'unique véranda de la pension Java à Paramaribo (Guyane hollandaise). On voyait tout de suite que c'était un homme du destin. Il alluma un de ces minces cigares que l'on fume seulement au Brésil ou à la Nouvelle-Orléans, d'un geste mesuré. Il était en train de jouer pour un public invisible.

À cet instant la représentation fut interrompue.
"

 






"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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