09/10/2006

09/10/06 - 20:58

CCCXXXIII. - Conversation, ragnagna, ragnagna.
Les nombres de Calvino.




Badinou. - Oui, je vexouille grave. Dites, le café dont vous me parlâtes une fois, le café d'intello pédé, il est rue Rambuteau ? Je l'ai cherché la semaine passée, et pas trouvé...

A***. - Non, il est rue Michel-Le-Comte, c'est d'ailleurs un bar et non un café, il est ouvert à partir de 19/20h et il est difficile d'y lire (ou d'être assis). S'appelle le Duplex.
Intello est quand même beaucoup dire : il y a des intellos; mais ça drague et ça papote.

Badinou. - Ah... euh... tout seul, moi, là-dedans ? Euh... Timide comme je suis ?

A***. - Bah, on vous aborderait vite fait...

Badinou. - Meuh bien sûr. Et si même un aveugle essayait je l'enverrai chier en cinq minutes ou il partira avant, déjà lassé.

A****. - Voilà, c'est tout vous - offert un instant, puis boudeur et fuyant. Vous croyez que vous y arriverez, comme ça, à trouver l'âme soeur, ou le corps apaisant d'un instant?






Remarque inutile : Cet article est l'item CCCXXXIII de cet agenda, l'as-tu remarqué, Lecteur ? C'est joli, CCCXXXIII. C'est un des rares nombres latins qui présente la même symétrie que sa traduction arabe, 333, et qui fait plus "plein" que CCXXII, 222 et CXI, qui n'a rien d'intéressant.

Si on considère maintenant les nombres symétriques d'un certain point de vue esthétique, il y a aussi CXC, CLC et surtout XIX qui l'est totalement, tout comme MIM et CIC (quoi que ces derniers soient peu orthodoxes).


Je définis donc la symétrie à l'oeil comme l'ordonnancement logique d'une succession de lettres latines, dont l'objet est de former un mot ou un chiffre porteur de sens, et qui présente une répétition élégante du domaine de la symétrie. Cette symétrie peut être axiale, en miroir, en translation, focale, etc., ou être toute composition de symétrie préexistante.

Tout élément symétrique à l'oeil est un mot ou un nombre d'Italo Calvino.

Exemple : CCC est symétrique à l'oeil. Le mot sus aussi.

Contre-exemple : le chiffre CIC est symétrique horizontal, donc pas dans le sens de la lecture. Ce n'est pas un nombre de Calvino.


Je décide d'appeler :

i. Ensemble de Bertrand Jérôme l'ensemble des mots et nombres de Bertrand Jérôme, dont la graphie française est symétrique à l'oeil, comme sus, décédé, etc.

ii. Ensemble de Jacques Jouet l'ensemble des mots et nombres de Jacques Jouet, dont la graphie latine est symétrique à l'oeil, comme CLC, CXC, etc.

iii. Ensemble de Hervé Le Tellier le sous-ensemble des mots et nombres de Jacques Jouet dont la graphie latine est symétrique à l'oeil et dont la traduction arabe présente les mêmes propriétés, comme CCCXXXIII, qui donne 333 en arabe.

iv. Ensemble de François Caradec le sous-ensemble des mots et nombres de Jacques Jouet dont la graphie latine est parfaitement symétrique dans le sens de la lecture, comme XIX.

iv. Ensemble de Jacques Roubaud le sous-ensemble des mots et nombres de Jacques Jouet dont la graphie latine est parfaitement symétrique dans le sens de la lecture, tout comme l'arabe.


On émet les postulats suivants :

Postulat 1 : La langue est une chose en perpétuelle évolution.

Postulat 2 : La graphie n'évolue pas.


On peut alors en déduire les théorèmes suivants (la démonstration est laissée en exercice) :

i. Théorème 1 : L'ensemble IC est inclu dans l'ensemble des palindromes. De façon plus générale, on a :

- BJ C IC et JJ C IC.
- JR C FC C HLT C JJ.

ii. Théorème 2 : Tout ensemble JJ est infini dénombrable.

iii. Théorème 3 : Tout ensemble HLT est infini dénombrable.

iv. Théorème 4 : Tout ensemble FC est un fini dénombrable.

v. Corollaire 1 : L'ensemble FC français n'est constitué à ce jour que des mots et nombres I, II, III, X, XIX, AHA, OHO, HOH et ses dérivés, HAH et ses dérivés, EHE et ses dérivés, HEH et ses dérivés, MIM, AXA, OTTO, MAMAM. On peut noter que le FC-anglo-saxon contient bad.

vi. Théorème 5 : L'ensemble JR est vide.

vii. Corollaire 2 : L'ensemble JR fait partie du Projet.





commentaires

09/10/06 - 21:01

Conversation est un titre de Bernadette rac-Chi née dron-Cho de cel-Cour.

09/10/06 - 21:04

Népo, sortez de ce corps !

09/10/06 - 21:05

Mais... JE SUIS Népo !

09/10/06 - 21:28

La Tour de Nesles n'est pas le pire des endroits pour faire une fin, ou un come-back.

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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