26/09/2006

26/09/06 - 22:55

CCCXII. - Liste de lecture.



Lus ces derniers temps :

i. Quentin Durward, de Walter Scott. Livre de mon enfance, c'était l'époque où Carrefour essayait de se maquiller une façade plus select, de vendre au public des mémères de villes et aux gônes de banlieues (dont je faisais partie) un apparat littéraire avec de belles histoires d'amour, des épées et des soieries, le tout à prix moindre car sans droit d'auteur ni de traducteur. C'était Tantine qui me l'avait offert : il lui avait coûté 21 francs. J'ai beaucoup aimé, maintenant, la description du caractère de Louis XI, et les blagues sur le nationalisme écossais.

Je crois qu'à l'époque les aventures de Quentin (qui se résument à deux excursions à Liège et une noyade dans un petit ruisseau) m'avaient plus intéressées... maintenant, je serais plus du côté du pauvre Orléans, qui soupire après Isabelle de Croye, se fait totalement écraser par Louis XI, renverser à coups de lances par l'autre ballot d'illuminé immigré et en fin de compte humilier publiquement par l'autre salope de vierge burgonde.

ii. Gallieni Duo, mais je soupçonne Trebellius Pollion de n'être pas très objectif dans sa présentation...

iii. Tyranni triginta, et là je me dis que le même Pollion est carrément encarté dans un parti douteux. Quant à la justification finale de dire que parler de "trente tyrans" mais qu'en fait sur les trente deux sont des femmes, ce qui en fait vingt-huit, histoire d'en caser deux de plus totalement anachroniques et donc d'arriver à trente-deux, donc trente (vous suivez) est complètement farfelue : je sais pas ce qu'il avait fumé, le Trebellichounet, mais ça devait être du sérieux. Néanmoins, la description de la petite Zénobie est assez intéressante ou : comment justifier le pouvoir et la pérennité d'une femme au trône en disant, qu'en fait, c'était un homme (ou presque)...

iv. Le blog de Frantico... assez étrange, sans plus.

Commencé ce matin dans le tromé : Le Capitaine Pamphile, de Dumas. Dur de ne pas pouffer de rire devant tout le monde. J'attends avec impatience de savoir comment Jacques Ier va affronter Double-Bouche et résister aux injonctions de Pamphile, pendant que Mlle Camargo digère douloureusement, loin de la Roxelane.

Et en stock, des bédés de ce ouiquennede : Premières chaleurs..., de Jean-Philippe Peyraud. J'ai parcouru ce matin, ça a l'air très bien : dessin sobre, histoire(s) prenante(s), et le Bad pas très net sur son chemin au métro. Heureux que Pamphile est venu m'ôter le mourron.






L'incipit à la mode du jour :

"Nous touchons maintenant au comble de la honte puisqu'au milieu de la crise de l'Etat on arriva à voir, pendant que Gallien se conduisait odieusement, même des femmes gouverner de façon excellente et, qui plus est, des étrangères. En effet une étrangère nommée Zénobie - nous en avons déjà parlé - qui se vantait d'être issue de la race des Cléopâtres et des Ptolémées, prenant la succession de son mari Odenath, plaça sur ses épaules le manteau impérial, se para à la manière de Didon, se coiffa même du diadème et, au nom de ses fils Hérennianus et Timolaus, règna plus longtemps qu'il n'eût été séant pour une personne de son sexe."

commentaires

27/09/06 - 21:41

Réponse, bande de moules :

Tyranni triginta, de Trebellius Polion.

Bien sûr !

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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