10/09/2006

10/09/06 - 16:05

CCCII. - Vivement le krach pétrolier.



Je vous ai parlé de mes talents culinaires, diligent Lecteur ? Non ? Oui ? Bah, je parle tant de moi qu'en fin de compte tout n'est que ressassement autour de mon nombril, et donc de mon bedon. Contentez-vous de savoir, qu'enthousiasmé par mes réussites confiturières poirières-vanillées de l'autre soir, j'emportais hier de chez mon boucher une belle pièce de porc, déjà caramélisée et mise sous plastique - les trucs traiteur, ça se conserve en écrin.

Ce midi, je déballais donc le premier film. Puis le second. Et mis le tout au four, tout content de me mettre à la vraie cuisson de viande dans mon four et non plus au seul pavé/chateaubriand/tournedos qui fait mes délices normaux.

Sauf qu'un sinistre imbécile d'apprenti avait fait en sorte que le second film de plastique n'était que deuxième. Le troisième, subtilement intégré à la couche caramélisée et aux fils, m'avait échappé. Il avait à moitié fondu sur la merveilleuse petite épaisseur de miel et vinaigre : j'ai dû la balancer, et une bonne part de la viande avec.

Puis-je dire que je hais le plastique ? Puis-je dire que dans les infinies possibilités qu'on trouve dans le pétrole, j'ai en horreur, en détestation même (du moins à l'égal de mon affection pour Bernhardt, Wagner et Duras), ces infernaux films plastiques qu'on trouve si chic de mettre partout ? J'en ai ras le bol de me casser les ongles pour ouvrir un bête CD. Ca me fait chier qu'un stylo soit complètement fondu dans une masse de plastique solide qui en dessine les moindres formes et interdit toute prise pour l'en extraire. J'en ai marre que pour compliquer un peu de plaisir on doive affronter tour à tour et dans l'urgence :

i. la boîte plastique (permettant d'accrocher la boîte au bitouniou des étalages) ;
ii. le film plastique (recouvrant l'item suivant) ;
ii. la boîte carton (contenue dans le film qui est contenu dans la boîte plastique) ;
iii. la feuille papier ;
iv. l'emballage stérile en aluminium, fait pour n'être pas ouvert sinon au chalumeau ;
v. la capote en latex, soit-disant lubrifiée.

Ca m'énerve qu'un morceau de bidoche a priori succulent qui vienne directement du boucher soit complètement foutu à cause de la connerie plastico-pétrolière.

Bref.

Bref.

Bref.

Ai passé la matinée à réparer les dégâts nocturnes et les draps - plus je me connais, plus certaines de mes appétences m'étonnent et me surprennent (on ne vas néanmoins pas cracher sur un peu de câlin) -, vider un melon, surveiller la cuisson d'une viande traîtresse et changer un joint.

Ceci est un événement historique.

Non seulement j'ai changé mon premier joint de ma vie, mais en plus j'y suis parvenu sans faire exploser la Seine ou déborder la tour Eiffel.

Plaudite, ciues !






L'incipit du jour (avec une pensée Nico-Blogesque):

"Mère des gens sans inquiétude
Mère de ceux que l'on dit forts
Mère des saintes habitudes
Princesse des gens sans remords
Salut à toi, dame Bêtise
Toi dont le règne est méconnu
Salut à toi, Dame Bêtise
Mais dis-le moi: "Comment fais-tu
Pour avoir tant d'amants,
Et tant de fiancés,
Tant de représentants,
Et tant de prisonniers,
Pour tisser de tes mains,
Tant de malentendus,
Et faire croire au crétin,
Que nous sommes vaincus,
Pour fleurir notre vie,
De basses révérences,
De mesquines envies,
De nobles intolérances,
De mesquines envies,
De nobles intolérances,
De mesquines envies,
De nobles intolérances ?"

commentaires

11/09/06 - 22:49

Réponse, bande de moules :

Jacques Brel, "L'air de la Bêtise".

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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