09/09/2006

09/09/06 - 16:38

CCCI. - De retour du libraire...



Trouvés chez mon libraire :

i. Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo : je l'avais lu adolescent, je me souviens encore de la scène d'exécution en Italie où le méchant se fait égorger et la confiture à l'opium dans la grotte du Comte, je veux les retrouver ;

ii. Alexandre Dumas, Le Capitaine Pamphile : parce qu'il était juste à côté et que ne connais pas ;

iii. Albert Cohen, Solal : parce qu'il était juste à côté, un peu plus en haut à gauche ;

iv. Alessandro Manzoni, Les Fiancés : parce que Eco en parle dans l'un de ses livres.


Lu cette semaine :

i. Umberto Eco, Comment voyager avec un saumon (rires aux éclats) ;

ii. Ralph König, Suck my duck ! (repoilade) ;


Re-commencé hier (je l'avais lu enfant) :

Walter Scott, Quentin Durward : je suis quasiment sûr qu'en fait Maître Pierre c'est Louis XI et j'ai horreur qu'on se moque d'un gentil Ecossais comme Quentin ; il va cracher le morceau, le narrateur ? J'en suis tout de même à la page 120, et il fait durer le plaisir, le salopiot !


Vus au cinéma :

i. Michel Gondry, La Science des rêves, un petit film léger léger léger avec un gros sourire tout le long ;

ii. Bruno Dumont, Flandres, qui prouve encore qu'à Cannes bien souvent on prime de vraies merdes.


Et vous, mes satanés Lecteurs au silence si doux, vous vivez en-dehors d'apprendre par coeur mes sentences, pensées et apophtègmes ?

commentaires

09/09/06 - 16:49

Pour Flandres, je mettrai un bémol : le début du film, qui se passe dans le Nord, j'ai trouvé ça très bien.

Mais à partir des scènes en Irak, oui, c'est une vraie merde caricaturale et prétentieuse.

09/09/06 - 16:51

(je mets un dièse, d'ailleurs, pas un bémol ^^)

09/09/06 - 19:15

Eh bien je n'ai pas le même sentiment sur le film Flandres qui est très bien fait et beau. Quant aux prix décernés à Cannes, ils représentent très souvent ce que je trouve être du bon cinéma.
Mais tous les goûts sont dans la nature, donc je puis comprendre aussi vos réactions.

10/09/06 - 02:31

J'introduirai une nette dissonance dans ce concert de réprobation : je trouve très bien Flandres.
D'une part, parce qu'il y a une réelle écriture cinématographique et qui tient sa ligne jusqu'à la fin; d'autre part, parce qu'il y a une réelle tension entre l'extrème attention à la matière sensible qui s'imprime dans la pellicule (la terre, la boue, la poussière; etc) et l'abstraction non moins extrême qui entoure cette guerre (de laquelle o peut tout juste dire qu'elle est une sorte d'épure de la guerre moderne, de nos guerres d'aujourd'hui, où la guerre est moins une guerre entre armées qu'un bloc de violence apeuré jeté dans un monde inconnu pour y rétablir un semblant d'ordre inintelligible).
L'abstraction du film n'est pas un refus ici de l'historique mais un évitement des figures anecdotiques du récit de guerre. Il y a du Bresson chez Dumont - un Bresson ici privé du recours à la transcendance que pratiquait l'aîné, et qu'il suggère à la fin de L'humanité.

Autre motif d'étonnement et de satisfaction : la disproportion extrême entre l'économie des moyens employés par rapport à n'importe quel film de guerre ou d'action violente d'aujourd'hui et la puissance des effets obtenus sur le spectateur.
Le film est violent - mais au fond, il n'y a quasiment rien : sauf que cela explose en pleine gueule, ou que cela prend du temps. Violer prend du temps. Souffrir aussi.
Ce n'est pas un film "sympatique" - il ne met pas son spectateur dans une position agréable :l'inconfort dans lequel la distance de son regard lui fait observer nombre de situations exclut toute adhésion par empathie ou proximité : c'est étonnant le nombre de scènes où il prend le contrepied de ce qui est attendu.
Ainsi de la scène du viol : les violeurs sont vus comme étant l'autre figure des effets déshumanisants de la machine de guerre; en un sens ils sont autant victimes que la femme qu'ils sont en train de violer. Quand plus tard elle est de nouveau mise en leur présence pour les identifier, et donc les dénoncer, elle-aussi nous est montrée comme participant de cette même machine qui emporte en un seul mouvement mécanique de déshumanisation (ou d'inhumanisation) l'humanité. Nous n'en sortons donc ni rassérénés, ni confortés dans nos habituelles façons de penser.
On se retrouve dehors, après le film, comme sonnés.
Puis ensuite se fait le chemin qui nous laissera longtemps hantés par ces éclats de violence et de stridence. Le film continue son travail en nous, lentement, mais sans faiblir ou se dissiper.

Non, j'aime beaucoup Flandres, que j'esime un très grand film (qu'il ait eu le Prix, tant mieux, mais cela ne veut jamais dire grand chose, dans la mesure où d'autres années, avec un jury différemment composé, le résultat aurait pu être très différent.

10/09/06 - 13:35


J'ai un grave moment de flemme, donc je ne vais pas m'étendre comme Gingin sur le sujet. Ceci étant...

i. Du point de vue technique, l'utilisation de la bande son est mauvaise : et on ne peut pas se cacher derrière un prétexte artistique pour justifier que pour des types qui sont à 500 mètres on entende les graviers sous leurs croquenauds aussi fortement que si le micro était à côté de leur cheville.

ii. L'utilisation des plans (et je ne parle pas d'une recherche quelconque d'effet spécial) est d'une pauvreté imaginative stricte. On sent de vagues réminiscences de la grande scène d'ouverture d'Agguire ou de Pasolini, mais c'est pas parce qu'on essaie de citer qu'on est bon.

iii. La scène du viol et la scène de castration ne sont d'aucun intérêt. Ce sont des scènes attendues, et traitées comme on devrait attendre qu'on les traite (tout n'est d'ailleurs que successions de poncifs : traversée d'une place déserte avec snipper, buttage de gamins, exécutions sommaire de péquenots - et sans nouveauté dans le traitement). Pas de machine, pas de machination ni d'emportement quelconque des individus dans un univers qui les dépasse. C'est plat, c'est bête, c'est sot. Si ça ne marche, avec les hommes surtout, c'est bien parce qu'il y a atteinte d'une bonne vieille peur psychanalytique, c'est tout.

iv. L'opposition Flandres / Moyen Orient se vide de sa propre substance (verdure / sécheresse, paix / guerre, mêmes solitudes et silences partout) en ce sens que la juxtaposition n'est même pas un parallèle ou une mise en écho. C'est totalement Angotien, donc mauvais : technique du pif-paf-paf-pif. La construction est absente.

v. Des personnages creux, vides, sans écho et qui ne sont même pas des archétypes. Tout juste des supports de la caméra, qui en fin de compte ne fait que s'admirer, elle.

Les seuls points qui pourraient donner envie de se souvenir du film :

i. l'idée des soldats à cheval (la guerre comme chose éternelle) mais qui n'est pas menée à son terme ;

ii. des soldats qui parlent chtimi, complètement largués, bêtes, stupides.

10/09/06 - 14:01

On ne va pas s'éterniser sur un différend mais le point iii qui explicite ton refus est précisément celui qui me fait aimer le film : la scène du vil est l'exact contre-exemple de ce que tu dis; elle n'est absolument traitée comme elle le serait ailleurs - soit en nous obligeant à une empathie avec la victime soit en faisant nous des voyeurs dont on cache la luxure en intégrant cela à un dispositif "moralisateur" via un commentaire. Là - rien : nous y assistons de loin, nous ne voyons rien, en fait, nous observons autant la victime que les bourreaux; nous observons la passivité complice de ceux qui désapprouvent mais se taisent - et cela renvoie à notre propre mise entre parenthèses face au déluge quotidien d'horreur déversé au JT du soir. Accessoirement, en choisissant aussi une de ces armées du "Nord" venant faire on ne sait trop quoi dans un "Sud" remuant, on se trouve pris dans les figures de la Guerre d'aujourd'hui où l'on ne sait jamais si les entreprises de pacification etc ne sont rien d'autre qu'une atroce mise en scène dont son victimes en ce sens autant les civils que les paumés qui y sont envoyés.

e comprends qu'on n'"aime" pas le "film" mais la "déception" me paraît curieuse, tant me paraissent évidentes les singularités formelles de l'auteur et la cohérence de son projet. Que le film soit "inconfortable", peu "aimable" je suis d'accord - mais je trouve qu'il travaille au point exact où nous sommes en conflit avec nous-mêmes, quand, spectateurs des guerres qui se déroulent ailleurs, nous feignons d'adopter des positions morales (contre la violence, etc; ou le partage bourreau/victime) et là nous sommes précisément intégrés au film en tant que destinataire de nombreuses scènes, où c'est notre distance qui se trouve réfléchie - prise comme objet même de la réflexion du film.

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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