05/08/2006

05/08/06 - 13:19

CCLXVI. - En se lavant, en séchant.



Pendant que mes cheveux sèchent, avant de sortir quêter des bédés pour ce ouiquennede et de quoi me sustenter jusqu'à la semaine nouvelle, je regardais les derniers téléchargements apportés par la Mule. Force m'est de constater que nombre d'imbéciles ont le mauvais goût de faire passer des choses pour ce qu'elles ne sont pas. Exemple : une Passion du Christ qui s'avère être une Passion of ass 2 : Anastasia Christ.

C'est bien la quatrième fois qu'un film que je mets du temps à pécho (et des fois, c'est justifié, on ne les trouve plus dans le commerce, genre What's new, Pussycat ?) s'avère être un porno. Remarque, Lecteur graveleux, car je sens d'ici ton sourire en coin, ça fait ma culture.

N'empêche. Déjà, il faut couper le son, parce que les bruitages sont lamentables ; ils se croient obligés de beugler dans tous les coins dès qu'on leur touche une fesse. Ensuite, si on regarde l'image, elle donne pas très envie, et les draps des lits qui sont utilisés, je suis sûr que même mes parents n'ont plus ça. Et pour la technique... mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu.

Franchement, j'aimerais pas faire un câlin comme ça. Je prétends pas être une bête de sexe, mais tout de même, un bisou sur un sein charnu ou une bite, ça se fait pas comme ça. Le pompon, c'est tout de même quand on prend la bite à pleine main pour s'en battre les joues genre raquette de tennis et qu'on enfourne le tout en faisant un gros "pop !". Et les enchaînements, doux Jésus, on dirait des figures de style : que je te prends par l'arrière, hop, qu'on s'arrête, qu'on se retourne en vitesse en donnant l'impression d'être vachement excité, et zou on recommence par l'autre côté, de préférence en écartant la cuisse pour laisser le champ à l'oeil de la caméra.

C'est valable pour les pornos homo-, bi- ou hétérosexuels. J'ai pas l'impression de toute manière que la différence soit bien grande : il faut dans tous les cas beaucoup d'hommes, et après vous mettez au centre un corps quelconque qui va se faire troncher par tous les orifices disponibles, et les autres avec.

En gros, ça m'excite pas, quoi. Ca me fascine : je me dis que ça devrait m'exciter, éveiller quelque chose chez moi, de préférence au bas-ventre. Je regarde, j'attends, j'essaie même de m'aider, mais il faut alors beaucoup d'efforts et ce sont plus ceux de l'imagination que les éléments de l'image qui peuvent rencontrer un succès quelconque.

Qu'on ne me fasse pas dire que je condamne le porno, que le porno c'est mal, contraire à la morale, etc. À ce qu'il paraît, c'est une voie de libération sexuelle, notamment chez les homos. Simplement, je trouve ça totalement dénué d'intérêt artistique, qui pourrait être le prétexte, ou de faculté d'énervement, ce qui devrait être l'objectif. Je trouve ça rapide, sans tendresse, sans câlin. Je prétends pas que la possibilité de voir quelqu'un sur un canapé et de lui sauter dessus sans piper mot pour baisouiller à donf ne me fait pas tripper, il y en a certes quelques-uns que je passerais volontiers à la casserole. Pourtant même dans ce phantasme-ci j'imagine des caresses, l'instant du déshabillage, la main qui se glisse sous les vêtements et la bouche sur le cou.

En même temps, n'ayant pas de regard objectif sur mes propres galipettes, il se peut fort bien qu'un observateur externe les trouverait tout aussi mal ficelées. C'est peut-être malgré tout pour cela que ces erreurs de téléchargements atterrissent malgré tout dans un dossier, où elles sont précieusement conservées. On sait jamais, peut-être qu'un jour ça me servira.

Psssst : Dans un moment de folie, je viens de faire un tour sur le site de Tutu. On peut y voir un film sur "le casting des minets à la une". Eh beh... on peut phantasmer à la petite semaine, mais décidément je m'en sens comme souverainement éloigné. Z'ont rien d'original, d'excitant, d'intéressant, ces mioches musclés. Et la zique... on dirait celle qu'on entend quand on est à dix mètres de l'Open Café.

Un coup de scrogneugneu n'abolit jamais le halvas.






La citation à la manque du samedi après-midi :

"Loneliness has followed me my whole life. Everywhere. In bars, in cars, sidewalks, stores, everywhere. There's no escape. I'm God's lonely man."

commentaires

05/08/06 - 14:06

c'est vrai que les bruitages m'ont toujours fait marrer

lorsqu'un mec se fait sucer, par exemple, on entend tellement de bruits de succion derrière qu'on a l'impression qu'une dizaine de " choristes " assure le fond sonore

05/08/06 - 14:08

Ne téléchargeant jamais de film sur Emule, je serais bien incapable de rebondir sur votre propos. D'autant que je n'ai pas vu de porno depuis un bon moment, après avoir été un consommateur assidu, voire frénétique, de ceux de Cadinot quand j'avais 20-25 ans. L'avouerais-je,je trouvais ça plutôt ... esthétique, moi!
Bref, tout ça pour dire que j'adore votre clausule ^^

05/08/06 - 16:18

Scolie au post CCLXI :

D'où le lecteur infèrera

1. que la puissance suggestive d'une image ne doit rien à la littéralité de son objectif;

2. que l'érotisme comme les pratiques sexuelles relèvent d'une autre catégorie que celle de la compétition sportive monocentrée (la bite, le con, le cul etc. comme autant de buts à marquer)

3. que le désir ou l'excitabilité du spectateur/lecteur naît souvent du croisement d'une situation et d'une amorce de scénario : pas de fantasme qui ne soit un minimum scénarisé, tudieu!:

4. qu'à ce compte-là, la littérature a quelques longueurs d'avances sur les autres arts en général, et en particulier, le cinéma porno.

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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