16/07/2006

16/07/06 - 19:59

CCXXXVIII. - Liste de lecture : Moonfleet.

Après De bons présages, sommairement évoqué dans le sujet n°CCXXXVI, j'ai lu ce jourd'hui, entre petit déj', cuisson du déj', digestion du café, excursion au parc et pause entre deux couches de peinture, Moonfleet, de John Meade Falkner.

Lu... plutôt relu. Je l'ai lu quand j'étais tout petit, l'ayant emprunté à la bibliothèque du village. Je me souvenais d'un livre énorme, avec une grosse couverture bien épaisse et des pages en carton, qui avait cette odeur particulière des vieux livres de bibliothèque, mélange de moisi, de sueur et de café. L'espèce de brimborion désagréable de sexe féminin et de caricature goudouesque avec des seins et aucune amabilité (*) qui me renseigna chez Gibert la semaine passée (je ne me souvenais que du titre) se contenta de me tendre un format poche de 250 pages en texte intégral. Sachant que j'étais au rayon enfant, ça faisait beaucoup de honte et de rancoeur à avaler d'un coup.

N'empêche, le beau bellâtre que j'eusse volontiers tartiné sur un pain pour mon goûter au rayon poche connaissait aussi le bouquin, comme quoi c'est pas de la gnognotte, quasi de Lîle au trésor, quoi.

Bref. Moonfleet est une histoire de pirates sans pirates, une histoire de marins sans bateau, une histoire d'aventure sans perroquet ni Caraïbes, une histoire de trésor sans squelettes (enfin, si, y'en a un, qui est tranquillou dans la crypte d'une église et fout pas grand'chose), une histoire sans sabre, sans abordage et pourtant y'a pas mal d'aventures. Y'a du vent, y'a des marées et des pétrels, de sales falaises et les gabelous qui font pas mal chier. Il y a l'ordure la plus terrible et pour les tordus une belle histoire d'éraste et d'éroumène. Me contenterai d'une belle histoire d'amitié entre générations.

L'histoire se passe en un an plus dix : la première année intégralement à Moonfleet, charmant petit village du sud de l'Angleterre, à quérir le trésor de Barbe Noire (qui est juste un hobereau local et pas le fulminant pirate à fulmicoton coincé sous son tricorne) et esquiver les tirs des douaniers locaux. Au bout d'un moment, dame, on part à l'aventure en Hollande, histoire de voir ce qu'on peut faire du trésor et au service du plat pays. On s'y plaît tellement qu'on y reste dix ans.

Y'a de la barbe partout, l'odeur salée des bourrasques, le gravier qui grince sous les vagues, ça boit dans tous les sens et les cadavres s'amoncellent autour. L'adulte a lu avec autant d'avidité que le gamin, et tout aussi rapidement. Un livre de pirates qui explose le genre l'air de rien, c'est pas mal, pour un bouquin de la fin du XIX°.

L'unique adaptation du livre étant de Fritz Lang, en mars 1960, et sacrément traîtresse, je remercie d'avance tout metteur en scène (décalé) qui aurait l'heureuse idée de s'y consacrer un tantinet.



(*) Le Lecteur remarquera que, outre le fait que je commence d'apprécier les notules infrapaginales, j'ai bien parlé de caricature et non de réalité. Laissons les gouines, gouinasses, lesbs, goudous, succubes, saphistes pépères et contentons-nous d'une simple mysoginie de bon aloi et d'un énervement profond pour l'absence de politesse commerçante si chic et parisienne. après tout, si je me fends d'un "bonjour tonitruant" à Charlotte-ma-boulangère, c'est bien évidemment et en aucune raison pour les chouquettes gratuites bi-hebdomadaires.

commentaires

17/07/06 - 03:45

Il est grand temps de s'aérer...
Cela frôle l'asphyxie mentale.
Ou alors, un retour aux sources ?

Qui sait !

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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