19/06/2006

19/06/06 - 20:52

CCVI. - Celles et ceux... (part 1) : Exposition d'un cas typique d'absence complète d'élégance



J’en suis encore une fois dans ma vie à une période d’inventaire. Allons-y, pour savoir ce qu’il y a à garder et à jeter.


Dans la catégorie « relations sexuelles », j’inclus les relations sexuelles et sentimentales (selon la logique d’être en couple). Par ailleurs, je vais choisir volontairement une acception assez restreinte de relation sexuelle, sans la définir, afin de sauter allègrement sur l’époque des relations adolescentes quasiment invérifiables



1. De sexe féminin



Étant donné que ces relations sont moins nombreuses, bien que je me prétende bisexuel, j’entame l’inventaire par elles. Moins nombreuses pour cause de simplicité, peut-être, ou de complication dans l’approche féminine. Ou réellement pour cause de goût.


i. A.-S. : Ma première fois, tout juste après A. (confer la section 2.). Nous nous étions tourné autour durant quelques temps, allant jusqu’au stade déshabillement et manipulations diverses, avec plaisirs éventuels. Elle était venu dans ma piaule d’internat de tout juste cinq mètres carrés, celle qui donnait sur la voie de chemin de fer Paris/Lyon et avait des murs en carton, pour un prétexte quelconque, scolaire bien entendu. L’opération fut répétée toute la nuit (cinq fois), mais sans apporter de réelle satisfaction : j’avais l’impression qu’elle se masturbait sur moi, et que moi je m’y perdais. Nous n’étions l’un pour l’autre qu’un miroir tendu à notre propre orgueil.

Pour citer Bénabar : « De celles qui comptent, mais pas tant que ça. »


ii. Au. : Niçoise qui atterrit dans ma prépa, avec laquelle je jouais à cache-cache durant quelques mois, pour finir ensemble et la laisser un temps pour cause de vanité mal placée. Nous nous rabibochâmes et restâmes un petit couple emblématique du lycée durant neuf mois, jusqu’à ce que les vacances passent avec l’été : elle trouva à Lyon un petit merdeux rigolard, et moi j’ai eu tout Paris pour y pleurer, m’y sentir mal et essayer un couteau sur mes poignets – ce fut le phénomène déclencheur de ma petite dépression de 2000-2001. L’histoire humaine lui doit un peu plus de cent poèmes enfiévrés et deux romans inachevés.

Au. s’habillait merveilleusement bien, elle riait tout le temps. Je crois qu’elle avait en fait un désir forcené d’être bien vêtue, et de se montrer heureuse et pleine de vie dans tous les cas. Elle en vint à être cruelle quand elle me quitta, je fus odieux. Depuis, j’ai appris à ne plus pousser (trop) de jérémiades quand le temps fait son œuvre.

Je fus, malgré ses dires mais selon ceux du drap, son premier homme, et pas forcément un très bon : je débutais, aussi. Elle avait une inventivité assez étonnante, quoique simple. Elle était très fière de ses seins.


iii. Al. : Sur le long terme, cette fille est celle qui a le plus compté. Nous nous sommes rencontrés en prépa, bien avant que je connaisse A.-S. et Au. Nous nous sommes tournés autour durant des années. C’est la première fille dont je me souviens qu’elle m’ait embrassé, d’un baiser timide qui m’avait laissé une bulle de salive sur la lèvre, juste avant qu’elle me fixe et parte sans fermer la porte (j’étais resté bras ballants, ne sachant que faire mais bandant férocement).

Trois ans après, alors qu’elle passait l’agreg, je l’hébergeais dans mon petit studio à Paris. Elle avait un copain depuis quelques temps, j’allais en avoir un puisque j’étais officiellement homosexuel dans mon univers puéril. Nous avons dormi côte à côte toute la semaine, nous nous sommes fait de plus en plus doux. Le dernier jour des oraux, c’était le 14-juillet : nous sommes allés voir le feu d’artifice, et sommes rentrés à pied, il y avait du chemin. Et la nuit arriva, avec ce qui suivit.

Elle partit le lendemain, et moi encore j’hésitais à l’embrasser de nouveau, bougre d’âne. Mais cette fois-ci il y eut le miracle internet : nous échangeâmes des lettres, et des lettres, et des lettres à n’en plus finir. J’étais amoureux. Elle l’était aussi. J’allais descendre à Lyon, juste avant la soutenance de mon mémoire. Elle m’annonça que non, elle ne pouvait pas, elle ne pouvait plus : elle devait rester avec son copain, qui avait fait l’effort de démissionner, lui, pour la rejoindre. Ce dont j’étais incapable (pas de bassin d’emploi à Lyon pour moi…).

Encore un an de silence. Elle avait son copain, j’avais les miens. Puis nous avons recommencé de nous voir. De nous embrasser. De coucher ensemble. Je me souviens de moments merveilleux dans l’appartement d’une amie qui le lui avait prêté, ou, pour la première fois, je hurlais dans les bras d’une femme et devenais tout tremblant.

Elle repassa l’agreg, voulut me voir : je n’étais pas là, mais en Normandie – c’était l’époque où je m’exerçais à la gigoloterie. Puis elle commença de travailler, et demanda au bout d’un an sa mutation à Paris : elle abandonna copain, amis, pour venir me rejoindre. Je l’aidais à déménager, je rencontrais son frère, sa mère. Je crois que j’étais heureux en ce moment.

Mais dès son déménagement fini, elle commença à émettre des doutes, à devenir froide et distante. Après tout, peut-être serais-je tenté par autre chose, moi, qui était bi, donc. J’avais beau lui dire que non, la barrière de l’impossible entre nous se dressait lentement. De sa période à Paris, je n’ai dû la voir que dix jours, et au bout d’un mois et demi elle me fit comprendre qu’elle préférait rester seule. Autant dans les cas précédents il y avait quelque chose qui expliquait (on avait trouvé mieux ailleurs, on était trop loin, etc.), autant la décision d’Al. me laissa vide de sens. Il n’y avait aucune explication, aucune raison : elle m’aimait, mais ne voulait plus de moi.

Je ne l’ai pas revue depuis : je crois que je n’ai pas encore la force. C’était trop. Et pourtant, Dieu sait si la revoir me ferait plaisir. Pourtant je crois que nous n’aurions plus rien à nous dire : trop de choses, trop d’espoirs, trop de rêves d’enfants sans cesse arrêtés.

Pour l’aspect pratique qui seul intéresse le Lecteur, des nombreuses filles que j’ai connues, c’était la plus inventive, la plus offerte, la plus présente. Elle m’a fait crier. Je l’ai fait gémir. Elle a voulu me faire jouir dans sa bouche, ce qui pour moi était du domaine de l’impensable dans une relation hétérosexuelle. J’adorais ses fesses et son dos, ses tous petits seins et ses larges épaules. J’aimais la sentir couchée à côté de moi, ses cheveux rouges répandus sur l’oreiller, sans bouger aucunement.



2. De sexe masculin



iv. A. fut mon premier homme, et c’était quelques jours avant A.-S. J’étais niais, je ne comprenais rien à tout cela, si ce n’est que je voulais être grand, et tout connaître, pour m’avilir et me complaire dans l’affliction. Nous nous étions connus en prépa, mais il a trois ans de plus que moi : il l’a quittée quand moi j’y débutais réellement. J’avais, c’est vrai, du plaisir à manger entre autres avec lui lors du petit déjeuner, même s’il m’intimidait sans fin.

Un soir, je trouvais un mot à la craie sur ma porte : « A. a téléphoné, il veut t’inviter à manger ». Je connaissais, sans que je comprenne pourquoi, son adresse. J’y allais. Nous nous sommes retrouvés dans l’escalier. Il m’a fait mangé des pâtes avec de la crème et de la ciboulette, et boire un Côtes-du-Rhône. Le vin a dû aider, et peut-être était-ce ce qu’il désirait. Et lentement la conversation a dévié.

Après de longues simagrées protestataires à caractère déclamatoire, je me retrouvais tout de même quasi nu, et je fus le premier à ôter le caleçon. Après suivit ce qui suivit. La nuit, je ne dormis guère ; je me souviens encore du poster accroché au plafond au-dessus du lit-mezzanine, qui se mouvait au rythme de nos respirations. Je crois que j’avais très envie de recommencer ; ce qui ne fut pas le cas.

Notre relation a duré quelques mois, sans que jamais je mette un nom quelconque dessus : lui avait sa copine M., j’avais A.-S., mais je revenais régulièrement sur le pas de sa porte. Des fois, c’était pour regarder la lumière à travers la vitre qu’on voyait de la cour de l’immeuble, et repartir en pestant contre moi-même, sans avoir toqué à la porte.

Ce qui m’a marqué dans cette première relation est que je n’ai jamais trop su ce qui était du domaine du jeu, de la domination chez lui – dans la mesure où son surplus d’expérience lui permettait de me mener sur tous les points sentimentaux à la baguette où il voulait – et du sentiment sincère : certaines de ses lettres restent du plus équivoque. Mes sentiments n’étaient guère mieux : j’étais fasciné par lui, je le suis encore quand il m’arrive de le croiser. Et dans tout cela je ne savais pas ce que cela signifiait : il m’a fallu trois ans pour comprendre.

Pour paraphraser Bénabar (bis) : « De ceux qui comptent, mais un peu plus que ça. »


v. M. ou J. : En me levant ce matin, j’ai eu comme un instant d’immense retour vers le passé, et une image m’est apparue, de mes années de prépa. L’inconvénient est que je ne sais plus du tout s’il s’agit de réalité ou de phantasme.

M. et J. étaient (et sont certainement encore) des jumeaux dizygotes, qui avaient été dans mes classes de primaire, puis l’un m’avait suivi une partie du collège. Au lycée, je les voyais de loin en loin, et dans le car de ramassage. Je trouvais l’un ou l’autre – et c’est là que ma mémoire fait terriblement défaut, et ce qui m’amène à m’interroger sur la véracité de la scène – à l’internat du lycée de prépa. Nous n’avions plus rien à nous dire, mais nous nous souvenions de nos noms et prénoms.

Ce matin j’ai retrouvé une scène sur l’un des lits de prépa, assis l’un contre l’autre. J’en ai toutes les images possibles, les détails, qui me laissent supposer que c’était vrai. Et pourtant, la raison tout comme l’individu, le lieu, me laissent songer qu’il y a soit reconstruction nocturne, soit phantasme complet, soit mélange enfin. D’où doute.


vi. B. : Une fois que j’avais viré ma cuti et découvert tout ce que signifiaient mes hésitations et mes regards dans le métro ou sur S. (confer la partie 2 à venir), B. fut le premier pour lequel j’assumais. Ce fut une relation de deux ou trois mois, ce qui est l’infini à cet âge. Il avait fait une école d’ingénieur et avait tout arrêté pour se consacrer à sa musique. Au début, je me pâmais. Plus tard, je me lassais de la répétition de ses partitions.

B. était extrêmement égoïste : il ne parlait que de lui, et de son père, qu’il haïssait. Il fallait écouter sa musique, l’apprécier, et ne rien dire. Pour le reste, il n’avait pas toujours très bon goût, et des caprices brusques. Au lit, il se contentait et exigeait uniquement qu’on lui rentre dedans. Le reste ne valait rien, et il s’y refusait – alors que les petits agréments des muqueuses sont si précieux.


vii. T. : Lorsque je déménageais de mon studio d’étudiant pour celui que j’occupe actuellement, c’était le jour de la LGBT Pride. Pour une raison que je ne comprends toujours pas trop – je ne suis pas vraiment encore le type qui fonce dans les lieux pour s’y approvisionner – je me suis offert ce garçon le temps d’un soir. Il était brun, et avait un torse ferme tout suintant, j’y collais ma main durant toute la nuit.


viii. C. : Internet commençait ses ravages, ses déboires et ses succès dans ma vie. Peut-être que j’apprécie plus cette méthode parce qu’elle simplifie cette terreur du regard héroïque qu’il faut avoir pour alpaguer le moindre imbécile dans la rue, la remplaçant d’abord par la langue, plus simple, en fait, à maîtriser. C. est le garçon d’un emballement et d’un été, et encore : tout juste le mois d’août. C’était un grand homme élancé, au corps fin, et aux cheveux assez longs. C’était sa voix qui m’avait le plus séduit : il avait une voix qui n’allait en rien avec son physique de mannequin assez féminin, une voix grave, profonde, qui me prenait au ventre. Les premiers jours, il m’envoyait des messages doux, tendres et gentils. C’était d’ailleurs fondamentalement un garçon doux, tendre et gentil, y compris au lit.

Puis cela s’est fini avec l’été : il avait revu son ex, je n’étais plus que le passage de sa vingtaine, un moment qui lui avait permis d’oublier. Des fois, je vois son profil réapparaître sur des sites, et ça me fait un peu quelque chose. Je me rappelle ce que je sentais dans le ventre quand j’entendais sa voix grave. J’ai été très malheureux, au moins tout un mois, j’en tirais des figures de vingt pied au travail, ce qui m’a toujours été rare (au travail...).


ix. J.-F. : C’est ce qu’on appelle le plan cul de deux nuits. Prompt comme je suis à m’emballer, je l’avais trouvé très bien. Il était profondément manipulateur, et avait un tatouage en forme d’énorme soleil astrologique à fioritures au sommet de la colonne vertébrale. Chose que je n’ai pas trop apprécié, il fumait sur le lit après les aventures corporelles, à plat ventre, tourné vers la fenêtre. L’avantage est que du coup j’avais accès à son dos et ses fesses.

Le lendemain, il a prit une photo d’identité qui traînait sur mon bureau. Peut-être se constituait-il un carnet de chasse, ce que je fais aussi à mon tour. Je me souviens de ses yeux, qu’il avait étrangement bridés, et du plaisir qu’il avait à garder sur son ventre le sperme, qu’il étalait (image des jets de liquide sur son estomac).


x. M. : Paradoxalement, le garçon avec lequel je suis resté le plus longtemps (six mois ? sept mois ?) alors que rien n’y prédisposait. Pas mon genre, pas mon style, et peut-être tout juste trop âgé – pensez, il avait 31 ans. Il fumait beaucoup, trop, il avait des avis péremptoires sur beaucoup de choses et voulait toujours décider de tout. Son goût des relations sociales était un moyen d’éviter l’attachement amical, et son goût du nettoyage faisait passer mon appartement pour un stand de Monsieur Propre à la foire de l’habitat. Il a eu cette malchance qu’Al. est réapparue quand j’étais avec lui, ce qui fait qu’à la fin j’ai eu des égarements physiques et lyonnais. Je pense que ça ne le touchait pas – ou qu’il faisait le grand, comme si.

Ce qui n’interdit pas que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand j’ai dû faire un choix, entre Al. et lui, et que c’est lui qui m’a consolé… Il s’est rapidement trouvé une petite chose, et ils vivent ensemble depuis, ce qui me dédouane moralement.


xi. L. : Le plus rapide et le plus lamentable, il avait décroché ma timbale en exhibant une photo de son corps entier – c’était l’époque où, délaissé par Al. pour d’inexplicables raisons, je tentais de me prouver que j’étais susceptible et capable de séduire. Pour le coup, L. était une magnifique caricature de tous les a priori : musclé, noir, et doté d’un appendice absolument monstrueux – l’extrémité se gobait à peine. Mais la monstruosité laissait la chose flaccide et imperturbablement pointée vers le bas. Ce qui n’interdit pas ce parangon de virilité d’espérer me faire des choses que peut m’ont faites (sinon quand je suis dans un état d’excitation, de désir, de fondant que peu ont pu obtenir de moi, et dans ces cas il n’y a pas que du corporel dans l’affaire) ; vu l’état cependant, ses espoirs furent rapidement inversés.

Il est resté une heure trente dans ma vie, et je passais frénétiquement le reste de la matinée à nettoyer les draps, et à sentir la foutue odeur de son parfum. Plus glauque, je crois que… y’a pas.


xii. S. : Etudiant en philosophie, il succéda à L. dans la rubrique des choses rapides dont on ne peut se souvenir que pour briller en société, et montrer qu’on a vécu. Il n’était pas moche, quoi qu’un peu rond pour moi. Il commença comme un plan discute – nous avons visité ensemble le Père Lachaise et les Buttes Chaumont – et il a fini en plan cul.

Le plus marquant est que plusieurs fois il avait amené la discussion sur la longueur et la fermeté de la bite. Moi qui quelques semaines auparavant avait découvert les problèmes de baignoires et de manque de liquide dans les corps caverneux, à son discours et ses sous-entendus je commençais de subodorer un objet conséquent, et de plus aussi ferme qu’Alain Juppé dans ses bottes. Limite je commençais de douter de mes propres capacités.

Vint le soir, c’était un mardi. Il était venu chez moi (nous avions commencé par un verre devant Notre-Dame). Bien évidemment, la routine commença. Il s’en alla, pendant que j’embrassais, manualiser dans mon caleçon, soupesant la chose. Il fit un hochement approbateur : j’avais passé le test, et honorablement. Je commençais d’aller farfouiller à mon tour, m’attendant à l’énormité la plus monstrueuse et la plus rigide qui fut depuis l’onobèle le plus cher à Elagabal.

Je me trouvais devant une petite chose qui gigotait sur huit centimètres. J’ai eu une crise de fou rire, ce qui le vexa un peu : il débanda, ce qui ne fit qu’accentuer mon rire. Pourtant dans ces cas, soit parce que je suis bonne pâte, soit parce que malgré toutes les embûches j’ai besoin d’un peu de satisfaction sexuelle, nous continuâmes un peu. L’inconvénient est que, gobant la dragée, j’avais des hoquets de rire.


xiii. J.-Y. : Je le connais encore, plus pour des raisons amicales qu’autres.

Donc, on se tait.


xiv. D. : J’ai été un de ses amants officiels quelques temps. C’est un ami, mais aussi un catalyseur de choses que je n’aurais pas souhaité voir apparaître si vite.

D. est un être adorable, doux et tendre. Tellement doux et tendre qu’il peut apprécier des personnes aussi haïssables que moi, et d'autre. Ce qui peut atrocement complexifier des choses à des points inouïs, caricaturaux, où seule la douleur peut dépêtrer l’imbroglio (si on est bête, ce que je suis). En espérant que ma jalousie qui menace, ridiculement, ne me fasse pas perdre mes amis : ce n’est pas toujours facile, de se contrôler - alors que l'on sait que c'est aberrant, d'agir ainsi.

Paraphrasant toujours Bénabar, penseur et psychologue du XXI° siècle : « C'est pas facile de faire semblant, // Sourire sur les photos, pleurer entre temps, // C'est dur de faire bonne figure partout // Comme ceux qui font... Celui qui s'en fout. »


xv. F. : Intercalé je ne sais trop comment entre J.-Y. et D., c’est un enfant (enfant au vu de son avancement dans les crises de l’adolescence) avec lequel j’ai discuté électroniquement un petit mois. C’est vrai que nous avons discuté avec un enthousiasme certain. Puis vint l’inévitable rencontre, et une relation qui a duré à peine un mois. Si pour un temps baisouiller ne me déplaisait pas (qui serait contre la baisouille en période de disette ?) il me lassa un peu trop rapidement, notamment par ses plaintes interminables de martyr (mais avec l’assurance d’une distance qu’il espérait) que sa famille lui ferait souffrir.

S’ajoutent à cela des événements personnels (vaguement évoqués au sujet n°XLII). Bref, je n’en pouvais plus – tout autant de moi que de lui. Accessoirement, pour le Lecteur curieux, il était muni d’un appendice extrêmement petit, doté d’un double méat, ce qui est toujours extrêmement surprenant. Il compensait en voulant toujours baiser (plus que moi, c’est dire), ce qu’il faisait mal (trop de collant, et se plaçait toujours d’une façon qui faisait mal – même pour une simple caresse).

Depuis, il s’est persuadé une haine sans commune mesure à mon égard (je l’aurais trahi, j’aurais été une ordure, un inqualifiable, etc.), et ne se prive pas pour tout observer ce qui me concerne, et en faire état par railleries et attaques ici ou ailleurs. Le plus souvent, magnanime (au moins), je laisse faire. D’autres, il m’énerve sérieusement.

Notule intercalaire : je constate que j’en dis plus sur ceux qui n’ont pas compté depuis mon dépucelage. Mettons ça sur la pudeur ou sur le dégoût. Règlement de compte, aussi.


xvi. E. : Celui qui n’a pas duré (alors que je l’eusse souhaité), et le plus compté. Mon premier coup de foudre. Le premier homme qui m’a fait hurler de plaisir. Le premier homme que j’ai désiré comme un fou – la distance a aidé. Et celui qui m’a appris bien des choses, sur la façon dont la vie doit être prise : « Rappelez-vous, avant tout… »

Me plagiant moi-même : « Que ce soit pour un jour ou pour l’éternité, je t’aime. » Ca aura été pour quelques mois. Tant pis, au moins l’aurais-je connu. La séparation intellectuellement n’a pas été facile – j’en suis encore à la digérer – et je ne suis pas toujours juste avec lui. Je crois que ce ouiquennede il n’a pas dû me supporter.

Il mérite mieux que cette liste, ou du moins plus long, bien plus long. Mais je me vois mal le faire succéder simplement au n°xiv. Et je ne serais pas encore objectif : un peu de temps, s’il vous plaît.


xvii. Ch. : Rencontre de deux soirs. Nous avions tous les deux plus besoin de tendresse qu’autre chose. Je suis resté dormir chez lui.

Par ailleurs, s’est dévoué pour m’accompagner voir Bénabar. Comme quoi, internet permet de refourguer des places.


xviii. X. : Vive les aléas du popotin. Ce fut en tout cas extrêmement satisfaisant, tant pour l’orgueil que pour les phantasmes (garçon très dévoué…).



Comme le Lecteur le constate, je commence semble-t-il une période où j’enchaîne. Allez savoir pourquoi. Des hommes ne se remplacent pas, mais les relations d’un soir se trouvent facilement. Elles permettront toujours d’allonger l’inventaire.


commentaires

25/06/06 - 14:58

Ce n'est que le lendemain qu'une relation d'un soir se conceptualise ainsi. Ou alors, oute relation est d'un soir, mais certaines sont suivies de quelques soirées supplémentaires qui, parfois, font une vie.

04/07/06 - 10:17

Ne pas regretter, goûter au fruit proposé, parfois y revenir, et puis si le fruit est suffisamment savoureux pour ne pas être qu'un fruit, on peut parfois envisager d'autres accomplissements.

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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