09/05/2006

09/05/06 - 23:07

CLXXII. - Liste de lecture sous forme de toile

1. - Livres

Lus ces derniers jours :

i. Vita Marci Antonini philosophi, de Julius Capitolinus ;

ii. Verus, du même.

Et commencé Avidius Cassius, de Vulcacius Gallicanus, que j'ai de fortes chances d'achever ce soir, vu la matière et la longueur. Je me demande avec quoi je vais bien pouvoir rappliquer demain pour ma première journée de boulot. Faut pas trop les impressionner, mes futurs collègues, ni me faire mépriser. Le choix d'un livre, qu'on tient discrètement et modestement à la main, lorsqu'on fait le tour du service pour dire bonjour et se présenter, c'est aussi important que la cravate : ça engage toute la suite.

Je me la fais intello à continuer l'Historia Augusta ou je me prends un livre plus décent, genre Albert Cossery ? Mmmmmmh. Je sens que ma vieille Historia va voir le métro demain : ce serait un mélange savoureux, avec les Rolling Stones que je viens de mettre sur le baladeur.





2. - Toile

Profité de ce dernier jour de chômage pour m'offrir une toile, avec C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée. Je m'attendais à un bon film, avec de la zique ou, au mieux, à un bon chrono movie familial (le chrono movie est road movie version route = le temps qui passe).

J'ai tout de même fini le film à essuyer discrètement les larmes qui dégoulinaient généreusement, pour pas que les voisins ricanent. Ils risquaient de me prendre pour une fif, sinon.

Non que je veuille m'identifier ou en faire un film à programme, n'empêche, il y a quelques situations qui m'ont "parlé". Moué. On commence par dire ça et on finit par trouver exemplaire et "causant" les feuilletons de début d'après-midi. Bref. On emballe, en disant qu'il m'a plu, et basta ?





3. - Reste

Le début de la journée s'est passé à lire, puis à faire le ménage et le repassage. Rien, en somme, de ce que je voulais réellement écluser. J'ai même pas trouvé le temps d'effleurer ce brave Gneius. Faiche, c'est le truc classique qui fait qu'au bout d'un moment l'idée se refroidit et le texte finit à traîner, inachevé, avec la vague promesse d'y revenir un jour. Mais une autre idée vient, et du coup les foetus inaccomplis s'accumulent en bocaux sur les étagères de mon ordinateur. Je suis un peu trop spécialiste de ça.

Je m'y remets demain, jeudi au plus tard. Hein ? Sinon privé de dessert.

Sinon, au sortir de la toile, j'ai retrouvé ce lointain plaisir de lanterner un peu dans un café, tout seul, avec le kawa qui refroidit devant soi. Le livre est en général juste pour équiper une des mains, l'autre tenant le menton qui rêvasse en regardant la rue.

Devant moi il y avait toute une tablée d'estudiants des deux sexes et même des filles et des hommes, qui parlaient de plein de choses. Physiquement, et même du point de vue des habits, on se ressemble encore pas mal. N'empêche, ça m'a fait drôle. Non que je regrette vraiment cette période, que je la trouve comme la plus riche de mon existence - vu le blé que j'avais. Il y avait tout de même une certaine innocence, un oubli du monde qu'on croyait si présent en "s'engageant", c'est-à-dire en en parlant durant des plombes niaiseuses. J'ai dû un peu trop les regarder, un peu curieux, un peu tendre.

Aux toilettes, un gamin m'a fait du gringe. C'est bien la première fois : tellement étonné de la chose que j'en ai pas bâillé une. Dommage ? Bof, l'impossibilité a posteriori est plus intéressante.

Dernière remarque de la journée : la déclaration préremplie m'attendait dans la boîte aux lettres et au retour. Si notre vénérable administration fiscale sait déjà tout de moi (à quelques euros près), j'ai cette année essayé de calculer l'impôt avant mon contrôleur, pour ne le point découvrir plus tard. Soit je n'ai rien compris aux items des abattements de fin (après la zone avec le calcul "IP"), soit il y a eu d'énormes modifications fiscales, parce que mon calcul divise d'un tiers mon impôt par rapport à l'an passé. N'empêche, l'impôt sur les sociétés et les particuliers ne donne qu'à peine le revenu de la TVA à l'Etat... y'a des choses qui surprennent toujours.





4. - Petit pédé, Renaud, 2002

T'as quitté ta province coincée
Sous les insultes, les quolibets
Le mépris des gens du quartier
Et de tes parents effondrés
A quinze ans quand tu as découvert
Ce penchant paraît-il pervers
Que tu l'as annoncé à ta mère
J'imagine bien la galère
Petit pédé

T'aurais été couard pas de lézards
Besoin d' l'annoncer à personne
Mais c'est franchement une autre histoire
Que d'avouer j'aime les hommes
C'est pas d' ta faute, c'est la nature
Comme l'a si bien dit Aznavour
Que c'est quand même sacrement dur
A l'âge des premières amours
Petit pédé

Toute sa vie à faire semblant
D'être normal comme disent les gens
Jouer les machos à tout bout de champ
Pour garder ton secret d'enfant
Dans le p'tit bled d'où tu viens
Les gens te traitaient pire qu'un chien
Il fait pas bon être pédé quand t'es entouré d'enculés
Petit pédé

A Paris tu as débarqué
Dans les back-room du Marais
Dans ce ghetto un peu branché
Tu as commencé à t'assumer
Pour tous les homos des bars gays
Tu étais un enfant perdu
Tu as été bien vite adopté
Même si c'était pour ton cul
Petit pédé

Tu t'es laissé aller parfois
A niquer plus que de raison
C'est ta liberté, c'est ton droit
T'as heureusement fais attention
Tu t'es protégé de ce mal
Qui a emporté tant de tes potes
Grâce à ce virus infernal
Ne sortez jamais sans capotes
Petit pédé


Bientôt tu trouveras un mec
Un moustachu ou un gentil
Alors tu te maqueras avec
Pour quelques jours ou pour la vie
Rêverez peut-être d'un enfant
Y en a plein les orphelinats
Sauf que pour vous papa, maman
C'est juste interdit par la loi
Petit pédé

Tu seras malheureux parfois
La vie c'est pas toujours le pied
Moi qui ne suis pas comme toi
Le malheur j'ai déjà donné
Qu'on soit tarlouze ou hétéro
C'est finalement le même topo
Seul l'amour guérit tous les maux
Je te le souhaite et au plus tôt
Petit pédé
Petit pédé...

commentaires

09/05/06 - 23:30

Mon cher Von Badinou

Je suis heureux que vous soyez allé voir CRAZY et que cela vous ai plût ! Par contre, je dois vous confesser que je me suis arrêté au point II de votre post, car là, ma royale vue baisse dangeureusement et je crains de devoir filer dans mon royal baldaquin, avec FEe en fond sonor pendant les 3 minutes où je vais chercher le sommeil. Ceci dit, comme stipulé dans notre royal échange épistolaire virtuel, je reviendrais vous finir dès demain ! (ne voir ici aucune allusion sexuelle).

Vous souhaitant une bonne nuit, je vous bise en espérant ne pas ainsi me faire casser ma royale gueule par votre assistant !

09/05/06 - 23:52

C'est clair que CRAZY est un chef d'oeuvre. Il y a un, j'ai été voir "Mystérious skin" à la même époque (autre chef d'oeuvre). Le mois de mai serait-il propice aux super films?

10/05/06 - 18:56


Ma Majesté,

Je veillerai à ce qu'on ne vous amoche pas trop la figure, mais je ne garantis rien. Vous me devez le duché de Poméranie, comme promis, lorsque j'exécutais pour vous ce que vous savez et ce dont il ne faut causer devant le Peuple.

10/05/06 - 22:01

Et qu'est ce qu'il doit pas savoir le peuple ? hein ??

10/05/06 - 22:28

Ca, mon Chiri.

[www]

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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