05/05/2006

05/05/06 - 13:17

CLXVIII. - Liste de lecture sur la porte du frigo


1. - Liste de lecture

Lus cette semaine :

i. De uita Hadriani, de Aelius Spartianus ;

ii. Aelius, du même ;

iii. Antoninus Pius, de Julius Capitolinus.

Sans compter une adaptation bédé des nouvelles de Lovecraft (sans plus, Lovecraft, mwa...), une bédé complètement délirante de Gotlib, Solé et Dister, Pop, Rock & Colégram (de la grande époque des années septante), et l'inévitable journal monochrome de huit pages paraissant le mercredi mais lu avec irrégularité.

Entamé hier soir dans le bain moussant, avec une canette de Perrier à la main : Le Complot des franciscains, de John Sack, offert (entre autres) par mes collègues à l'occasion de mon départ. Ca casse pas des briques, c'est le genre de livre qui se lit sans remord mais qui ne va pas laisser grand'chose. C'est classique et bateau, côté intrigue, avec la bonne vieille opposition du vieux savant râleur et de la jeune femme débrouillarde mais fouteuse de merde, qu'on trouve dans tous les thrillers modernes. Yapa à dire, le genre du thriller est à renouveller sérieusement.

Je pense que mes collègues avaient plus une image de moi qu'une vraie appréciation de mes goûts : un thriller sur les franciscains, un roman sur François Villon... N'empêche, sur un point, ils ont touché juste : un "beau livre" sur les maîtres de l'art italien du XV°. C'est vrai que je dois être plus difficile à cerner que le beauf de base auquel on offre du picrate ou le spécialiste en copie de DVD auquel on file un lecteur Divx.

L'intention m'a touché, toutefois.


2. - Sur le frigo

Pendant que le thé chauffait et par désoeuvrement, j'ai tapé mon nom et mon prénom sur internet. Rien ne fait référence à moi (sauf si je triche, et que je rajoute le nom de mon école), mais à un autre parisien, qui a créé un logiciel qui semble être l'alpha, l'oméga et même l'omicron en la matière... et qui a même assisté à une soirée de tarlouze genre GA (avec même des lanternes rouges de GA) - j'ai les photos, j'ai les preuves.

Ca a un côté extrêmement déstabilisant, de voir son propre nom ne plus nous appartenir. Un petit complexe de Sosie, en somme.

Toutefois, pour l'orgueil, cela n'est guère satisfaisant : un mien ami, lorsque je tape son nom, a droit à trois pages, vivi, trois pages sous Gogol. J'aurais dû réussir Normale Sup et rédiger des articles sur la linguistique, plutôt que de trimballer des millions le soir à la Défense pour que le fisc ne les trouve pas.

Quant à mon surnom sur ce profil, s'il me permet de me retrouver sur Gogol, c'est coincé entre une serviette éponge et un complexe de bains pour enfant.

La célébrité n'est pas encore acquise. Faiche. Je vais devoir rester dans ma thébaïde.


commentaires

05/05/06 - 13:45

Je lis avec plaisir que je ne suis pas le seul a avoir un ego frustré qui me mène à taper mon propre nom et prénom sur gogole©.

J’y apparais ainsi que des jumeaux patronymiques. Là c'est peut être encore plus frustrant de ne pas se sentir "unique". C’est étrange cette relation que l’on peut avoir avec son nom et son prénom.

05/05/06 - 17:04

Non au fiscalisme communiste ! Vive ma célébrité !

07/05/06 - 11:17

Moi quand je tape mon nom, il m'arrive de me rencontrer; mais je me croise aussi sous les traits d'un spécialiste de l'habitat dans le maine-et-loir, ou plus fun, sous l'aspect d'une bouteille de champagne (j'ai manifestement un homonyme qui fait dans le cristal...) Mais pour les égos frustrés rassurez-vous : les pages vont et viennent, elles disparaissent aussi vite qu'elles surgissent. Google ou Gogoleclub a ceci de bien qu'elle s'emmêle les pinceaux très vite. Essayez avec les images, vous verrez!

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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