01/05/2006

01/05/06 - 23:02

CLXVII. - J'avais besoin de vous, Lecteurs, pour avis et critique.


Pour ceux qui sont plus en retard que moi, le contexte était le suivant :

En gros, ma soeur était au courant de l'existence de mon blog, et le consultait. Mon père, qui est un indécrottable curieux, a regardé dans ses dossiers "favoris" quinze jours auparavant, est tombé dessus, et a fait un scandale à la maison, engueulant mon frère et ma soeur. Ce qui m'a valu un sermon par courrier et chantage affectif ("Il ne peut rien en sortir de bon...grand choc... rien de positif...si c'est ton penchant réel et naturel on n'a rien à dire bien que cela nous fasse mal... que dirais-tu si nous pratiquions l'échangisme... tu te dégrades... tu te salis... ne gâche pas ta vie,
etc.").

L'aspect paradoxal est qu'il ne s'agissait pas d'un
coming-out, puisqu'il datait de l'année passée, pour lequel il y avait déjà eu scandale et déjà explications - qui ne changent guère de mon côté. Je considérais la chose comme admise, et basta. Ben non. "L'affaire du blog" virait à l'affaire d'Etat, avec dommages collatéraux sur l'ensemble de la famille... ce qui fait que si je ne répondais pas afin de clarifier les positions et les frontières, d'ici un an ça repart comme en quarante (bonne vieille logique du "on veut pas le savoir").

Bref. J'ai passé une longue semaine à rédiger une bafouille. J'ai demandé l'avis de la foule de ce site, des passants qui s'arrêtent et lisent, des curieux externes et internes. J'ai eu des commentaires, et des échanges en dial, qui m'ont incité à atténuer mes enthousiasmes d'origine. À la troisième version, je me dis que cela suffit, et que je peux envoyer.

Merci à tous, pour vos avis.




*****


Paris, le 8 mai 2006

Famille,

J’ai de nouveau eu vent de vos découvertes sur internet, et des réactions qu’elles suscitent. Disons que je le savais depuis quelque temps, mais cela m’a semblé tellement monter en sauce qu’il faut de nouveau que j’intervienne, un peu comme l’an passé. J’avoue qu’il m’a fallu du temps pour rédiger tout ça, d’où la lenteur de ma réponse.

En fait, si je pense que je n’ai pas à vous « justifier » quoi que ce soit – ce qui serait un brin ridicule, j’ai l’impression que mettre certaines choses au clair serait nécessaire. C’est ce que je vais essayer de faire ici, de répondre aux questions qu’il me semble y avoir dans vos inquiétudes. Car inquiétude il y a. Je ne veux pas vous « rassurer » (car alors vos inquiétudes seraient légitimes, et juste à consoler, de façon passagère). Je ne veux pas prétendre que vous êtes les méchants et que je suis le gentil qui souffre à cause de ses parents injustes. Je veux vous faire comprendre, vous faire réfléchir, vous montrer qu’il n’y a pas de raison à votre réaction.


1. Les mots à employer


L’hétérosexualité désigne les personnes qui sont sexuellement intéressées par des personnes du sexe opposé. C’est la « normalité » au sens social, car c’est la sexualité la plus répandue.

L’homosexualité désigne les personnes qui sont sexuellement intéressées par des personnes du même sexe. L’homosexualité peut être féminine (le terme à la mode est lesbienne, mais on trouve aussi goudou, gouine, tribade…) ou masculine (le terme à la mode est gay, mais on trouve aussi pédé, pédale…).

La bisexualité désigne les personnes qui sont sexuellement intéressées par les personnes des deux sexes. Contrairement à ce que l’on entend souvent, le bisexuel n’est pas un homosexuel en devenir, ni un hétéro qui veut voir ce que c’est que l’autre face cachée du monde. Être bi ne veut pas dire qu’on va désirer en même temps deux personnes de sexe différent, ni qu’on va vouloir profiter de tout, ni qu’on va tomber simultanément amoureux de deux personnes de sexe différent. Cela signifie qu’on peut tomber amoureux, désirer, coucher avec ou tout autre verbe relatif au sentiment ou à la sexualité avec un homme ou une femme.

Il s’agit là uniquement de classifications pour se simplifier l’existence. Il faut avoir en tête que les gays ne vivent pas dans un coin du monde, dans un monde à eux : ce sont des personnes comme tout le monde, qui vivent dans des appartements ou des maisons comme tout le monde, et font ce que fait tout le monde. Ce n’est pas un monde contre l’autre, ni même un monde dans le monde normal.

Comme déjà écrit l’an passé, je considère pour l’instant que je suis bi. J’ai désiré des garçons et des filles. Je suis « resté » avec des garçons et des filles. Il m’est arrivé d’être vraiment amoureux, et ces quelques et rares fois ont concerné des garçons et des filles. Il faut bien comprendre, aussi, qu’il ne s’agit pas d’un égarement de l’âge jeune, ni que la bisexualité se résout avec le temps (que mécaniquement un jour je redeviendrai « normal », c’est-à-dire que j’en viendrai nécessairement à vivre avec une femme) : rien n’est donné, tout peut arriver.

Cela n’a pas été facile à avaler pour moi. Pour être honnête, il m’a fallu bien cinq ans, entre la fin de la prépa et les années d’école. Non seulement pour des raisons de culpabilité (pourquoi moi, qu’est-ce que je suis, pourquoi est-ce que je ressens cela ?) mais aussi de repère par rapport à une morale et une éducation. Et aussi loin que je fasse l’effort de me souvenir, en essayant d’être objectif, je pense avoir inconsciemment désiré les deux. Même si pour des raisons d’éducation et de poids social évidents le désir pour les damoiselles était plus normal, donc plus avoué.

Pour autant, tel que je suis, je me trouve mieux désormais que lorsque je ne savais pas où j’en étais.


2. Internet : blogs, sites, etc.


Il y a sur internet des sites divers, dont beaucoup pour les hétéros, et d’autres pour les homos, où s’insinuent un peu les bis. Ces sites peuvent être des sites de rencontre où l’objet principal est de trouver « l’âme sœur » dans le cas le plus irréel, forniquer à tout crin avec le premier venu et simplement des fois se détendre et discuter sans chercher la petite bête. Ces sites ne sont pas l’apanage des homos, puisque les sites hétéros, encore plus tournés vers le sexe, foisonnent et sont légions.

Tous ces sites fonctionnent par logique de pseudonyme ; une personne qui est sur un site se choisit un pseudo, qui est différent de son vrai nom, pour des raisons de confidentialité basique.

Je suis en ce qui me concerne inscrit sur deux sites (un peu comme on s’inscrit dans un club ou une association). Le premier, même si cela un bout de temps que je n’y suis plus allé, parce qu’il a un « forum », c’est-à-dire un endroit où plusieurs personnes peuvent discuter de façon publique (ce que chacun écrit est lisible par tous) sur différents sujets, qui peuvent aller du politique au social en passant par le simple jeu de mot, le plaisir de papoter, etc.

Le second est un site où l’on peut tenir son blog, c’est-à-dire un journal (et non pas « son » journal : ce n’est pas au sens strict un journal intime). Il a l’avantage d’être simple d’utilisation, relativement fiable et discret. Par ailleurs, étant un site gay, pour m’y trouver il faut le vouloir, et donc « en être » soi-même, être au courant ou n’avoir pas les idées claires. En ce qui me concerne, je considère ce blog comme un moyen d’entretenir une certaine gymnastique intellectuelle : je me suis donné comme orientation première d’y écrire des histoires, des récits, des petits contes, etc. C’est donc pour moi un amusement, un défouloir de l’esprit avant tout, et Frangine, qui le connaissait, a raison de le prendre comme tel : c’est un jeu littéraire. Et parfois un compte-rendu de mes états d’âmes, aussi, mais c’est plus rare.


3. Publicité et intimité


Si j’ai bien compris, le fait d’avoir « découvert » que j’avais un blog a fait un scandale. La question est : qu’est-ce qui vous gêne ? Le fait que votre fils soit bi ? Mais vous le saviez déjà, ça a fait déjà suffisamment de foin l’an passé. Le fait que ça soit écrit sur internet ? Vous auriez donc peur de personnes que vous connaîtriez qui tomberaient dessus ? Mais comment tomberaient-elles dessus ? Comment me reconnaîtraient-elles ? Et en quoi cela est-il honteux, puisque c’est vrai ? Par ailleurs, je ne cite jamais quoi que ce soit en ce qui concerne des noms – que ça soit ceux de la famille ou du travail, même s’il m’arrive d’en parler.

Serait-ce le fait que ça soit un site gay ? Oui, mais il a été choisi parce que justement un site homo est paradoxalement plus discret (voir les points évoqués plus hauts).
Le fait que cela ne donne pas l’exemple ? En quoi ce qui pourrait en sortir serait-il négatif ? Serait-ce une question de morale ? Mais la morale ne concerne pas ce qui relève des choix intimes, mais de principes généraux qui engagent l’action de l’homme, et non ses désirs – donc non. Par rapport au regard des voisins ? Les voisins sont bien ridicules et bien mesquins s’ils donnent tant de poids à ce point de détail de l’existence, et moi j’aurais alors à émettre des commentaires et des jugements sur leur propre sexualité, et leur curiosité, ce ne serait que juste retour.

Effectivement, un tel site s’affiche (entre autres) comme « site de rencontres » – comme beaucoup de sites sur internet, même lorsqu’il s’agit de sites parlant uniquement de philosophie ou d’histoire romaine. L’essentiel de ce que j’y ai pu voir ne montre jamais que des braves types comme moi qui se contentent de rédiger leur blog de temps à autre, et de discuter lorsqu’ils trouvent un sujet commun, le plus souvent bien sage (le dernier en date tournait autour d’un opéra du XVII°). Bien évidemment, il y a toujours les moutons noirs, des imbéciles et des crétins : la bêtise est la chose du monde la plus répandue…


4. Éducation : bien et mal


Je pense que vous vous posez la question de « comment vous avez bien pu m’éduquer, pour que je devienne ainsi ». Je ne vais pas faire un éloge de l’éducation dont j’ai bénéficié, ni de mon enfance, ce serait trop facile. Je vais juste vous dire que ce qui relève de la profonde intimité ne relève pas de l’éducation.

Car la vraie question qu’il y a là-dessous, c’est que j’aurais raté mon éducation, et que je serais tombé, que j’aurais chuté. Non. Du point de vue humain, l’homosexualité n’est rien. Elle ne relève même pas du mal ou du bien. Est-ce qu’être hétérosexuel ou Picto-charentais est « bien » ? Non : c’est un élément constitutif de la définition de la personne, et c’est tout. Et je le considère comme tel.

Agir bien et agir mal ne se fait pas par rapport à des schèmes dichotomiques (hétéro/homosexuel, noir/blanc, homme/femme…) mais par rapport à des principes universels. Ce n’est pas parce que quelqu’un est hétérosexuel qu’il va spontanément agir bien ou mal, en tout point de son existence, et même dans sa sexualité. Il y a des ordures, des crétins, des fats partout. Il y a des personnes qui cherchent sans arrêt à assouvir des phantasmes, et je pourrais pour la forme citer un de mes collègues, petit beauf de base, qui est un bien beau modèle de cette si belle hétérosexualité. Il y a des couples homos, et pas tous, qui vivent une vie « calme, honnête, propre ». Il y a des couples hétéros, et pas tous, qui vivent une vie « calme, honnête, propre ». Il y a des homos qui s’enfoncent dans une vie de luxure sans fin. Il y a des hétéros qui s’enfoncent dans une vie de luxure sans fin.

La dépravation n’est pas l’apanage des hétéros, ou des homos. Elle est le privilège des imbéciles. Et non seulement je vis cette facette de ma vie non pas en assouvissant des phantasmes quelconques, non seulement je ne change pas de « partenaire » sans arrêt, mais les quelques personnes que j’ai pu rencontrer, c’est que je les appréciais, que les désirais, que je les aimais. Je ne fais pas de trucs délirants : je suis avec une personne, et nous nous apprécions, et c’est tout.


5. Minorités et visibilité


L’homosexualité est une minorité, et en plus une minorité qui relève de goûts, ce qui fait qu’elle n’est pas spontanément visible – et que jusqu’à récemment elle a bénéficié de peu d’égalité des droits (la dépénalisation légale de l’homosexualité en France date de 1982, grâce à Saint Robert Badinter). Sans entrer dans la discussion de ce que sont les « droits des homosexuels » (qui ne sont en fait que les droits de tout citoyen, mais qu’on oublie parfois d’appliquer dans certains cas trop gênants), pour se faire admettre, il a fallu se rendre « visible » (montrer qu’on existait pour montrer que des droits n’étaient pas appliqués). Ce sont les grandes folles, les cuirs et moustaches, les sœurs de la perpétuelle indulgence. On leur doit beaucoup, simplement parce qu’ils ont fait que le droit de la République s’applique progressivement à tous, conformément au préambule de la Constitution.

Par ailleurs, le problème de toute minorité est que les éléments les plus caricaturaux sont les plus visibles et, par conséquent, ceux que tout le monde a en tête, sans que cela soit représentatif. Des immigrés siciliens, on retient systématiquement les mafiosi aux Etats-Unis. Des conducteurs automobiles, on retient systématiquement ceux qui renversent les enfants. Et des homos les plus caricaturaux, aussi. Remercions ici les médias, qui simplifient toujours tout, font de beaux rapprochements bien simplistes et sont écoutés par des millions de personnes.

Non, l’homo de base n’est pas une grande folle qui parle aigu et ondule du bassin. Non, l’homo de base n’est pas un mec qui se balade avec des plumes. À moins qu’on m’apprenne que l’hétéro de base parle grave et boit de la bière en rotant, ou qu’il part à la chasse tous les matins pour exterminer des palombes à coups de bouteilles de pastis. L’homo de base, tout comme l’hétéro, est quelqu’un de normal, que rien ne dissocie d’autrui, si ce n’est sa personnalité, c’est-à-dire ce qui fait la richesse de chaque personne. Et il y a effectivement, au sein de cette personnalité, un élément qui touche à l’affection, au désir et aux sentiments.


6. Sexualité et marché


La conséquence de la minorité sexuelle – et du fait que la sexualité n’est pas écrite sur le front – est que les célibataires sont plus fréquents quand ils sont gays. On trouve plus facilement son bonheur pour faire une sauce tomate quand au marché il y a des caisses de tomates fraîches. C’est plus délicat quand il y a plein d’aubergines et juste quelques tomates mélangées dedans. Il faut les trouver, et que personne ne soit passé avant.

Le fait qu’il y ait autant de célibataires ne veut pas dire que les gays ne rêvent pas après le grand amour. C’est un mythe bien présent, et encore plus présent, plus fort, plus terrible, me semble-t-il, que pour les hétéros. Mais ils sont célibataires, et ils peuvent avoir plusieurs amoureux de façon successive – tout comme les hétéros célibataires, tant qu’ils n’ont pas trouvé la personne qui leur convenait le mieux. Il n’y a là rien que de très normal.


7. Les parents et les enfants


En fait, je crois que le plus gros problème que vous avez en tant que parents, ce n’est pas ma sexualité, c’est que vous avez du mal à admettre que nous grandissons, Frangin, Frangine et moi. Lorsqu’un enfant grandit, et devient adulte, il ne dépend plus des parents : il n’est plus une chose qu’on peut modeler un peu comme on l’entend, en fonction de ses propres espoirs et de ses propres idéaux, à laquelle on dit « ne fais pas ça » ou « fais ça ». Maintenant, vous avez le devoir de dire que vous condamnez certaines de mes actions si elles sont dangereuses pour moi. Maintenant, vous n’avez aucun droit à demander à ce que j’agisse comme vous l’entendez.

J’estime, en ce qui me concerne, avoir suffisamment rempli nombre des espoirs et idéaux que vous avez logés en moi : j’ai fait un bac scientifique, j’ai fait une classe prépa, je me suis fait chier durant trois ans dans une école que je n’aimais pas, j’ai maintenant un travail de cadre où je brasse des millions. Je pense que pour les idéaux à remplir, j’ai fait ma part.

Il faut bien comprendre que je n’ai pas besoin de protestations véhémentes où vous dites admettre ce que je fais et choisis. Je suis comme cela, et rien ne pourra y changer. Je n’ai pas l’impression de faire étalage de ma sexualité ni de ma vie sentimentale, simplement parce que ça ne reste qu’une composante de ma vie. Mais il est absolument probable qu’un jour je vive avec quelqu’un, et que ce soit un homme – ou une femme. Je n’en fais pas publicité, tout comme je n’aurais pas à crier sur les toits si j’étais hétérosexuel, mais je n’ai pas à le cacher pour autant, ni à en avoir honte.

Enfin, pour moi, c’était chose admise, puisqu’il y avait déjà eu un scandale l’an passé. J’avais déjà écrit une lettre, où je pensais avoir été suffisamment clair. Je n’ai pas l’impression. J’ai été volontairement plus long et plus violent ici, pour vous forcer à réfléchir – et non pas à faire des phrases déclamatoires où vous dites que oui vous admettez tout et que je fais ce que je veux, même si ça vous fait mal. Parce que ça n’a pas à vous faire mal, et que vous n’avez pas à vous inquiéter, à estimer qu’il y a salissure, à craindre des regards ou imaginer des choses, que ce soit pour moi ou pour vous. Sinon l’an prochain on est reparti pour un tour et je peux déjà écrire la prochaine lettre.

C’est aussi pour ça que j’ai fait le choix de ne plus répondre au téléphone ces temps-ci : il faut réellement que vous preniez la mesure de ce qui est en train de se jouer. Ce qui doit mûrir en vous (et en moi) maintenant est le vouloir vivre ensemble de la famille, et ce vouloir vivre ensemble n’est pas qu’une affaire de sexualité du fils aîné, mais aussi (je me répète) de ce que c’est qu’être parent quand les enfants deviennent adultes. C’est agressif, c’est peut-être blessant, mais si en un an vous n’avez pas digéré et me refaites la même chose, en pire, je ne vois que ça, pour le bien de tous. Même si j’ai bien conscience qu’une seule année pour se changer de ce qu’on a connu durant vingt-cinq ans, ce n’est pas si facile que ça.

Nous en reparlerons d’ici quelques temps, quand tout ça aura un peu reposé.

D’ici là, je vous embrasse,

Olivier

commentaires

01/05/06 - 23:34

Je n'ai pas tout lu, je me suis arrêté au 3.
Pour te dire que tu es extrêmement gentil avec eux, vraiment. Tu leur explique tout, mais ils doivent faire une partie du chemin eux-mêmes... et apprendre à te respecter. C'est pas évident de l'exiger de sa famille, mais c'est nécessaire.
En tout cas, c'est très bien écrit et vraiment, très gentil.

Sinon perso je n'aurais pas autant écrit sur mon désir, mais ça, ça dépend des sujets que tu abordes avec eux.

Bon courage en tous cas! :-)

01/05/06 - 23:46

J'aime bien, mais ça résonne comme une grande claque. Inverser les rôles ne marche pas trop bien, ce n'est pas à toi de leur donner une leçon ou de leur démontrer qu'ils ont tord. Leur inquiétude est réelle, il faut que tu l'entendes. Tu peux les rassurer, sans pour autant leur raconter tout en détail. Certainement qu'un minimum d'information est à donner (pas du kt...) et en y mettant plus de souplesse (on dirait des oukases). Oriente ton discours vers eux. Comment peuvent-ils recevoir ce que tu dis s'ils se sentent agressés ? C'est par méconnaissance qu'ils se font des idées fausses sur ce qui tu peux être.
Il est bien clair que tu n'as pas de justification à donner, mais bien une sorte de révélation à leur faire.
Les parents ont souvent le plus grand mal à accepter qu'un enfant soit par lui-même et donc différent de leurs attentes.
Tu dois bien avoir en toi un amour à leur partager, eux aussi. Ce n'est pas une joute entre les bons et les méchants.
Si ça se trouve, ton père a déjà lu cet article (bonsoir monsieur).
Je trouve que ton blog est d'une propreté exemplaire, qui dénote d'une personnalité équilibrée et saine. Aucune raison de rougir.
Sur ce, bonne nuit, et bien avec toi (vous) dans ce chemin ardu, en espérant avoir apporté mon petit caillou d'homo convaincu.

02/05/06 - 03:43

Cher Olivier,

je ne vous connais pas. je ne lis pas votre blog particulièrement, sauf quand je lis le JDI et que vous avez posté, ce qui est le cas cette nuit.

Votre letre me touche. Parce que, contrairement à ce qui est dit au dessus, je ne trouve pas votre missive donneuse de leçon, simplement écrite avec émotion, détresse de se voir dénier le droit d'aimer et d'être considéré moins 'aimable' du fait de ce qu'on est.

Je vous trouve pédagogue. Cette lettre j'aurais voulu savoir l'écrire moi-même à une époque à mes parents. Vous écrivez avec intelligence que le problème en effet, n'est plus tant votre sexualité que votre choix de vie et leur réaction en tant que parents et leur manque de recul face à "ce que c'est qu'être parent".

Je vous trouve intelligent et juste. Très juste. Je me permets d'archiver ce texte, car il en est des passages qui méritent la citation à l'occasion. Bravo.

Etre parent, c'est parvenir a élever son enfant sans projeter sur lui un idéal que l'on a, en essayant de ne pas répéter avec lui les archétypes familiaux dont on a souffert, enfant, ado ou adulte, et, surtout, c'est l'aimer pour ce qu'il est et pas ce qu'on voudrais qu'il soit.

Puissent vos parents comprendre cela en vous lisant. bonne nuit, bonne soirée. Vous êtes humainement très beau, monsieur Olivier.

04/05/06 - 20:34

Cher Olivier.

Je ne vous connais pas, je ne connais pas vos parents, et je connais encore moins vos repères et ceux de vos parents.
Je me suis permis en à parte de vous poser une question.
Je ne vous livre pas là de conseil, juste mon avis,
La réponse que j'ai obtenu m'amène donc à la "copie" suivante :

Mais avant de vous livrer ma "copie", je vais vous apporter quelques précisions sur "ce que je suis".
J'ai aujourd'hui bientôt 35 ans. Je fus marié, je suis père d e3 enfants et homosexuel "patenté". Le difficultés que vous rencontrez avec vos parents, je présume en avoir connu de similaires ou tout du moins d'assez proches (d'autant de part ma condition d'homme marié, "devenu" "PD")... Aussi, je me positionnerai en tant que parent ET homosexuel.
Je ne vous livre pas là de conseil, juste mon avis, Et en aucun cas, je vous juge ... je vous fais part de mon ressenti.

Résumé de votre courrier :
1/ Sur la forme d'abord :
Votre ton agressif (comme vous le reconnaissez vous même), vindicatif, est sans doute une réponse à ce que vous prenez vous même pour une agression de vos parents par le ton qu'ils ont du employer et par les propos qu'ils ont tenu eux même contre vous.
2/ Sur le fond :
Vous donnez votre vision du monde "homo", "bi" et "hétéro"... vous vous servez de vos références pour expliquer ce qu'est le "monde homo" et apparentés (existe t il un ou des mondes d'ailleurs ?).
Vous expliquez à vos parents comment vous comptez mener votre existence.
Vous expliquez la raison de votre présence sur GA, vous argumentez autour du fait que VOUS en ressentez la nécessité et vous leur présentez votre vision d'internet et de ses dérives.
Vous répondez avec vos mots à une question que tout parent d'homo ou de bi peut ( ouvertement ou non) se poser : Qu'ai je fait pour "mériter cela" ??
Vous donnez une vue de la "minorité homosexuelle" (assez juste je dois l'avouer)
Enfin vous donnez votre vision du rôle de parent... et de ce qu'il doivent faire avec vous même et également avec votre frère et votre soeur.

A ces différents points je vous répondrai comme suit :

1/ Sur la forme :
Vous répondez sans doute avec votre coeur Olivier, je n'en doute pas un seul instant.
Vous vous sentez "attaqué" dans votre intimité par des parents "trop attentifs" à votre devenir et à vos actions.
Vous vous sentez "attaqué" par la forme et la teneur des propos que vos parents ont pu tenir vis à vis de vous.
Cependant,
En tant que père je reçois un tel courrier de mes enfants, j'ai le choix entre une paire de claques(mouvement de panique), une profonde blessure ou un profond désarroi.
Pourquoi ?
Parce que malgré toutes les "attaques" que vous avez reçu, elles sont sans doute simplement le reflet de leur peur de voir leur fils ainé comme vous le dites (par rapport à leur propres références) montrer le mauvais exemple aux suivants. Parce qu'ils vous veulent heureux et que dans une société castratrice judéo-chrétienne l'homo ou le bi est le dernier échelon avant les criminels.
Parce que vous leur devez amour et respect pour ce qu'ils ont pu vous apporter avec leurs moyens (humains, intellectuels et financiers) à devenir celui que vous êtes aujourd'hui qui semble à priori aller plutôt bien tant socialement que moralement ou que matériellement.

Aussi, je ne peux que vous inviter à réviser votre copie. Ne répondez pas à une "attaque" signe sans doute d'incompréhension de leur part, par un "vindict" mais plutôt par une formulation posée et sans propos qui ne pourra les conduire qu'à les rendre encore plus inquiet, parce qu'eux même incompris.

2/ Sur le fond :
Vous expliquez votre vision du monde, de l'éducation, etc, etc...
Je pense que vos parents peuvent entendre ces propos. Mais ont ils les mêmes référentiels que vous ? Il semble que non. Aussi vous leur IMPOSEZ comme vous le souhaitez, vous leur IMPOSEZ d'être d'accord avec vous que cela leur plaisent ou non. Vous les conseillez( voir les tancez) même sur la manière d'agir avec votre frère et votre soeur.
Mais de quel droit ?
Vous dites vous même que chaque être vivant est différent ! Et vous voudriez que vos parents parce que vous leur dites de le faire vont vous comprendre, admettre par un simple claquement de doigt votre manière de vivre, d'agir, et aussi vont du jour au lendemain (un an qu'est ce dans la vie d'un homme) prendre le paquet cadeau sans pouvoir mal ou bien se permettre de vous faire part de leurs craintes et de leur intérêt et amour pour vous.

Mais cela est totalement impossible.
Parce que vos parents ne sont pas de la même génération que vous, parce qu'ils doivent vivre avec des "principes" et une "vision" du monde qui répond à leur éducation et à leur cadre de vie.


Conclusion :
Aimez les simplement, dites leur, expliquez leur effectivement tous ces points qui vous tiennent à coeur, mais sans les attaquer, tout au contraire en les protégeant et en les rassurant, même si sous le "coup" de la colère ou de votre réflexion, ils ne semblent pas le mériter.

Et si vos parents lisent ces mots par "le plus grand des hasards" qu'ils aient eux aussi à votre égard le même regard que lorsque vous étiez petit. Ecoute, soutien et AMOUR.

Belles vies à vous tous. Que chacun est le courage de faire la moitié du chemin et ainsi la compréhension réciproque se construira pour permettre aux tensions de se dissiper.
Prenez soin de vous et des vôtres, soyez heureux.

04/05/06 - 20:40

*ait

07/05/06 - 11:12

Je suis plutôt émerveillé de la patience que vous témoignez à leur égard, en étant à ce point pédagogue.
Vous auriez encore 17 ans, m'sieur Badinou, je comprendrais leur réaction - faite à la fois de surprise, et d'inquiétude. Mais si vous êtes encore un homme jeune, vous manifestez à tout instant une maturité qui ne laisse aucun doute quant à l'achèvement d'un certain processus de formation qui s'accomplit durant les années d'apprentissage. (Quant à la vie selon Goethe, il vous reste les années de voyage à vivre, si j'en juge par la trilogie de Wilhelm Meister.)

Il me semble que moi, j'aurais été infiniment plus insolent que vous, si d'aventure j'avais eu à vivre la même chose. Heureusement qu'il n'en fut rien, et ce n'est pas une question de génération, comme le suggère Lemarquis. Cela tourne autour de la question de la liberté et du respect - du respect dû à l'autre en tant que sujet libre susceptible d'agir en toute conscienc contre l'avis, l'opinion ou le goût d ses parents. J'ai eu une éducation plutôt stricte, mes parents n'étaient pas spécialement des libertaires de 1968; mais ils avaient le sens et le goût de la liberté qu'ils jugeaient inséparables de celui de la vérité. Ce cocktail est assez fatigant au quotidien, mais il a au moins l'insigne avantage de permettre que des éléments aussi essentiels à la compréhension des êtres aimés que sont nos proches soient posés comme des données irréductibles de l'être. C'est à cela que je songe quand je vous lis et que je me rends compte du bienfait que cela représente de pouvoir être tout simplement ce que l'on est sans que cela vous soit à charge.
Non, et contrairement à l'avis de Lemarquis, je vous trouve patient, posé, nullement agressif, bien au contraire - juste un peu agacé d'avoir à dire simplement qu'il y a des bornes à ne pas dépasser.
Quand je m'ouvris à mes parents de l'irréductibilité de mes choix sexuels, j'avais 17 ans; je mettais un terme aux équivoques hétérosexuelles qu'une adolescence normale se voit contrainte de mimer. Cela fut pour moi une nécessité de le dire pour ne pas avoir à prolonger le mensonge; c'est ainsi qu'ils le reçurent. Je ne dirais pas qu'ils ne se sont pas posés de question; ma mère avait même une singulière tendance à penser être coupable en quelque façon; et de fait, aucun parent n'est intérieurement préparé à cela. Je trouve en ce sens que vous avez raison de commenter le regard que vos parents doivent inconsciemment porter sur eux, et l'agressivité de leur démarche n'est sans doute qu'une manière pour eux de "dealer" avec leur propre malaise. Mais sur bien des points, vos devraient se sentir rassérénés quant à ce qu'ils vous ont transmis - car vous avez une droiture certaine - toute votre lettre en témoigne. (Oui, droiture, je dis bien droiture, quand certains parleraient aujourd'hui de rigidité; mais savent-ils ce qu'est une éducation soucieuse au point parfois d'en être sourcilleuse, du bien de son enfant?).
Non, votre lettre est douce, aimante quoique inflexible. Et cela, je dis chapeau.

(Je dis cela ne connaissant rien de votre histoire, ou à peine, et encore moins de vos parents. Etre le fils ainé oblige; c'est une position redoutable. Obligation quant à la reproduction, c'est sûr; rôle central quant à la constitution de la fratrie; etc... N'empêche, nous ne sommes plus au temps où l'on pouvait réciproquer droit d'aînesse et devoirs...)

Je vous adresse mes pensers émus; cher Olivier.

10/05/06 - 21:31

Olivier,
Je viens de lire cette 3ème et dernière version. Merci pour vos parents d'y avoir mis les "formes"... J'espère qu'ils accepteront vos choix même s'ils ne les comprennent pas (toujours).

Espérant de tout coeur que votre famille puisse rester soudée et que votre fratrie ne se solidarise pas "contre" vos parents avec vous mais que grâce à vous (sans doute quelque part le rôle de l'aîné) le fédérateur autour de vos parents.

Et si vos parents "tombent par hasard" sur ce commentaire, qu'ils consciencent que vous aussi vous souffrez de cette situation.

Prenez soin de vous. Belle vie à tous.

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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