24/01/2006

24/01/06 - 21:52

LIX. - Devoir de réserve (bis)

Chère patronne, qui démissionnez dans une semaine, et qui ne serez pas remplacée,

Pour la bonne forme (et informer Anaximandre, qui devra avec moi assurer l'intérim à partir de février, et qui va bien rire de mes revendications syndicales), mon avis sur le powerpoint directorial que vous m'avez fait suivre.

Il s'agit d'un planning présentant les desiderata de la Direction quant à Gloubi et à Boulga, tâches récurrentes de l'année qui me sont essentiellement imparties, et qui forment la colonne vertébrale de l'activité du service où nous sévissons.

Les dates stipulées sont les suivantes :

i. Première version des Gloubi à la maille 1 : 03/06
ii. Boulga number ouane : pour nous, de fin mars à mi-avril
iii. Deuxième version des Gloubi : 05/06
iv. Boulga number tout : pour nous, de mi-juin à début août
v. Troisième version des Gloubi : 10/06
vi. Boulga number tri : pour nous, de mi-septembre à fin octobre

Sachant que par simplicité j'ai "collé" dans l'item iii. les Gloubi "normales" et la maille 1, qui jusque là étaient faites de façon concommittante, et que j'ignore tout des Boulga de fin d'année...

Ce que je constate :

i. Dans l'hypothèse où le premier item recouvre des Gloubi effectuées par notre service, cela revient à rajouter une Gloubi supplémentaire entre le Boulga de fin d'année que nous achevons, et celui de mars-avril.

ii. Qu'en 2005, mon emploi du temps a été le suivant :

- Janvier : Boulga 2004 ;
- Février : Mise à jour de l'outil de Gloubi (+15 jours de congés payés, il est vrai, c'est quasi un crime) ;
- Mars : Gloubi internes (sans les longs allers-retours avec la Direction) pour préparer notamment le Boulga de mars, qui en dépend ;
- Avril : Boulga de mars ;
- Mai => mi-juin : Gloubi
- Mi-juin => fin juillet : Boulga de juin ;
- Août : Ah, oui, quatre semaines de congés, comme la Loi m'y autorise ;
- Septembre : fin du Boulga de juin (suite aux envies de fraise en hiver de notre employeur) + Gloubi + Boulga de septembre
- Octobre : Gloubi + Boulga de septembre ;
- Novembre : Gloubi, toujours ;
- Décembre : Boulga.

Sachant par ailleurs qu'avec un tel emploi du temps je me suis consacré à Proooot avec le succès que l'on connaît, c'est-à-dire que je n'y ai pas touché, et que nous ne pourrons pas sortir les calculs exigés avec Proooot.

iii. Qu'en 2006, si je n'ai plus à faire les Gloubi de la filiale number tout, lesquelles étaient celles qui me prenaient le moins de temps, j'hérite de ce beau projet qu'est Proooot, qu'il faudra bien mener un jour à terme, sachant qu'il est extrêmement chronophage.

Ce que j'en pense :

i. En 2006, en plus des fonctions "officielles" (à savoir les Gloubi et le Chuuuuut), je serai amené de fait à piloter encore plus les Boulga intermédiaires, et ce, pour deux raisons : votre départ (et votre absence de remplacement en l'état actuel des choses) et celui de Aristobule Finassier - j'estime que cela ne sert à rien de se voiler la face en se disant "qu'on va trouver des personnes" d'ici à une date indéterminée, en tout cas lointaine.

Par conséquent, je me trouve face au choix suivant : soit je donne la priorité aux Boulga (sachant que bien sûr le Groupe n'admettra pas qu'il n'y ait pas de Boulga correct effectué), soit je donne la priorité aux Gloubi (sachant que bien sûr le Groupe n'admettra pas qu'il n'y ait pas de Gloubi correcte effectuée). Je souhaiterais qu'on m'explique comment je pourrais passer entre Charybde et Sylla. Je signale à toutes fins utiles que mon support technique a été très requis lors de ces Boulga intermédiaires. Et je pense qu'il est utile à ce jour dans le cadre des Gloubi.

ii. Sans compter le Prooootage, avec laquelle il va falloir atermoyer début février (alors que nous sommes incapables à ce jour de fournir des chiffres), le renseignement de l'outil de Gloubi des données 2005 prend extrêmement de temps et est structurant et essentiel pour toute l'année. On ne peut y couper. J'ai donc comme l'impression que cette Gloubi de mars aboutira (si l'outil de Gloubi est renseigné à temps !) à une projection des hypothèses 2006 effectuées en novembre 2005 avec des choix à la serpe injustifiables.

iii. Par ailleurs, je souhaiterais tout de même prendre des congés (dans la limite de la Loi, bien sûr) dans d'autres conditions que ce j'ai pu faire depuis l'été 2005 - c'est-à-dire me servir de mon solde pour autre chose que des jours de maladie ou des jours de grève des transports en commun. Pour mémoire, je bénéficie encore d'ici à mai de 11,5 jours de congés, sans compter les CET, ARTT et fractionnement divers. Si on m'évoque régulièrement (et oralement) une ressource, c'est-à-dire une personne qui m'assisterait, je ne la vois guère venir... Les "économies de bout de chandelle" qui ont pu être faites jusque là en déchargeant sur Davinci Code ou le service des Chiffres et des Lettres vont trouver très rapidement leur limite, si elles ne l'ont pas déjà trouvé : il suffit de voir l'état d'avancement de Proooot.

Par ailleurs, un collaborateur qui se repose entre deux périodes intenses (et Dieu sait si nous avons tous enchaîné les Gloubi/Boulga depuis le mois de septembre) est aussi un collaborateur rentable pour la Compagnie.

Bref : il ne semble pas que cela soit tenable. Il faudra donc soit trouver (encore) des expédients, soit négocier ce planning, soit prendre des décisions structurantes. L'argument (que je vois venir d'ici) de l'augmentation salariale dont j'ai pu bénéficier ne tenant dans tous les cas pas face à un individu qui reste un homme, c'est-à-dire avec des journées non étirables, deux bras et deux jambes.

Je regrette d'avoir eu à écrire cela, mais, quitte à avoir usé de la caricature et fait ressentir un certain énervement, je ne peux qu'alerter face à cet état de choses qui s'instaure. Et est dangereux, aussi, pour "l'intérêt du Groupe".

Badinou

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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