18/01/2006

18/01/06 - 21:54

LI. - Bloguerie

Je préfère ne pas entrer dans le concert des choses hurlantes et piaillantes pleines de bons sentiments, si faciles et si aisées. La "mobilisation", la pensée du moins, sont nécessairement ailleurs que sur des bouts d'électronique.

Cependant, les derniers événements qui secouent le petit globe de la péditude, de l'internet et du journal intime/public ne laissent pas de me rendre tout songeur d'inquiétude pensée.





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Débats éventuels...


18/01/06 - 22:01 - -ALIAS :

"Je préfère ne pas entrer dans le concert des choses hurlantes et piaillantes pleines de bons sentiments, si faciles et si aisées. La "mobilisation", la pensée du moins, sont nécessairement ailleurs que sur des bouts d'électronique."

oh, c'est bien reste dans les hautes sphères de la pensée, where you belong, loin de ce monde qui piaille et qui pue (les bons sentiments)

quand ta liberté sera amputée, ne viens pas pleurer



J'ai dû être trop concis... ou on m'a mal lu. Ce que je voulais dire, c'est que les agitations dans les forums (comme j'ai pu voir...) restent des agitations de forum : le monde pédé est petit, le monde pédé dans l'internet plus encore. Et internet est une bulle fermée, sans beaucoup d'impact sur l'extérieur. Dire "oulalah c'est mal !" à grand renfort de post, de page internet, n'a que peu de conséquence. Une pétition, là, je ne dis pas : on entre déjà dans quelque chose qui relève de l'action politique et publique.

Il est bien évident que les notions de liberté et d'égalité sont plus qu'interrogées par cet événement. Et c'est pour cela qu'innocemment j'avais collé une image rapellant 1984 d'Orwell, songeant que cela suffirait. Bref. Concision ne suffit pas, face à tous les lecteurs.

Quant à mon avis sur la question, il est celui de Garfield : "La sanction est disproportionnée"(aujourd'hui, sur RTL2). À quand bien même il y a devoir de réserve et attente d'exemplarité de tout fonctionnaire, la sanction n'a aucun rapport avec la cause invoquée.

Par ailleurs, je suis sûr que sans peine je pourrais trouver des blogs de fonctionnaire parlant tout aussi bien de cul, mais hétérosexuels... J'en ai déjà vu (une de prof de maths parlant crûment de ses élèves). Sans compter tous les écrivains qui ne sont guère des modèles de morale, mais qui sont aussi membres de l'administration (j'ai vu un prof de la Sorbonne monter des films "expérimentaux" qui étaient des successions d'images pornographiques et scatologiques). Mais je ne pense pas que faire une contre-liste soit productif...

Quoique. Mettre le nez dans la merde au mammouth pourrait lui rappeler ce qu'il chie en jouant la précieuse.

Conclusion : Il doit y avoir des limites à la "bonne pensée" moralisante, mais cela n'a guère de poids dans un pays où l'épouse du chef de l'Etat fait réciter les grâces à chaque repas, mélangeant ainsi conscienscieusement ce qui est du domaine de son intime et la regarde, et de l'action publique de représentation liée à la fonction qu'elle occupe. Elle.



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Prolongation éventuelle... copié/collé d'un message d'un ami


Après réflexion :

C’était absurde d’écrire ce matin que les homos doivent prendre acte de l’homophobie et prendre leur dispositions en conséquence ; c’est fallacieux comme raisonnement ; avec cet argument, les noirs devraient finir comme mickael jackson pour lutter contre le racisme… et les juifs raser les murs pour répondre à l’antisémitisme.

Désolé donc si ça a pu te blesser ; je retire ce propos.

D’un point de vue strictement juridique, l’affaire m’a incité à revoir le sujet des droits et devoirs des fonctionnaires en droit public français.

L’état du droit et de la jurisprudence :

1) la liberté d’opinion est absolue ; sur le sujet l’arrêt le plus connu : Conseil d’Etat Barel 1954 : des étudiants communistes ne peuvent se voir refuser le droit de passer le concours de l’ENA

2) La liberté d’expression (manifester ses opinions) est conditionnelle :

- dans l’exécution du service, l’Etat peut exiger du fonctionnaire qu’il s’abstienne de tout acte propre à faire douter de sa neutralité voire de son loyalisme à l’égard des institutions à l’occasion du service (CE Delle Jamet 1950 : en l’espèce manifestation d’opinions religieuses).

- en dehors du service : la liberté constitue le principe et sa restriction est fonction du poste occupé et de la hiérarchie ; je te recopie pas tout les exemples que j’ai pu trouvés ; sont considérées comme fautes : le fait pour le directeur du cnrs de ne pas se démarquer clairement des prises de positions d’une assoc dont il est président d’honneur et critiquant le gouvernement (CE 1953 Teissier), le fait pour un policier en dehors du service de distribuer en civil des tracts critiquant l’action de la police lors d’une grève etc etc

3) Trois précisions supplémentaires quant au régime que je viens de résumer vite fait

- Pour les emplois supérieurs à la discrétion du gouvernement (définis par un décret modifié non limitatif de 1959) le gvt n’a pas besoin d’évoquer de fautes pour révoquer qui lui déplaît ; en revanche s’il le fait (ce qui n’est pas très ‘tactique’), le juge contrôle la légalité de la révocation ; notons d’ailleurs que pour ces emplois le devoir de réserve est évidemment très contraignant – diplomates, directeurs d’administration centrale… ; après vérification (on s’en serait douté), l’emploi de proviseur ne fait pas partie de ce type d’emplois ; (ce qui ne l’aurait pas empêché l’intéressé de se pourvoir en justice de toute façon puisqu’il a été sanctionné disciplinairement)

- Il faut bien souligner qu’un fonctionnaire même subalterne peut être sanctionné disciplinairement pour abus de la liberté d’expression en dehors du service (toujours sous le contrôle du juge) ; c’est important ici pour ceux qui pourraient croire que la conduite irréprochable (qui n’est apparemment pas en cause) du proviseur pendant son service lui permettrait de faire ce qu’il veut en dehors (cf exemples ci-dessus)

- Les agents investis de fonctions syndicales sont plus protégés que les autres.

Aucun des exemples ne renvoie à des contentieux relatifs aux orientations sexuelles d’un requérant et on peut convenir qu’il y a loin des prises de positions politiques contre l’administration à l’expression de ses orientations sexuelles

Je pense bien à l’arrêt récent Villemain qui étend à un agents homosexuel pacsé du ministère des affaires étrangères les avantages réservés aux couples mariés mais je ne sais pas si cette réticence était liée à son homosexualité. La solution de l’arrêt se limite à l’examen des droits que confère le pacs


commentaires

18/01/06 - 22:01

"Je préfère ne pas entrer dans le concert des choses hurlantes et piaillantes pleines de bons sentiments, si faciles et si aisées. La "mobilisation", la pensée du moins, sont nécessairement ailleurs que sur des bouts d'électronique."

oh, c'est bien reste dans les hautes de la pensée, where you belong, loin de ce monde qui piaille et qui pue (les bons sentiments)

quand ta liberté sera amputée, ne viens pas pleurer

18/01/06 - 22:01

* hautes sphères

18/01/06 - 23:43

c'est justement de la pétition que je parlais, bien entendu, et que j'invite tout le monde à signer d'ailleurs

maintenant je trouve ça assez légitime de piailler, dans la mesure où je juge qu'une grave injustice est commise sous mon nez. ça m'est assez naturel de piailler dans ces cas-là.

et pour le coup du 'disproportionné' je ne suis pas d'accord, c'est plus encore que 'sans commune mesure' qu'il faut dire, dans la mesure où je ne vois même pas où il a attenté au devoir de réserve auquel tout fonctionnaire est soumis ; être pédé, c'est attenter au devoir de réserve ? pardon, mais je ne suis pas d'accord

et je le fais savoir, en piaillant s'il le faut.

maintenant je comprends ce que tu as écrit et je suis content que tu aies signé la pétition j'imagine

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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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