ii. Laus stultitiae, de Desiderius Erasmus Roterodamus ;
iii. Maximus et Balbinus, de Julius Capitolinus ;
iv. Valeriani duo, de Trebellius Pollion ;
L'incipit du jour :
"Le lundi 20 juillet de l’an 1304, au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Orto, je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté. "
Devant moi entre mon ventre et le clavier le livre d'italien, retourné couché sur le ventre à la dodesima lezione Avril Lavigne joue Get Over It mon verre est vide et la bouteille est sur la table où le yaourt tiédit à côté du pot de miel ; la bouteille de verre et d'eau est inutile mon oeil tourne et a du mal à fixer Don't turn around, don't make this gross, don't turn around i'm sick and tired of your face and this face is mine too You have to get over it je suis condamné au malheur & je m'y complais que c'est bon de rester ainsi face à cet écran inutile qui me propose d'etre chow now et pourquoi pas chihuaha de prendre un tgv un train un rer pour aller dieu sait où, pénétrer dans un appartement et m'y faire salement embrasser la terre tourne entière et tout n'est que folie là-dessus les hommes cherchent ce qu'ils sont, les femmes ce qu'elles voudraient être et je vous quitte merde je sais ce que je voudrais ce que je veux le baiser de l'un le sourire de l'autre, qu'un tel réponde que N* me rappelle ou avoir enfin le courage de me connecter pour reparler de nouveau à E* je veux les illusions et la mort et je vous quitte merde
C'est la fin de l'été et de mes vacances, ça se sent, ne serait-ce qu'à ma chemise. Le ciel est gris, et pourtant il fait lourd, et on étouffe, on se sent mal et on suinte. Les hordes de touristes sont complétées des parisiens en retour et en manque de monoxyde de carbone qui vont, le nez frétillant, humer les fraîcheurs de l'asphalte lors de leur promenade dominicale. Les rues sont pleines, c'est la fête de la musique sous le ciel lumineux qui me fait mal aux yeux.
Fini, les promenades tranquilles, mains dans les poches sans avoir à se contorsionner pour éviter les mégères à sacs, les tarlouzes à sacs, les couples à sacs, les touristes à sacs : sacs de commissions, sacs Rolls et Tralala, sacs d'ameublement, sacs à dos. Il faut faire la queue chez Boulinier pour une pauvre bédé : le parisien fait sont stock de polars à cinquante cents pour le métro. Il faut attendre pour boire un pauvre Sauternes dans les cafés où j'ai mes habitudes - il est vrai qu'aujourd'hui, aller rue du Trésor, j'étais plutôt mal inspiré, ça sentait le nitrite d'amyle et le parfum sucré. Donc je suis reparti bredouille, pour me gribouiller tranquillement dans un square à l'écart.
Devant l'Open Café ou le Cox, il faut faire la queue pour pouvoir boire sa bière ou sa liqueur d'oeuf debout sur le trottoir, serré entre deux retours de Copacabana et une vérification que les séances chez Point Soleil font illusion. On s'y tire consciencieusement la gueule en espérant trouver l'âme soeur de la vie pour la rentrée. Le Bear's Den vend de la fourrure pour l'hiver avec un étalage compact mais qui prend du poids sur les pavés. Les Marronniers ont réussi l'exploit d'aligner encore plus de chaises et de crânes semblables au mètre. La décoloration inégale fait fureur, le regard en périscope, yeux bien écarquillés, oscille entre souvenirs maritimes et caricature de Popeye. On a le choix : c'est soit se faire laminer par les voitures, soit se carrer dans les bavettes d'aloyau qui débordent dans le caniveau.
Les hanches basses se tortillent avec la ceinture sous le cul, on dégaine le portable mais on ne porte déjà plus trop les lunettes en oeil de frelon. En revanche, la poignée du baise-en-ville reste toujours calée à la saignée du coude, et les t-shirts à rayures roses continuent d'avoir le même succès qu'au printemps, ce qui est remarquable. Les étudiants, arrivés avec quelques jours d'avance, viennent en groupe se frotter au frisson de Babylone, cherchant sur le premier regard venu un petit secours, sensuel de préférence - ce sont des hommes, eux aussi, non ? D'autres, déjà seuls, hésitent avant de pénétrer les antres sombres aux plastiques rouges, où un habitué, enfilé sur son tabouret, mate grave la rue.
Sur internet, ça frémit à tout va. On est de retour, faut que ça se sache, faut que ça soit rentable. Tout est machine, tout est fait pour servir. Il faut du rapide, du concret, et du direct, s'il vous plaît. Right now, no more. Même sans "pics", s'il le faut.
Je sens que je vais pas tarder à ramener mes crayons et mes bouquins vers Odéon, moi.
Ralph König, Suck My Duck !, 2004. Hérétique (pages 52-53)
Distribution
Le Grand Commandeur de la communauté gay : robe rose, attaché-case arc-en-ciel, faluche de même ;
Sbire 1 : moule-burne jaune à pois rouges, débardeur caca-Dauphin ;
Sbire 2 : perruque blonde, robe bleue à fleurs jaunes et rouges, ongles, lèvres en bleu ;
Sbire 3 : poils, barbe, chaps ;
L'Hérétique : nu, accroché à une croix de Saint-André.
Action !
Entrée du Commandeur dans le château.
Sbire 1 : Je te salue, ô Grand Commandeur de la communauté gay, tu es le guide, la lumière et la joie...
Le Grand Commandeur de la communauté gay : C'est bon, c'est bon, où est-il ?
Sbire 1 : Dans la cave cuir. Nous l'avons attaché à la croix de Saint-André. Il est encore jeune et révolté, il dit trouver les tantes collantes et importunes et... il a uriné sur le drapeau arc-en-ciel. Ne serait-ce pas signe d'hérésie ?
Le Grand Commandeur de la communauté gay : C'est de l'hérésie. Comment l'avez-vous attrapé ?
Sbire 1 : Au Virgin Megastore. Il traînait au rayon indépendant ! Il portait une vieille parka de l'armée et un pantalon de velours marron démarqué à pattes larges. Et sa coiffure !!!
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Mh.
Sbire 1 : Il ignore le gay-lifestyle et revendique ses propres valeurs. Il ne se rase même pas les couilles et pourtant il partage sa couche avec des hommes.
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Nous connaissons ce phénomène ! Ils se donnent eux-mêmes le nom de "straight actors" !
Sbire 1 : Oh mon Dieu !
Ils arrivent dans la cave
Sbires 2 et 3 : Nous te saluons, ô Grand Commandeur de la communauté gay, tu es le guide, la lumière et la joie...
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Oui, oui, ça suffit.
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Mon fils, tu veux donc être comme les hétéros et dénies les lois des couleurs arc-en-ciel ?
L'Hérétique : Torche-toi le cul avec ton drapeau arc-en-ciel !!! Au diable Abba, Cher et Bette Midler !!!
Sbire 1 : Oh mon Dieu !
Sbire 2 : Il a maudit Bette Midler !
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Je te demande : reconnais-tu la bénédiction de la communauté gay ?! abjures-tu au nom de la Sainte Madonna cette hérésie, qui est de croire qu'il existe une vie homosexuelle autonome en-dehors de la communauté ?!!
L'Hérétique : Madonna n'est rien que du mauvais Mainstream !!
Sbire 2 : Et maintenant il bafoue Madonna !
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Et si tu n'es ni un mec cuir, ni un genre jeans sket, ni une tante et encore moins un ours, que peux-tu être sinon un straight actor ?
L'Hérétique : En vérité je vous le dis... il viendra un temps où on ne mettra plus les gens dans des tiroirs... nous porterons une coiffure pas homo, nous écouterons de la musique pas homo, et irons dans des troquets pas homos et nous serons quand même homos !
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Il divague ! Ne l'écoutez pas ! Il ne sait rien de l'histoire du mouvement homo.
L'Hérétique : "Les homos n'ont plus d'autre intérêt que leur propre condition d'homo ! Comme ils sont sans cesse à chercher, les homos sont à la mode et chics ! Ils s'offrent comme des putes ! Voulant cacher la perte de leur virilité, les homos-cuirs se couvrent de symboles virils ! Refusez la terreur des fringues ! Être homo n'est pas un thème en soi qui suffira à remplir une soirée !"
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Que profère-t-il comme thèses hérétiques ?
Sbire 1 : Heu... c'est une citation tirée des Vérités incommodes (1972) de notre saint martyr Rosa von Praunheim...
L'Hérétique : Au diable le Grand prix de l'Eurovision, les chanteurs de mode allemands homos ! Au diable les sous-vêtements Calvin Klein ! Au diable les mauvais spectacles de travestis sur les scènes du Gay-Pride ! Au diable la soumission collective, piecings, tatouages, au diable coquetterie, parfum, et les allures de macho artificielles. Et au diable ceux qui prédisent que l'homosexualité ne peut être que gay, forcément gay hissant haut leur drapeau arc-en-ciel, fasant leur grande folle stridente à la télé au nom de tous les homosexuels.
Le Grand Commandeur de la communauté gay : ?!
L'Hérétique : Vous me nommez "straight actor", mais je ne suis qu'un homme normal, prônant une virilité naturelle. Et oui je veux voir sur une scène du Gay-Pride un groupe de rock pédé mal peigné !!!
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Assez !
Sbire 1 : Ooo... Il a dit "normaaal" !
Sbire 2 : Qui donc veut être "normaaal" ? "Normaaal" ?
L'Hérétique : Et je ne veux plus que de jeunes homos se sentent obligés de se renier ou de se falsifier lors de leur coming-out, croyant ne pouvoir être acceptés que s'ils aiment Marianne Rosenberg !!!
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Pas d'offense à l'une de nos saintes !!!
L'Hérétique : Et enfin je te fais bander et tu voudrais bien me baiser !!!
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Heu... Ahem... Il suffit. rasez-lui les couilles, aspergez-le de Joop, mettez-lui des écouteurs et passez-lui It's raining men en boucle toute la nuit ! Je me retire sous les voûtes du centre homosexuel pour me mast... euh, méditer sur ce cas.
Sbire 2 : Grand Commandeur tu es le guide, la lumière et la joie...
Le Grand Commandeur de la communauté gay : Oui, oui, c'est bon..
L'Hérétique : Non !! Pas It's raining men !!! Tout mais pas ça ! J'abjure !!
Petites précisions encyclopédiques :
Abba : suédois chantants à cheveux longs ; Bette Midler : blonde chantante, sur thèmes de jazz ; Marianne Rosenberg :Dalida teutonne ; Madonna : blonde chantante, sur thèmes de dance ; Calvin Klein : moules-burnes pédés.
– Voilà pour moi… mais toi, que deviens-tu, depuis l’an passé ?
– Moi ? Tout et rien…
– Bah, fais pas ta chochotte, t’as forcément des trucs à me raconter.
– Je risque d’être long, et puis de toute façon ce n’est pas intéressant : rien de neuf.
– Minaude pas, j’ai bien passé un demi à tout te dire. Monsieur ! Vous nous remettez la même chose, s’il vous plaît ?
– Je vous amène ça de suite.
– Bon, alors ?
– Vraiment ?
– Vraiment.
– J’ai changé de travail, et je me suis acheté une machine à laver.
– Ah ? Tu travailles où, maintenant ?
– Pas beaucoup plus loin, toujours le même groupe… une tour à côté, à la Défense. Là, j’ai un bureau qui me donne une vue sur les Champs-Elysées, les Invalides, la Tour Eiffel… Le boulot est un peu plus varié, j’attends encore pour voir.
– Mais c’est bien, ça ! Et tu as amélioré ton salaire ?
– Non… j’ai juste une promesse pour janvier, ça reste une promesse, c’est-à-dire pas grand’chose. J’essaie de capitaliser plutôt sur l’expérience, parce que j’avais un job trop restreint jusque là.
– En voilà une bonne chose, tout de même !
– Oui.
– Et le reste ?
– Quel reste ?
– Roooooh ! Ca va, hein, je t’ai connu plus vantard ! Plus expansif !
– …
– Alleeeez !
– …
– T’accouches ?
– Tu y tiens ?
Il soupire, regarde droit dans les yeux, reprend son verre. Je fais de même.
– Bon. Alors… J’ai rompu avec le copain que tu connaissais, je me suis remis avec ma copine. Tu sais, celle de 1997… Elle m’a largué. Je me suis fritté suffisamment avec un collègue pour que ce soit la guerre continue. Je me suis mis à la peinture. J’ai fait quatre toiles, dont une merdeuse, une nulle, une mal construite et une réussie. J’ai passé trois fois le test VIH, syphilis et autres. J’ai passé des journées entières sur internet, à ne rien faire ou juste à passer sur des forums ou des blogs gays d’un sujet à l’autre pour voir ce que l’on disait, de manière fébrile. Des fois, j’essayais d’écrire un texte, mais je passais plus de temps à regarder l’avancement des sites qu’à écrire. J’ai trouvé un site très bien consacré à la Rome antique. J’en ai trouvé un autre, où les types ne photographient que leur bite, et se donnent des notes entre eux. J’ai pas mal bu. J’ai rencontré deux types très sympas, y’en a un qui est dessinateur. Bien sûr, on est devenu amants. Je les apprécie beaucoup. Je suis tombé amoureux de quelqu’un. Un pianiste. Follement amoureux. D’ailleurs, je crois que je le suis encore un peu, malgré tout. Amoureux comme on ne l’est que rarement dans sa vie. Enfin, je pense. Bien sûr, je n’ai pas le recul, je sais. Puis il m’a quitté. Je ne suis pas allé à un seul concert de zique classique, j’ai eu un mal fou à trouver des personnes qui m’accompagnent aux concerts de pop. J’ai un mal fou à trouver des personnes tout court, d’ailleurs. Je sors peu, je réponds encore moins au téléphone qu’avant. Je trouve toujours ce que je suis en train de faire plus important que la sonnerie du téléphone, même si c’est aller d’une pièce à l’autre. Je suis en train de perdre progressivement mes amis de prépa. Déjà que j’en avais pas beaucoup. C’est vrai que j’ai un peu l’impression que je suis toujours celui qui téléphone. Peut-être aussi qu’on n’a plus du tout les mêmes centres d’intérêt : ils sont tous profs, maintenant. J’ai couché cette année avec une quinzaine de personnes. Quand tu y réfléchis, au vu du temps passé sur internet, c’est absolument lamentable comme chiffre. J’ai posé quelques lapins. Je m’en suis vu posé un nombre assez faramineux. J’ai appris que l’homme face à la machine ne devenait lui-même qu’une machine, un rouage, un engrenage, un rien, en fait. Je ne suis, pour un type avec lequel j’ai pu discuter des heures, qu’un bouton qu’on presse pour l’oublier. J’ai chopé des morpions. J’ai été ignoble. J’ai été poursuivi à tort. J’ai marché dans le Marais tout en me forçant à ne croiser aucun regard, juste pour le frisson du risque. Je n’ai pratiquement visité aucun musée, j’ai réduit ma consommation de livre, et vu au pire deux pièces de théâtre. Je ne fais tourner ma vie qu’autour d’une chose : internet. J’y trouve le comble ironique de la solitude qu’il renforce. Je ne cuisine plus. J’ai
Une bouteille :
une goutte aux Dieux infernaux.
Dans le verre
je voudrais l'ivresse et j'aurai le vin
je voudrais le goût et j'aurai le liquide
je voudrais des tripes et j'aurai le ventre
je voudrais des bras et j'aurai les jambes
lentement collées aux parois du verre.
Les mouvements du vin
lentement collés aux parois du verre
et dessus réflété mon regard morne.
Glissez en moi.
Encore heureux que les pollutions nocturnes à coup de votation royale, les chevaliers servants et autres ér/l/ections, les arguties bouches ouvertes en cuir rouge en faisant semblant d'être une salope, les discussions insanes sur le paysage politique français, les engueulades bêtifiantes sur le Proche-Orient, les discours géopolitiques à la petite semaine sur les Etats-Unis, les photos en chaîne, les choupinous monomaniaques, l'état rigolard satisfait de lui-même ne sont pas du domaine de l'immondice, et embellissent ce même "JDI".
L'incipit du jour :
"Beuveurs tres illustres, et vous, Verolez tres precieux, - car à vous, non à aultres, osnt dediez mes escriptz, - Alcibiades, ou dialogue de Platon intitulé Le Bancquet, louant son precepteur Socrates, sans controverse prince des philosophes, entre aultres parolles le dict estre semblable es Silenes."
Deux articles du Kawai m'ont fait rire, de retour de Versailles (1 et 2).
Il utilise (comme souvent dans son cas), les arguments sensibles et larmoyants d'une minorité opprimée pleine de puces, qui aspire à l'universalité, à la grande réunion universelle autour du pain, du levain et du vin et n'oubliez pas de vous laver les mains avant merci. Et il n'oublie pas de hausser le ton en serrant très fort ses petits poings.
Bref, ça n'a aucune raison de marcher...
On va donc utiliser des arguments plus scientifiques et valables...
On passera donc sur le fait que la Cour Suprême des Etats-Unis d'Amérique est composée de neuf membres tout comme une équipe de baseball, que le neuvième élément est le fluor et que neuf correspond à l'Ariège sur les plaques minéralogiques. On oubliera aussi qu'il est possible que la Legio IX Hispana ait été exterminée sous Hadrien lors de la révolte juive de 135, ou encore plus tard, sous Marc Aurèle, en Arménie ou en Cappadoce (161), ou alors sur le Danube, lors de la campagne que l'empereur-philosophe y mena contre les Chattes (162).
En revanche, on mettra en avant que les alchimistes définissent l'ennéagramme comme constitué de neuf types de personnalités fondamentales (elles-mêmes distinguées en dominante, régression et exaltation), qui fait que Wagner dans sa Walkyrie a dû pondre neuf femmes à casque pour aller chercher l'intégralité des hommes morts au combat.
D'ailleurs, les âmes des morts auront la joie de profiter des prestations tout confort de l'Enfer de Dante, lequel est constitué de neuf cercles.
Pour autant, le chiffre neuf n'est pas uniquement lié à la personnalité humaine, de son être à sa fin. Morsque Melpomène conçut des bons soins de Zeus, elle enfanta neuf filles, comme quoi l'art et la connaissance ne se peuvent résumer qu'en neuf éléments.
Si d'ailleurs on regarde l'ordre de sortie des gamines, la dernière s'appelle Uranie, et est en charge de l'astronomie. Car c'est d'astronomie dont le Kawai parlait. Elevons donc le débat, quittons cette vallée de larme pour voler dans les hautes sphères célestes et poétiques.
Considérons la paix divine des vastes étoiles qui roulent dans le firmament, et l'embrasent. L'harmonie de ces sphères nous est implacable. Rappelons-nous alors ce que Pythagore disait :
i. le premier type d'harmonie est fondé sur une échelle montante, descendante ou stable procédant par degré conjoint où les intervalles sont définis par les distances entre planètes. On a donc trois échelles au sein du premier type ;
ii. le deuxième type d'harmonie se fonde sur une gamme procédant par intervalles conjoints, d'un demi-ton, d'un ton ou d'un ton et demi, soit encore trois possibilités ;
iii. le troisième type d'harmonie, développé par Boèce, est la corrélation intrinsèque entre musica mundana (musique du monde, ou harmonie des sphères), musica humana (musique de l'homme, c'est-à-dire harmonie intérieure qui unit les parties de l'âme et les éléments du corps) et musica in instrumentis, soit encore trois parties.
Par conséquent (et qui oserait réfuter un théorème de Pythagore ?), il est nécessaire à l'harmonie de l'univers que les 3 x 3 = 9 catégories d'harmonies présentent de ce côté-ci de la Lune trouvent leur correspondance dans le monde supra-lunaire. D'où il est évident et vital que le monde dispose de neuf planètes.
Oui, moi aussi je regrette la décision de l'assemblée générale de l'Union astronomique internationale...
Et d'ailleurs même Dante le prouve...
Paradiso, XXVIII.
Poscia che 'ncontro a la vita presente
d'i miseri mortali aperse 'l vero
quella che 'mparadisa la mia mente,
come in lo specchio fiamma di doppiero
vede colui che se n'alluma retro,
prima che l'abbia in vista o in pensiero,
e sé rivolge per veder se 'l vetro
li dice il vero, e vede ch'el s'accorda
con esso come nota con suo metro;
così la mia memoria si ricorda
ch'io feci riguardando ne' belli occhi
onde a pigliarmi fece Amor la corda.
E com'io mi rivolsi e furon tocchi
li miei da ciò che pare in quel volume,
quandunque nel suo giro ben s'adocchi,
un punto vidi che raggiava lume
acuto sì, che 'l viso ch'elli affoca
chiuder conviensi per lo forte acume;
e quale stella par quinci più poca,
parrebbe luna, locata con esso
come stella con stella si collòca.
Forse cotanto quanto pare appresso
alo cigner la luce che 'l dipigne
quando 'l vapor che 'l porta più è spesso,
distante intorno al punto un cerchio d'igne
si girava sì ratto, ch'avria vinto
quel moto che più tosto il mondo cigne;
e questo era d'un altro circumcinto,
e quel dal terzo, e 'l terzo poi dal quarto,
dal quinto il quarto, e poi dal sesto il quinto.
Sopra seguiva il settimo sì sparto
già di larghezza, che 'l messo di Iuno
intero a contenerlo sarebbe arto.
Così l'ottavo e 'l nono; e ciascheduno
più tardo si movea, secondo ch'era
in numero distante più da l'uno;
e quello avea la fiamma più sincera
cui men distava la favilla pura,
credo, però che più di lei s'invera.
La donna mia, che mi vedëa in cura
forte sospeso, disse: "Da quel punto
depende il cielo e tutta la natura.
Mira quel cerchio che più li è congiunto;
e sappi che 'l suo muovere è sì tosto
per l'affocato amore ond'elli è punto".
E io a lei: "Se 'l mondo fosse posto
con l'ordine ch'io veggio in quelle rote,
sazio m'avrebbe ciò che m'è proposto;
ma nel mondo sensibile si puote
veder le volte tanto più divine,
quant'elle son dal centro più remote.
Onde, se 'l mio disir dee aver fine
in questo miro e angelico templo
che solo amore e luce ha per confine,
udir convienmi ancor come l'essemplo
e l'essemplare non vanno d'un modo,
ché io per me indarno a ciò contemplo".
"Se li tuoi diti non sono a tal nodo
sufficïenti, non è maraviglia:
tanto, per non tentare, è fatto sodo!".
Così la donna mia; poi disse: "Piglia
quel ch'io ti dicerò, se vuo' saziarti;
e intorno da esso t'assottiglia.
Li cerchi corporai sono ampi e arti
secondo il più e 'l men de la virtute
che si distende per tutte lor parti.
Maggior bontà vuol far maggior salute;
maggior salute maggior corpo cape,
s'elli ha le parti igualmente compiute.
Dunque costui che tutto quanto rape
l'altro universo seco, corrisponde
al cerchio che più ama e che più sape:
per che, se tu a la virtù circonde
la tua misura, non a la parvenza
de le sustanze che t'appaion tonde,
tu vederai mirabil consequenza
di maggio a più e di minore a meno,
in ciascun cielo, a süa intelligenza".
Come rimane splendido e sereno
l'emisperio de l'aere, quando soffia
Borea da quella guancia ond'è più leno,
per che si purga e risolve la roffia
che pria turbava, sì che 'l ciel ne ride
con le bellezze d'ogne sua paroffia;
così fec'ïo, poi che mi provide
la donna mia del suo risponder chiaro,
e come stella in cielo il ver si vide.
E poi che le parole sue restaro,
non altrimenti ferro disfavilla
che bolle, come i cerchi sfavillaro.
L'incendio suo seguiva ogne scintilla;
ed eran tante, che 'l numero loro
più che 'l doppiar de li scacchi s'inmilla.
Io sentiva osannar di coro in coro
al punto fisso che li tiene a li ubi,
e terrà sempre, ne' quai sempre fuoro.
E quella che vedëa i pensier dubi
ne la mia mente, disse: "I cerchi primi
t' hanno mostrato Serafi e Cherubi.
Così veloci seguono i suoi vimi,
per somigliarsi al punto quanto ponno;
e posson quanto a veder son soblimi.
Quelli altri amori che 'ntorno li vonno,
si chiaman Troni del divino aspetto,
per che 'l primo ternaro terminonno;
e dei saper che tutti hanno diletto
quanto la sua veduta si profonda
nel vero in che si queta ogne intelletto.
Quinci si può veder come si fonda
l'esser beato ne l'atto che vede,
non in quel ch'ama, che poscia seconda;
e del vedere è misura mercede,
che grazia partorisce e buona voglia:
così di grado in grado si procede.
L'altro ternaro, che così germoglia
in questa primavera sempiterna
che notturno Arïete non dispoglia,
perpetüalemente 'Osanna' sberna
con tre melode, che suonano in tree
ordini di letizia onde s'interna.
In essa gerarcia son l'altre dee:
prima Dominazioni, e poi Virtudi;
l'ordine terzo di Podestadi èe.
Poscia ne' due penultimi tripudi
Principati e Arcangeli si girano;
l'ultimo è tutto d'Angelici ludi.
Questi ordini di sù tutti s'ammirano,
e di giù vincon sì, che verso Dio
tutti tirati sono e tutti tirano.
E Dïonisio con tanto disio
a contemplar questi ordini si mise,
che li nomò e distinse com'io.
Ma Gregorio da lui poi si divise;
onde, sì tosto come li occhi aperse
in questo ciel, di sé medesmo rise.
E se tanto secreto ver proferse
mortale in terra, non voglio ch'ammiri:
ché chi 'l vide qua sù gliel discoperse
CCLXXXIII. - En larvant, en songeant (en étant fat, aussi).
L'art est une construction humaine dont l'objet est de dire le beau. Dire le beau n'est pas le faire, ni le montrer - je ne crois pas au beau dans l'art. Ou pas tout à fait : la beauté est dans le monstre, dans le décollement de l'être par rapport aux choses. Ce décollement est celui de l'oeuvre, mais aussi celui du spectateur. C'est ce décollement de l'individu qui fait que le beau devient une transposition de ce sentiment qu'on éprouve devant certains éléments de la nature (je crois que Kant appelait ça la notion de sublime) : le spectateur ne s'obéit plus, il se perd et se baigne dans la contemplation radieuse de l'objet, en-dehors de toute relation avec le monde. En ce sens, l'art est effectivement image d'un état relatif à la nature - mais pas de la nature en tant que telle.
Ce que je ne comprends pas, c'est que l'art est pur travail : il est intégralement, plus que toute autre chose, la rencontre de la matière et de l'idée, leur étroite imbrication, leur mélange le plus pur et le plus subtil. Le génie n'existe pas. L'Es muss sein de Beethoven n'est pas une exigence de l'inspiration ; c'est une contrainte des normes classiques, et de la forme qu'est la musique.
Ou plutôt : le génie n'est pas dans la main qui crée, dans la forme ou la composition. Il n'est pas non plus dans l'oeuvre. Il peut être dans l'idée initiale qu'a l'artiste. Mais son impression la plus profonde reste la marque qui est dans le spectateur. Comment peut-on passer par le travail de la matière, la réflexion pure, cet éclair qui va marquer le spectateur ? Comment ce qui doit être beau peut-il brusquement devenir sublime ? La mer est toujours recommencée, et pourtant elle disparaîtra ; une toile de Rembrandt est toujours recommencée, et elle aussi disparaîtra.
Il est amer de constater que toute la somme des efforts qui ont jamais été faits, aussi magnifiques qu'en aient été les résultats, aussi précieux, ne peut qu'être anéantie immédiatement par une seule présence du sublime : le Polonais de Delacroix ne vaut rien devant une fleur, et pourtant celle-ci mourra plus tôt.
Ainsi Aschenbach meurt-il devant Tadzio. Et l'art lui-même se trouve vidé, cantonné au simple divertissement, lui qui nous est si précieux :
Alfried : La Beauté née, selon toi, de tes seules facultés spirituelles ?
Aschenbach : Nieras-tu que le Génie de l’Artiste puisse la créer?
Alfried : Oui, c’est le pouvoir que je lui dénie.
Aschenbach : D’après toi notre labeur d’artiste...
Alfried : Ton labeur! La Beauté fruit du labeur! Quelle illusion ! Non ! La Beauté jaillit d’un éclair et ne doit rien aux cogitations de l’artiste ni à sa présomption !
(Luchino Visconti, Mort à Venise)
Oui, j'ai croisé un beau garçon dans la rue cet après-midi, pourquoi ?
"Celui dont les yeux ont vu la Beauté
A la Mort dès lors est prédestiné."
Je me doute bien que mes questions existencielles de blé, pognon, thune & turlutte n'intéressent personne, posons donc des interrogations fondamentales :
i. faut-il vernir une peinture à l'huile, et si oui, quand voit-on que la peinture est sèche ?
ii. que pensez-vous des plans "jeux" ?
iii. aimez-vous les danseurs ?
iv. peut-on trouver de l'argent sous le sabot d'un cheval, ou juste du fer ?
v. pour ou contre les koalas ?
vi. quelle est l'influence des larmes de crocodile sur les crues du Nil ?
vii. quel nom donneriez-vous à un chat ?
viii. pensez-vous que la connerie est soluble dans la javel ?
ix. qu'imaginez-vous quand vous voyez le drap de l'ange dans Saint Matthieu et l'Ange du Caravage ?
x. qui veut coucher avec moi (breakfast included) ?
i. que je ne gagnerai jamais aux loteries diverses parce que je n'y joue pas ;
ii. que je ne pillerai jamais de convoyeurs de fonds et leur fourgonette parce que je ne suis pas sportif ;
iii. que je n'ai pas d'oncle d'Amérique potentiel qui serait reviendu avec des pesos, des lingots, qu'il en aurait le cul cousu ;
iv. que je n'ai pas de tante podagre qui cacherait sous ses dentelles les billets et les dents en or extorqués à des juifs et autres résistants durant la guerre de 39-45 ;
v. que je ne possède même pas de tickets d'emprunt russe ;
nonobstant par ailleurs :
i. que Paris, c'est cher ;
ii. que je veux m'acheter mon hôtel particulier rien qu'à moi d'ici cinq ans (en supposant que je vive jusque là) ;
il faut bien que je trouve un moyen de m'enrichir. Mon nouveau banquier me conseille :
i. de conserver mon niveau de dotation au PEL ;
ii. d'ouvrir un PEA ;
iii. d'ouvrir un compte-titre ;
iv. d'envisager un contrat d'assurance-vie ;
je me dis :
i. que je peux soit conserver le PEL soit l'augmenter, voire lui donner un coup de pouce exceptionnel ;
ii. que l'idée du PEA est bonne mais que le 80% action ça peut être risqué, et que le contrat est rompu si on le liquide entre sa cinquième et sa huitième année (d'autant plus que je ne connais rien en Bourse sorti de la théorie inutile, bête et niaise de mes années d'étudiant statisticien-économiste) ;
iii. que l'idée du compte-titre est bonne aussi mais que c'est moins risqué, et que le contrat est plus liquide (d'autant plus que je ne connais rien en Bourse sorti de la théorie inutile, bête et niaise de mes années d'étudiant statisticien-économiste) ;
iv. que le contrat d'assurance-vie est rachetable sous contrainte de zillmérisation, même si au bout de quatre ans les effets de celle-ci sont peut-être plus faibles ;
et alors je me dis :
i. que lire la documentation et arriver à me poser les bonnes questions va m'occuper cette semaine ;
ii. que devenir riche ça demande vraiment du travail ;
alors je me dis que je ferais mieux de tarifer mes prestations à mes petits amants.
L'incipit du jour :
"Hé quoi? charmante Élise, vous devenez mélancolique, après les obligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votre foi? Je vous vois soupirer, hélas! au milieu de ma joie! Est-ce du regret, dites-moi, de m'avoir fait heureux, et vous repentez-vous de cet engagement où mes feux ont pu vous contraindre?"
En cet An VI du millénaire, et deux mille sept cent cinquante-neuvième depuis la fondation de la Ville, Nous, Badinou, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique, considérant
que l'Humanité ne se peut passer d'Art comme le poisson de livres,
que l'Art est l'unique chose qui est réellement le propre de l'Homme, ce qui permet d'ailleurs de répondre à l'avance à tous les sujets de philosophie passés, présents & à venir afférents à icelui sujet qu'est la propriété spécifique de l'humain,
que l'Humanité et, par extension infuse, Nos fidèles Lecteurs, ne se peuvent passer d'admirer ce qui constitue l'extrême summum, l'hapax implacable, le sommet et la clef de voûte de l'Art, à savoir Nos propres réalisations,
voulons, ordonnons et proclamons
que la loi impériale n°2006-XXXVIII du 5 janvier 2006, portant manifeste universel de l'An VI, est modifiée comme suit :
Article premier. - Les mots "que ces pages éphémères à la gloire de la solitude électronique seront désormais organisées autour de quatre colonnes vertébrales, à savoir" sont remplacés par "que ces pages éphémères à la gloire de la solitude électronique seront désormais organisées autour de cinq colonnes vertébrales, à savoir".
Article 2. - Les mots "- les Contes Modernes, qui traduiront par de petites narrations sans portée morale les conséquences du développement de votre civilisation ;" sont remplacés par "- les Contes Modernes, qui traduiront par de petites narrations sans portée morale les conséquences du développement de votre civilisation. Ces Contes Modernes comprendront une section particulière, intitulée la Cathédrale, dont l'objet est une réécriture et une interprétation d'éléments biographiques ;".
Article 3. - Après les mots "- le Feuilleton Universel, qui narrera, semble-t-il, des aventures entre deux âges, celui des Lumières et celui du Charbon ;", il est inséré un item spécifiant "- les Réalisations plastiques, qui recenseront quelques exemplaires graphiques de Notre don impérier pour tous les arts relevant de Zeuxis et ses zélotes ;".
Article 4. - Dans le "Sommaire éventuel", à la section "II. CONTES MODERNES", il est inséré les termes "Section La Cathédrale", ainsi que les liens hypertextes y référant.
Article 5. - Dans le "Sommaire éventuel", après la section "III. FEUILLETON UNIVERSEL", il est inséré une section complémentaire "IV. REALISATIONS PLASTIQUES", ainsi que les liens hypertextes y référant.
Article 6. - Dans le "Sommaire éventuel", la section "IV. LE MOI" est désormais numérotée en "V. LE MOI".
Afin que cela soit appliqué et mis en oeuvre en tout Notre Empire, y compris Mare Nostrum, faut pas croire que les poissons vont y échapper, Nous datons, signons et paraphons
Badinou Premier, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique
Tant qu'on y est, et puisque cette belle maxime vient de me traverser l'esprit, je vous en fait profiter :
"Homo sum et humani nihil a me alienum puto."
Térence, Heautontimoroumenos, I, 1 (*).
(*) Pour les liquéfiés du bulbe aux neurones de pétoncle, les non-latinistes et autres personnes ne disposant pas d'un Larousse et de ses pages roses :
"Je suis un homme, et je pense que rien de l'humain ne m'est étranger."
À mettre sur le frigo : si c'est pas lamentable, ce genre de décompte. M'enfin... c'était pas désagréable. Ceci étant, crénom que j'ai faim ! Pas fais de vrai repas depuis dimanche, moi, et pas mangé depuis hier midi...
L'incipit du jour :
"Ne croyez-vous pas que ce soit le même genre de Furies dont sont possédés les déclamateurs qui vont criant : "Ces blessures, je les ai reçues pour la liberté de tous ; cet oeil, je l'ai sacrifié pour vous ; donnez-moi un guide pour me conduire vers mes enfants, car mes jarrets coupés ne soutiennent plus mon corps" ?"
De retour de mes diverses montagnes provençales, j'avais le sac énormément alourdi de livres que je ramène de Lyon, périodiquement, lentement, mais sûrement, jusqu'à saturation de mon salon. Mes livres de Hugo, Stendhal, Stevenson, Orwell, Pétrone, César et quelques autres vont devoir d'ici peu s'insérer entre les autres, pousser les rebords de ma bibliothèque qui n'en peut plus.
Ce qui n'interdit pas l'érection de cette liste de lecture, comme une stèle à ma propre gloriole d'aoûtat aoûtien :
i. Anna Karénine, de Léon Tolstoï, mais je n'eusse pas dû lire avant Belle du Seigneur, les amours de Vronski en ont perdu de la saveur. Et je crains d'avoir nettement plus apprécié le deuxième roman, celui de Lévine, que celui de la pauvre Anna...
ii. Le Guépard, de Giuseppe Tomasi, duc de Palma, prince de Lampedusa. Je n'ai qu'un mot : ouaoooooouuuuuuuuh !!!!
iii. On achève bien les chevaux, d'Horace McCoy, ou comment on avait déjà inventé la télé-réalité dans les années trente. Imaginez des types crèvant de faim, rêvant de célébrité, qui participent à des marathons de danse : durant des semaines de suite, ils doivent danser en continu, avec une pause de dix minutes seulement toutes les deux heures pour dormir, manger, se raser... Et les organisateurs qui montent des trucs bidons, dans le genre faux mariages ou vraies descentes de police pour rappliquer le chaland.
iv. L'Empereur-Dieu de Dune, de Frank Herbert : Dune, on continue, laborieusement. Ca devient tout de même de plus en plus verbeux, y'a pas à dire. Je dirais même que ça se noie dans une complexité de circonvolutions et d'indicibles évidents qui ne sont pas forcément nécessaires.
v. Le Sexe et l'effroi, de Pascal Quignard. Un essai sur le rapport au sexe sous l'Empire romain qui oscille entre la nullité et la fatuité. Non seulement du point de vue du contenu il n'y a aucune nouveauté, aucune idée, aucune innovation (ni même réécriture d'une idée quelconque un tant soit peut pertinente) mais en plus le style est pompier, pédant, et absolument en-dehors du ton qui conviendrait à un essai. M. Quignard s'essaie à quelque chose qui me rappelle beaucoup les espèces de démonstration de ma prof de philo de prépa : il fait dans la fulgurance, les accumulations inutiles, les coq-à-l'âne, sans avancée du discours.
Ajoutons à cela que sa prose est un mélange d'approximations et de banalités assez affligeant. Il mélange réalité historique et discours sur l'histoire, symboles et vérité, regard et réalité. Sans compter que M. Quignard fait ses propres traductions latines (toutes approximatives, même moi je le vois, c'est dire...), il joue au philosophe traduit dans les années septante (casant les mots latins, le plus souvent inutiles, après leur traduction en français), référençant mal en complément.
Il faut reconnaître que M. Quignard, dans cet essai publié en 1994, a réussi à me faire réagir, tellement c'était mauvais : d'indignation, et de colère. Le pompon est décroché quand il se met à soliloquer sur l'Evangile du "docteur Luc" (sic !), qui montre une superbe ignorance des avancées de la philologie depuis quelques siècles (au moins). Tant qu'à se la péter en parachutant un texte hors-sujet, M. Quignard aurait pu citer le texte dans sa vraie langue de rédaction, le grec, et pas dans une traduction latine qui sent certes sa messe mais qui fait déjà preuve d'interprétation sur le texte d'origine.
J'ai décroché à la page 260. Et dire que ça a eut le prix Goncourt : j'espère pour M. Quignard qu'il est meilleur romancier.
L'incipit du jour :
"En 1985 à Paris et par une soirée fraîche de la fin d'octobre, je pris pour la première fois conscience que la lutte contre le trouble dont souffrait mon esprit - une lutte qui m'accaparait depuis plusieurs mois - risquait d'avoir une issue fatale."
The Divine Comedy, Tonight We Fly, Promenade, 1994.
Tonight we fly
Over the houses
The streets and the trees
Over the dogs down below
They'll bark at our shadows
As we float by on the breeze
Tonight we fly
Over the chimney tops
Skylights and slates -
Looking into all your lives
And wondering why
Happiness is so hard to find
Over the doctor, over the soldier
Over the farmer, over the poacher
Over the preacher, over the gambler
Over the teacher, over the rambler
Over the lawyer, over the dancer
Over the voyeur,over the builder and the destroyer,
Over the hills and far away
Tonight we fly
Over the mountains
The beach and the sea
Over the friends that we've known
And those that we now know
And those who we've yet to meet
And when we die
Oh, will we be
That disappointed
Or sad
If heaven doesn't exist
What will we have missed
This life is the best we've ever had
CCLXXIV. - "Fifteen men on the dead man's chest Yo-ho-ho, and a bottle of rum ! Drink and the devil had done for the rest Yo-ho-ho, and a bottle of rum!""
Je prétends pas être artiste ; je suis actuaire. Mon boulot est de compter du pognon et de planifier la mort des gens.
Je suis aussi un type à la dérive, qui continue d'avancer sur son erre. L'inertie fait bien les choses. Elle permet d'écrire des textes, de dragouiller vaguement sur internet et, au bout d'un temps, de se lancer dans la peinture. Pour peu qu'il y ait vent favorable, un petit coup de suroît, mon vaisseau fantôme se la joue Hollandais volant et hisse le cacatois comme à la grande époque.
La semaine passée, j'ai aidé Eole en soufflant aussi dans les huniers. En fermant tous les sabords, en calfeutrant toutes les écoutilles et en tenant droit le cap, je n'ai pas découvert le trésor de Flint mais enfermé dans mon auberge de l'Amiral Benbow j'ai pondu un truc dont je savais à l'avance que ça allait être bien, dont je sais que c'est bien, et qu'on ne peut lui reprocher quoi que ce soit de légitime.
Je ne suis sorti que deux fois en une semaine, je ne me rasais pas, l'appartement virait à la bauge, suintait la thérébentine. L'ordinateur était allumé en permanence pour me vider l'esprit aux moments de fatigue et avoir de la musique (je ne dirai pas le nombre de fois où j'ai écouté la Messe en si mineur ou Rigoletto, c'est indécent). Le linge de la semaine passée est encore étendu, et attend largement d'être repassé. Je ne quittais des yeux cette foutue table que pour manger, boire, me laver, m'écrouler, parler sur internet à de nombreux inconnus et à de rares personnes (je pense que le nombre de sujets déposés sur ce blog font indice).
J'ai eu des crises de colère, des moments où je brandissais les pinceaux et marchais dans tout l'appartement. J'ai eu des moments d'abattement, et d'autres de paix profonde, où j'avais obtenu ce que je voulais et je profitais du calme de la nuit pour boire à ma fenêtre.
Comme je me l'étais promis, j'ai mis le terme à ces jours de travail aujourd'hui - je m'en suis vanté par ailleurs, après avoir joué au Monsieur Propre dans l'appart. Alors, pour fêter ça, je suis sorti, j'ai marché, et me suis installé au bout d'un temps dans un des rares cafés de Tarlouzie que j'apprécie, rue du Trésor. J'y ai siphonné ma Kriek, et ai essayé de me remettre dans Anna Karénine.
Impossible. Pourtant j'avais pas trop de sirènes de police et autres cornes de brume à côté. Tout simplement impossible. J'étais ailleurs. Menton dans les mains, pied sur la rambarde. J'avais besoin de dessiner un truc ; j'ai dessiné un truc. Ca suffisait pas. Je vivotais sur mon verre et je regardais autour de moi. Au bout d'un moment, j'ai compris : je ne voyais pas normalement. Je voyais en couleurs. Je voyais des plages de couleur et des traits pour faire les ossatures. Je ne voyais pas des corps en tant que tels. Je me sentais vide. Je me sens vide.
Je suis vide, et je me demande quoi faire maintenant. Parce que des semaines comme ça ne sont pas supportables ni physiquement ni moralement. Parce que j'ai l'impression d'être brutalement sevré d'une drogue terrible. Parce que j'ai fait quelque chose que je ne pourrai jamais réitérer. Parce qu'à côté beaucoup de choses perdent leur saveur, ou du moins ont un goût subitement plus fade.
On va se dire que j'ai une cinquantaine de messages qui m'attendent sur ce site, et que je peux les écluser : ça va me divertir. Mais bon...
L'incipit à la mode pirate :
"Squire Trelawney, Dr. Livesey, and the rest of these gentlemen having asked me to write down the whole particulars about Treasure Island, from the beginning to the end, keeping nothing back but the bearings of the island, and that only because there is still treasure not yet lifted, I take up my pen in the year of grace 17** and go back to the time when my father kept the Admiral Benbow inn and the brown old seaman with the sabre cut first took up his lodging under our roof. "
J'ai tenu les délais que je m'étais fixés... après :
i. une semaine enfermé sans voir ni parler à quiconque ou presque ;
ii. un demi-tube de terre d'ombre brûlée, de brun Van Dick, de gris de Payne, d'outremer ;
iii. trois tubes de blanc de titane-zinc ;
iv. un peu de jaune de Naples, de rose quinacridone et de laque de garance foncée ;
v. une chaise renversée ;
vi. cinq pinceaux ;
vii. une dizaine de colères phénoménales ;
viii. un seul passage du menton au rasoir ;
ix. trois crises de nerfs ;
x. quatre nuits blanches ;
xi. un mal d'yeux comme pas possible ;
xii. une quantité assez phénoménale de sirop de citron, de Marsala et de café ;
xiii. un appartement saccagé ;
xiv. quelques heures sur internet durant les pauses pour me calmer ;
je vous présente avec un orgueil certain la toile n°3 qu'on va appeler pompeusement Jeune homme (Saint Sébastien).
Et je sais que c'est pas bien de le dire, mais non seulement je suis très content de moi, mais en plus je la trouve, pour le coup, et contrairement aux précédentes, réussie.
En cet An VI du millénaire, et deux mille sept cent cinquante-neuvième depuis la fondation de la Ville, Nous, Badinou, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique, considérant
que l'honnêteté intellectuelle est avec le chocolat et le Montepulciano d'Abruzzo un des derniers remparts de l'honnête homme,
qu'il est malsain de s'enferrer dans des jugements a priori dont l'expérience montre qu'ils peuvent être notablement exagérés, pour ne pas dire regrettable pour la paix de Nos sujets,
que la découverte de cet huluberlu à guitare chantonnant Nous a quelque peu surpris, voire plu,
voulons, ordonnons et proclamons
qu'on reconnaisse au sieur Patxi Garat in fine un certain don pour la chansonette,
qu'on adjoigne à cette reconnaissance la possibilité d'une belle voix, mâle et bien tenue,
nonobstant l'éventualité qu'il vaudrait tout de même mieux qu'il chante seul plutôt qu'avec une grognasse à voix, que ses compositions S'embrasser et Tu me manques soient reconnues comme nettement honorables, pour ne pas dire plus.
Nous prions Nos féals et fidèles sujets de ne pas croire que reconnaître cela ne Nous arrache pas la gueule, mais bon, une fois confronté de facto à la réalité, il faut bien l'admettre, et en plus si ça peut faire plaisir à Notre inféodé Kawai....
Afin que cela soit appliqué et mis en oeuvre en tout Notre Empire, y compris Mare Nostrum, faut pas croire que les poissons vont y échapper, Nous datons, signons et paraphons
Badinou Premier, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique
CCLXXI. - Moments Oulipiens (3) : La traduction homophonique ou un singe de beauté
Suite à une irruption littéraire dans une conversation, nous revenons à une de nos amours, l'OuLiPo, pour présenter ce jour à la foule ébaubi ce qu'est la traduction homophonique.
Recette : prenez un texte, dans une langue étrangère. Traduisez-le comme vous pouvez, non selon le sens, mais selon les sons : la traduction française doit être proche de la sonorité de la phrase d'origine. Le principe a été inventé par François Le Lionnais, OuLiPien.
Exemples célèbres :
i. L'exemple d'origine, de François Le Lionnais, à partir du vers d'Endymion, I, 1, de Keats :
A thing of beauty is a joy for ever
donne en français :
Un singe de beauté est une joie pour l'hiver
ii. Les célèbres vers de Lucrèce, dans le De rerum natura, II, 1-2 :
Suave mari magno turbantibus aequora ventis
e terra magnum alterius spectare laborem.
deviennent sous la plume de Marcel Bénabou, autre éminent OuLiPien :
Suave Emma, ris, ma Guéhenne au turban,
Tes buts s'écoeurent au vent d'ici
Sue avec Marie, ma guenon ;
Turbans, gibus et cors à vent tisse
Ether à magnum allaite et ris
Où se pique, tarée, la bohême
Ah, singe débotté,
Hisse un jouet fort et vert.
Exemple amené à devenir célèbre :
Les premiers vers du Requiem
Requiem in æternam
dona eis Domine
et lux perpetua
luceat eis.
Te decet hymnus
Deus in Sion
et tibi reddetur
votum in Jerusalem.
Exaudi orationem meam
ad te omnis caro veniet.
deviennent sous une plume inspirée
Repose en éternuant
Dona est une grosse dominatrice
et la luxure perpetuelle
Luc et Artemis
Elle te donnera son hymen
A deux dans son fion
et tu seras raide et dur
et tu iras voter à Jerusalem
Exit le rationnement de Miam
De toutes les carottes tu mangeras.
Cette traduction homophonique est de Ta Majesté Klendal Premierinou, qui était toute surprise d'apprendre qu'elle faisait de l'OuLiPo sans le savoir.
Et j'avoue que je m'incline humblement devant l'invention !
Il vous faut deux blancs de poulet, deux oignons, deux cuillers de miel, deux louches de crème fraîche, deux petits verres de riz basmati, deux larmes de graisse de canard, deux grosse gouttes de vin muscat et deux cubes de bouillon au basilic.
Prenez les deux oignons, coupez-les en dés. Faites revenir avec les deux cuillers de miel et la première larme de graisse de canard. Pendant ce temps, coupez les blancs, en pensant à ôter l'artère sur le côté, la tache de graisse dans un coin et le bout d'os qui est toujours accroché à l'angle.
Quand les oignons sont roux, rajoutez le poulet, l'autre larme de graisse de canard, et couvrez pour que la cuisson soit plus homogène. Faites cuire pendant ce temps le riz façon créole avec les cubes de bouillon.
La cuisson de la viande est achevée, et l'oignon a caramélisé grâce au miel : retirez du feu, et déglacez avec le vin muscat. Maintenez à chaud.
Le riz est cuit : videz l'eau, et nettoyez-le avec de l'eau claire brûlante pour ôter l'excédent de gluten. Posez sur le poulet la crème, touillez vigoureusement jusqu'à ce qu'elle se lie au caramel des oignons. Il est inutile et de saler et de poivrer.
Dressez la moitié du riz sur l'assiette. Dressez la moitié du poulet sur l'assiette. Servez.
Vous allez me demander dans ce cas à quoi sert l'autre moitié. Non que vous ayez un invité ou un copain ; cela vous évitera simplement de cuisiner ce soir.
En errant dans la blogosphère, je suis tombé sur un article d'une petite chose hyper-nerveuse en perpétuelle hyper-tension, qui a la fâcheuse habitude de se faire écraser sur les autoroutes, dont la seule stratégie de défense est de faire le mort et qui, la nuit, se cache dans les arbres pour échapper aux prédateurs.
Ce petit kawai nuisible s'est évertué à calculer Dieu sait comment son espérance de vie... sauf qu'il a dû utiliser un applicatif datant de Mathusalem, et ne prenant pas en considération les dernières études statistiques entrées en vigueur, pour la France, début 2006 (impact du sexe et de la génération).
Plutôt que de cuisiner, je me suis donc amusé à utiliser les nouvelles tables de mortalité (TH-TF00-02 pour les intimes) et vous construire un petit fichier Excel qui vous donne votre espérance de vie.
Vous téléchargez (lien indisponible désormais), vous ouvrez le fichier et allez sur l'onglet Espérance de vie. Vous mettez votre date de naissance dans la cellule D6, votre sexe (H ou F) dans la cellule D7, et vous voyez apparaître le temps probable (insistons lourdement là-dessus) qu'il vous reste à vivre.
Du fait que les téléchargements étant limités et désormais achevés, vous pouvez aussi me demander ça par courriel, vu que c'est le genre d'applicatif qui a du succès.
L'incipit à la manque du jour (le kawai reconnaîtra) :
"Caché derrière l'écran des broussailles qui entouraient la source, Popeye regardait l'homme boire."
À force de voir des sommités diverses et variées mettre en avant leurs oeuvrettes imagées, ce qui leur vaut toute l'admiration du public (car on sait que l'image semble plus simple d'accès que la moindre phrase, alors qu'en fait...), je me dis que, moazossi j'ai le droit d'exiger mon quart d'heure de gloire dessinatoire.
Voici donc, Lecteur, quelques-une des mes oeuvrettes. Conspuez et blâmez, j'adooooooore.
I.
"La peinture à l'hawaïle
C'est bien diffic'hawaïle
Mais c'est bien plus beau
Dalida la di a dadi
Que la peinture à l'eau"
Je me suis mis aux croûtes l'an passé... extraits
:
Dante aux Enfers
Ma première "vraie toile", achevée il y a quinze jours. Juste un an de travail, totalement inégale, puisque j'apprenais au fur et à mesure... On remerciera pour certains détails & idées MM. Jordaens, Brueghel I, Brueghel II et Bosch.
Autoportrait
Quand j'étais ado, je m'étais dessiné dans la posture d'un des autoportraits de David ; j'ignore d'ailleurs où atterrit ce dessin. On va dire que dix ans après je m'essaie de nouveau au genre, histoire de voir si j'y progresse... sans plus. Trois petits mois de printemps , en parallèle avec le Dante.
Je suis très humblement assez content des dorures de la veste...
Jeune homme
Ce qui m'occupe actuellement : je l'ai commencée cette semaine, j'aimerais bien la finir d'ici fin août. Un sinistre ami m'a dit qu'on dirait une réclame pour slip, ce qui m'a beaucoup vexé.
II.
"Laissez parler
Les p'tits papiers
A l'occasion
Papier chiffon
Puissent-ils un soir
Papier buvard
Vous consoler"
Les nuits d'insomnie, en général je dessine un petit peu...
La Renommée
Furtwängler
Karajan
Vieille femme
Rebelle
Jeune fille inquiète
Jeune homme à l'arrêt
Frangin
Coureuse
Bonobo
Pour conclure, histoire de se dire que tout n'est que vaste fumisterie et singerie, en fin de compte.
Pendant que mes cheveux sèchent, avant de sortir quêter des bédés pour ce ouiquennede et de quoi me sustenter jusqu'à la semaine nouvelle, je regardais les derniers téléchargements apportés par la Mule. Force m'est de constater que nombre d'imbéciles ont le mauvais goût de faire passer des choses pour ce qu'elles ne sont pas. Exemple : une Passion du Christ qui s'avère être une Passion of ass 2 : Anastasia Christ.
C'est bien la quatrième fois qu'un film que je mets du temps à pécho (et des fois, c'est justifié, on ne les trouve plus dans le commerce, genre What's new, Pussycat ?) s'avère être un porno. Remarque, Lecteur graveleux, car je sens d'ici ton sourire en coin, ça fait ma culture.
N'empêche. Déjà, il faut couper le son, parce que les bruitages sont lamentables ; ils se croient obligés de beugler dans tous les coins dès qu'on leur touche une fesse. Ensuite, si on regarde l'image, elle donne pas très envie, et les draps des lits qui sont utilisés, je suis sûr que même mes parents n'ont plus ça. Et pour la technique... mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu.
Franchement, j'aimerais pas faire un câlin comme ça. Je prétends pas être une bête de sexe, mais tout de même, un bisou sur un sein charnu ou une bite, ça se fait pas comme ça. Le pompon, c'est tout de même quand on prend la bite à pleine main pour s'en battre les joues genre raquette de tennis et qu'on enfourne le tout en faisant un gros "pop !". Et les enchaînements, doux Jésus, on dirait des figures de style : que je te prends par l'arrière, hop, qu'on s'arrête, qu'on se retourne en vitesse en donnant l'impression d'être vachement excité, et zou on recommence par l'autre côté, de préférence en écartant la cuisse pour laisser le champ à l'oeil de la caméra.
C'est valable pour les pornos homo-, bi- ou hétérosexuels. J'ai pas l'impression de toute manière que la différence soit bien grande : il faut dans tous les cas beaucoup d'hommes, et après vous mettez au centre un corps quelconque qui va se faire troncher par tous les orifices disponibles, et les autres avec.
En gros, ça m'excite pas, quoi. Ca me fascine : je me dis que ça devrait m'exciter, éveiller quelque chose chez moi, de préférence au bas-ventre. Je regarde, j'attends, j'essaie même de m'aider, mais il faut alors beaucoup d'efforts et ce sont plus ceux de l'imagination que les éléments de l'image qui peuvent rencontrer un succès quelconque.
Qu'on ne me fasse pas dire que je condamne le porno, que le porno c'est mal, contraire à la morale, etc. À ce qu'il paraît, c'est une voie de libération sexuelle, notamment chez les homos. Simplement, je trouve ça totalement dénué d'intérêt artistique, qui pourrait être le prétexte, ou de faculté d'énervement, ce qui devrait être l'objectif. Je trouve ça rapide, sans tendresse, sans câlin. Je prétends pas que la possibilité de voir quelqu'un sur un canapé et de lui sauter dessus sans piper mot pour baisouiller à donf ne me fait pas tripper, il y en a certes quelques-uns que je passerais volontiers à la casserole. Pourtant même dans ce phantasme-ci j'imagine des caresses, l'instant du déshabillage, la main qui se glisse sous les vêtements et la bouche sur le cou.
En même temps, n'ayant pas de regard objectif sur mes propres galipettes, il se peut fort bien qu'un observateur externe les trouverait tout aussi mal ficelées. C'est peut-être malgré tout pour cela que ces erreurs de téléchargements atterrissent malgré tout dans un dossier, où elles sont précieusement conservées. On sait jamais, peut-être qu'un jour ça me servira.
Psssst : Dans un moment de folie, je viens de faire un tour sur le site de Tutu. On peut y voir un film sur "le casting des minets à la une". Eh beh... on peut phantasmer à la petite semaine, mais décidément je m'en sens comme souverainement éloigné. Z'ont rien d'original, d'excitant, d'intéressant, ces mioches musclés. Et la zique... on dirait celle qu'on entend quand on est à dix mètres de l'Open Café.
Un coup de scrogneugneu n'abolit jamais le halvas.
La citation à la manque du samedi après-midi :
"Loneliness has followed me my whole life. Everywhere. In bars, in cars, sidewalks, stores, everywhere. There's no escape. I'm God's lonely man."
Je n'aimerais pas être celui qui me lit, notamment parce que mon existence n'est qu'un petit cours dans celui plus conséquent des espaces infinis dont le silence, etc. S'essayer par ailleurs à l'exercice de narrer mes exploits quotidiens et nycthémériens doit renforcer plus encore l'impression de banalité, de constance dans une médiocrité qui, espérons-le, ne manque pas d'alacrité. Quoique...
Captatio benevolentiae expédiée. C'est donc fort de ma médiocrité intime que, le réveil ayant pétaradé à huit heures, je me suis levé à neuf pour me trouver dès les premières fraîcheurs du matin à quêter de nouveaux draps dans les quartiers interlopes, ayant trop usé les miens. Du rouge me seyant le mieux, c'est donc de la pourpre que j'ai dû prendre, et sans tarifs soldés, comme d'usage. Ce malgré les grands gestes, clins d'oeils et sourires que me faisait la caissière qui voulait me refiler un tuyau (le Bazar de l'Homo Viril devait faire un enième rabais faramineux sur la literie soldée à 15h).
Ensuite, acquisition d'un appareil photo : je vais pouvoir exposer des photos de mon appareil génital. Non seulement je me propulse dans le siècle, mais en plus j'ai consommé, donc j'ai existé toute la matinée.
Pourtant, pour moi l'essentiel n'était pas là. J'ai passé deux heures à me battre avec une clavicule. C'est tout bête, une clavicule. Bête os torsadé au-dessus de la cage thoracique. N'empêche, elle m'en a coûté, cette salope. J'avais beau batailler, je n'arrivais pas à en faire ce que je voulais. Et pis ça m'énervait grave, du coup. Ragnagnagnagaaaah, maugréais-je de plus en plus fort dans mon in petto qui n'est pas loin du fors intérieur, à gauche de l'intime conviction en entrant. J'en avais les doigts qui tremblaient.
Splam.
Ca, c'est la chaise qui vient d'être renversée, parce que je me suis levé violemment de colère, brandissant mes pinceaux. Le problème est que je ne peux même pas hurler : j'ai une brosse entre les dents.
On marche vite dans l'appart, on lève les bras, on crie un bon coup et on pianote sur internet pour répondre aux dragueurs. On fonce dans la cuisine, on s'enfile la moitié du sirop de citron qu'on finit un peu plus calmement au verre avec un glaçon accoudé à la fenêtre.
Après ma petite crise, tout s'est brusquement débloqué : j'ai pu non seulement expédier la clavicule, mais aussi tout le haut du torse. Tudieu, cette toile, je vais la finir avant mardi, oulalalaaaaah que je le sens trop bien que la Force est avec moa ! En plus je suis trop fort. Oui, bon, je n'ai pas encore suivi de cours de dessins, et alors ?
Accessoirement, il conviendrait que je me rase. Cela fait tout de même une semaine.
L'incipit à la mode du jour :
"Vers la fin de l'année 1612, par une froide matinée de décembre, un jeune homme dont le vêtement était de très mince apparence se promenait devant la porte d'une maison située rue des Grands-Augustins, à Paris."
Rien de cela n'est évidemment objectif. Dans mes (premiers, si, si (*)) achats de dévédés, perpétrés cette semaine, se mélangent La Comtesse aux pieds nus, Spiderman, Un Roi à New York, On murmure dans la ville, La Plage, Lost in translation, Roméo + Juliette (**)... et La Fureur de vivre.
Messieurs les acteurs, vous m'excuserez, mais à moins d'avoir les yeux craquounets de Tobey Maguire ou de Casey Affleck - ou le jeu épatant d'autres en leur verte jeunesse - vous pouvez toujours tenter quoi que ce soit, vous me laisserez de marbre. Car... Raz-le-bol des kleenex interchangeables et toujours similaires !!! Vos machins à frous-frous, vos trucs bodybuildés et gominés qui ont toujours le même coup de mâchoire pour sourire, vous pouvez vous les carrer dans le fion, ça m'en touche une sans bouger l'autre !!!
Après ce moment d'extase, la régie a le plaisir de vous en remettre une couche :
Et cestui-ci, c'est pour le lecteur Antoine qui a oublié depuis qu'on avait envisagé de boire un verre après ce qui était alors son hypothétique réussite :
Bad. - La bave aux lèvres ne fait qu'humidifier les muqueuses, oui, mais lesquelles ?
(*) Le Lecteur bénévolent est prié de ne pas se foutre de ma gueule d'attardé de la modernité, mon premier ordinateur est tout juste celui sur lequel j'écris ces bafouilles, il a un tuner mais je n'ai pas installé la télévision, alors regarder un dévédé dessus, pensez...
(**) Le premier qui dit que je vire tarlouze bobof a droit à mon poing dans la gueule et je me roule par terre en couinant pour faire bonne mesure, juste après avoir trépigné et serré vigoureusement mes petits poings dodus.
Pendant que le glaçon essaie de rafraîchir la liqueur de cognac et d'orange, et que mon repas est sagement posé sur la table, je regarde cette journée. "Les choses se déforment facilement lorsqu'on regarde en arrière"... certes, et alors ? Jouer au désastre du bilan est un plaisir de l'existence. Se dire : moi, j'ai fait. Moi, moi, moi... moi, petit atome, début de pourrissure posé sur le cadavre de la terre, et déjà disparu quand un revers négligent m'aura chassé.
La petite molécule avait mis, comme d'usage auto-proclamé pour ces vacances, son réveil à sonner pour 8h. À dix heures, le corps composé ouvrait péniblement un oeil, et se disait qu'il était scandaleux d'être encore au lit, alors qu'il y avait froid, et qu'en plus il devait faire plein de choses. À dix heures trente, le morceau d'A.D.N. se levait, pour s'enfiler une tasse de thé et lire une bédé.
Passant ainsi progressivement par les phases du virus, du bacille, et de la cellule, l'assemblement gélatineux parvenait lentement à la douche. Un vague sursaut pour se demander s'il fallait se raser, et puis non. Depuis une semaine que je me rase pas, alors pourquoi ? En plus, il y a même des types qui me trouvent beau comme ça... doivent être en sacré manque de tendresse, les pauvres.
C'est en mâchouillant un bout de pain de mie tartiné copieusement de ricotta et de basilic que je cuisinais une tarte énaurme aux poireaux, celle qui attend là que je la mange, sur son matelas d'iceberg.
Qu'ai-je donc fait aujourd'hui ? Pas touché mes pinceaux... assisté de loin à un canular... bouquiné... fais de l'italien... choisi l'appareil photo qui me propulsera dans la modernité de ce vingt-et-unième siècle guerrier (comme les autres) et hypocrite (comme les autres) pour ne pas dire imbécile (comme les autres).
J'ai aussi bu un café frappé "impromptu" durant quelques heures. Doux Jésus que ce garçon a de beaux yeux - et le reste avec. Doux Jésus, qu'il n'est pas fait pour moi, qu'il me rendrait malheureux. Of, je n'en suis même pas sûr. Est-ce que c'est vraiment important ? Que nenni, que du tout, que surtout pas. J'étais surtout assis en tailleur, mes chaussettes en avant, sur un vieux canapé défoncé, à discuter. Il y eut des silences, j'essuyais l'humidité du verre sur le bois de la table pour les faire passer. Il y eut d'énormes allumages, et nous restions sages.
De quoi avons-nous parlé ? Je ne sais plus trop... d'informatique ? de cuisine ? de vêtement ? de sexe ? de travail ? Peut-être. Qu'importe le bilan, j'ai eu une ivresse. Avec du café ; on prend le plaisir comme il vient.
J'aimerais le frapper, ce garçon, et le lier. Et l'embrasser, à pleine bouche, en lui tenant le menton. La nuque. Et lui mordre le cou jusqu'à ce qu'il crie.
Alfredo
Libiamo, libiamo ne'
lieti calici,
Che la bellezza infiora ;
E la fuggevol, fuggevol ora
S'innebrii a voluttà.
Libiam ne' dolci fremiti
Che suscita l'amore,
Poichè quell' occhio al core
Omnipotente va.
Libiamo, amore, amor fra i calici
Più caldi baci avrà !
Tutti
Ah, libiamo ;
amor fra i calici
Più caldi baci avrà !
L'incipit à la mode du jeudi matin : "Voici d'abord un fait sur lequel tout le monde s'accord : après la prise de Troie, les Achéens s'acharnèrent contre les Troyens ; deux chefs seulement, Enée et Anthénor, échappèrent aux représailles, grâce à d'anciennes relations d'hospitalité et aussi parce qu'ils avaient toujours été partisans de la paix et de la restitution d'Hélène."
"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.
Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !
Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."
Dante Alighieri, Inferno , I.
"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."
François Villon, Epitaphe, 1-4.
"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."
Mickhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, II.
"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.
Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"
P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7. Trad. toute perso.
"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."
Albert Cohen, Les Valeureux, I.
"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."
Yukio Mishima, Les Amours interdites, VIII.
"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."
Homère, Iliade, XXIV.
"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."
Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.
"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.
Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.
"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, I.
"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."
Herman Melville, Moby Dick, I.
"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"
Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.
"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."
Giuseppe Tomasi, duc de Palma de Montechiaro, prince de Lampedusa, Le Guépard, I.
"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."
Jules Verne, Le Château des Carpathes, I.
"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."
John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles, Un.