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27/06/2006

27/06/06 - 21:44

CCXVII. - Suite & continuité

"xix. - "

26/06/2006

26/06/06 - 20:37

CCXVI. - Pas pour cause d'actualité, mais d'enthousiasme


Et vous n'avez qu'à vous l'acheter, c'est un petit indépendant tout pauvre


Jéronimo, Moi je voudrais, album 12h33, 2005.


Moi je voudrais des fanfares et des corridas, des grands prix de Formule 1
Des chasses à coure et des Vespas
Moi je voudrais des musées de la musique
Des autoroutes à péages et des trains automatiques
Une télé qui fonctionne des éléphants et des pandas
Moi je voudrais une reine, moi je voudrais un roi
Et plein d’enfants autour de moi et puis aussi un chien un chat
Que je regarderais grandir
Avec un cœur rempli de joie

Moi je voudrais du football, des avants-centres et des goals
La plus haute marche du podium, les récompenses quoi qu’on en pense
Ca aide à oublier ces journées perdues où j'fais n’importe quoi

Moi je voudrais un Belge sur la lune pour y planter nos belles couleurs
Un dégradé de gris qui se fane d’heure en heure
Des défilés de mode, des mannequins sud-américains
Des filles comiques au moins on rigolerait enfin

Moi je voudrais du football, des avants centres et des goals
La plus haute marche du podium, les récompenses quoi qu’on en pense
Ca aide à oublier ces journées perdues où j'fais n’importe quoi

Moi je voudrais des cigarettes moins chères
Pour soulager la p'tite santé du porte-monnaie de ma grand-mère
Moi je voudrais des enfants au volant partout tout le temps
Par tous les temps yaurait peut-être moins d’accidents

Moi je voudrais du football, des avants centres et des goals
La plus haute marche du podium, les récompenses quoi qu’on en pense
Ca aide à oublier ces journées perdues où j'fais n’importe quoi

Moi je voudrais du football, des avants centres et des goals
La plus haute marche du podium, les récompenses quoi qu’on en pense
Ca aide à oublier ces journées perdues où j'fais n’importe quoi

Où j'fais n’importe quoi
Où j'fais n’importe quoi
N’importe quoi
Je fais n’importe quoi
Je fais n’importe quoi

25/06/2006

25/06/06 - 22:53

CCXV. - C'est avec la pompe consulaire qui sied à la magistrature que j'occupe que je me retire en mes pénates



Sint di vobiscum !

Remarque sur cette image : le consul, qui bénéficie de six licteurs, devrait porter une toge prétexte (toge blanche à large bande de pourpre sur le devant), et n'être accompagné d'aucun soldat (autre que les licteurs). Seul le censeur avait une toge de pourpre.

Ceci étant, César - c'est lui, dans le film dont j'ai extrait ceci - exerçant un pouvoir proconsulaire avec
imperium quand il franchit le Rubicon, on peut subodorer que, peut-être, il pouvait porter une toge rouge, le rouge étant aussi la couleur du manteau de l'imperator (général en chef salué à titre honorifique comme tel par ses légions), mais j'ai tout de même des doutes qu'il le fît. Les Romains étaient très à cheval sur les couleurs des fringues...

25/06/06 - 14:36

CCXIV. - Au passage, scrate la zique du dimanche pluvieux de juin

Cet article est et demeure abrogé.

La loi du 14 juillet 2006 portant abrogation de l'article premier relatif à la scratation de zique de dimanche pluvieux de juin est et demeure abrogée.

À compter de ce jour, il n'y a plus d'article relatif à la scratation de zique de dimanche pluvieux de juin portant référence pour l'ensemble de notre Empire, et au-delà.

Cela selon notre bon plaisir, consécutivement à la décision empérière du vendredi 14 juillet 2006, rendue par Badinou César, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique, en sa première capitale.

Publication au Journal Officiel de l'Empire badinal le même jour, référence suivante :


Loi n°2006-0344 du 14 juillet 2006 portant abrogation de l'article premier relatif à la scratation de zique de dimanche pluvieux de juin .

25/06/06 - 11:55

CCXIII. - Images du moi

Je n'ai jamais trop aimé qu'on prenne des photos de moi. À la rigueur, je ne me trouve susceptible d'un intérêt quelconque que lorsque l'image est prise en plongée (id est yeux levés vers l'objectif), et encore.

Je viens de trouver un portrait de mon individu sur ce site, pris hier, et maintenant je comprends : je ne suis même pas laid. Je suis pire. Je suis affreusement banal.

Vous voudrez bien excuser mais je vais déprimer un tantinet.



En accessoire, on comprendra que j'ai parcouru hier le chemin qui va de Montparnasse à la Bastille. C'était marrant, y'avait plein de monde qui faisait la même randonnée. J'encaisse le coup de Calgon consécutif, c'est tout, faites pas chier.

24/06/2006

24/06/06 - 12:22

CCXII. - Addendum intercalaire au sujet CCVI

Chose qui m'est revenue au réveil...


v. M. ou J. : En me levant ce matin, j’ai eu comme un instant d’immense retour vers le passé, et une image m’est apparue, de mes années de prépa. L’inconvénient est que je ne sais plus du tout s’il s’agit de réalité ou de phantasme.

M. et J. étaient (et sont certainement encore) des jumeaux dizygotes, qui avaient été dans mes classes de primaire, puis l’un m’avait suivi une partie du collège. Au lycée, je les voyais de loin en loin, et dans le car de ramassage. Je trouvais l’un ou l’autre – et c’est là que ma mémoire fait terriblement défaut, et ce qui m’amène à m’interroger sur la véracité de la scène – à l’internat du lycée de prépa. Nous n’avions plus rien à nous dire, mais nous nous souvenions de nos noms et prénoms.

Ce matin j’ai retrouvé une scène sur l’un des lits de prépa, assis l’un contre l’autre. J’en ai toutes les images possibles, les détails, qui me laissent supposer que c’était vrai. Et pourtant, la raison tout comme l’individu, le lieu, me laissent songer qu’il y a soit reconstruction nocturne, soit phantasme complet, soit mélange enfin. D’où doute.


Par conséquent, les items consécutifs (v. et suivants) sont incrémentés d'un niveau.

23/06/2006

23/06/06 - 23:02

CCXI. - Comment des pompiers m'ont sauvé de l'ammoniaque



Ce soir a été exceptionnel. Non seulement c'était vendredi, non seulement le lendemain c'était samedi, mais en sus et complément je cumulais deux éléments favorables :

i. J'étais sorti 'achement tôt du turbin - 17h30, si, si, des fois ça m'arrive ;

ii. Je n'avais rien de prévu pour la soirée, fors me soucier de moi et soigner mes cernes en compissant vigoureusement le patriotisme national-chauvin que j'entendrais de ma fenêtre.

Las. Les Destinées, ces G.O. de la vie de tout individu qui aspire à se fondre dans la masse (votre serviteur, Lecteur) m'avaient concocté un comité d'accueil en mon logis des plus joyeux, pimpants et revigorants.

Car, à peine débarquais-je en ma rue, la main ornée de mon livre sur l'Erotisme masculin dans la Rome antique et d'un papier alu recouvrant la petite quiche du vendredi soir quérie auprès de Charlotte-ma-boulangère-au-sourire-si-doux, je vis, je dis bien que je vis-je, un magnifique camion rougeoyant et rutilant stopper, toutes sirènes dehors, devant l'huis de mon palais.

Dix vigoureux jeunes gens casqués et uniformisés en sortirent au pas de course ("Iuuenum manus emicat ardens // litus in Hesperium", comme on dit chez moi), dont certains avec des masques à air sur leur fier minois. Une damoiselle à moi méconnue, suivie du pépé que je croise des fois, apparurent à la porte cochère, le visage dans un Sopalin. J'avais le choix entre un incendie, mais je ne voyais rien aux fenêtres ni aux cieux, ou un massacre - le véhicule n'avait pas la grande échelle vroum vroum mais un rescrit du type "Aide d'urgence aux blessés" ou un truc commac.

Raisonnant ainsi avec le brio qui m'est propre, et profondément parisien en l'affaire, je me dis qu'il s'agissait d'un accident de personne, et qu'il fallait mieux pépèrement rentrer en mon logis, ne déranger pas les pompiers quoi que mignons, et ne pas me mêler de tout ça.

Oui, mais voilà-t-il pas tandis que mine de rien je m'avançais vers l'escalier, yeux penchés vers mon courrier genre je t'embrouille sans en avoir l'air, je vois de mes zieuvu la main gantée, que prolonge un corps respirant par le moyen d'une bouteille, m'interdire l'intromission en icelle geca de calieres.

L'affaire était grave, puisque j'y étais impliqué. Il ne s'agissait pas du décès d'une troisièmagée défuntée et pourrissante depuis quelques mois. C'était bien pire : la cage d'escalier sentait l'ammoniaque, et le pépé, tout juste sauvé par sa fille, avait les yeux qui vasouillaient.

Après expédition de la gent pompière dans les combles, les caves, les escaliers, après fracas des pieds et des mains pour réveiller les morts éventuels calfeutrés derrière leur porte, les pompiers découvrirent non pas une bouteille de gaz explosée, non pas un cadavre déjà rongé par les gaz qui exsuderait des liqueurs ammoniaquées comme Ajax une fois qu'il eut trucidé son troupeau ovin, mais une bête bouteille format Yop (soit environ 50-75cl), renversée près d'une des vieilles chiottes palières inusitées de l'escalier.

Tous les soupçons des locataires, qui traînaient dans la cour et par la même occasion découvraient qu'ils avaient le même âge ou presque (le mien, bien que je sois forcément le plus jeune, faut pas déconner), se portèrent de manière quasi ailée pour ne pas dire instantanée sur les ouvriers qui depuis deux ans vaquent avec un contrat d'intermittence dans l'immeuble, commençant un badigeon par-ci et entamant une excavation dans un appart par l'autre - sans jamais se décider à finir.

Bref, les Darth Vader rutilants trouvèrent un coupable potentiel, d'autant plus suspect qu'il traînait la gueule ouverte et sur le côté. Ils l'exhibèrent devant témoins. Mais las ! Oncques ne trouvèrent le liquide que l'infâme aurait subrepticement répandu, empuantissant la cage d'escalier de mon immeuble capitale.

En même temps, avec le cagna, pensez si l'ammoniaque avait eu le temps de s'évaporer, et d'empuantir par voies de fait et respiratoire les escaliers...

Ceci n'empêcha pas mes fiers soldats du feu de briser un ou deux carreaux dans l'escalier (les fenêtres sont inouvrables), histoire d'aérer plus rapidement et de permettre au pépé de retourner plus rapidement vers sa tambouille qui mijotait - un pépé ça mange à des horaires très précis.

Comble du bonheur, le sous-off qui commandait l'escouade - des renforts étaient venus entretemps - décréta qu'un pompier accompagnerait chaque locataire dans son appart, histoire de vérifier si tout allait bien. Pensez si je fus heureux, seul dans mon salon, avec un homme sanglé dans son uniforme...

Accessoirement, j'ai découvert mes voisins, gens fort charmants. L'éventualité d'un pot dans la cour est désormais envisageable.

23/06/06 - 20:46

CCX. - Ce soir, je vous raconte comment j'ai été sauvé (une deuxième fois) par les pompiers...

Après une page de publicité :

Votez Togo !

21/06/2006

21/06/06 - 22:04

CCIX. - Sur le frigo (bis) : Ne me demandez pas ce que je lis, je ne sais plus trop

(avec traductions quasi personnelles)



i. "Impudicitia in ingenuo crimen est, in seruo necessitas, in liberto officium" (Sénèque le Rhéteur, Controverses, 4)

La soumission sexuelle pour un homme libre peut être poursuivie en justice, pour un esclave une contrainte de la servitude, pour un affranchi un service dû au patron.


ii. "Euryalus forma insignis uiridique iuuenta,
Nisus amore pio pueri."
(Virgile, Enéide, V, 295-296)

Euryale retenant les regards par sa beauté et sa fraîche jeunesse,
Nisus dont on savait le vertueux amour pour le garçon.


iii. Pylade, à Oreste : "Si tu péris, je ne te survivrai que dans la honte. J'ai fait avec toi le voyage, je dois partager ta mort. Sinon, l'on me dira un lâche, un faux-ami, et dans Argos et jusqu'au fond des vallées de Phocide. Et la foule croira - les méchants sont nombreux - que pour rentrer seul au pays je t'ai livré, traîteusement tué, tablant sur les malheurs de ta famille, dans l'espoir de régner à ta place comme époux de ta soeur que ta mort ferait héritière. Voilà ce que je crains et qui me fait rougir d'avance. Je ne vois qu'une issue : c'est d'expirer en même temps que toi, prenant ma part du sacrifice et du bûcher, car je suis ton ami et je veux le rester sans reproche." (Euripide, Iphigénie en Tauride, 674-686)

(en français parce que je ne connais pas le grec...)

21/06/06 - 20:23

CCVIII. - Sur le frigo

L'été a ceci de lassant que j'y suis mécaniquement seul, alors que j'aime la longueur des jours.

20/06/2006

20/06/06 - 23:33

CCVII. - Lorem ipsum...

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Si non M. Tullii Ciceroni liber est, De Finibus Bonorum et Malorum appellatur, quid est...

19/06/2006

19/06/06 - 20:52

CCVI. - Celles et ceux... (part 1) : Exposition d'un cas typique d'absence complète d'élégance



J’en suis encore une fois dans ma vie à une période d’inventaire. Allons-y, pour savoir ce qu’il y a à garder et à jeter.


Dans la catégorie « relations sexuelles », j’inclus les relations sexuelles et sentimentales (selon la logique d’être en couple). Par ailleurs, je vais choisir volontairement une acception assez restreinte de relation sexuelle, sans la définir, afin de sauter allègrement sur l’époque des relations adolescentes quasiment invérifiables



1. De sexe féminin



Étant donné que ces relations sont moins nombreuses, bien que je me prétende bisexuel, j’entame l’inventaire par elles. Moins nombreuses pour cause de simplicité, peut-être, ou de complication dans l’approche féminine. Ou réellement pour cause de goût.


i. A.-S. : Ma première fois, tout juste après A. (confer la section 2.). Nous nous étions tourné autour durant quelques temps, allant jusqu’au stade déshabillement et manipulations diverses, avec plaisirs éventuels. Elle était venu dans ma piaule d’internat de tout juste cinq mètres carrés, celle qui donnait sur la voie de chemin de fer Paris/Lyon et avait des murs en carton, pour un prétexte quelconque, scolaire bien entendu. L’opération fut répétée toute la nuit (cinq fois), mais sans apporter de réelle satisfaction : j’avais l’impression qu’elle se masturbait sur moi, et que moi je m’y perdais. Nous n’étions l’un pour l’autre qu’un miroir tendu à notre propre orgueil.

Pour citer Bénabar : « De celles qui comptent, mais pas tant que ça. »


ii. Au. : Niçoise qui atterrit dans ma prépa, avec laquelle je jouais à cache-cache durant quelques mois, pour finir ensemble et la laisser un temps pour cause de vanité mal placée. Nous nous rabibochâmes et restâmes un petit couple emblématique du lycée durant neuf mois, jusqu’à ce que les vacances passent avec l’été : elle trouva à Lyon un petit merdeux rigolard, et moi j’ai eu tout Paris pour y pleurer, m’y sentir mal et essayer un couteau sur mes poignets – ce fut le phénomène déclencheur de ma petite dépression de 2000-2001. L’histoire humaine lui doit un peu plus de cent poèmes enfiévrés et deux romans inachevés.

Au. s’habillait merveilleusement bien, elle riait tout le temps. Je crois qu’elle avait en fait un désir forcené d’être bien vêtue, et de se montrer heureuse et pleine de vie dans tous les cas. Elle en vint à être cruelle quand elle me quitta, je fus odieux. Depuis, j’ai appris à ne plus pousser (trop) de jérémiades quand le temps fait son œuvre.

Je fus, malgré ses dires mais selon ceux du drap, son premier homme, et pas forcément un très bon : je débutais, aussi. Elle avait une inventivité assez étonnante, quoique simple. Elle était très fière de ses seins.


iii. Al. : Sur le long terme, cette fille est celle qui a le plus compté. Nous nous sommes rencontrés en prépa, bien avant que je connaisse A.-S. et Au. Nous nous sommes tournés autour durant des années. C’est la première fille dont je me souviens qu’elle m’ait embrassé, d’un baiser timide qui m’avait laissé une bulle de salive sur la lèvre, juste avant qu’elle me fixe et parte sans fermer la porte (j’étais resté bras ballants, ne sachant que faire mais bandant férocement).

Trois ans après, alors qu’elle passait l’agreg, je l’hébergeais dans mon petit studio à Paris. Elle avait un copain depuis quelques temps, j’allais en avoir un puisque j’étais officiellement homosexuel dans mon univers puéril. Nous avons dormi côte à côte toute la semaine, nous nous sommes fait de plus en plus doux. Le dernier jour des oraux, c’était le 14-juillet : nous sommes allés voir le feu d’artifice, et sommes rentrés à pied, il y avait du chemin. Et la nuit arriva, avec ce qui suivit.

Elle partit le lendemain, et moi encore j’hésitais à l’embrasser de nouveau, bougre d’âne. Mais cette fois-ci il y eut le miracle internet : nous échangeâmes des lettres, et des lettres, et des lettres à n’en plus finir. J’étais amoureux. Elle l’était aussi. J’allais descendre à Lyon, juste avant la soutenance de mon mémoire. Elle m’annonça que non, elle ne pouvait pas, elle ne pouvait plus : elle devait rester avec son copain, qui avait fait l’effort de démissionner, lui, pour la rejoindre. Ce dont j’étais incapable (pas de bassin d’emploi à Lyon pour moi…).

Encore un an de silence. Elle avait son copain, j’avais les miens. Puis nous avons recommencé de nous voir. De nous embrasser. De coucher ensemble. Je me souviens de moments merveilleux dans l’appartement d’une amie qui le lui avait prêté, ou, pour la première fois, je hurlais dans les bras d’une femme et devenais tout tremblant.

Elle repassa l’agreg, voulut me voir : je n’étais pas là, mais en Normandie – c’était l’époque où je m’exerçais à la gigoloterie. Puis elle commença de travailler, et demanda au bout d’un an sa mutation à Paris : elle abandonna copain, amis, pour venir me rejoindre. Je l’aidais à déménager, je rencontrais son frère, sa mère. Je crois que j’étais heureux en ce moment.

Mais dès son déménagement fini, elle commença à émettre des doutes, à devenir froide et distante. Après tout, peut-être serais-je tenté par autre chose, moi, qui était bi, donc. J’avais beau lui dire que non, la barrière de l’impossible entre nous se dressait lentement. De sa période à Paris, je n’ai dû la voir que dix jours, et au bout d’un mois et demi elle me fit comprendre qu’elle préférait rester seule. Autant dans les cas précédents il y avait quelque chose qui expliquait (on avait trouvé mieux ailleurs, on était trop loin, etc.), autant la décision d’Al. me laissa vide de sens. Il n’y avait aucune explication, aucune raison : elle m’aimait, mais ne voulait plus de moi.

Je ne l’ai pas revue depuis : je crois que je n’ai pas encore la force. C’était trop. Et pourtant, Dieu sait si la revoir me ferait plaisir. Pourtant je crois que nous n’aurions plus rien à nous dire : trop de choses, trop d’espoirs, trop de rêves d’enfants sans cesse arrêtés.

Pour l’aspect pratique qui seul intéresse le Lecteur, des nombreuses filles que j’ai connues, c’était la plus inventive, la plus offerte, la plus présente. Elle m’a fait crier. Je l’ai fait gémir. Elle a voulu me faire jouir dans sa bouche, ce qui pour moi était du domaine de l’impensable dans une relation hétérosexuelle. J’adorais ses fesses et son dos, ses tous petits seins et ses larges épaules. J’aimais la sentir couchée à côté de moi, ses cheveux rouges répandus sur l’oreiller, sans bouger aucunement.



2. De sexe masculin



iv. A. fut mon premier homme, et c’était quelques jours avant A.-S. J’étais niais, je ne comprenais rien à tout cela, si ce n’est que je voulais être grand, et tout connaître, pour m’avilir et me complaire dans l’affliction. Nous nous étions connus en prépa, mais il a trois ans de plus que moi : il l’a quittée quand moi j’y débutais réellement. J’avais, c’est vrai, du plaisir à manger entre autres avec lui lors du petit déjeuner, même s’il m’intimidait sans fin.

Un soir, je trouvais un mot à la craie sur ma porte : « A. a téléphoné, il veut t’inviter à manger ». Je connaissais, sans que je comprenne pourquoi, son adresse. J’y allais. Nous nous sommes retrouvés dans l’escalier. Il m’a fait mangé des pâtes avec de la crème et de la ciboulette, et boire un Côtes-du-Rhône. Le vin a dû aider, et peut-être était-ce ce qu’il désirait. Et lentement la conversation a dévié.

Après de longues simagrées protestataires à caractère déclamatoire, je me retrouvais tout de même quasi nu, et je fus le premier à ôter le caleçon. Après suivit ce qui suivit. La nuit, je ne dormis guère ; je me souviens encore du poster accroché au plafond au-dessus du lit-mezzanine, qui se mouvait au rythme de nos respirations. Je crois que j’avais très envie de recommencer ; ce qui ne fut pas le cas.

Notre relation a duré quelques mois, sans que jamais je mette un nom quelconque dessus : lui avait sa copine M., j’avais A.-S., mais je revenais régulièrement sur le pas de sa porte. Des fois, c’était pour regarder la lumière à travers la vitre qu’on voyait de la cour de l’immeuble, et repartir en pestant contre moi-même, sans avoir toqué à la porte.

Ce qui m’a marqué dans cette première relation est que je n’ai jamais trop su ce qui était du domaine du jeu, de la domination chez lui – dans la mesure où son surplus d’expérience lui permettait de me mener sur tous les points sentimentaux à la baguette où il voulait – et du sentiment sincère : certaines de ses lettres restent du plus équivoque. Mes sentiments n’étaient guère mieux : j’étais fasciné par lui, je le suis encore quand il m’arrive de le croiser. Et dans tout cela je ne savais pas ce que cela signifiait : il m’a fallu trois ans pour comprendre.

Pour paraphraser Bénabar (bis) : « De ceux qui comptent, mais un peu plus que ça. »


v. M. ou J. : En me levant ce matin, j’ai eu comme un instant d’immense retour vers le passé, et une image m’est apparue, de mes années de prépa. L’inconvénient est que je ne sais plus du tout s’il s’agit de réalité ou de phantasme.

M. et J. étaient (et sont certainement encore) des jumeaux dizygotes, qui avaient été dans mes classes de primaire, puis l’un m’avait suivi une partie du collège. Au lycée, je les voyais de loin en loin, et dans le car de ramassage. Je trouvais l’un ou l’autre – et c’est là que ma mémoire fait terriblement défaut, et ce qui m’amène à m’interroger sur la véracité de la scène – à l’internat du lycée de prépa. Nous n’avions plus rien à nous dire, mais nous nous souvenions de nos noms et prénoms.

Ce matin j’ai retrouvé une scène sur l’un des lits de prépa, assis l’un contre l’autre. J’en ai toutes les images possibles, les détails, qui me laissent supposer que c’était vrai. Et pourtant, la raison tout comme l’individu, le lieu, me laissent songer qu’il y a soit reconstruction nocturne, soit phantasme complet, soit mélange enfin. D’où doute.


vi. B. : Une fois que j’avais viré ma cuti et découvert tout ce que signifiaient mes hésitations et mes regards dans le métro ou sur S. (confer la partie 2 à venir), B. fut le premier pour lequel j’assumais. Ce fut une relation de deux ou trois mois, ce qui est l’infini à cet âge. Il avait fait une école d’ingénieur et avait tout arrêté pour se consacrer à sa musique. Au début, je me pâmais. Plus tard, je me lassais de la répétition de ses partitions.

B. était extrêmement égoïste : il ne parlait que de lui, et de son père, qu’il haïssait. Il fallait écouter sa musique, l’apprécier, et ne rien dire. Pour le reste, il n’avait pas toujours très bon goût, et des caprices brusques. Au lit, il se contentait et exigeait uniquement qu’on lui rentre dedans. Le reste ne valait rien, et il s’y refusait – alors que les petits agréments des muqueuses sont si précieux.


vii. T. : Lorsque je déménageais de mon studio d’étudiant pour celui que j’occupe actuellement, c’était le jour de la LGBT Pride. Pour une raison que je ne comprends toujours pas trop – je ne suis pas vraiment encore le type qui fonce dans les lieux pour s’y approvisionner – je me suis offert ce garçon le temps d’un soir. Il était brun, et avait un torse ferme tout suintant, j’y collais ma main durant toute la nuit.


viii. C. : Internet commençait ses ravages, ses déboires et ses succès dans ma vie. Peut-être que j’apprécie plus cette méthode parce qu’elle simplifie cette terreur du regard héroïque qu’il faut avoir pour alpaguer le moindre imbécile dans la rue, la remplaçant d’abord par la langue, plus simple, en fait, à maîtriser. C. est le garçon d’un emballement et d’un été, et encore : tout juste le mois d’août. C’était un grand homme élancé, au corps fin, et aux cheveux assez longs. C’était sa voix qui m’avait le plus séduit : il avait une voix qui n’allait en rien avec son physique de mannequin assez féminin, une voix grave, profonde, qui me prenait au ventre. Les premiers jours, il m’envoyait des messages doux, tendres et gentils. C’était d’ailleurs fondamentalement un garçon doux, tendre et gentil, y compris au lit.

Puis cela s’est fini avec l’été : il avait revu son ex, je n’étais plus que le passage de sa vingtaine, un moment qui lui avait permis d’oublier. Des fois, je vois son profil réapparaître sur des sites, et ça me fait un peu quelque chose. Je me rappelle ce que je sentais dans le ventre quand j’entendais sa voix grave. J’ai été très malheureux, au moins tout un mois, j’en tirais des figures de vingt pied au travail, ce qui m’a toujours été rare (au travail...).


ix. J.-F. : C’est ce qu’on appelle le plan cul de deux nuits. Prompt comme je suis à m’emballer, je l’avais trouvé très bien. Il était profondément manipulateur, et avait un tatouage en forme d’énorme soleil astrologique à fioritures au sommet de la colonne vertébrale. Chose que je n’ai pas trop apprécié, il fumait sur le lit après les aventures corporelles, à plat ventre, tourné vers la fenêtre. L’avantage est que du coup j’avais accès à son dos et ses fesses.

Le lendemain, il a prit une photo d’identité qui traînait sur mon bureau. Peut-être se constituait-il un carnet de chasse, ce que je fais aussi à mon tour. Je me souviens de ses yeux, qu’il avait étrangement bridés, et du plaisir qu’il avait à garder sur son ventre le sperme, qu’il étalait (image des jets de liquide sur son estomac).


x. M. : Paradoxalement, le garçon avec lequel je suis resté le plus longtemps (six mois ? sept mois ?) alors que rien n’y prédisposait. Pas mon genre, pas mon style, et peut-être tout juste trop âgé – pensez, il avait 31 ans. Il fumait beaucoup, trop, il avait des avis péremptoires sur beaucoup de choses et voulait toujours décider de tout. Son goût des relations sociales était un moyen d’éviter l’attachement amical, et son goût du nettoyage faisait passer mon appartement pour un stand de Monsieur Propre à la foire de l’habitat. Il a eu cette malchance qu’Al. est réapparue quand j’étais avec lui, ce qui fait qu’à la fin j’ai eu des égarements physiques et lyonnais. Je pense que ça ne le touchait pas – ou qu’il faisait le grand, comme si.

Ce qui n’interdit pas que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand j’ai dû faire un choix, entre Al. et lui, et que c’est lui qui m’a consolé… Il s’est rapidement trouvé une petite chose, et ils vivent ensemble depuis, ce qui me dédouane moralement.


xi. L. : Le plus rapide et le plus lamentable, il avait décroché ma timbale en exhibant une photo de son corps entier – c’était l’époque où, délaissé par Al. pour d’inexplicables raisons, je tentais de me prouver que j’étais susceptible et capable de séduire. Pour le coup, L. était une magnifique caricature de tous les a priori : musclé, noir, et doté d’un appendice absolument monstrueux – l’extrémité se gobait à peine. Mais la monstruosité laissait la chose flaccide et imperturbablement pointée vers le bas. Ce qui n’interdit pas ce parangon de virilité d’espérer me faire des choses que peut m’ont faites (sinon quand je suis dans un état d’excitation, de désir, de fondant que peu ont pu obtenir de moi, et dans ces cas il n’y a pas que du corporel dans l’affaire) ; vu l’état cependant, ses espoirs furent rapidement inversés.

Il est resté une heure trente dans ma vie, et je passais frénétiquement le reste de la matinée à nettoyer les draps, et à sentir la foutue odeur de son parfum. Plus glauque, je crois que… y’a pas.


xii. S. : Etudiant en philosophie, il succéda à L. dans la rubrique des choses rapides dont on ne peut se souvenir que pour briller en société, et montrer qu’on a vécu. Il n’était pas moche, quoi qu’un peu rond pour moi. Il commença comme un plan discute – nous avons visité ensemble le Père Lachaise et les Buttes Chaumont – et il a fini en plan cul.

Le plus marquant est que plusieurs fois il avait amené la discussion sur la longueur et la fermeté de la bite. Moi qui quelques semaines auparavant avait découvert les problèmes de baignoires et de manque de liquide dans les corps caverneux, à son discours et ses sous-entendus je commençais de subodorer un objet conséquent, et de plus aussi ferme qu’Alain Juppé dans ses bottes. Limite je commençais de douter de mes propres capacités.

Vint le soir, c’était un mardi. Il était venu chez moi (nous avions commencé par un verre devant Notre-Dame). Bien évidemment, la routine commença. Il s’en alla, pendant que j’embrassais, manualiser dans mon caleçon, soupesant la chose. Il fit un hochement approbateur : j’avais passé le test, et honorablement. Je commençais d’aller farfouiller à mon tour, m’attendant à l’énormité la plus monstrueuse et la plus rigide qui fut depuis l’onobèle le plus cher à Elagabal.

Je me trouvais devant une petite chose qui gigotait sur huit centimètres. J’ai eu une crise de fou rire, ce qui le vexa un peu : il débanda, ce qui ne fit qu’accentuer mon rire. Pourtant dans ces cas, soit parce que je suis bonne pâte, soit parce que malgré toutes les embûches j’ai besoin d’un peu de satisfaction sexuelle, nous continuâmes un peu. L’inconvénient est que, gobant la dragée, j’avais des hoquets de rire.


xiii. J.-Y. : Je le connais encore, plus pour des raisons amicales qu’autres.

Donc, on se tait.


xiv. D. : J’ai été un de ses amants officiels quelques temps. C’est un ami, mais aussi un catalyseur de choses que je n’aurais pas souhaité voir apparaître si vite.

D. est un être adorable, doux et tendre. Tellement doux et tendre qu’il peut apprécier des personnes aussi haïssables que moi, et d'autre. Ce qui peut atrocement complexifier des choses à des points inouïs, caricaturaux, où seule la douleur peut dépêtrer l’imbroglio (si on est bête, ce que je suis). En espérant que ma jalousie qui menace, ridiculement, ne me fasse pas perdre mes amis : ce n’est pas toujours facile, de se contrôler - alors que l'on sait que c'est aberrant, d'agir ainsi.

Paraphrasant toujours Bénabar, penseur et psychologue du XXI° siècle : « C'est pas facile de faire semblant, // Sourire sur les photos, pleurer entre temps, // C'est dur de faire bonne figure partout // Comme ceux qui font... Celui qui s'en fout. »


xv. F. : Intercalé je ne sais trop comment entre J.-Y. et D., c’est un enfant (enfant au vu de son avancement dans les crises de l’adolescence) avec lequel j’ai discuté électroniquement un petit mois. C’est vrai que nous avons discuté avec un enthousiasme certain. Puis vint l’inévitable rencontre, et une relation qui a duré à peine un mois. Si pour un temps baisouiller ne me déplaisait pas (qui serait contre la baisouille en période de disette ?) il me lassa un peu trop rapidement, notamment par ses plaintes interminables de martyr (mais avec l’assurance d’une distance qu’il espérait) que sa famille lui ferait souffrir.

S’ajoutent à cela des événements personnels (vaguement évoqués au sujet n°XLII). Bref, je n’en pouvais plus – tout autant de moi que de lui. Accessoirement, pour le Lecteur curieux, il était muni d’un appendice extrêmement petit, doté d’un double méat, ce qui est toujours extrêmement surprenant. Il compensait en voulant toujours baiser (plus que moi, c’est dire), ce qu’il faisait mal (trop de collant, et se plaçait toujours d’une façon qui faisait mal – même pour une simple caresse).

Depuis, il s’est persuadé une haine sans commune mesure à mon égard (je l’aurais trahi, j’aurais été une ordure, un inqualifiable, etc.), et ne se prive pas pour tout observer ce qui me concerne, et en faire état par railleries et attaques ici ou ailleurs. Le plus souvent, magnanime (au moins), je laisse faire. D’autres, il m’énerve sérieusement.

Notule intercalaire : je constate que j’en dis plus sur ceux qui n’ont pas compté depuis mon dépucelage. Mettons ça sur la pudeur ou sur le dégoût. Règlement de compte, aussi.


xvi. E. : Celui qui n’a pas duré (alors que je l’eusse souhaité), et le plus compté. Mon premier coup de foudre. Le premier homme qui m’a fait hurler de plaisir. Le premier homme que j’ai désiré comme un fou – la distance a aidé. Et celui qui m’a appris bien des choses, sur la façon dont la vie doit être prise : « Rappelez-vous, avant tout… »

Me plagiant moi-même : « Que ce soit pour un jour ou pour l’éternité, je t’aime. » Ca aura été pour quelques mois. Tant pis, au moins l’aurais-je connu. La séparation intellectuellement n’a pas été facile – j’en suis encore à la digérer – et je ne suis pas toujours juste avec lui. Je crois que ce ouiquennede il n’a pas dû me supporter.

Il mérite mieux que cette liste, ou du moins plus long, bien plus long. Mais je me vois mal le faire succéder simplement au n°xiv. Et je ne serais pas encore objectif : un peu de temps, s’il vous plaît.


xvii. Ch. : Rencontre de deux soirs. Nous avions tous les deux plus besoin de tendresse qu’autre chose. Je suis resté dormir chez lui.

Par ailleurs, s’est dévoué pour m’accompagner voir Bénabar. Comme quoi, internet permet de refourguer des places.


xviii. X. : Vive les aléas du popotin. Ce fut en tout cas extrêmement satisfaisant, tant pour l’orgueil que pour les phantasmes (garçon très dévoué…).



Comme le Lecteur le constate, je commence semble-t-il une période où j’enchaîne. Allez savoir pourquoi. Des hommes ne se remplacent pas, mais les relations d’un soir se trouvent facilement. Elles permettront toujours d’allonger l’inventaire.


18/06/2006

18/06/06 - 15:00

CCV. - Enterrement


Ma jeunesse est passée. C’était un vieil orage
Fait d’envies étranglées et de moites sursauts
Où l’obscur étouffant n’écharpait qu’avec rage
L’hébétude profonde habituée des maux.

Ma jeunesse est passée. Elle eut pour éclairage
La lanterne noircie d’une année sans défaut
Que l’Oubli vrombissant étouffait dans la cage
De morbides erreurs et de sanglants anneaux.

Bouts perdus, haillons secs, des souvenirs balancent
Comme un collier de perle un linceul fracassé
Ou s’assoient tout baveux en songeant à des danses.

Je n’ai jamais rien vu, ne saurai rien aussi ;
Mais je peux respirer, c’est déjà bien assez :
Ma jeunesse est passée, mon espoir est fini.

18/06/06 - 14:54

CCIV. - Ego


Je suis la peur, je suis la faim,
Je suis la soif sur le chemin,
Le corbeau autour du défunt,
Le loqueteux qui tend la main,

Je suis le cercueil de sapin,
Le sein flétri, le vieux vagin,
Le plaisir payé du rapin,
Le corps aperçu comme engin,

Je suis l’ivrogne sans sequin,
Je suis le ventre usé de vin,
Je suis Jehan, je suis Faquin,
Le pendu pourri du ravin,

Je suis la boue et l’assassin,
Tout l’oublié, tout ce qui geint,
Le vol absout, le tue-larcin,
Le mal-fini – je suis l’humain.

18/06/06 - 14:38

CCIII. - Deux cent trois

Vide.

15/06/2006

15/06/06 - 20:32

CCII. - Partons, mon âme, vers les nouveaux...

Parce que j'ai toujours aimé ce poème.

Les conquérants
José-Maria de Heredia, Les Trophées

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

14/06/2006

14/06/06 - 23:25

CCI. - L'influence pernicieuse des électrons sur la tarte à la crème


Comme quoi, internet peut causer des dommages collatéraux divers et variés. Il m'arrive, par intermittences, de papoter à vitesse de courriel avec un parfait inconnu (car je n'irais pas employer d'autre terme, malgré tout, pour une personne jamais rencontrée à quand bien même au fur et à mesure des aspects de chacune de nos personnalités se dévoilent progressivement - correspondant, peut-être, serait plus honnête et franc, mais gageons que beaucoup diraient plus de choses dans ce vocable que je ne voudrais pour l'instant en mettre).

Cet individu, à force d'évocation, m'a il y a quelque temps amené à lire un livre de Zweig. Par sa faute, cette semaine, j'ai lu Sanctuaire, de Faulkner.

Je pense qu'il va me falloir du temps, pour en parler, de ce livre. Je ne sais pas si je l'ai haï ou s'il m'a plu. J'ai ceci étant la certitude qu'il ne m'a pas laissé indifférent, et que je n'ai pas tout compris, surtout dans ses débuts. Je crois que je sens, malgré tout, toujours une certaine irritation pour ces bouquins dont je ne sors pas tout bébête, tout content, avec la ouaouh-impression, mais en sentant qu'il y a eu quelque chose d'indéfinissable, une irritation ou une fascination certaine à l'avoir dans les mains. Hypnose de l'histoire, de l'incompréhension, de sentir que quelque chose s'échappe derrière mon dos dans tout le fatras des mots sans savoir quoi.

C'est dire si je me sens gêné aux entournures, ce qui fait que je vais certainement amener souvent la conversation dessus, pour pouvoir en parler. De l'histoire, entre autres, parce que l'histoire... Même si au fur et à mesure j'ai pu recoller des morceaux, je suis sûr que certains m'ont échappé.

Dès demain, les collègues y ont droit. Parce que depuis que j'ai changé de boulot, j'ai des commensaux qui savent parler d'autre chose que d'une femme à quatre pattes et de lui montrer ce que c'est qu'un homme.

Accessoirement, il faut que je commence un autre livre. J'ai toujours eu horreur de ces moments d'indécision, où je ne sais pas trop quoi prendre, entre deux bouquins.

11/06/2006

11/06/06 - 00:25



CC. - DEUX CENT !!!




Per urbem triompho !!!



Deux cent sujets divers, deux cent moments à parler dans le vide, deux cent moments où ma vie a continué, vacillé, chialé, buté, gémit, crié, triomphé, rien dit, quémandé, s'est extasié, entêté, plainte, ennamouré, alors au bord de deux centième sujet permettez-moi, rares Lecteurs, de pavoiser.


"Souvenez-vous,


avant tout,


que la vie est


un épanouissement


de chaque instant,


et non un problème


à résoudre."




Merci, quoi qu'il arrive, à celui qui m'a appris cela...


Petit lien vers l'auteur de cette image...





































10/06/2006

10/06/06 - 20:12

CXCIX. - J'eusse voulu être empereur...


Si je l'eusse pu, j'aurais souhaité être empereur, pour connaître cet homme...




Laissant ainsi Elagabal à l'autre occupant du XV° arrondissement afin de préserver la paix civile, je m'octroie le bel Antinoüs. Le premier qui la ramène a droit à mon poing dans la gueule.

10/06/06 - 14:16

CXCVIII. - Mes tarifs pour ce ouiquennede

10/06/06 - 13:14

CXCVII. - Mon rythme s'accélère

Lus cette semaine :



i. Antoninus Caracallus, d'Aelius Spartianus, mais j'ai eu du mal à comprendre l'action politique de cet empereur, qui est surtout décrit comme un être cruel mais regretté une fois mort dans les Vies suivantes, ce qui donc me laissa perplexe ;



ii. Antoninus Geta, du même, mais on va pas chipoter sur un brave type massacré par son frère dans les bras de leur mère, hein ;



iii. Opilius Macrinus, de Julius Capitolinus, mais un empereur de quelques mois, immigré devenu avocat qui voulait jouer au petit militaire et forçait à une discipline extrême toute l'armée sans en rien connaître, on regrette presque qu'il ait été massacré plus rapidement que M. Sarkozy ;

iv. Diadumenus Antoninus, de Aelius Lampridius, mais c'est rapide, un adolescent qu'on tente de faire passer pour un adulte, qui ne règne pas et qu'on massacre juste après son père, histoire de balader sa tête au bout d'un pilum ;



v. Antoninus Heliogabalus, du même, et là c'est du grand délire, force m'est de le reconnaître. J'ai envisagé fût un temps de vous coller tout le texte (en traduction française), histoire que vous découvriez un empereur mégalo qui adorait les banquets, les partouzes, les vêtements orientaux et la luxure, qui mariait des pierres et se faisait troncher par tous les valets d'écurie possible, tant qu'ils fussent onobèles. Cependant, c'eût été vaquer sur les terres d'un autre afficionado de cet empereur, ce que je ne veux pas - une guerre civile dans le XV° n'étant pas souhaitable.

Ceci étant, et cela n'engage que moi, mais je le trouve assez mimi l'empereur Elagabal...



vi. Alice au Pays des merveilles, de Lewis Caroll. Va aussi falloir trouver Peter Pan, afin de comprendre les syndromes répandus de par ici.

07/06/2006

07/06/06 - 20:30

CXCVI. - Point en deux citations et une question

1. - Citation n°1

Conseil des Ministres du 31 mai 2006 :

Nicolas Sarkozy, ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur : Je voudrais vous donner un exemple, celui du tribunal pour enfants de Bobigny. Dans ce tribunal, il n'y a pas eu de condamnations de jeunes pendant les émeutes. Il faut remettre de l'ordre dans tout cela en changeant le président du tribunal.

Pascal Clément, ministre de la Justice, Garde des Sceaux : Le président du tribunal pour enfants est inamovible. S'il ne veut pas bouger, il n'y a pas moyen de le faire bouger, sauf s'il acceptait une promotion.

Nicolas Sarkozy : Il faudrait peut-être s'interroger sur un système dans lequel on ne peut pas déplacer les gens sans leur offrir une promotion.

Source : Le Canard enchaîné du 7 juin 2006.


2. - Citation n°2

Article 64 :
Le Président de la République est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire.
Il est assisté par le Conseil Supérieur de la Magistrature.
Une loi organique porte statut des magistrats.
Les magistrats du siège sont inamovibles.


Source : Constitution du 4 octobre 1958.


3. - Question

Le coup d'Etat, vous le voulez pour quand ?


Appendice

Constitution de 1946, article 84 : Le président de la République nomme, sur présentation du Conseil supérieur de la magistrature, les magistrats, à l'exception de ceux du parquet. Le Conseil supérieur de la magistrature assure, conformément à la loi, la discipline de ces magistrats, leur indépendance et l'administration des tribunaux judiciaires. Les magistrats du siège sont inamovibles.

Constitution de 1852, article 26 : Le Sénat s'oppose à la promulgation, 1° des lois qui seraient contraires ou qui porteraient atteinte à la Constitution, à la religion, à la morale, à la liberté des cultes, à la liberté individuelle, à l'égalité des citoyens devant la loi, à l'inviolabilité de la propriété et au principe de l'inamovibilité de la magistrature ; 2° de celles qui pourraient compromettre la défense du territoire.

Constitution de 1848, article 87 : Les juges de première instance et d'appel, les membres de la Cour de cassation, et de la Cour des comptes, sont nommés à vie. Ils ne peuvent être révoqués ou suspendus que par un jugement, ni mis à la retraite que pour les causes et dans les formes déterminées par les lois.

(Et cetera, ad nauseam)

05/06/2006

05/06/06 - 20:12

CXCV. - Référence électronique


Admirable.

[www]

04/06/2006

04/06/06 - 22:55

CXCIV. - La tour de Pise

Si je, puisque c'est l'usage d'un journal (intime), résume les choses à moi le vostre serviteur humble arrivées, Lecteur méconnu par moi aimé et adoré (car donnant à ma vie, toute simple et sans extravagance, l'aura d'un regard externe à tout le moins soupçonné, ainsi que l'oeil de Dieu sur les gestes humains), je ne pourrais qu'en venir à de fortes banalités, hélas. La vie, convenons-en et resservez-moi donc un petit verre de sérieux, n'est que chose futile, la chanson déclamée par un fou plein de rage et de furie.

Si je reprends mon existence, et essaie de la mettre sous une forme de carte postale, elle ressemble pas mal à la tour de Pise, depuis peu de temps. Trop de choses, en même temps. Enfin, trop de choses tout le temps depuis pas mal de mois, aussi. Quand un facteur arrête de me porter les lettres poussiéreuses du malheur, c'est un autre qui sonne pour vendre le calendrier PTT intégral d'une vaste interrogation, d'un énorme défaussement.

Dimanche passé, après une brève nuit, je me suis réveillé en tour de Pise. Bancal, groggy, et pourtant debout. Bizarrement, ce qui m'interroge le plus n'est pas tant qu'il y a eu vertige et décalage de tout mon être, mais que j'y ai suffisamment survécu. Il y a un temps, pas si loin, où durant des mois j'aurais été larmoyant. Je n'ai pas pleuré. Je n'ai pas hurlé. Je n'ai pas de peine profonde. Et pourtant, et pourtant, je sais combien tout ce que j'ai perdu était essentiel pour moi. Peut-être est-ce cela, vieillir.

Ce garçon que je n'ai connu que quelques mois était devenu en ces quelques mois la chose la plus profondément ancrée dans mon coeur. Cela fait emphatique, mais certes c'est celui qui jusqu'à présent a le plus compté. Et je ne le puis comparer qu'avec cet amour de jeunesse, sur sept ans étendu, avec combien d'autres modalités. Que cela ait duré l'éternité ou quelques jours, je l'ai aimé, je l'ai aimé intensément, je l'ai aimé toujours. Et c'est fini : sic transit, on n'y peut rien. Être accroché ! Oui, et la distance a certainement favorisé cet emballement, puisque tout n'était qu'exception et donc miracle. Ce garçon est un miracle, un soleil radieux. Il suffit de le rencontrer pour être transformé... sauf que je n'ai pas été le seul. Et que la longue course sur les collines de Canaan, là où coulent le lait et le miel, fatiguent certains plus vite que d'autres. Ce n'est pas moi qui vais agonir quelqu'un qu'il n'a pas le même souffle que moi. Je n'aurais jamais pu faire que des voeux pieux : que le monde suspende son élan, mais cela est toujours trop espérer.

Il y a bien sûr l'endurcissement... combien ai-je connu de personnes ? Même si je ne pourrais que difficilement rattraper la moyenne usuelle dont tout le monde se targue, et qui est peut-être vraie, il me faut maintenant beaucoup d'effort de mémoire pour me souvenir de tous et toutes. Dix ? Quinze ? Vingt ? Plus ? Alors, un de plus, un de moins. Ce n'est plus grand'chose, sinon un numéro dans le calendrier de mes ressources et de mes fautes.

(enfin, je mens un peu : tout à l'heure, voir un nom sur msn m'a pas mal fait pulser du palpitant)

Pourtant on se persuade que l'on peut faire autre chose. Ainsi fais-je. Je ne suis pas exceptionnel. Je n'ai fait que ce que beaucoup font : chercher à se revaloriser, à se rassurer, à se donner une meilleure image de soi. J'ai lu, beaucoup lu cette semaine, parce que je suis bête intellectuelle. J'ai senti, j'ai beaucoup senti, parce que je suis bête sensitive. J'ai cherché à fuir, peut-être. Mais sans savoir ce que je fuyais, puisqu'après tout rien n'était si grave. Pauvre folie que celle des hommes, toujours menés par l'envie et la gloriole.

Ce qui fait qu'après avoir quéri une âme charitable la semaine passée, j'en étais samedi, sans peine ni remords, dans une librairie pour acheter des livres revendiqués lors d'une discussion électronique par l'une des célébrités de ce site. Faulkner, voilà que ton Sanctuaire va compléter les piles en attente du salon. Un Perec et un Queneau, pour faire bonne mesure, et ne pas sacrifier totalement aux tenants du bon William et de Proust. C'est d'ailleurs Les Derniers jours que je feuilletais à la terrasse de l'Amazonial une heure durant, attendant le moment. Deux tables plus loin il y avait un quarteron de ce que je déteste, et qui fait que le Marais et ses alentours ne me sont chers. Ca braillait, déclamait et faisait des gestes. Et surtout c'était sérieux. Qu'on braille et déclame, cela ne me gêne pas. Mais le sérieux dans l'affaire pose beaucoup de questions... surtout lorsqu'il faut rire sérieusement, en s'y forçant.

Une heure plus tard, j'étais à Sainte-Opportune, pour y trouver un parfait inconnu et seconde célébrité de ce site. Nous avons marché, un peu parlé, un peu bu innocemment pas loin d'un coucher de soleil. Comment nous en étions venus là - pas les moyens, que je connais, mais le cheminement d'esprit - je ne l'ai toujours pas bien compris. Tout comme si cela avait été agréable ou simplement banal. Qu'importe, c'était quelques minutes et, pourquoi pas, ce n'était pas mal. Car ça changeait. J'espère ne l'avoir pas trop emmerdé, à être désaxé. D'autant plus qu'on n'a pas coupé à la séquence "roue du paon" quasi inévitable lors de ces premières rencontres : c'est là où l'on se jauge, se juge, se justifie socialement et tout le tralala.

Encore quelques minutes et, lui quitté, je marchais dans les rues de la ville. L'air était doux, et la nuit se glissait lentement entre les cuisses des façades. Je crois que j'ai toujours aimé ce genre d'aventures médiocres, lorsque la lumière devient grise. Je ne suis qu'un bout de pollen, qui n'existe pour personne. Il me faut circuler, esquiver, me déhancher pour éviter le sac qui va me cogner. Aux passages cloutés, on me fonce toujours dessus, et c'est à moi de m'écarter. Je ne suis pas de ces physiques qui écrasent, de ceux qui font peur. Je fais partie de la foule, des transparents, des éléments nécessaires à la constitution des villes mais entièrement remplaçables car sans originalité. Je ne suis qu'un petit monsieur à moustache, un petit homme sans cheveux à la veste trop grande, une femme timide aux cheveux lisses, une femme à la jupe sage qui cogne son sac contre ses seins. Pourtant, c'est dans cet anonymat que je me sens le mieux. Je n'ai pas envie qu'on me reconnaisse. Je n'ai pas envie qu'on m'envie. Les regards me gênent, et moi-même j'ai tendance à marcher tête en l'air, sans vraiment regarder qui vient ou part.

Tout n'étant qu'affaire d'heures pleines ce samedi soir, j'ai dû marcher une petite heure, avant de prendre le métro et de rentrer.

À minuit, je quittais de nouveau mon appartement, pour me retrouver après quelques temps de marche aux angles des boulevards de l'Ecole militaire. Quelques temps auparavant, jamais je n'aurais pensé que je me trouverais volontairement à faire cela - au pire, peut-être, me serais-je réfugié dans la position si confortable de la personne qui attend, et qui du coup se trouve un peu face aux événements mais fait preuve de bonté et de politesse en accueillant. Ben non. Je partais, et en plus je marchais, parce qu'il n'y avait plus de métro.

Le garçon était en retard, ce qui me permit de me calmer un peu en me réfugiant dans mon livre, assis sur une rambarde. Puis il vint, il me cherchait un peu. Nous sommes partis vers son studio, marchant et tâtonnant sur la façon de parler. Etrangement, ce ne fut pas trop dur. Etrangement, nous nous parlions. Nous aurions tout aussi bien pu parler, entrer, et la suite. Je pense que nous avons parlé un bout de temps, de tout, de rien, et que j'aurais pu partir sans qu'il y ait peine ou dommage pour qui que ce soit. Tout comme nous aurions pu nous endormir, sans qu'il y ait peine ou dommage pour qui que ce soit. Les sentiments et les gestes du physique sont parfois surprenants.

Bien sûr, il fit une proposition implicite. Bien sûr, j'étais venu en sachant. Il était aussi bête que moi : pas tant l'habitude que ça, et surtout pas comme ça. À croire que la solution la plus facile, malgré tout, pour l'esprit, est de ne pas se parler. Mais nous avions parlé, et même un peu bu, selon les moyens du bord, c'est-à-dire pas grand'chose. Ce qui fait que c'était à moi de jouer au grand, et d'ôter mes lunettes, et de m'approcher, tout en disant ce que j'allais faire, afin de dédramatiser. Le métalangage marche toujours aussi bien, et il fait sourire.

J'étais à califourchon dessus lui, il me caressait les hanches, et nous nous embrassions. Il ôta ma chemise, je l'aidais à déplier le BZ, et ainsi de suite.

Il était timide, et parlait beaucoup, comme pour montrer qu'il était grand et savait - alors qu'il avait mon âge. Il semblait avoir besoin d'encore plus de tendresse que moi. Nous nous sommes endormis côte à côte, lui serré contre moi comme pour me fixer, se garantir que j'étais là. Je n'avais pas fait beaucoup, lui avait profité un peu plus - alors, se trouver l'un contre l'autre, pourquoi pas. C'était plus simple, en somme. Je laissais faire, ça me rappelait des illusions.

Ce matin, nous avons recommencé, un peu. Puis je suis rentré, pour me doucher, et manger. Je n'étais pas joyeux, mais je n'avais pas ce sentiment de honte et de dégoût que dans d'autres circonstances auparavant j'avais eu.

Le reste du dimanche s'est cantonné à faire le ménage, recevoir Mulot, se balader dans le parc, et écrire ceci. On peut faire des choses innocentes, aussi. Ainsi vont le corps et l'âme.


Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.




04/06/06 - 12:57

CXCIII. - Conclusion de la nuit du 4 juin


Roma victor !!!

("C'est du passé, n'en parlons plus")




Enfin une nuit de niquée. Comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre - et se dévouer pour que la nuit vienne.



Maintenant, je peux partir, les dieux savent où.

Comprenne qui pourra !

03/06/2006

03/06/06 - 01:49

CXCII. - Sur le frigo

Six articles et deux histoires en un soir, jamais été aussi prolifique, moi. Ca doit cacher quelque chose.

03/06/06 - 01:40

CXCI. - Contes modernes (9) : Discussion sur internet

Jérôme se connecta. C’était un peu nouveau pour lui. Non pas tant d’aller sur des sites internet. C’était plutôt qu’il s’y était inscrit la veille. Là, il allait voir ce que ça donnait.

Son profil avait été validé, il avait trouvé au retour du travail un message sur sa boîte mail. C’était vrai : on voyait maintenant sa photo, et la description sommaire qu’il avait mis. Il ne se faisait guère d’illusions : il avait vu suffisamment de profils ici, avant de se mettre à sa petite rédaction. Et ailleurs. Ailleurs, c’était plus sage : il y avait toujours un forum, ou le prétexte d’un journal intime, d’un blog, un canevas littéraire pour lier des conversations et de vagues échanges, sans grand lendemain le plus souvent.

Jérôme se mit à regarder les profils des connectés tour à tour. Rien de bien spécial. Soir de semaine, certainement : tout le monde avait autre chose à faire, et lui aussi, après tout. Il se leva, pour se préparer à manger. Deux tomates coupées dans un bol, de la feta trop vieilles, un filet d’huile sur le basilic, ça suffirait. Il mangea devant l’évier, comme souvent en semaine.

Ça donnait quoi, alors ? Tiens, il avait un message.

« slt »

Guère plus original ici qu’ailleurs. Et pas de photo, comme souvent, aussi. Comme si un simple slt soupiré contre l’oreille de l’écran pouvait vous faire grimper au rideau. On fait l’effort de la politesse réglementaire minimale, peut-être que ça lui apprendra les voyelles : « B’soir, b’soir ». Yaourt et miel, ça serait bien.

Il lécha les restes de miel blanchi par le lait qui restaient collés au fond de la cuiller, et la posa dans l’évier. Vaisselle ? Mmmmh. Il a répondu ?

« t va b1 ? »

Il s’améliore. Oui, je vais bien ou presque, qu’importe, il ne me connaît pas, que lui importe. « Cela va, merci, comme un soir de semaine. » Vaisselle. Pffff. Un bol, deux cuillers et un couteau. Et si je le fais pas maintenant ça va sécher d’ici demain. Autant le faire. Si tard, c’est bête.

« prkoa tu es la ? t ch koi ?

« Sais pas trop. Ce peut être simplement le plaisir d’une discussion, un peu de tendresse, un câlin ou du rentre-dedans, aucune idée. »

Pourtant, il s’était fendu d’un truc dans le genre. Pas dans le déclaratif, mais au moins ça : « Si je viens parfois ici, bien évidemment que ce n'est pas innocent. Mais "l'absence d'innocence" dépend de plein de petits paramètres : toi, moi, ton humeur, mon humeur, ce que tu es, ce que je suis. Causons, comme Amaury, et vivons, nous verrons bien. [Celui qui trouve la référence de la dernière phrase a droit à un avantage certain.] ». Il était même un peu fier de sa référence littéraire, c’était un petit signe, on sait jamais, et les calembours n’ont jamais fait de mal à qui que ce soit.

« moi je ch plan »

Noooon ? On voit ? Allez… « Oh, tu sais, pour ce genre de chose et que je me fasse un avis, tu penses bien qu’une image de ta tête pourrait m’aider dans mon jugement. » Jérôme envoya le message et ouvrit une autre fenêtre, pour regarder les dépêches de presse. Autant se tenir au courant, ça occuperait pendant que l’autre se braquerait pour finir par un silence pesant.

« Yes [image] »

C’est pas vrai ! Jérôme n’en revenait pas : on lui avait envoyé une photo, de visage en plus. Pas trop mal, il avait les yeux bleus. Jérôme regarda son profil : taille, niveau. Il n’y avait rien qui lui pouvait lui déplaire d’office.

« Ma foi…

- cad ?

- Si la photo est bonne, il y a même des yeux bleus. C’est pas trop mal.

- Oui.

- Et tu veux quoi, alors ?

- Moi je ch plan now

- Et tu m’as contacté pour ça ?

- Oui tu m’intéresses

- Là, maintenant ? Mais il est déjà 23h !!!

- Je me déplace tu habites où

- Tu es sûr qu’on pourrait pas déplacer ça pour demain ?

- Oui pe

- On se laisse le temps de la réflexion et on voit, non ?

- t’habites ou

- Dans le XVII°, vers le métro Alpes.

- Dacc dis-moi ce qui t interesses

- Euh… à quel sujet ?

- quesse qui te fait kiffer

- Ah d’accord. J’aime bien qu’on me suce profondément. Et j’aime aussi, mais un peu moins, prendre

- Ouais ça me plaît t’as des fantasmes ?

- Pardon ? ça dépend de que tu appelles fantasme. Pas vraiment, je pense, ou très sages.

- dis

- Me faire sucer debout très longtemps. Prendre quelqu’un debout contre un mur. Ce genre de choses. Et toi ?

- Moi c’est la domi

- Ah

- Oui tu kiffe ?

- Mmmmh. Je ne frapperai pas.

- Ah ça non j’aime pas pas question. Tu veux me faire quoi ?

- Je sais pas trop, mais ça donnerait presque quelques idées.

- Je kiffe trop je suis cho now

- À ce point ?

- Je veux venir tout de suite plan direct »

Il est presque minuit. Jérôme hésite. Il y a quelque chose du frisson, de se lancer dès le premier soir et de voir.

« C’est tard, mais okay

- Oui je suis cho t’as adresse je suis chez toi dans 15mn

- Oui, c’est le n°26, rue Tacite. Et le portable, c’est le…

- Ouaouh cé vachement loin

- Ca, tu étais prévenu…

- Je pars de suite je suis ché toi dans 15mn

- Oki »

Jérôme ne sentit pas grand’chose. C’était bien la première fois que c’était aussi rapide. Le soir même. Il y avait quelque chose d’impressionnant. Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir imaginer ? Et demain, le travail.

Il n’avait qu’un petit quart d’heure, et il sentait le sommeil monter. Il arrêta l’ordinateur, rangea quelques affaires et son portefeuille, puis sortit deux petits verres à vodka. Ça pourrait toujours occuper.

Il restait un petit peu de temps. Plus qu’à allumer le portable. Jérôme le glissa dans une des poches de son pantalon, et alla se coucher un instant, le temps de fermer les yeux, et de penser à ce qu’il pourrait faire.

Le téléphone vrombit dans sa poche. Il sursauta. Décrocha dans le noir.

« C’est moi.

- Bonsoir.

- Je suis en bas, mais je ne trouve pas la porte.

- Attends, je descends. »

Jérôme alluma une lampe d’ambiance dans le plafond, et coupa le plafonnier.

En bas des marches, derrière la porte, il y avait une silhouette, mains dans les poches. Jérôme ouvrit. Ah, il était plus massif que sur la photo. Toujours trompeur, ça.

« Bonsoir ! Entre. »

Il entra, pour se mettre devant les escaliers, le torse un peu penché.

« Monte, je t’en prie. C’est au deuxième. »

Il monta. Jérôme le suivit, regardant un moment ses fesses.

« C’est par là, la porte ouverte. »

Le garçon avança vers l’appartement. Jérôme sentait derrière lui le cuir de son blouson. Il le dépassa en lui demandant son prénom. L’autre restait debout.

Jérôme se dit que c’était peut-être la situation. Il s’affala entre les coussins du canapé, pour lui dire « Domi, c’est ça ? ».

« En fait y'a pas moyen là. Je pars.

- Ah. »

Le garçon repartit vers la porte et la claqua. Jérôme se dit qu’il devrait rire, mais quelque chose était bloqué. Il regarda l’heure. Minuit tout juste. Au lit.

Il ne dormit pas.

02/06/2006

02/06/06 - 23:48

CXC. - Contes Modernes (8) : L'Avent

Jérôme Lasserve sortit de la Tour. La nuit s'était depuis longtemps étendue sur la Défense, et seuls quelques marchands tentaient encore de héler les cadres en retard, depuis les petites casemates de bois installées pour le marché «traditionnel» de Noël. Des branches de houx en plastique oscillaient au bout d'une punaise, violemment éclairées par le ballon à gaz que l'on avait posé dans un coin de la dalle de béton. Les tours papillotaient des reflets de lampes de bureau, d'halogènes et de néons dans l'air humide et froid.

Fait rare pour la semaine, le métro était quasi vide. Jérôme put rapidement se carrer sur un strapontin, rassemblant les angles de son manteau sur les cuisses pour que son voisin ne l'écrase pas.

Les secousses n'étaient pas plus violentes que d'habitude, et l'homme ne se pressait pas plus qu'il n'est normal contre les épaulettes de sa veste. Pourtant, Jérôme ressentait une légère irritation, qui le gagnait peu à peu. Peut-être était-ce dû à la manie que l'homme, un cadre à peine plus âgé que lui, avait de sortir sans cesse son portable pour y vérifier l'heure, comme s'il était en retard. Ou le grand sac de papier, rempli de boîtes enrubannées, qui à chaque virage venait régulièrement lui frotter le pantalon.

Au Palais-Royal, l'irritation était devenue de la colère. Malgré tout, la foule s'était accentuée depuis quelques stations, et il avait dû se lever, pressant son nez dans son écharpe pour moins sentir le fumet de crasse qui sortait d'une vieillarde à pardessus beige devant lui. À l'instant où le signal commençait de couiner, il se mit à bousculer les touristes à sac à dos pour se jeter sur le quai.

Dans l'escalier, un vent violent faillit le repousser contre les carreaux jaunes et oranges. Au pied du Louvre, il dut ajuster son manteau avant de mettre ses gants, vérifiant d'un léger tapotement la présence de son portefeuille contre son cœur. La rue de Rivoli était étrangement vide, ormis les familles habituelles, coiffées de mauvais chapeaux aux rubans de cuir plastifié qu'elles avaient achetés aux étals du boulevard Saint-Michel, et qui cherchaient maintenant le chemin le plus court pour aller au Sacré-Cœur.

Il traversa le guichet, s'arrêta un instant devant la grande baie pour regarder l'angle tragique du Milon, et un instant un peu plus long près du pavillon de l'Horloge pour chercher ses cigarettes. Il n'avait plus que des allumettes, il lui fallut plusieurs fois avant de pouvoir toussoter: il n'avait pas trop l'habitude, c'était plus pour crapoter.

Malgré ses horaires et son ennui, il continuait d'aimer la Cour Carrée. Des lumières rasantes éclairaient les façades, et mettaient aux pubis des Hercules des serpents monstrueux. La fontaine ne marchait pas. Il trébucha sur les pavés jusqu'à elle, le temps d'en faire le tour. L'humidité avait laissé des flaques, il ne pouvait s'y asseoir. De toute façon, il faisait trop froid. Il tourna sur lui-même, essayant de ne pas faire tomber de son gant le bout mouillé de la cigarette.

Il passa sous la galerie Campana, regardant déjà, par-dessus les toits des voitures qui s'étiraient calmement, le dôme. Comme d'habitude, il faillit se cogner contre la chaîne qui marquait le bord de la rue. Il put traverser sans problème, la circulation était plus calme encore de ce côté-ci, malgré l'heure. Son pas était le seul à résonner sur le bois du pont des Arts, et aucun Japonais ne lui demanda de le prendre en photo, le pied vainqueur posé sur une bitte devant le Louvre.

La rambarde lui mouilla les manches, mais il s'en moqua un peu sur le moment. Il regarderait ça plus tard, ça l'occuperait. Il alluma sa deuxième cigarette. À cause du vent, il devait la respirer plus souvent qu'il n'aurait voulu pour la tenir allumée. Le fleuve était lent, comme absent lui aussi. Un homme pressé, lui aussi chargé de sacs papiers, passa derrière lui. À croire que les magasins de marque n'avaient que cette utilité: fournir de grands sacs en papier solide, avec la griffe dessus. Jérôme se rappela, il eut un moment où sa gorge se noua. Le fleuve continuait de passer.

C'était vrai que tous ses collègues étaient partis tôt tout à l'heure. Lui, il n'en avait pas vu la peine. L'eau maintenant le tentait un peu, comme lorsqu'il y songeait dans son appartement. Il se contenta d'y faire tomber son mégot.

La petite incandescence disparu dès le premier mètre dans les airs. Elle n'eut pas le temps de faire une courbe élégante: une brise la rabattit Dieu sait où. Il ne la vit plus, et l'oublia. De toute façon, il devait bien faire quelque chose pour ce soir-là.

Autant faire un truc qui l'occuperait, et qui marquerait le coup. Jérôme se dit qu'en plus ça pourrait servir longtemps.

Il marchait un peu plus vite. Il longea l'Institut et remonta la rue de Seine. Malgré tout, il avait beau se répéter comment faire, se dire qu'il y serait bien amené un jour ou l'autre, et que c'était l'occasion, un léger soupçon traînait encore. Il ralentit, pour voir de temps à autre une devanture de galerie. Un tableau l'arrêta un peu plus longtemps. On aurait dit les restes d'un repas sur une table, qu'un pinceau avait étirés par longues bavures de couleurs malsaines. Ce n'était pas du Bacon, mais il se promit de repasser le week-end prochain pour le voir à la lumière.

Le long du boulevard Saint-Germain, plusieurs fois il faillit le faire, et plusieurs fois il passa, plein de honte. Se disant qu'après tout ce n'était pas bien, et qu'il aurait mieux à faire. Un gros homme soudain devant lui s'accota contre un mur, le regardant fixement. Il allait sourire quand Jérôme le dépassa. Il l'entendit derrière lui se redresser pesamment et reprendre sa marche. Des couples, parfois avec des enfants, se pressaient, traînant des sacs. Le trottoir de la rue de Rennes était envahi par les voitures qui s'y étaient garées, comme pour un jour de fête.

Cela devait faire une bonne heure que Jérôme marchait. Son cou commençait à le tirailler, et il maugréait de plus en plus contre sa propre incurie.

Jérôme souffla profondément par le nez. Enfin, il stoppa devant le septième kiosque de presse.

Au début, il manqua se raviser, et n'acheter que le journal. Puis il s'arrêta et se retourna vers le buraliste. Il n'eut même pas envie d'évoquer le pari stupide perdu qu'il avait inventé. Il se contenta de demander deux magazines pornos, un hétéro, un homo.

Malgré tout, il était surpris de son assurance. Le marchand lui demanda lesquels. N'importe, les pires ou les mieux qu'il avait. Il ne connaissait pas de nom.

L'homme ne réagissait pas, et c'est ce qui mit Jérôme mal à l'aise. Il s'était attendu à tout: du sourire, du rictus plein de compréhension ou de pitié, du dédain, de l'œil égrillard. Pas de cette indifférence, ni plutôt de ce naturel, comme s'il avait acheté un quotidien. Jérôme se vit bafouiller lorsqu'il paya.

Il ne devait pas être huit heures, et la tour Montparnasse trônait sur des rues qui s'étaient vidées étrangement, comme si l'achat de Jérôme avait coupé le monde, avait forcé toute la ville de s'abriter derrière toutes les fenêtres, qui étaient toutes allumées, pendant qu'il restait dans la rue.

Jérôme Lasserve rentra chez lui. Il n'avait pas de culpabilité, de souffle coupé, et n'entendait pas le plastique d'emballage se froisser dans sa sacoche - tout comme personne ne l'entendait, ce qui était normal. Cependant, il ne prit pas son livre dans le métro pour n'avoir pas à l'ouvrir devant les quelques familles endimanchées qui piaillaient, pleines de joie.

Dans son appartement, il ôta son manteau et se changea. Il rangea la cravate et le costume, puis se mit à regarder attentivement les manches du manteau; l'eau du pont des Arts les avaient laissées mouillées imperceptiblement. Il suspendit le vêtement dans la douche pour qu'il sèche, et y monta le chauffage.

Il mangea rapidement un bol de la soupe faite la veille, remplissant son studio d'un nuage de buée qui avait couvert les murs. La radio chuintait à petits bruits.

Avant de se coucher, Jérôme se rappela la sacoche. Il en sortit les magazines. Des bouches et des torses s'y étalaient, entre des points d'exclamation et de grandes étoiles rouges comme celles où l'on affiche les prix durant les soldes. Il posa les journaux dans leur emballage près de la porte, pour les jeter dans la benne à papier le lendemain. Puis Jérôme se coucha avec une légère moue.

« C'était un bon Noël », pensa-t-il.

02/06/06 - 23:09

CLXXXIX. - Au passage, message à tous ceux qui suent d'envie pour moi


Il se trouve que mon ordinateur est doté d'un applicatif extrêmement évolué qui lui permet de comprendre les voyelles.

N'hésitez donc pas à en glisser entre vos consonnes.

02/06/06 - 22:26

CLXXXVIII. - "Et des jeunes gens, pleins d'ardeur, s'élancent..."



"Sic fatur lacrimans, classique immittit habenas
et tandem Euboicis Cumarum adlabitur oris.
obuertunt pelago proras ; tum dente tenaci
ancora fundabat nauis et litora curuae
praetexunt puppes. iuuenum manus emicat ardens
litus in Hesperium; quaerit pars semina flammae
abstrusa in uenis silicis, pars densa ferarum
tecta rapit siluas inuentaque flumina monstrat.
"

Publius Vergilius Maro, Aeneis, VI, 1-8.

02/06/06 - 21:52

CLXXXVII. - De Vita Badiniani Olivarii

"Huic, cum orbem suumque regeret, imperii omen est factum. Nam, cum Luteciam ascendisset, inter alias adclamationes dictum est "Auguste ! diis te servent !".

[...]

A senatu divus est appellatus cunctis certatim adnitentibus, cum omnes eius pietatem, clementiam, ingenium, sanctimoniam laudarent. Decreti etiam sunt omnes honores, qui optimis principibus ante delati sunt. Meruit et flaminem et circenses et templum et sodales Badinianos soluesque omnium prope principum prorsus sine civili sanguine et hostili, quantum ad se ipsum pertinet, vixit et qui rite comparetur Numae, cuius felicitatem pietatemque et securitatem cerimoniasque semper obtinuit."


(Afin de me prémunir, je rédige à l'avance mon propre éloge funèbre. Dans la langue de Virgile, ça fait mieux. Qu'on le récite et l'accomplisse sur ma tombe)

02/06/06 - 21:28



CLXXXVI. - Et in Arcadia,



ego !










"Animula vagula blandula,
hospes comesque corporis,
quae nunc abibis in loca
pallidula rigida nudula
nec, ut soles, dabis iocos !"


Caesar Traianus Hadrianus Augustus, pont. max., trib. post. XXII, imp. II, cos. III, p.p.

01/06/2006

01/06/06 - 21:38

CLXXXV. - Liste de lecture


Lus depuis dimanche :

i. Erections, Ejaculations, Exhibitions And Other General Tales Of Ordinary Madness, de Charles Bukowski, un voyage au pays de la cuite, du texte déconstruit, du sperme et de la merde. J'attends depuis le Pulitzer ou le prix Nobel.

ii. Sexe, amour et amitié, de Paul Burston, petit premier roman à caractère pédé qui essaie de rejouer les Chroniques de San Francisco mais a remonté mon moral de midinette.

iii. Et aujourd'hui, dans le métro et le bain pendant que Richter s'exténuait, On est toujours trop bon avec les femmes, de Sally Mara/Raymond Queneau. J'ai fini le livre en le posant et m'affalant dans l'eau pour me mettre le visage sous la surface du monde, un peu rêveur.

Trois livres en quatre jours, je tiens un bon rythme, je trouve.

 






"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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