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31/05/2006

31/05/06 - 20:24

CLXXXIV. - Section de temporalité modifiée

N'exagérons rien, la vie continue, après tout... et tout ça selon les tables de mortalité en vigueur (TH00-02 et TF00-02 selon l'arrêté du 20 décembre 2005 et l'article A335-1 du Code des Assurances).

Donc, pour formaliser cela, Bénabar... puisque j'irais le voir seul certainement, si personne ne veut de mon deuxième billet *. 3615 qui...


[Section de la temporalité supprimée, comme annoncé]

*Pour ceux qui suivent, ou pas, le billet surnuméraire n'est cependant pas dû à l'article CLXXXIII de ce blog, mais à une inappétence prévisionnelle de ma part.

28/05/2006

28/05/06 - 11:48

CLXXXIII. - Tristesse

Ce matin, vers quatre trente, j'ai appris que j'étais célibataire.

Je suis triste, j'ai mal au ventre, je n'ai pas beaucoup envie de me réjouir.

27/05/2006

27/05/06 - 15:42

CLXXXII. - Entre fromage et café

Entre fromage et café, le temps de digérer - je sais, je mange tard le ouiquennede - je vais m'amuser à faire la liste des acquisitions qui m'ont délesté de quasi soixante euros hier.

i. Charles Bukowski, Contes de la folie ordinaire ;

ii. Paul Burston, Sexe, amour et amitié (ça a l'air d'être une grosse daube qui va bien me détendre) ;

iii. Lewis Carrol, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles ;

iv. Florence Dupont et Thierry Eloi, L'Erotisme masculin dans la Rome antique (parce que je cherchais un livre sur l'évolution de l'armée et de l'armement à Rome) ;

v. André Gide, Les Faux-monnayeurs (oui, je ne l'ai pas encore lu) ;

vi. Leon Tolstoï, Anna Karenine (à force d'entendre les Papous en causer, je me suis dit que, pour neuf euros et pas mal de pages...).

Accessoirement, hier, j'ai lu Je, François Villon, de Jean Teulé (raison pour laquelle je n'ai pas éteint avant trois heures du matin). C'est un des trois livres que l'on m'a offerts lors de mon départ de mon ancienne boîte. S'il est meilleur que le vague thriller précédent, il y a tout de même quelques facilités - notamment l'insistance lourde du terme "gothique". Pourtant, ça se lit bien, c'est agréable, et la description du corps de Jeanne d'Arc dans l'incipit est assez saisissante, et donne d'office un ton au livre.

Le problème, peut-être, est que je n'ai plus l'habitude de lire des bouquins à la première personne. Cela me fait toujours étrange, le "je". Pour des raisons que je ne comprends pas, j'ai toujours l'impression que le "je" force à l'intimité, à l'adhésion immédiate, et du coup permet les facilités et les raccourcis d'écriture. Ce serait un point à voir, ça...

27/05/06 - 00:55

CLXXXI. - Dépêches AFP

Mes lecteurs tout fous qui me lisent,

Je vous rappelle que demain c'est la LGBT Pride à Bruxelles, où l'on peut se marier et adopter quel que soit le sexe, et à Moscou, où l'on peut être buté et emprisonné si l'on est pédé.

Accessoirement, je vous rappelle que si vous vous êtes particulièrement distingués dans le domaine économique (en licenciant beaucoup de monde), culturel (en écrivant de pires merdes tout juste bonnes pour le pilon), scientifique (en faisant péter des bombes sur des cobayes humains), humanitaire (en portant du riz aux juntes militaires) ou sportif (en lobotomisant soixante millions de tarés), le Roi de la République par la grâce de Dieu peut vous amnistier de toutes vos infractions au terme de l'article 10 de la loi n° 2002-1062 du 6 août 2002, et les juges peuvent toujours tenter de râler.

Bonne soirée dans ce beau monde, encore heureux qu'on a les câlins et les baisers.

25/05/2006

25/05/06 - 20:44

CLXXX. - Etat d'âme

Je constate que j'ai passé l'après-midi à essayer de finir l'histoire du légionnaire Gneius, et que je n'en reste pas satisfait (aussi à lorgner internet, mais c'était entre deux pauses). Trop long, trop de descriptions... Mais j'avoue que je ne sais pas comment rendre la Crucifixion de la façon la plus neutre possible, sans virer au lamento sordide. J'ai passé pas mal de temps à vouloir mettre des tas de mots latins, pour faire couleur locale - c'est ce que j'avais fait au début. Et puis j'ai ôté tous les termes techniques, de l'impedimenta aux focales et autres lorica hamata, subligar et subarmale. Même avec ça, il reste quelques ordres en latin, qui sont compréhensibles de toute façon, et le titre de l'officier. Mais ça, je pouvais pas y couper. Parce qu'officier tout le temps, ça se répète, et sous-off, ça ne correspond pas à son autorité.

Quoi qu'il en soit, j'en sors pas très satisfait, de ce mois passé avec Gneius. Pourtant, le texte a passé l'épreuve de l'oral. Mais peut-être y reviendrai-je un jour. On ne décrit pas la Crucifixion comme ça, du premier coup.

Un autre de mes grands rêves, ce serait d'écrire une histoire avec le Diable. Mais je n'arrive jamais à la faire "tenir". Bref. On n'est pas Boulgakov, et l'essentiel est d'être rincé, pour bien dormir. Et je suis rincé, mais demeure nul.

Ce qui m'amène à me consoler, improbable Lecteur, avec la longue liste de mes exploits littéraires... de lecteur.

i. Didius Iulianus, de Aelius Spartianus ;

ii. Seuerus, du même ;

iii. Pescennius Niger, du même ;

iv. Vita Clodii Albini, de Julius Capitolinus ;

v. Un Complot de saltimbanques, d'Albert Cossery ;

vi. Super Paradise, de Ralph König, que j'adjoins par décision personnelle à la liste des livres, vu la teneur et la tenue de cette bédé.

Question : que lire dès ce soir, entamer la vie de Caracalla, ou autre chose, ou attendre d'aller chez le libraire pour m'approvisionner en diversité ?

25/05/06 - 20:13

CLXXIX. - Contes modernes (7) : Le légionnaire Gneius



D’un geste nerveux, que le soleil de ce damné pays allait un jour ou l’autre rendre habituel, Gneius rajusta son caleçon. Dire qu’il avait fallu crapahuter le barda de Germanie jusqu’ici, sentir toute l’eau des cieux couler entre la cotte et la tunique pour finir les cuisses noyées de sueur sur cette route. Si au moins Jupiter avait eu l’idée de remplacer la sueur par du falerne, on étoufferait heureux. Mais il fallait qu’il se le garde pour ses banquets, là-haut. Foudre et gloire, pesta-t-il en crachant.

Le nouvel optio ne fit qu’un geste de mécontentement. Il aurait dû sévir, mais il n’avait pas le courage. Dire que tout était écrasé par le soleil à cette heure n’aurait jamais été qu’une jolie formule pour un orateur bien au frais dans la Ville, à l’ombre d’un palmier-dattier, et quand on avait les clous des sandales défaits par les clous de la route, on ne pouvait que se contenter de crever de chaud.

Le chemin s’éternisait. Il ne faisait pas même la grâce d’un petit vallon un brin frais, maugréait Gneius. Toujours cette torture de pierres, ce jaune suffocant, cette lourdeur de plus en plus présente qui imprégnait le cuir de son bonnet d’une soupe poisseuse. Ça lui descendait dans les sourcils, gouttait le long des yeux, mais il aurait eu du mal à essuyer : pilum d’une main, bouclier de l’autre, et au pas s’il vous plaît. Le bellâtre d’optio, qui aimait bien qu’on se moque de lui quand on entrait dans une ville, pour faire démocratique, là il laissait pas causer, alors, s’essuyer du revers, pensez. Malgré tout dans son malheur il avait un peu de chance : il était le premier à marcher de la file, il n’avait pas la poussière des pas en cadeau de fiançailles pour lui garnir le gosier. Comme quoi quinze ans de service, ça a des petits avantages, à défaut de s’offrir un jour un petit lopin en Apulie ou chez Pluton.

Le chemin se faufila enfin dans un renfoncement du terrain, mais le soleil était trop haut maintenant, et ne pardonnait plus à quoi que ce soit d’exister. Il lardait tout, décrivait tout, montrait tout. Au moins, on aurait été en temps de guerre, avec ces barbares qui n’adorent faire autre chose que se vautrer dans ce marais de sable et de sueur, on les aurait vu venir de loin. Pas comme les Germains.

Terrible comme ce genre de pays vous fait rêver du passé, pensa Gneius. C’est qu’on s’y sent trop paisible, malgré tout. Pas à l’aise. Paisible. Qu’est-ce que vous voulez qu’il arrive, dans cette étendue de pierrailles ? Rien. Rien de rien. Si les dieux un jour voudraient se faire oublier, c’est ici qu’ils viendront s’enterrer. Un peu comme en Egypte, dis donc. Ils se feront de grands tombeaux, des mausolées immenses qui atteindront le ciel, mais que personne ne verra jamais. Rapport au chemin à faire dans le désert pour les découvrir. Repaire des dieux, ou des vermines. Pouah. Même s’il y avait pas d’eau, tiens, malgré tout, c’était pas si mal, ce désert, par rapport à la pouillerie qu’ils venaient de quitter. Des gens fous, ceux-là, à toujours tourner autour de leur temple. Et même pas de forum, même pas de théâtre, même pas de marché à l’ombre où passer du bon temps. À vous faire regretter le septentrion, tiens. Au moins, là-bas, les femmes elles étaient pas bégueules, et elles piaillaient pas dès qu’on leur dégoisait un bout de sein, avec leur mignon à frisottis aux yeux terribles sous son châle. Si au moins ils avaient le courage de se rebeller un peu, on pourrait s’offrir le petit plaisir de les tabasser, mais trop civilisés, à croire qu’eux aussi ils descendent d’Énée. Décidément, on ne fait bien la guerre qu’avec les barbares.

« Signa statuere ! » hurla l’optio en levant la main.

Enfin, pas trop tôt. L’autre zig en avait marre, tiens. C’était pas par pitié, c’était tout juste qu’il n’en pouvait plus, avec son beau petit manteau. Gneius aurait aimé le voir, avec la totale barda et fouscaillou comme eux autres, plutôt que son joli casque grec et son poignard que sa tendre avait dû lui offrir avec force promesse de fidélité juste avant qu’il s’embarque. Le vieux légionnaire pouffa, en pensant à la Gaia qui se montrait au théâtre et se faisait secouer le saquet mine de rien par un petit damoiseau, tandis que son bel officier paradait dans la poussière et la vermine.

Un des bleus, qui portait l’eau, s’approcha du triaire, et lui passa une outre en peau de chèvre. Gneius la prit, et regarda un temps l’outre. Il n’avait jamais compris pourquoi, mais ça lui avait toujours plu de sentir la peau rase, toute molle et rêche en même temps, qui glougloutait. Un léger geste de la main, tout se déplaçait, et manquait tomber hors de la paume. Et puis on levait l’index, la peau de l’outre venait, l’eau se bloquait et repartait en arrière avec un bruit de clapotis. Pas une chose que l’autre Maro raconterait dans ses poèmes. Non, monsieur, dans des trucs de vers, il faut de la gloire et des dieux, du sang élégant et pas du carnage. Surtout pas un peu de plaisir, et encore moins une bête peau de chèvre cousue. Allez, à ta santé, le Maro !

Gneius but à la régalade, mouilla son foulard pour avoir de la fraîcheur sur le cou, et rendit l’outre. Le jeunot s’éloigna, l’outre à moitié vide à la main, et partit vers le chariot où attendaient les types. Le vieux légionnaire le vit disparaître dans l’air brûlant, comme happé par un repli qui se serait soulevé juste derrière lui. Voilà déjà deux heures qu’on marchait, et je vous jure que c’était tout juste le début de cette foutue journée. Alors qu’on était déjà la quatrième heure. Les rochers autour d’eux exhalaient une odeur fétide, un mélange de cadavre déjà putréfié et de terre sèche, d’excréments racornis et d’ongles brûlés. L’officier essayait de rester stoïque, genre Caton à l’ancienne, mais ça devait pas mal lui cuire sous son beau casque à aigrettes. Il devait pas trop être habitué, lui qu’avait mûri dans les parfums et qu’avait dû avoir un jardin quand il était gosse. Oulaaaah, il avait du mal à pas froncer le nez, ça se sentait d’ici.

Sa blague lui plut. De contentement, Gneius gratta vigoureusement son crâne pelé en ricanant.

On avait dû le voir. L’optio rajusta son baudrier, faisant mine de s’approcher. Mais avec une moue de dégoût il prit au bleu l’outre pour y boire à nouveau. « Signa inferre, certo gradu ! »

Oui, oui, on y va. La troupe repartit. Au milieu, le chariot tanguait et grinçait. On entendait les chaînes qui claquaient à chaque caillou.

La route montait maintenant la colline. L’officier ralentit le pas, laissant Gneius le rejoindre. Voilà autre chose. Ils se regardèrent, sans aménité. Mais l’autre saligaud leva son poing, et ça semblait pas pour frapper. « Concursu !!! ». L’ordure. Gneius serra les dents, avalant sa rage.

C’est au pas de charge que la troupe finit de monter la colline.


*****



Gneius n’en pouvait plus. Courir comme ça, sous le cagna, et avec le barda ! Tout ça parce qu’il avait un brin rigolé. Je te jure, ces traditionalistes, avec leurs jambières et leurs principes, qu’avaient jamais combattu qu’aux thermes. Il cracha de dépit entre deux halètements. Je te jure, je le manquerai pas, dans la prochaine chanson, çui-là. Suffit de voir comment il prend soin de son petit manteau, limite il se la joue général qui triomphe des puces, à croire qu’il veut plus attirer les gladiateurs plutôt que les femmes dans le public. Agite ton manteau, agite ton manteau, l’optio, un jour tu crèveras bien de peur un gros pilum dans les fesses que tu auras bien mignonnement montrées aux sauvages.

Une quinte de toux le reprit, et il se plia de douleur dans la poussière soulevée par le chariot. Elle se collait à son visage, et malgré tout il fallait respecter les règles et faire un semblant de haie alors qu’il y avait pas l’ombre d’une caille à l’horizon. Tout ça au moins pour éviter qu’un aigle vienne emporter l’un des Ganymède du chariot. La forme, c’est la forme, oui, et c’est l’ordre qui a fait la grandeur de Rome, on sait. Mais ça c’est juste au forum quand le vin est frais pour les orateurs et les municipes. Là, on crève. Qu’elle passe, la carriole, et qu’on accélère avec le bagage.

Lourd et tonitruant de ferrailles, le chariot cahota devant la rangée des légionnaires, suivie des derniers restes de crottin que les mules avaient laissés.

De sa voix qui s’éraillait, l’optio leur ordonna de faire un cordon tout autour de la colline.
Qu’est-ce qu’il veut qu’on surveille, les yeux crevés de soleil, alors qu’il y a pas encore un mort à cent lieues ? L’irruption de Mars d’entre les fesses de Vénus ? Il préférait leur moiteur que la crevure de fournaise de ce foutu désert !

La troupe commençait de se positionner, selon l’ordre. Les bleus avaient déjà descendu la colline de vingt pas, et lui montraient le dos. S’il n’y en avait pas un qui s’effondrait dans l’heure, Gneius se promit de leur payer à tous un coup avec sa prochaine solde, aux frais de Tibère. La file des principes commençait de se dérouler, et Gneius allait suivre le mouvement quand l’officier l’arrêta avec sept autres de ses camarades. Allons bon, qu’est-ce qu’il veut encore. Il avait son sourire mauvais, décidément Gneius l’aimait de moins en moins, pour sûr.

L’optio fit un geste du menton vers le chariot.

Gneius blanchit. Non ! Il était triaire, par Hercule ! Il allait pas faire la besogne d’un bleu ! Hors de question ! Il vit qu’à côté Lucius Mâchefer tremblait en serrant sa lance. L’air était épais, la chaleur leur prenait la gorge. La moindre de leurs respirations devenait un sifflement douloureux. Le vieux légionnaire faillit lever la main pour écarter un filet de sueur qui lui descendait vers les yeux. Il regardait distraitement le sol que la lumière rendait blême, indifférent comme une peinture. Sol distrait, sol de poussière, sol maudit. Foudre et gloire ! Pas ça, à lui ! Pas lui faire ça alors qu’il avait crapahuté chez tous les barbares possibles et bavé tout ce qu’il avait bu dans l’Océan !

Il sentit son bonnet se déplacer sous son casque, tant il suait. La bouche tordue de l’optio hurla son ordre. Les vétérans, dos ronds, plantèrent leur lance et posèrent contre bouclier et barda. En file indienne, ils suivirent Gneius vers le chariot.

Le triaire fit un geste, pour que l’un des prisonniers descende.


*****



Ces sauvages n’avaient pas dû voir. Tu parles. Pourtant, sales bougres, c’était pas trop leur faute. Enfin. Il tapa en criant sur la ridelle. Pas mieux. Tout faire soi-même. Dans un souffle que le soleil coupa, il se hissa lourdement sur le plateau. Les mulets bronchèrent, il fallut qu’il se rattrape, mais son pied tomba sur un amas, devant lui.

Ouais, ça bouge. Gneius ne savait pas trop si c’étaient les mouches ou de la chair qui avait bougé. Ça sentait, ses pieds collaient au plateau. Prudemment, il tira le rideau qu’on leur avait posé dessus. Il y eut un mouvement, comme un râle. Quelques mouches se déplacèrent, dans un bourdonnement, étouffé par le soleil. Il y eut dessous le bruit des insectes et les mouvements qui commençaient trois formes, avec des bras et des jambes. Ils étaient pas bien en point. Pourtant, les ordres avaient été d’une seule vingtaine de coups. Bien sûr, y’en avait eu deux ou trois en complément, mais c’était histoire de s’échauffer. Gneius s’inquiéta. Ils risquaient de pas tenir jusqu’au bout, et ils en avaient autant encore. Voilà ce que c’était, que de vouloir jouer au bonhomme respectable, au petit Caton de province, à ne manger qu’un ou deux rayons de miel et un peu de pain. Plus de chair, plus de muscle, rien qui accroche la peau quand le fouet vient caresser le petit père.

Devant la carriole, les autres triaires s’impatientaient de sa lenteur. Gneius cogna du pied dans la masse, se servant du rideau pour filer des torgnoles sans trop se saloper. Le triaire sentit sa colère devenir comme mauvaise. Il baissa la tête dans les mouches et l’odeur, prit quelque chose comme un bras ou une jambe et tira. L’autre ne se défendit pas, mais ne se laissa pas faire non plus. Corps mort. À se demander pourquoi on se tuait à les trimbaler si loin, s’ils crevaient avant l’arrivée.

L’optio venait de finir son inspection des bleus, et approchait du chariot en marchant en compas. Gneius s’accroupit et, d’un coup de rein, réussit à tirer le premier et le faire tomber du plateau. Les légionnaires le prirent aux épaules et le traînèrent vers les rochers. Les deux autres suivirent avant que l’autre micheton à plumet ait pu gueuler. Gneius se retrouvait seul contre la ridelle, pas mécontent d’en avoir fini au moins avec ça, et sans gueulements. Il s’essuya les mains aux bords, descendit, et partit militairement vers les rochers devant l’optio qui semblait écumer de rage. Espère et prie, charogne, tu vas voir comme je vais te faire tout ça limite bien à chaque fois.


*****



Il y avait un petit tas, devant les rochers. On aurait dit qu’une vache venait de vêler. C’était un mélange de tissus, de sang, de sueur et de crasse. Il y avait de la peur, dans ces trois loques sanguinolentes, de la souffrance et pas mal d’ambition de mourir dignement.

Fini pour eux, la dignité était déjà à l’air et c’était qu’un début. Ils n’avaient aucune idée du degré de ce à quoi ils allaient faire face, et Gneius n’avait pas trop envie d’essayer à leur place. Les quelques fois où il avait assisté à ça, c’était jamais ragoûtant, et il voulait surtout pas s’imaginer ce que ça représentait.

Gneius enjamba les pagnes, et s’approcha des prisonniers. Ils étaient nus, les légionnaires les avaient couchés ventre contre la roche. Pour la forme, on les tenait aux poignets et aux pieds, mais tout le monde savait très bien qu’ils avaient déjà plus trop le courage de se débiner. Ils allaient essayer pendant un temps la comédie de la résignation, le petit luxe de gémir mais en se soumettant de leur plein gré, jusqu’à ce que la douleur les enferme dans un monde qui n’était qu’un immense soleil de chair souffrante.

L’optio, qui le suivait, lui donna une bourrade pour qu’il s’écarte, tout en tendant le fouet à Mâchefer. Au hasard, il désigna l’un des dos, pour qu’on commence par là, puis un deuxième. Beau tirage au sort. Si même l’off se mettait à ne pas respecter la règle.

Lucius commença à frapper, lourdement, sans grande conviction. On sentait qu’on n’était plus à la caserne, qu’on n’était plus trop au frais. Fouetter quelqu’un lié à un poteau, à l’ombre d’une cour ou d’une cave, ça va, surtout quand on a déjà quelques années de Germanie dans les reins. Mais des dos au sol en plein cagna, c’est pas pareil. Faut se baisser, pas taper les copains, éviter que le fouet vienne contre ses propres jambes. Et puis là, il y avait le soleil, et ces mouches. Gneius avait l’impression que Mâchefer éventait l’autre sauvage, le faisant sécher après un bain.

Le dos et les jambes se raidissaient, bien sûr, et on entendait les beuglements juste après le coup, le halètement pour le suivant. Un des condamnés se mit à tousser, il avait trop enfoncé le visage dans la terre pour étouffer son tourment. Son dos se tendait, ça fit sourire Gneius : comme s’il cherchait le fouet, l’attendait, l’espérait. Comme une pute déjà dégoulinante, plutôt. Le sang coulait finement sur le rocher, pour disparaître, happé entre soleil et poussière.

L’optio comptait les coups, posant ses doigts sur le pommeau de son poignard.

« Satis ! »

Allez, au suivant. Mâchefer s’accroupit pour retrouver son souffle, les mains sur les genoux. De la salive lui tombait le long du cou, ses yeux tournaient dans tous les sens, cherchant quelque chose. Il mit sa main en visière, pour regarder plus loin que ce foutu dos, mais il dut pas trouver grand’chose, tu parles. Il s’essuya les lèvres et cracha.
La lumière ne cessait de monter, de devenir de plus en plus blanche. Gneius s’était assis, attendant que ça se passe. Deux autres soldats s’occupèrent du reste.

Et ce fut fini. Le bleu qui s’était chargé de l’eau amena un sac de sel et de salpêtre, qu’il coupa en trois parts pour les étaler sur les dos. Les hommes n’avaient plus le courage de se raidir, mais un grand frémissement les prenait quand le soldat, d’un geste large, posait le mélange sur les blessures, l’étalant d’un coup en s’aidant des hardes comme de chiffons. Gneius leur fit donner du vinaigre. Décidément, faisait trop chaud, ils allaient pas tenir le temps qu’il fallait. Le triaire s’empara du tonneau et le renversa sur les trois têtes. L’un des barbus se tordait la nuque pour faire glisser le liquide vers ses lèvres, ou quelque chose comme ça. Eh, c’était peut-être qu’il voulait jouer au coquet, qu’il voulait avoir un visage propre. Quelle bête ! D’un revers du pied, Gneius lui envoya du sable et des graviers sur la tête. Ça le protégerait plus longtemps des colères de cette foutue chaleur.

L’autre phénomène faisait encore une inspection de la bleusaille, histoire d’être sûr que pas même un lézard allait lui rentrer dans ce mitard de pierre. Les soldats qui venaient d’aider au fouet s’assirent à côté des prisonniers. Deux d’entre eux sortirent des dés. Gneius les laissait faire. Toujours ça de pris, pendant que les autres travaillaient.


*****



Bien sûr, c’est toujours quand on a la tête ailleurs qu’on vient vous déranger. Ita, optio, eo. Gneius se redressa d’un geste las, s’essuya les mains sur la tunique et rejoignit le gibet. Les collègues venaient de vérifier les poteaux, pour qu’ils ne s’effondrent pas durant le reste de la journée. Bien sûr qu’il y avait de l’humidité qui pouvait les ronger, ou des charançons. Le vieux soldat les contourna, et regarda la route de Césarée en contrebas. Bon, d’accord, le gibet devait s’apercevoir de là, mais qu’est-ce que les passants pouvaient bien y voir ? Le gibet, deux-trois formes au pire, quand le soleil était bas. Alors, la paix du procurateur… Rien ne valait décidément une bonne petite démonstration à l’entrée des villes, une bonne petite saucée d’exemples à la Crassus pour faire de l’ombre aux voyageurs. Gneius ne comprendrait jamais rien à ce pays. Il y fallait de la dissuasion, dans leur justice, ils manquaient jamais un petit massacre à coups de pierre même pour des riens, mais ça devait toujours se faire à l’écart. Pour pas tacher la ville. Tu parles. Surtout pour se donner bonne conscience. Je tue, je suis pur. Dommage, en voilà trois qui passent, ils sont trop tôt pour le spectacle. En plus, comme ils se pressent, c’est qu’ils veulent arriver à la ville bien avant la nuit pour y faire bombance, je parie.

Derrière lui, six légionnaires tiraient les poutres du chariot pour aller au gibet. Le bleu à tout faire, planches sous le bras, portait le sac avec les instruments. Ça battait contre sa jambe, en faisant un bruit métallique. C’était bien un des rares qui parvenait à traverser l’épaisseur de l’air. On tirait les prisonniers, dos au ciel et tête à terre, jusqu’au poutres. Gneius vit l’optio accélérer pour rattraper le groupe, bras en l’air. Les paroles ne venaient pas. C’était au moins la faute au vent, hein. Qu’est-ce qu’il voulait encore, l’autre traditionaliste ?

L'off semblait couiner quelque chose, il tapait du pied. Les soldats haussaient les épaules, toujours en tenant entre eux les trois condamnés. Non, il va tout de même pas les forcer à ça ? Gneius se mit à rire. D’un rire léger, doux, qui montait progressivement jusqu’à ce que tout son corps soit secoué et qu’il doive se baisser pour respirer. Les autres soldats aussi souriaient. L’officier tourna la tête, leur jeta un regard terrible. Vraiment, çui-là, avec ses aigrettes, on aurait voulu l’inventer qu’on aurait pas mieux réussi ! La règle ! La forme ! Mais ils pouvaient même pas marcher !

Les soldats les plantèrent debout et leur posèrent les poutres sur les épaules. L’un d’eux s’effondra de suite, les deux autres après quelques pas. Dans tous les cas, il fallut toujours les tenir sous les aisselles et les pousser, pendant que derrière eux un légionnaire maintenait la poutre sur le dos tant bien que mal. On riait de la farce. Quel triomphe d’esclaves, avec les deux canassons et celui qui tient la couronne ! L’optio hurlait. À quoi bon ? Rigoler, au moins, soulageait du chaud. Quelle bête ! Et tout ça pour trente mètres ! Avec tout ça, on en aurait jusqu’au soir. Ah ben, pas trop tôt.

Pendant que les types respiraient, Gneius fit placer les poutres devant le gibet. On apporta le sac et l’un des prisonniers, pendant qu’on tirait au sort. Gneius serait le premier. De toute façon, mauvaise journée pour mauvaise journée, autant que ça soit complet. Le triaire cracha dans ses mains calleuses, prit dans le sac un maillet et des clous et se pencha vers le bras qu’on avait lié au poteau avec de la grosse filasse. Le bleu posa une planchette sur le poignet, et Gneius enfonça le clou en quelques coups. Il se baissa pour regarder sous la planche. Ça va, ça saigne pas trop, bien frappé. Pile là où il faut. En plus l’autre avait pas trop crié, c’est qu’il avait bien fait. Au deuxième.

Porteflamme s’occupa du deuxième, Mâchefer du dernier. Il n’y avait plus qu’à hisser tout ça sur le gibet. À plusieurs, avec une bonne corde passée dessus le poteau, et deux ou trois coups de l’off qui en pouvait plus de crier, on y arrive rapidement. L’une des poutres fut très dure à accrocher, l’encoche était usée. Mais avec un peu de la corde qui restait Lucius réussit à maintenir le tout de façon honorable. D’accord, c’était un brin bancal, pas très droit. Ça penchait même un peu sur le côté, mais bon. De la route, on verra pas la différence, c’est l’essentiel. De toute façon, c’était la sixième heure. On ne verrait rien, oui. Y’a plus qu’à. Fallait se presser, parce qu’à pendouiller par les bras ils allaient pas tenir longtemps, ceux-là.

Gneius s’approcha du sien. Deux légionnaires essayèrent lourdement de soulever par-dessous, pour amener tout ça sur la planche qui ferait siège. Mâchefer tourna les jambes, et le bleu maintient la planchette. Un bon coup de burin et il pourrait se reposer. Gneius plaça le clou.

Le marteau avait ripé. Par Mars, c’était pas passé loin ! La main du minot avait failli y rester, et la planche était foutue. Mais le comble, c’est que sous le choc l’autre s’était mis à trembler, à pisser et chier tout à la fois. Lucius en avait plein les bras. Il jura, et flanqua un coup de poing dans la cuisse pour se soulager. Rien pour s’essuyer, en plus. Il torcha l’essentiel avec les mains, et racla ses mains sur les cuisses du type, en lançant un sale regard à Gneius. Le vieux triaire, pas très à l’aise, frotta l’amulette qu’il avait achetée à Genabum sous son foulard. Ce soir, il y aurait des comptes qui risquaient de se rendre, à moins qu’il donne une part de sa soupe. Surtout que Mâchefer, qu’était plus jeune, avait encore pas mal de muscles.

Gneius souffla une bonne fois. Cette fois-ci, le clou s’enfonça sans glisser, et traversa jusqu’au poteau en quatre fois. Il n’en restait plus que deux à mettre.


*****



L’optio sortit de sa ceinture les placards et les tendit au jeunot. Les accrocher fut rapide, maintenant tout le monde pouvait voir les trois bougres et leur crime de majesté ou de brigandage. Enfin. À condition d’avoir de bons yeux. Parce que vu l’épaisseur des caractères, de la route on devait à peine apercevoir si c’était un I ou un N.

Qu’importe, tout était fini. Il n’y avait qu’à attendre, tranquillement, sans se soucier trop des râles qui viendraient. Au moins, Gneius n’aurait pas à rester debout raide comme une colonne à fixer martialement l’horizon comme les collègues qui gardaient la colline.

Il alla s’affaler au bord de la falaise, les pieds au-dessus de la route. L’optio continuait de marcher d’un pas militaire, et de faire ses rondes pour s’assurer que les bleus restaient bien romains à l’ancienne. On leur portait à boire, de temps à autre, et le soleil commençait lentement de descendre. Gneius put même profiter un instant de l’ombre du gibet.


*****



Le ciel devenait plus terne, il n’avait plus sa blancheur éclatante. Toujours aussi lentement, le soleil du mois de Nissan progressait sur la route qui menait à Césarée. Il y avait maintenant quelques taches de rose et de rouge, tout juste dessinées par le petit nuage qui enfin s’élevait, là-bas, sous la voûte imperturbable. Le vieux triaire, les mains posées derrière lui, savourait le plaisir de pouvoir regarder sans plisser les yeux. Face à lui, il devinait enfin l’autre partie de la chaîne de montagnes, où le soleil fatigué traçait des blocs immenses aux reliefs fantastiques. Les ombres profondes dessinaient des visages de Titans, couchés là pour attendre la chute des Dieux. On voyait même un poing se dresser hors des replis d’une toge de calcaire.

La route était vide maintenant, et Gneius renversa la tête pour sentir le début d’une fraîcheur à venir. Il y avait plus de délices dans ce que promettait ce nuage qui ne viendrait jamais jusqu’ici que dans les thermes les plus merveilleusement remplies d’eau.

Porteflamme vint s’asseoir à côté de lui, et ils regardèrent ensemble la terrible paix de ce monde de pierres. Quelques soldats jouaient aux dés, mais sans parler, comme pour ne pas déranger la pourpre impériale qui s’étendait de l’horizon. L’officier lui-même lors de sa ronde s’arrêtait un peu trop longtemps au bord de la falaise pour que ce soit honnête. Gneius le regardait du coin de l’œil, tout humide sous son casque, tout guindé, tout gêné face à la puissance de ce qui était en train de se passer. Mais un des bourrins hennissait : il repartait, l’ombre de ses aigrettes le précédant de plus en plus. Tout était calme, splendeur, et silence. La poussière elle-même semblait vaincue, et ne volait plus pour étouffer.

On ne devait pas être loin de la neuvième heure. L’optio fit un geste, comme s’il n’osait plus trop parler maintenant. L’un des soldats prit un maillet dans le sac, et frôla Gneius en allant vers le gibet. L’un des types était déjà mort.

22/05/2006

22/05/06 - 23:10

CLXXVIII. - L'Artiste béni par le Poète.

17/05/2006

17/05/06 - 23:03

CLXXVII. - Poésie 10 min. sur le frigo

Salade ensachée, puis tomates et feta
Oui, je sais, tu n’aimes pas, et alors mwa si
Olives noires sans les noyaux, c’est plus facile
Viande pour le ouiquennede, un gros pavé.

Epinards-patates car le Stomp j’ai aimé
Tu penses qu'on peut trouver ça en supérette ?
Du chou et du saucisson gras l’hiver sans toi
Du poulet du steack et du curry pour nous deux.

Du lait et des yaourts pour rajouter du miel
Tu as goûté la version maxi aux fruits rouges ?
Prendre aussi des céréales pour le dimanche
Et des oeufs frais, et du bacon ou du Comté.

Du frometon tu manges pas le roquefort
Pour le coup je prendrai un maousse mélange
De gorgonzola et de mascarpone épais
Ou un petit chèvre vu que tu n’es pas là.

Et puis des Magnums aux amandes pour la came
Pas de fruit ça pourrit toujours dans le frigo
Donc des Sprits pour les coups de blues quand je suis seul
Et du chocolat pour les seconds coups de blues.

Jus d'orange et thé pour le petit déj-peignoir
Perrier bien frais pour le soir devant le nordi
Confiture, sinon de quoi en cuisiner
Dis pas que t'aimes pas la cannelle je sais.

16/05/2006

16/05/06 - 20:14

CLXXVI. - Latinum de cuisinum





O Antinoe Ricooe mi, per Nilum nauigare imus !




La fin du monde pour dans 10 minutes, Cali, 2005 (revue...).

Et si tu dansais tout nu mon amour
Et si tu dansais toute la nuit jusqu'au jour
Tes petites fesses blanches, tes petites fesses blanches

Et si tu ôtais ce petit bout de tissu
Juste me régaler de ton joli petit cul
Je n'ai pas les ailes blanches, je n'ai pas les ailes blanches

Je sais ce que je ferais si l'on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes
Je sais ce que je ferais si l'on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes

Peut être sais-tu déjà pourquoi je te rôde autour
Quelque chose plus que tout me fait envie mon amour
Tes petites fesses blanches, tes petites fesses blanches

Ta langue est une danseuse qui se déhanche sur tes lèvres
Je voudrais d'abord la voir tourner dans ma bouche et je crève
De tes petites pêches blanches, tes petites pêches blanches

Je sais ce que je ferais si l'on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes
Je sais ce que je ferais si l'on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes

La lune juste pour moi découpe ton corps dans la nuit
Alors déchirant la pénombre ton petit cul blanc me sourit
Qui viendra dire après ça que le bon Dieu n'existe pas

Je sais ce que je ferais si l'on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes
Je sais ce que je ferais si l'on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes

Je sais ce que je ferais si l'on m'annonçait la fin du monde pour dans 10 minutes
Je sais ce que je ferais si putain c'est pas long 10 minutes

Je n'ai pas les ailes blanches, je n'ai pas les ailes blanches.

16/05/06 - 19:51

CLXXV. - Liste de lecture


1. - Lectures de Gelberie

Lus dans le train et en Gelbique :

i. Mendiants et orgueilleux, d'Albert Cossery ;

ii. Les Hommes oubliés de Dieu, du même ;

iii. La Maison de la mort certaine, du même Bébert.

Ceci parce qu'on me les avait offerts à Noël et que ça change un brin. J'ai surtout beaucoup aimé le premier, mélange de douceur de vivre, de laisser-aller et d'incompréhension face à la cruauté de la vie. Un peu comme l'antidote des deux suivants, beaucoup plus noirs, beaucoup plus sombres, beaucoup plus sans espoir de sortie. Me demanderais presque pourquoi Mulot m'a offert ça, tiens.

Des tranches de vies qui n'en sont pas, en plein Caire, lorsqu'il fait froid et qu'on gêle sous la gallabiah. Un auteur à noter, je pense...


2. - Lectures de Métropolerie

Lu aujourd'hui durant le trajet :

i. Commodus Antoninus, de Aelius Lampridius ;

ii. Heluius Pertinax, de Julius Capitolinus.

iii. Et vendredi passé, juste avant de prendre le train, Auidius Cassius, de Vulcacius Gallicanus.

Comme quoi l'Historia Augusta avance lentement. Je sais tout de Commode, maintenant. Ses amours avec les gladiateurs. Ses gitons. Ses massacres. Ses fornications. Ses scandales. Ses drogues. Ses tortures. Ses colères. La taille du zizi de son amant attitré :

"Habuit et hominem pene prominentem ultra modum animalium, quem onon appelabat, sibi carissimum." (Il avait aussi près de lui un homme, qui lui était très cher, et doté d'un pénis d'une taille supérieure même à celui des animaux. Il l'appelait "Onos" (l'âne)) - Commodus Antoninus, Ae. Lampridius, X, 9.

Ce qui change un brin de l'innocence d'Hadrien, je trouve :

"Antinoum suum, dum per Nilum navigat, perdidit, quem muliebriter flevit. De quo varia fama est aliis eum devotum pro Hadriano adserentibus, aliis, quod et forma eius ostentat et nimia voluptas Hadriani." (Au cours d'une navigation sur le Nil, il [Hadrien] perdit sonc heer Antinoüs, qu'il pleura comme l'aurait fait une femme. À ce sujet, plusieurs versions existent : les uns affirment qu'il [Antinoüs] se noya volontairement en faisant à Hadrien le sacrifice de sa vie, les autres invoquent ce que peuvent laisser entendre sa beauté et la sensualité immodérée d'Hadrien.) - De uita Hadriani, Ae. Spartianus, XIV, 5-6.

15/05/2006

15/05/06 - 22:13

CLXXIV. - Courrier des lecteurs

(En ce qui le concerne, le tenancier de ce blog a tout particulièrement aimé ce ouiquennede quand, assis en maugréant ou songeant sur sa chaise il regardait la table vide, tu l'as pris dans tes bras en passant derrière lui et dis que son parfum sentait bon. Ca a duré de magnifiques secondes.)


De madame Zaza, de Napoli



"J’aime bien plier les coins du couvercle de mon yaourt avant de l’ouvrir.

J’aime bien croiser le matin en allant à la fac le vieux monsieur qui dit bonjour aux passants.

J’aime bien manger un gâteau au chocolat à la main, debout devant le plat.

J’aime pas qu’on me dise qu’on ne comprend rien à ce que je dis parce que « c’est trop intelligent ».

J’aime pas les jeunes qui montent dans le bus en parlant très fort parce que leurs copains les regardent.

J’aime bien boire un verre de lait en fermant les yeux avant d’aller me coucher.

J’aime pas me réveiller le matin en ayant mal au cartilage.

J’aime bien effleurer du doigt les marques que mes habits m’ont laissé sur la peau.

J’aime bien sentir le vent me soulever les cheveux, alors que je serre mon manteau contre moi.

J’aime pas quand le vent souffle si fort que je peux à peine respirer.

J’aime bien observer les gens en souriant dans mon coin.

J’aime pas quand les gens klaxonnent quand le feu passe au vert.

J’aime bien touiller le Nutella avec un couteau avant de me servir.

J’aime pas quand je suis aussi butée que mon père.

J’aime bien être en avance le matin dans la salle de cours et reconnaître le pas d’une copine dans le couloir.

J’aime pas quand l’eau du pommeau de douche me tombe sur le sommet du crâne quand je nettoie la baignoire.

J’aime pas qu’on lise par-dessus mon épaule.

J’aime bien avoir mal aux fesses parce que je suis resté assise plusieurs heures à discuter avec quelqu’un.

J’aime pas éternuer plusieurs fois de suite sans avoir le temps de respirer.

J’aime bien surveiller dans le rétroviseur le moment où la voiture de derrière va se décider à me doubler.

J’aime bien traîner dans une librairie d’occasion à feuilleter tous les livres qui sentent la poussière.

J’aime bien voir des petits mots collés dans la rue par des inconnus.

J’aime pas sentir mon pantalon me coller aux cuisses à cause de la chaleur.

J’aime pas me lever et avoir des fourmis dans les pieds.

J’aime bien tremper des Princes dans mon chocolat chaud en regardant par la fenêtre, un après-midi d’hiver.

J’aime bien faire des bougies avec la peau des clémentines.

J’aime pas avoir la marque de mes draps sur mon vernis à ongle.

J’aime pas être acerbe avec les gens sans savoir pourquoi.

J’aime bien tortiller une mèche de mes cheveux, surtout quand elle est déjà bouclée.

J’aime bien me rappeler quelque chose et sourire toute seule dans la rue.

J’aime bien faire ventouse avec le dos de la cuillère sur la surface du flan.

J’aime bien faire des trous dans les glaçons en aspirant avec ma paille.

J’aime bien faire le marché de noël et sentir tous les savons exposés.

J’aime bien fredonner en sachant que je chante faux et en tapotant sur le volant.

J’aime pas poser les pieds nus sur le carrelage froid.

J’aime bien regarder les empreintes de pas que je laisse derrière moi après avoir marché dans une flaque.

J’aime pas m’acharner pour trouver le début du rouleau de papier toilette.

J’aime bien mettre en marche tous les jouets pour enfants dans un magasin.

J’aime bien attendre quelqu’un et le voir arriver de loin.

J’aime bien monter debout sur mon lit pour aplanir mon matelas quand j’ai trop tendu mes draps.

J’aime bien monter les escaliers de la maison quatre à quatre.

J’aime bien nager sous l’eau jusqu’à m’en faire exploser les poumons.

J’aime bien avoir mal aux abdominaux parce que j’ai trop rigolé.

J’aime pas quitter quelqu’un en me disant que j’ai encore trop parlé et pas assez écouté.

J’aime pas quand j’ai un texto et que c’est pour me dire que mon forfait est épuisé.

J’aime bien me prendre un fou rire sans que personne ne comprenne pourquoi.

J’aime pas avoir une goutte de pluie qui passe pile entre mes lunettes et mon œil.

J’aime pas ne plus me souvenir d’un mot alors que je suis sûre de le connaître.

J’aime pas manger des rillettes et avoir des bouts qui se coincent entre mes dents de devant.

J’aime bien tremper un carré de chocolat noir dans la tasse de café de quelqu’un d’autre.

J’aime pas avoir le bras endolori par la bretelle de mon sac.

J’aime pas quand quelqu’un s’assoie à côté de moi en puant le tabac froid.

J’aime bien marcher la nuit dans le couloir sans lumière en longeant le mur avec le doigt, avec la petite victoire de ne pas m’être pris la porte.

J’aime bien voir des petites mémés bien habillées marcher à petits pas précautionneux en s’appuyant sur leur canne.

J’aime pas quand un groupe se met juste devant moi à l’arrêt de bus alors que tout le trottoir est libre.

J’aime bien me coincer des cure-dents entre les dents et les faire bouger avec la langue.

J’aime pas les mémés qui me bousculent de façon assez discrète en marmottant.

J’aime bien le stress de noël quand on court de partout pour trouver les cadeaux. Dommage que tout le monde fasse pareil au même moment.

J’aime bien quand mon frère joue au grand frère.

J'aime bien regarder le ciel et voir quelqu'un d'autre intrigué lever la tête pour voir ce que je peux bien regarder."

10/05/2006

10/05/06 - 22:06

CLXXIII. - Contes modernes (7) : Le Légionnaire Gneius (part 2)

Cet article est et demeure abrogé.

La loi du 10 mai 2006 portant abrogation de l'article premier relatif au légionnaire Gneius et portant zossi inauguration de l'article premier relatif au légionnaire Gneius est et demeur aussi abrogée.

À compter de ce jour, l'article relatif au légionnaire Gneius portant référence pour l'ensemble de notre Empire, et au-delà, sera l'article relatif au légionnaire Gneius.

Cela selon notre bon plaisir, consécutivement à la décision empérière du jeudi 25 mai 2006, rendue par Badinou César, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique, en sa première capitale.

Publication au Journal Officiel de l'Empire badinal le même jour, référence suivante :


Loi n°2006-0343 du 25 mai 2006 portant abrogation de l'article premier relatif au légionnaire Gneius et portant zossi inauguration de l'article premier relatif au légionnaire Gneius.

09/05/2006

09/05/06 - 23:07

CLXXII. - Liste de lecture sous forme de toile

1. - Livres

Lus ces derniers jours :

i. Vita Marci Antonini philosophi, de Julius Capitolinus ;

ii. Verus, du même.

Et commencé Avidius Cassius, de Vulcacius Gallicanus, que j'ai de fortes chances d'achever ce soir, vu la matière et la longueur. Je me demande avec quoi je vais bien pouvoir rappliquer demain pour ma première journée de boulot. Faut pas trop les impressionner, mes futurs collègues, ni me faire mépriser. Le choix d'un livre, qu'on tient discrètement et modestement à la main, lorsqu'on fait le tour du service pour dire bonjour et se présenter, c'est aussi important que la cravate : ça engage toute la suite.

Je me la fais intello à continuer l'Historia Augusta ou je me prends un livre plus décent, genre Albert Cossery ? Mmmmmmh. Je sens que ma vieille Historia va voir le métro demain : ce serait un mélange savoureux, avec les Rolling Stones que je viens de mettre sur le baladeur.





2. - Toile

Profité de ce dernier jour de chômage pour m'offrir une toile, avec C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée. Je m'attendais à un bon film, avec de la zique ou, au mieux, à un bon chrono movie familial (le chrono movie est road movie version route = le temps qui passe).

J'ai tout de même fini le film à essuyer discrètement les larmes qui dégoulinaient généreusement, pour pas que les voisins ricanent. Ils risquaient de me prendre pour une fif, sinon.

Non que je veuille m'identifier ou en faire un film à programme, n'empêche, il y a quelques situations qui m'ont "parlé". Moué. On commence par dire ça et on finit par trouver exemplaire et "causant" les feuilletons de début d'après-midi. Bref. On emballe, en disant qu'il m'a plu, et basta ?





3. - Reste

Le début de la journée s'est passé à lire, puis à faire le ménage et le repassage. Rien, en somme, de ce que je voulais réellement écluser. J'ai même pas trouvé le temps d'effleurer ce brave Gneius. Faiche, c'est le truc classique qui fait qu'au bout d'un moment l'idée se refroidit et le texte finit à traîner, inachevé, avec la vague promesse d'y revenir un jour. Mais une autre idée vient, et du coup les foetus inaccomplis s'accumulent en bocaux sur les étagères de mon ordinateur. Je suis un peu trop spécialiste de ça.

Je m'y remets demain, jeudi au plus tard. Hein ? Sinon privé de dessert.

Sinon, au sortir de la toile, j'ai retrouvé ce lointain plaisir de lanterner un peu dans un café, tout seul, avec le kawa qui refroidit devant soi. Le livre est en général juste pour équiper une des mains, l'autre tenant le menton qui rêvasse en regardant la rue.

Devant moi il y avait toute une tablée d'estudiants des deux sexes et même des filles et des hommes, qui parlaient de plein de choses. Physiquement, et même du point de vue des habits, on se ressemble encore pas mal. N'empêche, ça m'a fait drôle. Non que je regrette vraiment cette période, que je la trouve comme la plus riche de mon existence - vu le blé que j'avais. Il y avait tout de même une certaine innocence, un oubli du monde qu'on croyait si présent en "s'engageant", c'est-à-dire en en parlant durant des plombes niaiseuses. J'ai dû un peu trop les regarder, un peu curieux, un peu tendre.

Aux toilettes, un gamin m'a fait du gringe. C'est bien la première fois : tellement étonné de la chose que j'en ai pas bâillé une. Dommage ? Bof, l'impossibilité a posteriori est plus intéressante.

Dernière remarque de la journée : la déclaration préremplie m'attendait dans la boîte aux lettres et au retour. Si notre vénérable administration fiscale sait déjà tout de moi (à quelques euros près), j'ai cette année essayé de calculer l'impôt avant mon contrôleur, pour ne le point découvrir plus tard. Soit je n'ai rien compris aux items des abattements de fin (après la zone avec le calcul "IP"), soit il y a eu d'énormes modifications fiscales, parce que mon calcul divise d'un tiers mon impôt par rapport à l'an passé. N'empêche, l'impôt sur les sociétés et les particuliers ne donne qu'à peine le revenu de la TVA à l'Etat... y'a des choses qui surprennent toujours.





4. - Petit pédé, Renaud, 2002

T'as quitté ta province coincée
Sous les insultes, les quolibets
Le mépris des gens du quartier
Et de tes parents effondrés
A quinze ans quand tu as découvert
Ce penchant paraît-il pervers
Que tu l'as annoncé à ta mère
J'imagine bien la galère
Petit pédé

T'aurais été couard pas de lézards
Besoin d' l'annoncer à personne
Mais c'est franchement une autre histoire
Que d'avouer j'aime les hommes
C'est pas d' ta faute, c'est la nature
Comme l'a si bien dit Aznavour
Que c'est quand même sacrement dur
A l'âge des premières amours
Petit pédé

Toute sa vie à faire semblant
D'être normal comme disent les gens
Jouer les machos à tout bout de champ
Pour garder ton secret d'enfant
Dans le p'tit bled d'où tu viens
Les gens te traitaient pire qu'un chien
Il fait pas bon être pédé quand t'es entouré d'enculés
Petit pédé

A Paris tu as débarqué
Dans les back-room du Marais
Dans ce ghetto un peu branché
Tu as commencé à t'assumer
Pour tous les homos des bars gays
Tu étais un enfant perdu
Tu as été bien vite adopté
Même si c'était pour ton cul
Petit pédé

Tu t'es laissé aller parfois
A niquer plus que de raison
C'est ta liberté, c'est ton droit
T'as heureusement fais attention
Tu t'es protégé de ce mal
Qui a emporté tant de tes potes
Grâce à ce virus infernal
Ne sortez jamais sans capotes
Petit pédé


Bientôt tu trouveras un mec
Un moustachu ou un gentil
Alors tu te maqueras avec
Pour quelques jours ou pour la vie
Rêverez peut-être d'un enfant
Y en a plein les orphelinats
Sauf que pour vous papa, maman
C'est juste interdit par la loi
Petit pédé

Tu seras malheureux parfois
La vie c'est pas toujours le pied
Moi qui ne suis pas comme toi
Le malheur j'ai déjà donné
Qu'on soit tarlouze ou hétéro
C'est finalement le même topo
Seul l'amour guérit tous les maux
Je te le souhaite et au plus tôt
Petit pédé
Petit pédé...

08/05/2006

08/05/06 - 16:06

CLXXI. - Ce que pensent beaucoup de gens normaux


J'en ai déjà pas mal parlé dans les articles numéros CLXIX et Cent et septante, mais je pense que citer ne ferait que du bien. Beaucoup ont trop tendance à croire qu'il suffit d'ignorer pour que ça n'existe pas ou d'oublier dans le confort douillet du ghetto, où l'on est tous entre gens de bien, évidemment.

Il s'agit donc du recueil de Serge Simon, Homophobie 2004 France, qui présente des reproductions des quelques 4000 lettres reçues par la mairie de Bègles lors du fameux mariage. En ce qui me concerne, ça a été une sale baffe en pleine poire. En voici quelques extraits, pas très exceptionnels quand on y regarde un peu.

J'ai essayé de respecter l'orthographe et la typographie des courriers.



*****


MonsieurMamère

Espèce de sale petit PD

Les PD de ton espèce il faut les gazer mais avant il faut leur rentrer un fer rouge dans le cul !!

C'est pas pour rien que la France parte en couille avec des gouvernements de droite comme de gauche, que des pourritures !!

Vivement que les arabes prennent le pouvoir pour tous vous enculer et vous égorger !


*****



C'est les homosexuels qui nous emmènent le S.I.D.A. Tremper sa vite dans la merde on attrape des virus et autre saleté que lon transmet aux autres.

Il n'y a pas assez de morts avec les terroristes arabes, islamistes et les sales bougnoules Algériens. alors Mr Mamère annule ce mariage homosexuel.

Car si il y a pas annulation alors je ne donne pas cher de votre vie.


*****



Monsieur le Maire,

Je ne suis pas intolérante bien au Contraire.

Mais là. Vous allez trop loin . Je suis outrée de votre mentalité. Si vous n'avez aucune valeurs - pas même celle de la FAMILLE. Vous devriez démissionner de tous VOS MANDATS. D'ailleurs, le gouvernement va se charger de vous. Quelle honte. Si vos parents avaient été "HOMO". Vous ne seriez pas là - et ça ne serait pas une grande perte.

Ces gens-là sont des pervers - des anormaux. Autrefois ils se cachaient. Depuis que la gauche est venue en 1981 - nos valeurs ont disparus - quel gâchis.

Je ne m'intéresse pas du tout à ce que vous représentez et j'espère que vous n'avez pas d'enfant. Sinon - quelle mentalité doivent-ils avoir. DEMISSION.


*****



Alors Mamère Pourri !

On t'as rapporte un chimpanzé (mâle). Tu vas pouvoir te marier en grandes pompes ! Avec la télé et les copains !... Avec ta gueule de singe cela fera un beau couple.


*****



Meilleurs voeux de bonheur à notre jeune couple du 5 juin 2004.

Devant la conduite faudruleuse envers la vieille dame qui les a heberge, et a la hauteur du Maire de Bègles qui dans les larmes les a tendrement uni. Nous attendons avec impatience leur arrestation une bonne lune de miel sous les verrous ne peut leur faire que du bien ça rafrâichi les idées.

Quel bonheur de faire l'amour dans la station d'épuration de notre organisme aux senteurs suaves. Pauvre France ! et c'est avec ces specimens que l'on veut constuire L'Europe. C'est une honte ! quelle mascarade c'est grotesque En plus ils sont idios et même Debiles


*****



Avec un "dingue" comme Mamère (PD) on vous attend pour les prochaines municipales.

Nous proposons de mettre au fronton de la mairie à la place de "Liberté, Egalité - Fraternité" le symbole des PEDES OTE TA BITE QUE JE PETE

Un groupe de communites Nivernais


*****



AFFLIGEANT !!! Quel spectacle vous offrez aux Français. Vous représentez la décadence de notre beau pays. Les PD sont en train de prendre de plus en plus de place dans la société (show-biz, vie politique, etc..)

Pour attirer l'attention sur vous, vous etes prêt à tout. Vous êtes tellement minable que personne, à part vos amis, ne vous fait crédit. Vos nouveaux mariés vont peut-être faire un enfant, mais ce ne sera jamais qu'une merde....

Ne vous étonnez pas que les nazis renaissent et que l'Islam progresse pour moraliser les êtres pervers de cette nouvelle société crée par les Socialistes.


*****



Monsieur Mamert

Ce que vous faites avec votre trou de balle m'est totalement indifférent, ainsi que ce que vous faites avec celui de votre bon mi. Mais que vous édifiez cette façon de vivre comme étant normale et adoptée par la société NON Depuis Adam et Eve, la normalité est un homme et une femme. Si vos parents avaient été comme vous vous ne seriez pas là. Ce n'eut peut être pas été une grande perte.

Une NORMALE


*****



Monsieur

Je viens de voir qu vous venez de célébrer le 1er "mariage" homosexuel.

Vous aviez l'air d'en être fier. Mais personnellement je vous plains sincèrement.

L'homosexualité n'est pas une préférence sexuelle, mais simplement de la pourriture.

Vous avez l'air en faisant cela de faire avancer la société.

Au contraire, vous la faits reculer.

Toutes les civilisations qui ont accepté l'homosexualité ont toutes décliné ou disparu.

Vous êtes un apôtre de la culture de mort sous des faux airs d'humanisme et de tolérance.

En espérant que ce sera le premier et le dernier en France (et d'ailleurs).


*****



Monsieur Le Maire

Vous êtes connu, vous n'aviez pas besoin de ce mariage pour votre publicité.

Pourquoi ne pas laisser tranquille ces deux personnes avec leur handicap. Il y a quelques années les homosexuels étaient plus discrèts. Dommage. Quel exemple pour notre jeunesse.


*****



A Mr Mamère Noël

QUELLE HONTE Ce que vous venez de faire : Marier des PD !!!!

C'est un déshonneur pour LA FRANCE. Nous avons créé une association contre tous les homosexuels : "CASTREUR DE PD" dont vou en serez le PRESIDENT.

Ils s'enconculent la queue pleine de Merde ! Même les animaux n'en sont pas arrivés là !

Afin d'éliminer le SIDA. Faison en premier la chasse aux HOMOS : Masculins et Féminins.

QUEL Avenir pour nos enfants !!!!!

=> j'ai 2 papas, j'ai 2 mamans !

Si encore ils étaient beaux. mais quand on voit ce gros vilains qu'embrassent l'autre à la télé : Quel GACHIS. Il faut imaginer ces 2 personnages au lit, en train de s'enculer !!! QUEL TABLEAU ! Il faudrait les Filmer en train de se sucer et de s'enculer la queue pleine de CHIASSE !

Ne nous étonnons pas si le siDA progresse! j'espère que la justice va vous sanctionner pour le restant de vos jours.


*****



Monsieur Mamère

Je vous ai entendu dire sur France Inter qe vous accepteriez de célébrer un mariage d'homosexuels et j'ai été surtout choquée de vous entendre dire entre autres qu'il fallait faire avancer la société !!! Si d'après vous en mariant deux pedérastes on fait avancer la société, de quelle societé parlez vous ? Je ne sais pas si vous avez des enfants, mais avez-vous pensé à eux ? Je suis inquiète car j'ai trois enfants et quatre petis enfants il maintenant il y a un peu trop de permissivité. Je n'aurai pas la prétention de vous apprendre que le déclin de toutes les société à commencé justement à cause de trop de laissez-aller dans tous les domaines.

Je ne suis pas homophobe, mais les homosexuels ont quelque chose d'anormal dans leurs penchant alors je vous en prie pas de mariage contre nature.

Il vaudrait mieux pour vous vous préoccuper uniquement d'écologie, domaine en grand danger sur toute la planète, cela devrait être le but unique des Verts et ce n'est pas toujours le cas.

Surtout ne faisons pas comme les Pays-Bas qui acceptent tout et n'importe quoi.

J'espère que vos concitoyens vous feront part de leur mécontentement après cette annonce.


*****



Monsieur le Maire,

Je suis absolument scandalisé par votre volonté de célébrer des mariages homosexuels.

La nature commet des erreurs, elle crée des anormaux de toutes sortes, viable sou non, dans tous les rêgnes, dont des hermaphrodites, et, sans doute, des êtres normaux biologiquement,mais dotés des caractères psycologiques féminins pour certains hommes, masculins pour certaines femmes.

D'autres, des humains, sont absolument normaux biologiquement, et psychologiquement, mais une éducation déviante leur est inculquée par les parents et surtout la mère, lorsqu'elle désespère de donner enfin naissance à une fille. J'ai connu plusieurs cas dans mon entourage, en particulier dans mon adolescence.

Je les comprends, je les plainds, et je suis donc très tolérents à leur égard, depuis toujours.

Par contre, je suis moins compréhensif envers des hommes ou des femmes homosexuels, qui dans un couple, jouent le rôle de leur sexe.

Il y a enfin les vicieux, qu'on appellent bisexuels, j'ai hélas dans ma famille le cas d'une nièce.

Le mariage est une institution civile, ou civile et religieuse, dont le but est la procréation d'abord, la préservation des interêts des enfants dans tous les domaines, par la stabilité du coouple, autant que possible, et éventuellement hélàs en cas de divorce

À mon avis, en aucun cas, une démocratie ne doit envisager des mariages homosexuels, et ainsi de banaliser une déviance, qu'elle qu'en soit la cause. Le risque est que la banalisation et la légalisation, encourage la déviance qui deviendra normale, et pourquoi pas mode, comme chez les grecs et les romains en décadence. Si on continue on finira par comprendre et admettre la pédophilie, et toutes les déviances.

Il est vrai que, en tous domaines, notre civilisation est entrée en décadence, par la grâce du dieu "fric" de ses prêtres, et de ses servants en politique.

08/05/06 - 13:15

Cent et septante. - Gloire au je

(J'essaie de commencer chaque chapitre par "je" : pas facile)


1. - La mort du travail

Je suis chômeur depuis jeudi soir.

Je commence mon nouveau travail mercredi prochain.

Je pense et j'espère que le prochain job me permettra de bénéficier d'une ambiance moins "peau de bananière" que le précédent.


2. - La mort de la cantina

J'ai mangé à la cantina vendredi soir avec Mulot et Ben. La cantina, pour ceux qui n'ont pas encore eu l'heur de me découvrir autour d'un chianti, c'est le resto rital qui nous sert de quartier général depuis quelques années maintenant (quatre ? cinq ? six ?), et où nous avons nos habitudes. À tout le moins une fois le mois nous y allions bâffrer des tortellini aux quatre fromages et nous enfiler le limoncello offert par le patron. Un tel resto à Paris étant du domaine de l'inouï, j'en conservais l'adresse précieusement et les pourboires, assez conséquents, que nous laissions n'étaient là que pour les encourager à poursuivre dans cette voie salutaire : des plats excellents à des prix raisonnables, une cave toujours en évolution et toujours à redécouvrir (j'ai jamais dû boire le même Chianti), un service agréable, cordial, sympathique, ouvert.

J'ai découvert que ça a changé de patron : des trois serveurs que nous connaissions, le plus âgé, un petit brun tout poilu a disparu au lieu de venir carrément avec la bouteille de limoncello histoire de nous en resservir plusieurs fois. Le deuxième, un petit blondinet au charme ravageur dont les fesses me faisaient bien des choses et le sourire encore plus (il avait un peu ton nez, Chiri), nous a fait ses adieux avec des larmes dans la voix et une enveloppe contenant son dernier salaire dans l'autre. Le troisième était encore là, d'humeur quasi massacrante (mais toujours avec le sourire) : de directeur de salle il est passé simple serveur.

J'ai donc joui du nouveau serveur, un magnifique rital dans la plus grande tradition hollywoodienne : pas un sourire, pas une politesse, il m'a ôté l'assiette des mains avant que j'ai pu la finir, il nous renvoyait la suivante comme s'il voulait nous la verser sur le pantalon et il mâchait perpétuellement son chewing-gum, ce qui est toujours du plus agréable.

Je pense que je ne vais plus y retourner, et ça me désole. Ou peut-être encore une fois, histoire d'être sûr que c'est devenu mauvais. Le cuisinier reste pour l'instant le même, mais perdre toute la qualité du service fait qu'on n'a plus guère de plaisir à manger, fût-ce la meilleure pâte de tout Paris.


3. - La mort du ouiquennede

J'ai fait une expédition samedi et dimanche chez Zeph, en ses terres angoumoisines. Nous bâffrâmes de nouveau - cette fois-ci, des pièces de boeuf d'une énormité monstrueuse, sans compter le camembert sous la cendre dans lequel on trempe la tranche de miche. Nous picolâmes encore plus, et dégustâmes d'autres plaisirs.

J'entends par autre plaisir le fait de crapahuter en pleins rochers, le barda sur l'épaule et le bouquin entre les dents, les mains servant à s'agripper aux interstices et aux branches. Tout ça parce que c'est plus élégant de monter la falaise par l'à-pic que de prendre le sentier des familles, pépère et plat. Je vous jure, où va se nicher l'héroïsme, maintenant.

J'entends aussi par plaisir le fait de devoir ouvrir une bouteille de bordeaupif avec : un couteau (rond et sans dent), une cuiller et des doigts. Zeph avait oublié le tire-bouschtroumpf. Au bout d'une demi-heure de laborieux efforts, quand tout a giclé à cause de la pression, nous ne pûmes que remplir nos verres et louer tous les dieux ouraniens et chtoniens d'un si grand plaisir. Le dernier tiers de la bouteille fut renversé par le vent sur la nappe.


4. - La mort des pédales

J'ai lu dans le train Le Complot des franciscains, de John Sack, qui est nul, et Les Nouveaux mecs, 2, de Ralph König, qui est drôlissime.

J'ai donc aussi découvert dans la bibliothèque de Zeph Homophobie 2004 France de Serge Simon, un recensement de quelques-unes des 4000 lettres d'insultes reçues par la mairie de Bègles lors du médiatique mariage de 2004.

Je n'avais jamais reçu une telle bouffée de haine en pleine poire. Même la fois où je me suis fait courser en pleine place Saint-Michel par des honnêtes et braves gens indignés par ce que j'osais faire (tenir une main) et qui donc en voulaient à mon mignon minois. Et là je me dis 1/ que ce jour-là à Saint-Michel on a eu tout de même de la chance, et qu'en plein métro ou en pleine soirée c'eût été une autre paire de manches, 2/ qu'il faudrait que j'arrête d'être innocent et naïf quant à l'intelligence humaine et 3/ que beaucoup devraient lire ce bouquin, ça les descillerait sur ce qui se passe en-dehors du cocon protecteur et si rassurant du ghetto.


5. - La mort du matin

Je vois que la matinée est défuntée, et ma machine finie. Je vais donc songer à étendre le linge, me laver, me raser, me sustenter et finir cette putain de missive parentale à caractère pédagogique.

08/05/06 - 01:14

CLXIX. - Dites, cher Badinou

Cher Badinou,

Vous serait-il possible de bien vouloir penser à faire des choses de votre existence entre aujourd'hui et demain. Je vous en saurais gré. Notamment, ne pas lire ce que font d'autres personnes pourrait être salutaire.

Je vous en remercie.

Badinou.


PS : Lu tout à l'heure dans le train : Homophobie 2004 France, de Serge Simon. Une grosse baffe dans la gueule, et beaucoup de questions.

05/05/2006

05/05/06 - 13:17

CLXVIII. - Liste de lecture sur la porte du frigo


1. - Liste de lecture

Lus cette semaine :

i. De uita Hadriani, de Aelius Spartianus ;

ii. Aelius, du même ;

iii. Antoninus Pius, de Julius Capitolinus.

Sans compter une adaptation bédé des nouvelles de Lovecraft (sans plus, Lovecraft, mwa...), une bédé complètement délirante de Gotlib, Solé et Dister, Pop, Rock & Colégram (de la grande époque des années septante), et l'inévitable journal monochrome de huit pages paraissant le mercredi mais lu avec irrégularité.

Entamé hier soir dans le bain moussant, avec une canette de Perrier à la main : Le Complot des franciscains, de John Sack, offert (entre autres) par mes collègues à l'occasion de mon départ. Ca casse pas des briques, c'est le genre de livre qui se lit sans remord mais qui ne va pas laisser grand'chose. C'est classique et bateau, côté intrigue, avec la bonne vieille opposition du vieux savant râleur et de la jeune femme débrouillarde mais fouteuse de merde, qu'on trouve dans tous les thrillers modernes. Yapa à dire, le genre du thriller est à renouveller sérieusement.

Je pense que mes collègues avaient plus une image de moi qu'une vraie appréciation de mes goûts : un thriller sur les franciscains, un roman sur François Villon... N'empêche, sur un point, ils ont touché juste : un "beau livre" sur les maîtres de l'art italien du XV°. C'est vrai que je dois être plus difficile à cerner que le beauf de base auquel on offre du picrate ou le spécialiste en copie de DVD auquel on file un lecteur Divx.

L'intention m'a touché, toutefois.


2. - Sur le frigo

Pendant que le thé chauffait et par désoeuvrement, j'ai tapé mon nom et mon prénom sur internet. Rien ne fait référence à moi (sauf si je triche, et que je rajoute le nom de mon école), mais à un autre parisien, qui a créé un logiciel qui semble être l'alpha, l'oméga et même l'omicron en la matière... et qui a même assisté à une soirée de tarlouze genre GA (avec même des lanternes rouges de GA) - j'ai les photos, j'ai les preuves.

Ca a un côté extrêmement déstabilisant, de voir son propre nom ne plus nous appartenir. Un petit complexe de Sosie, en somme.

Toutefois, pour l'orgueil, cela n'est guère satisfaisant : un mien ami, lorsque je tape son nom, a droit à trois pages, vivi, trois pages sous Gogol. J'aurais dû réussir Normale Sup et rédiger des articles sur la linguistique, plutôt que de trimballer des millions le soir à la Défense pour que le fisc ne les trouve pas.

Quant à mon surnom sur ce profil, s'il me permet de me retrouver sur Gogol, c'est coincé entre une serviette éponge et un complexe de bains pour enfant.

La célébrité n'est pas encore acquise. Faiche. Je vais devoir rester dans ma thébaïde.


01/05/2006

01/05/06 - 23:02

CLXVII. - J'avais besoin de vous, Lecteurs, pour avis et critique.


Pour ceux qui sont plus en retard que moi, le contexte était le suivant :

En gros, ma soeur était au courant de l'existence de mon blog, et le consultait. Mon père, qui est un indécrottable curieux, a regardé dans ses dossiers "favoris" quinze jours auparavant, est tombé dessus, et a fait un scandale à la maison, engueulant mon frère et ma soeur. Ce qui m'a valu un sermon par courrier et chantage affectif ("Il ne peut rien en sortir de bon...grand choc... rien de positif...si c'est ton penchant réel et naturel on n'a rien à dire bien que cela nous fasse mal... que dirais-tu si nous pratiquions l'échangisme... tu te dégrades... tu te salis... ne gâche pas ta vie,
etc.").

L'aspect paradoxal est qu'il ne s'agissait pas d'un
coming-out, puisqu'il datait de l'année passée, pour lequel il y avait déjà eu scandale et déjà explications - qui ne changent guère de mon côté. Je considérais la chose comme admise, et basta. Ben non. "L'affaire du blog" virait à l'affaire d'Etat, avec dommages collatéraux sur l'ensemble de la famille... ce qui fait que si je ne répondais pas afin de clarifier les positions et les frontières, d'ici un an ça repart comme en quarante (bonne vieille logique du "on veut pas le savoir").

Bref. J'ai passé une longue semaine à rédiger une bafouille. J'ai demandé l'avis de la foule de ce site, des passants qui s'arrêtent et lisent, des curieux externes et internes. J'ai eu des commentaires, et des échanges en dial, qui m'ont incité à atténuer mes enthousiasmes d'origine. À la troisième version, je me dis que cela suffit, et que je peux envoyer.

Merci à tous, pour vos avis.




*****


Paris, le 8 mai 2006

Famille,

J’ai de nouveau eu vent de vos découvertes sur internet, et des réactions qu’elles suscitent. Disons que je le savais depuis quelque temps, mais cela m’a semblé tellement monter en sauce qu’il faut de nouveau que j’intervienne, un peu comme l’an passé. J’avoue qu’il m’a fallu du temps pour rédiger tout ça, d’où la lenteur de ma réponse.

En fait, si je pense que je n’ai pas à vous « justifier » quoi que ce soit – ce qui serait un brin ridicule, j’ai l’impression que mettre certaines choses au clair serait nécessaire. C’est ce que je vais essayer de faire ici, de répondre aux questions qu’il me semble y avoir dans vos inquiétudes. Car inquiétude il y a. Je ne veux pas vous « rassurer » (car alors vos inquiétudes seraient légitimes, et juste à consoler, de façon passagère). Je ne veux pas prétendre que vous êtes les méchants et que je suis le gentil qui souffre à cause de ses parents injustes. Je veux vous faire comprendre, vous faire réfléchir, vous montrer qu’il n’y a pas de raison à votre réaction.


1. Les mots à employer


L’hétérosexualité désigne les personnes qui sont sexuellement intéressées par des personnes du sexe opposé. C’est la « normalité » au sens social, car c’est la sexualité la plus répandue.

L’homosexualité désigne les personnes qui sont sexuellement intéressées par des personnes du même sexe. L’homosexualité peut être féminine (le terme à la mode est lesbienne, mais on trouve aussi goudou, gouine, tribade…) ou masculine (le terme à la mode est gay, mais on trouve aussi pédé, pédale…).

La bisexualité désigne les personnes qui sont sexuellement intéressées par les personnes des deux sexes. Contrairement à ce que l’on entend souvent, le bisexuel n’est pas un homosexuel en devenir, ni un hétéro qui veut voir ce que c’est que l’autre face cachée du monde. Être bi ne veut pas dire qu’on va désirer en même temps deux personnes de sexe différent, ni qu’on va vouloir profiter de tout, ni qu’on va tomber simultanément amoureux de deux personnes de sexe différent. Cela signifie qu’on peut tomber amoureux, désirer, coucher avec ou tout autre verbe relatif au sentiment ou à la sexualité avec un homme ou une femme.

Il s’agit là uniquement de classifications pour se simplifier l’existence. Il faut avoir en tête que les gays ne vivent pas dans un coin du monde, dans un monde à eux : ce sont des personnes comme tout le monde, qui vivent dans des appartements ou des maisons comme tout le monde, et font ce que fait tout le monde. Ce n’est pas un monde contre l’autre, ni même un monde dans le monde normal.

Comme déjà écrit l’an passé, je considère pour l’instant que je suis bi. J’ai désiré des garçons et des filles. Je suis « resté » avec des garçons et des filles. Il m’est arrivé d’être vraiment amoureux, et ces quelques et rares fois ont concerné des garçons et des filles. Il faut bien comprendre, aussi, qu’il ne s’agit pas d’un égarement de l’âge jeune, ni que la bisexualité se résout avec le temps (que mécaniquement un jour je redeviendrai « normal », c’est-à-dire que j’en viendrai nécessairement à vivre avec une femme) : rien n’est donné, tout peut arriver.

Cela n’a pas été facile à avaler pour moi. Pour être honnête, il m’a fallu bien cinq ans, entre la fin de la prépa et les années d’école. Non seulement pour des raisons de culpabilité (pourquoi moi, qu’est-ce que je suis, pourquoi est-ce que je ressens cela ?) mais aussi de repère par rapport à une morale et une éducation. Et aussi loin que je fasse l’effort de me souvenir, en essayant d’être objectif, je pense avoir inconsciemment désiré les deux. Même si pour des raisons d’éducation et de poids social évidents le désir pour les damoiselles était plus normal, donc plus avoué.

Pour autant, tel que je suis, je me trouve mieux désormais que lorsque je ne savais pas où j’en étais.


2. Internet : blogs, sites, etc.


Il y a sur internet des sites divers, dont beaucoup pour les hétéros, et d’autres pour les homos, où s’insinuent un peu les bis. Ces sites peuvent être des sites de rencontre où l’objet principal est de trouver « l’âme sœur » dans le cas le plus irréel, forniquer à tout crin avec le premier venu et simplement des fois se détendre et discuter sans chercher la petite bête. Ces sites ne sont pas l’apanage des homos, puisque les sites hétéros, encore plus tournés vers le sexe, foisonnent et sont légions.

Tous ces sites fonctionnent par logique de pseudonyme ; une personne qui est sur un site se choisit un pseudo, qui est différent de son vrai nom, pour des raisons de confidentialité basique.

Je suis en ce qui me concerne inscrit sur deux sites (un peu comme on s’inscrit dans un club ou une association). Le premier, même si cela un bout de temps que je n’y suis plus allé, parce qu’il a un « forum », c’est-à-dire un endroit où plusieurs personnes peuvent discuter de façon publique (ce que chacun écrit est lisible par tous) sur différents sujets, qui peuvent aller du politique au social en passant par le simple jeu de mot, le plaisir de papoter, etc.

Le second est un site où l’on peut tenir son blog, c’est-à-dire un journal (et non pas « son » journal : ce n’est pas au sens strict un journal intime). Il a l’avantage d’être simple d’utilisation, relativement fiable et discret. Par ailleurs, étant un site gay, pour m’y trouver il faut le vouloir, et donc « en être » soi-même, être au courant ou n’avoir pas les idées claires. En ce qui me concerne, je considère ce blog comme un moyen d’entretenir une certaine gymnastique intellectuelle : je me suis donné comme orientation première d’y écrire des histoires, des récits, des petits contes, etc. C’est donc pour moi un amusement, un défouloir de l’esprit avant tout, et Frangine, qui le connaissait, a raison de le prendre comme tel : c’est un jeu littéraire. Et parfois un compte-rendu de mes états d’âmes, aussi, mais c’est plus rare.


3. Publicité et intimité


Si j’ai bien compris, le fait d’avoir « découvert » que j’avais un blog a fait un scandale. La question est : qu’est-ce qui vous gêne ? Le fait que votre fils soit bi ? Mais vous le saviez déjà, ça a fait déjà suffisamment de foin l’an passé. Le fait que ça soit écrit sur internet ? Vous auriez donc peur de personnes que vous connaîtriez qui tomberaient dessus ? Mais comment tomberaient-elles dessus ? Comment me reconnaîtraient-elles ? Et en quoi cela est-il honteux, puisque c’est vrai ? Par ailleurs, je ne cite jamais quoi que ce soit en ce qui concerne des noms – que ça soit ceux de la famille ou du travail, même s’il m’arrive d’en parler.

Serait-ce le fait que ça soit un site gay ? Oui, mais il a été choisi parce que justement un site homo est paradoxalement plus discret (voir les points évoqués plus hauts).
Le fait que cela ne donne pas l’exemple ? En quoi ce qui pourrait en sortir serait-il négatif ? Serait-ce une question de morale ? Mais la morale ne concerne pas ce qui relève des choix intimes, mais de principes généraux qui engagent l’action de l’homme, et non ses désirs – donc non. Par rapport au regard des voisins ? Les voisins sont bien ridicules et bien mesquins s’ils donnent tant de poids à ce point de détail de l’existence, et moi j’aurais alors à émettre des commentaires et des jugements sur leur propre sexualité, et leur curiosité, ce ne serait que juste retour.

Effectivement, un tel site s’affiche (entre autres) comme « site de rencontres » – comme beaucoup de sites sur internet, même lorsqu’il s’agit de sites parlant uniquement de philosophie ou d’histoire romaine. L’essentiel de ce que j’y ai pu voir ne montre jamais que des braves types comme moi qui se contentent de rédiger leur blog de temps à autre, et de discuter lorsqu’ils trouvent un sujet commun, le plus souvent bien sage (le dernier en date tournait autour d’un opéra du XVII°). Bien évidemment, il y a toujours les moutons noirs, des imbéciles et des crétins : la bêtise est la chose du monde la plus répandue…


4. Éducation : bien et mal


Je pense que vous vous posez la question de « comment vous avez bien pu m’éduquer, pour que je devienne ainsi ». Je ne vais pas faire un éloge de l’éducation dont j’ai bénéficié, ni de mon enfance, ce serait trop facile. Je vais juste vous dire que ce qui relève de la profonde intimité ne relève pas de l’éducation.

Car la vraie question qu’il y a là-dessous, c’est que j’aurais raté mon éducation, et que je serais tombé, que j’aurais chuté. Non. Du point de vue humain, l’homosexualité n’est rien. Elle ne relève même pas du mal ou du bien. Est-ce qu’être hétérosexuel ou Picto-charentais est « bien » ? Non : c’est un élément constitutif de la définition de la personne, et c’est tout. Et je le considère comme tel.

Agir bien et agir mal ne se fait pas par rapport à des schèmes dichotomiques (hétéro/homosexuel, noir/blanc, homme/femme…) mais par rapport à des principes universels. Ce n’est pas parce que quelqu’un est hétérosexuel qu’il va spontanément agir bien ou mal, en tout point de son existence, et même dans sa sexualité. Il y a des ordures, des crétins, des fats partout. Il y a des personnes qui cherchent sans arrêt à assouvir des phantasmes, et je pourrais pour la forme citer un de mes collègues, petit beauf de base, qui est un bien beau modèle de cette si belle hétérosexualité. Il y a des couples homos, et pas tous, qui vivent une vie « calme, honnête, propre ». Il y a des couples hétéros, et pas tous, qui vivent une vie « calme, honnête, propre ». Il y a des homos qui s’enfoncent dans une vie de luxure sans fin. Il y a des hétéros qui s’enfoncent dans une vie de luxure sans fin.

La dépravation n’est pas l’apanage des hétéros, ou des homos. Elle est le privilège des imbéciles. Et non seulement je vis cette facette de ma vie non pas en assouvissant des phantasmes quelconques, non seulement je ne change pas de « partenaire » sans arrêt, mais les quelques personnes que j’ai pu rencontrer, c’est que je les appréciais, que les désirais, que je les aimais. Je ne fais pas de trucs délirants : je suis avec une personne, et nous nous apprécions, et c’est tout.


5. Minorités et visibilité


L’homosexualité est une minorité, et en plus une minorité qui relève de goûts, ce qui fait qu’elle n’est pas spontanément visible – et que jusqu’à récemment elle a bénéficié de peu d’égalité des droits (la dépénalisation légale de l’homosexualité en France date de 1982, grâce à Saint Robert Badinter). Sans entrer dans la discussion de ce que sont les « droits des homosexuels » (qui ne sont en fait que les droits de tout citoyen, mais qu’on oublie parfois d’appliquer dans certains cas trop gênants), pour se faire admettre, il a fallu se rendre « visible » (montrer qu’on existait pour montrer que des droits n’étaient pas appliqués). Ce sont les grandes folles, les cuirs et moustaches, les sœurs de la perpétuelle indulgence. On leur doit beaucoup, simplement parce qu’ils ont fait que le droit de la République s’applique progressivement à tous, conformément au préambule de la Constitution.

Par ailleurs, le problème de toute minorité est que les éléments les plus caricaturaux sont les plus visibles et, par conséquent, ceux que tout le monde a en tête, sans que cela soit représentatif. Des immigrés siciliens, on retient systématiquement les mafiosi aux Etats-Unis. Des conducteurs automobiles, on retient systématiquement ceux qui renversent les enfants. Et des homos les plus caricaturaux, aussi. Remercions ici les médias, qui simplifient toujours tout, font de beaux rapprochements bien simplistes et sont écoutés par des millions de personnes.

Non, l’homo de base n’est pas une grande folle qui parle aigu et ondule du bassin. Non, l’homo de base n’est pas un mec qui se balade avec des plumes. À moins qu’on m’apprenne que l’hétéro de base parle grave et boit de la bière en rotant, ou qu’il part à la chasse tous les matins pour exterminer des palombes à coups de bouteilles de pastis. L’homo de base, tout comme l’hétéro, est quelqu’un de normal, que rien ne dissocie d’autrui, si ce n’est sa personnalité, c’est-à-dire ce qui fait la richesse de chaque personne. Et il y a effectivement, au sein de cette personnalité, un élément qui touche à l’affection, au désir et aux sentiments.


6. Sexualité et marché


La conséquence de la minorité sexuelle – et du fait que la sexualité n’est pas écrite sur le front – est que les célibataires sont plus fréquents quand ils sont gays. On trouve plus facilement son bonheur pour faire une sauce tomate quand au marché il y a des caisses de tomates fraîches. C’est plus délicat quand il y a plein d’aubergines et juste quelques tomates mélangées dedans. Il faut les trouver, et que personne ne soit passé avant.

Le fait qu’il y ait autant de célibataires ne veut pas dire que les gays ne rêvent pas après le grand amour. C’est un mythe bien présent, et encore plus présent, plus fort, plus terrible, me semble-t-il, que pour les hétéros. Mais ils sont célibataires, et ils peuvent avoir plusieurs amoureux de façon successive – tout comme les hétéros célibataires, tant qu’ils n’ont pas trouvé la personne qui leur convenait le mieux. Il n’y a là rien que de très normal.


7. Les parents et les enfants


En fait, je crois que le plus gros problème que vous avez en tant que parents, ce n’est pas ma sexualité, c’est que vous avez du mal à admettre que nous grandissons, Frangin, Frangine et moi. Lorsqu’un enfant grandit, et devient adulte, il ne dépend plus des parents : il n’est plus une chose qu’on peut modeler un peu comme on l’entend, en fonction de ses propres espoirs et de ses propres idéaux, à laquelle on dit « ne fais pas ça » ou « fais ça ». Maintenant, vous avez le devoir de dire que vous condamnez certaines de mes actions si elles sont dangereuses pour moi. Maintenant, vous n’avez aucun droit à demander à ce que j’agisse comme vous l’entendez.

J’estime, en ce qui me concerne, avoir suffisamment rempli nombre des espoirs et idéaux que vous avez logés en moi : j’ai fait un bac scientifique, j’ai fait une classe prépa, je me suis fait chier durant trois ans dans une école que je n’aimais pas, j’ai maintenant un travail de cadre où je brasse des millions. Je pense que pour les idéaux à remplir, j’ai fait ma part.

Il faut bien comprendre que je n’ai pas besoin de protestations véhémentes où vous dites admettre ce que je fais et choisis. Je suis comme cela, et rien ne pourra y changer. Je n’ai pas l’impression de faire étalage de ma sexualité ni de ma vie sentimentale, simplement parce que ça ne reste qu’une composante de ma vie. Mais il est absolument probable qu’un jour je vive avec quelqu’un, et que ce soit un homme – ou une femme. Je n’en fais pas publicité, tout comme je n’aurais pas à crier sur les toits si j’étais hétérosexuel, mais je n’ai pas à le cacher pour autant, ni à en avoir honte.

Enfin, pour moi, c’était chose admise, puisqu’il y avait déjà eu un scandale l’an passé. J’avais déjà écrit une lettre, où je pensais avoir été suffisamment clair. Je n’ai pas l’impression. J’ai été volontairement plus long et plus violent ici, pour vous forcer à réfléchir – et non pas à faire des phrases déclamatoires où vous dites que oui vous admettez tout et que je fais ce que je veux, même si ça vous fait mal. Parce que ça n’a pas à vous faire mal, et que vous n’avez pas à vous inquiéter, à estimer qu’il y a salissure, à craindre des regards ou imaginer des choses, que ce soit pour moi ou pour vous. Sinon l’an prochain on est reparti pour un tour et je peux déjà écrire la prochaine lettre.

C’est aussi pour ça que j’ai fait le choix de ne plus répondre au téléphone ces temps-ci : il faut réellement que vous preniez la mesure de ce qui est en train de se jouer. Ce qui doit mûrir en vous (et en moi) maintenant est le vouloir vivre ensemble de la famille, et ce vouloir vivre ensemble n’est pas qu’une affaire de sexualité du fils aîné, mais aussi (je me répète) de ce que c’est qu’être parent quand les enfants deviennent adultes. C’est agressif, c’est peut-être blessant, mais si en un an vous n’avez pas digéré et me refaites la même chose, en pire, je ne vois que ça, pour le bien de tous. Même si j’ai bien conscience qu’une seule année pour se changer de ce qu’on a connu durant vingt-cinq ans, ce n’est pas si facile que ça.

Nous en reparlerons d’ici quelques temps, quand tout ça aura un peu reposé.

D’ici là, je vous embrasse,

Olivier

01/05/06 - 19:42

CLXVI. - Scrate la zique... du premier mai.


Cet article est et demeure abrogé.

Cela selon notre bon plaisir, consécutivement à la décision empérière du lundi 1er mai 2006, rendue par Badinou César, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique, en sa première capitale.

Publication au Journal Officiel de l'Empire badinal le même jour.

01/05/06 - 17:02

CLXV. - Portrait du Chiri

Grand moment de délire... Mais je trouve que ça lui ressemble bien.



Le Chiri, l'autre soir :

"Dis, l'autre soir, je me posais une question [...] alors je me disais : quand il à froid et qu'il tremble, est qu'il claque des dents ? par ce que comme je sais que tu as peur de casser tes dents, je me disais que ca devait être l'enfer pour toi de trembler."

Je l'adore.

01/05/06 - 01:03

CLXIV. - Le moi du travail


Avec un enthousiasme fébrile, ce que permet cependant l'heure tardive du levé, hier j'ai peint, et aujourd'hui aussi. Le tout avec le nez à dix centimètres de la toile et en tirant bien la langue. Voici donc que mon autoportrait of the me myself est quasi vêtu... Quelle gloire. L'écharpe autour du cou m'aura donné bien du mal.

Avec un enthousiasme moins fébrile, mais il fallait décompresser, j'ai vu une nullité anglo-saxonne, Subterrano, qu'il est conseillé à tout Lecteur sain d'esprit d'éviter, afin de ne pas gâcher son temps.

Avec un enthousiasme légèrement fatigué par les vapeurs de thérébentine, j'ai marché au moins vingt minutes pour boire un cocktail vodka-grenadine dans une soupente estudiantine. Ma foi, le Septante-cinq est fort charmant.

Avec un enthousiasme oscillant entre susceptibilité et affection la plus difficile à dire, j'ai eu une conversation jusqu'à quatre heures du matin. Remercion Albert Cohen, dont les livres m'ont averti de la difficulté de cet exercice, et nous ont permis d'éviter quelques écueils - comme quoi les bouquins aident des fois. Conclusion : les choses sont plus claires - et je l'aime, s'il vous plaît. Qui osait en douter ?

Avec un enthousiasme culinaire étonnant, j'ai mélangé de la polenta avec du boudin blanc un jour et un pâté en croûte l'autre jour. Que Lucullus me pardonne.

Avec un enthousiasme épaté, j'ai clos Le Zéro et l'infini, d'Arthur Koestler. Que celui qui n'a pas lu ce livre lève le doigt et fonce l'acheter.


Avec un enthousiasme stackanoviste demain :

i. Il me faudra poursuivre la vêture de mon autoportrait ;

ii. Il me faudra poursuivre ma réponse à mes parents, quant à leur désespoir sur mes égarements sexuels, ce qui m'agace ;

iii. Il me faudra poursuivre les aventures du légionnaire Gneius ;

iv. Il me faudra éventuellement croiser le Gingembre et Marguerite, ça ferait du bien de prendre un pot, naaaan ?

 






"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !

Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."

Dante Alighieri, Inferno , I.





"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."

François Villon, Epitaphe, 1-4.





"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."

Mickhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, II.





"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.

Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"

P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7.
Trad. toute perso.





"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."

Albert Cohen, Les Valeureux, I.





"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."

Yukio Mishima,
Les Amours interdites, VIII.





"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."

Homère, Iliade, XXIV.





"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."

Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.





"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.

Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.

"Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."

Georges Perec,
W ou le souvenir d'enfance, I.





"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."

Herman Melville, Moby Dick, I.





"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"

Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.





"Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."

Giuseppe Tomasi,
duc de Palma de Montechiaro,
prince de Lampedusa, Le Guépard, I.





"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."

Jules Verne,
Le Château des Carpathes, I.





"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."

John Kennedy Toole,
La Conjuration des imbéciles, Un.



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