31/03/2006CXIX. - Quant on découvre Paint...
... et les comptes-rendus AFP. CXVIII. - A voté.Ce qui est effarant, c'est que tout ceux ce que je lis sont dans l'ensemble d'accord, sur les thèmes d'un pouvoir méprisant et peu représentatif, tout comme de syndicats clientélistes fonctionnant sur leur propre nombril. Je ne parle pas de mes collègues, qui recouvrent aussi à table ce genre de pensées.
Et pourtant. Et pourtant, malgré nos dires si profonds, nous devons fonctionner en vase clos, puisque toute notre pensée, notre petite révolte n'est pas partagée. Moi le premier je n'irai pas militer, tout comme moi le premier je m'intéresse de moins en moins à l'actualité : la France a toujours été le pays du militant rare.
À quoi bon voter ? J'ai toujours hurlé que le vote était un devoir, le premier devoir du citoyen. Mais pourquoi voter, quand non seulement les quelques idées et principes fondamentaux auxquels je crois sont tout juste défendus par ceux qui "politiquement" me sont le plus proche - quant à ceux qui les défendent vraiment, ils refusent par ailleurs de voir le monde tel qu'il est, pour vivre dans une analyse faite d'illusion.
À quoi bon voter ? Quand je constate que de toute manière la pyramide des âges de la France est un bel as de pique, où les vieilles générations, par tendance générale toujours conservatrices, deviennent encore plus pesantes, présentes, imposantes, essentielles ? À quoi servirait mon vote, face à la masse de mes voisins, qui défendent ce que leur a dit la télé qui les occupe toute la journée de leur retraite de petit pensionnaire à petit pécule sans arrêt réduit par l'évolution du système social ? Juste pour le plaisir de dire "j'ai dit non" ?
À quoi bon voter ? Quand je constate qu'à table, au restaurant, avec mes amis - qui pourtant ne sont pas les derniers des informés - nous sommes incapables d'inventer quoi que ce soit ? Les manifestants, les courageux, ne sont jamais que des défendeurs. C'est Astérix dans son village, qui casse la gueule aux vilains Romains, qu'est-ce qu'on se marre, mais une fois qu'il a défendu ses acquis, conservé son village et ses sangliers, qu'est-ce qu'il a à faire, Astérix ? Face à ce changement de structure non pas de notre société, mais du monde, où l'impérialisme romain des Etats-Unis est désormais menacé sur ses marches et où les "barbares" franchissent le limen pour se baigner dans Mare Nostrum, nous ne savons que pleurer sur notre passé, le défendre un tantinet. En prendre ce qui fait la grandeur, certes. Mais le reste ? Comment nous inventer ? Comment nous imaginer ? Comment être créatif et non réactif ? Ben moi, nada. J'en suis incapable.
À quoi bon voter ? Quand cette défense de notre passé idéal se retrouve aussi, pour beaucoup, dans la défense de l'ordre, qu'on charge sur des gamins, qu'on piétine des adolescents et tabasse des adultes, quand on emprisonne pour deux ans des personnes qui ont eu le culot de manifester ? La tentation de la thébaïde est immense, je ne m'en cache pas. Faites ce que vous voulez, mais ne touchez pas à mon salaire, et foutez-moi la paix. Après tout, lire des livres, écouter de la musique, ne plus chercher à comprendre quoi que ce soit, puisque de toute manière tout est mensonge, piège dans le piège et calembredaines, quand on sait cela, à quoi bon se crever lorsqu'on voit que l'instruction jusqu'à 16 ans ne sert à rien, puisque l'ensemble des pékins universels (et moi aussi !) écoutons sans discernement et votons comme des veaux, des boeufs bien châtrés qui se laissent faire ? Il suffit de promettre des baisses d'impôt, et vous êtes élu. Il suffit de promettre la défense des intérêts cachés des électeurs (prenons un exemple : les handicapés et le cancer, cause nationale de l'électorat à déambulateur et cancer du myocarde), et vous êtes élu.
À quoi bon voter ? Puisque même quand on vote, avec son coeur, ses tripes, quand on a bataillé tout autour de soit pour convaincre, quand on a lu le texte et ses annexes en entier, qu'on a analysé, qu'on a même sorti un vieux bouquin de droit et accaparé un pote qui fait du droit public (là, je parle de bibi, rapport au Traité sur la Constitution européenne), on se fait engueuler comme pas possible de n'avoir pas "bien" voté alors que tout avait été pesé, soupesé ? Car l'électeur est un veau, mais le veau a intérêt à bien voter...
À quoi bon voter ? Puisque le personnel politique non seulement est vieux, que les dinosaures du socialisme et les barons du gaullisme que nous avons, à quelques exceptions chiffrables près, sont les mêmes qu'il y a vingt ans ? Je ne dis pas que l'usage est "mal" : Clemenceau (aussi dur fût-il parfois), le petit père Combes, Poincaré, Jaurès ont bien duré des plombes sous la troisième.
Sérieusement, cela fait quelque temps que je me demande si je vais voter aux municipales, aux législatives et aux présidentielles de 2007. Non par manque d'intérêt. Mais par excès d'intérêt. Par dégoût d'avoir trop mangé du dégoût. Par lassitude de la connerie profonde, collective, et en plus, pleine de mauvaise foi.

- M'sieur l'Maire, quoi donc que c'est qu'un bibiscite ?
- C'est un mot latin qui veut dire oui.
Honoré Daumier
29/03/2006CXVII. - La dixième croisadeLa scène se passe en l'alme et clyte cité que l'on vocite Bruxelles. Tout n'y est que frites, pluie et fricadelles. La caméra se déplace un tantinet sur l'écran vers la non moins alme et clyte cité, vocitée Anderlecht cette fois.
- Sousthène ! dit Sthène.
- Sthène ? dit Sousthène, qui sait bien que Sthène n'aime pas qu'on l'appelle Sthène, mais de son nom baptismal qui est Démosthène, mais on ne peut guère aller contre les volontés de l'auteur. Sthène, donc ?
- Démo ! dit Sthène.
- Oui, alme et clyte mien mari et époux, devant la loi belge ou quasi comme, car il suffirait que l'un d'entre nous devienne simple et fidèle féal du roy local ?
- Le fidèle désormais mien coursier muni de barres guidantes et naviguant sur les flots bitumeux par les moyens pneumatiques un tantinet dégonflés mais néanmoins caoutchouteux, sais-tu qu'il s'agit d'un vélo ?
- Bien sûr, ô Sthène, et même qu'icelui appareil déambulatoire, à toi livré par les bons soins d'une féale partisane qui se monture désormais sur l'alme et clyte engin à elle fourni par une tante vénérable (ce qui explique le trajet de la première machine de la ville capitale à ton châtiau et humble castel), nécessite moult réparations, nettoyages et otations des rouilles en plaque qui l'ornent aux entournures.
- Oui, ô Sousthène, roy de mon coeur s'il n'y avait celui des Belges et même celui, regretté des Français, il nous faut donc aller quérir de quoi remettre en train de marche et même d'amble ton fier et mec à nique destrier, voilà qui nous distraiera donc fort en ce temps pluvieux car belge et ouiquenneux. Allons ! Partons, ô mon petit prince !
Ainsi Sousthène et Sthène, se parant de leurs oripeaux et de leur godelureau, d'une clef à fin de fermeture de porte et d'huis, et de quelques escus un brin sonnant dans les poches pour payer le Charon local et en plus pour faire joli dans les poches quand on marche comme son, sortirent.
Fier trajet ! Ils eussent pu, tant était grand leur courage, faire la croisade dixième, ils se contentèrent de prendre d'assaut la bouche infernale et métropolitaine qui gisait non loin de leur castel pour, par des détours connus d'eux seuls et d'Enée avant eux, rejoindre en des desseins magiques la ville capitale.
Voici Sousthène et Sthène en la ville capitale, via nova, puisque c'est la capitale et qu'à la capitale on est moderne, on parle latin. La foule des pélerins est immense, nombreuse, intense. Des marchands du Temple proposent devant les reposoirs célestes où les almes et clytes frites baignent dans le jus sacré de la graisse de boeuf des souvenirs, brimborions et colifichets forts jolis car forts chers. Des ouatures circulent en vrombrissant et des secoutères menés par des secouts partant au djimeboré du ouiquennede remplissent les trous. Cela fait un pâté assez tonitruant pour les deux héros héraults de la défense des almes et clytes mécaniques que l'on vocite vélos, lesquels seraient néanmoins plus almes et clytes si l'on avait la chance, en cette via nova, de quoi trouver pour les réparer.
Mais ô joie céleste ! Entre les courants, flux, reflux et même un peu rus et ruisselets de la rue neuve s'érige sur un coin un fort beau meuble tellement bel et élégant qu'il est in meuble, et ils y entrent, Sousthène et Sthène.
- Koadonkevouvoulé leur vocite doucement Oris, mariton de séant qui trône entre d'atroces mécaniques et des rouages non moins inquiétants qu'on dirait établis pour la meilleure des tortures sportives.
- Le bon jour, beau sire, et que le doux Sire Jésus vous bénisse, commence Sousthène à Stiv.
- Sthène, je crois que l'alme et clyte Oris point à nous ne s'adressait, mais vocitait plutôt kèkchoz en direction de cette excellente rombière, laquelle oscille entre l'achat d'une ceinture à suer qui n'est point pour chaste et thés, hélas, et l'acquêt de barres énergisantes à taux réduits en cale aux riz.
- Merde, dit Sthène à Sthène.
- Satupeudire, alleï, dit doucement Oris qui en a finit avec la tendre jouvencelle, laquelle part in fine et vers les caisses avec un ballon doré pour son fifils Alain (car les Belges sont des sauvages : Alains, Nerviens, Ménapiens, Bellovaques, Atuatuques, Ceutrons, Grudiens, Levaques, Pleumoxes, Geldumnes zézautres). Mais narrez-moi, beaux sires aux rayonnants regards - car je vois que pour venir en pélerinage jusqu'icelle via nova sed dolorosa amen vous fîtes quête qui transforme le vostre voyage en neuvième croisade - ce qui vous amène de par ici ?
- Nous, commença Sousthène, venons bicoz le sien coursier muni de barres guidantes et naviguant sur les flots bitumeux par les moyens pneumatiques un tantinet dégonflés mais néanmoins caoutchouteux qu'on vocite vélo a l'âme de travers et la selle de même, ce qu'il nous faudrait réparer.
- Ce qui n'empêche pas que l'acquêt en sus de chambres à air pour ferrer les pattes de cette fière jument afin qu'à Bruxelles en vélo on puisse dépasser les autos ne me serait guère inutile, sais-tu, complète Sthène, qui n'aime guère qu'on l'appelle ainsi, mais il faut bien tenir compte (avec solde et report débiteur) de l'avis de l'auteur, non mais oh.
- Je vois, se frotte les mains en causant doucement Oris, lequel fait ça plus par habitude que parce qu'il a faim, quoique sa baraque mercantile non loin d'une belle à gaufres se dresse, ce qui ne doit pas amener le Lecteur à supposer que d'autres choses se dressent, on a sa dignité tout de même à quand bien on n'est que Ouallon. Mais narrez-moi donc quelles sont les spécificités volumétriques et mensurationnelles de votre specimen ?
- Vingt centimètres, commence Sthène avant que Sousthène lui flanque un coup dans les côtes. Roh, ça va, l'assureur, tu ne vas pas chipoter sur deux ou trois clauses, continue Sthène après que Sousthène lui flanque un coup dans les côtes.
- Hélas, alme et clyte Oris aux doux effluves langagiers, c'est bien plus qui nous amène en la vostre échoppe mercantile et néanmoins achalandée d'atroces mécaniques et de rouages non moins inquiétants qu'on dirait établis pour la meilleure des tortures sportives. Car nous faut donc chambres à air, selle et même peut-être panier où l'on met poireaux et patates en revenant du marché pédalant gaiement car en vélo à Bruxelles on dépasse les haridelles.
- Or donc reprend Sousthène massant d'un air inquiet sa côte et ses côtelettes et cependant impatient de monter des côtes à coups de reins et de vélocipède, ce nous faut donc chambres à air, dimensionnées de rayon trente centimètre car mesuré avons-nous.
- Arlof, arlof, arlof, hurle de rire doucement Oris, arlof, bé, cé qu'avec ça je suis guère avancé. C'est précision chirurgicale, en pouces zé en inecheu qu'il me faut, et quand je dis zen inecheu ! Zen fite, même, pour être sûr que votre chambre à air aux miennes correspond.
- Dis, Sthène, dit Sousthène à Sthène, roy de mon coeur s'il n'y avait celui des Belges et même celui, regretté des Français, t'es sûr qu'il ne nous fait point oncques propositions fort alléchantes quoi que patibulaires et condamnées par Concile de Létron en sa Remarque humble et pastorale du 13 ?
Sthène jette un regard terribeul à Sousthène, qui se dissout devant Sthène (quoi qu'en privé on dit qu'il est sous Sthène, aussi).
- Tt, tt, tt, tt, t'as pas répondu à la question, dit doucement Oris.
- Anglais ne veut, Belge ne puit, Sthène suit, comment veux-tu adoncques que j'entrave un tantinet, un brimborion, un colifichet même mécanique à tes inecheus et tes fites ?
- C'est, rétorque Oris doucement, démantibulations et anéantissement systématiques des harnois circulaires de votre haquenée qu'il faut faire, doux sire, afin d'y trouver les référencezen inecheus zé fite, pour ne pas dire yardeu mais cela m'esbaudirait fort.
- Sthène ! piaille Sousthène, hélas, mille fois hélas, quel mire trouverons-nous séant pour ensuite soigner ton bel étalon ainsi démantibulé afin qu'on lui lorgne dans les roues les mensurations de la chambre à air, par nous tant désirée ?
- Le meilleur, un médaillé, un mire or. De toute façon, réparer un canasson même métallique qu'on vocite vélo, tout mire adore, réplique tout de go Sthène, qui n'aime guère qu'on l'appelle ainsi, mais il faut bien tenir compte (de bilan et de résultat) de l'avis de l'auteur, non mais oh.
- Moué, gromelle Sousthène, mais de bon mire je n'en connais qu'un : Ad, mire à Scion.
- Trop loin. Donc, dit Sthène, se retournant vers l'alme et clyte Oris qui commence de bailler aux corneilles et autres rouages sinistres parmi lesquels il trône, si je reviens avec l'haridelle les roues démembrées à fin auscultatives, vous sauriez lui trouver chambre à air et à sa mensuration ?
- Point n'oublierez cependant, glisse inquiet Sousthène qui s'en laisse pas compter, d'user de gel pour faciliter l'installation à quand bien même mensurations conviennent, hein ?
- Wiwi, gromelle doucement dans sa barbe Oris se tournant vers un client plus prometteur, koadonkevouvoulé ?
C'est ainsi que muni de sciences nouvelles mais les mains vides Sousthène et Sthène quittèrent la via nova, sise en l'alme et clyte ville capitale des terres belges pour s'en carrer un derrière l'oesophage faut pas déconner au café à pédé local, et que s'achève la première partie de la dixième croisade.
*****
L'Auteur de ces dires ayant dans le désordre dégusté un grand verre de grenadine, embrassé son Chiri lequel s'est levé de son lit de douleurs et de migraine et rembrassé au retour le Chiri dans le cou et pour le coup (et ne narrant pas, par bienséance, le fourrageage d'entrejambe nécessaire à toute déambulation en appartement ouiquenneux), s'empare du luth de l'autre salope de Muse pour narrer la suite de la dixième croisade.
Sousthène et Sthène, forts marris et guère maris cependant car aucun d'entre eux n'est belge, ce qui leur est grande douleur, quittèrent donc l'alme et clyte via nova (sed hic et nunc dolorosa, non possibile est detrouver facilimente una nova copula aeri camerata causa) pour s'en aller, clopin clopant car sans baïllessiqueul réparé, vers le céleste gîte, tout juste perché sous les nuages, où les attendait Decima, Parque moderne car couseuse et couturière mais causeuse et roturière.
Montée torride ! Voyage épique ! Mais narre-moi, ô l'autre salope de Muse dont j'ai pris le luth, les marches et les héros sans nombre qui montèrent ces escaliers vertigineux au nombre de cinq étages sans compter l'entresol et le palier. Sais-tu dans quel état pantelant ils arrivèrent au terme de l'interminable montée, travaux devant lequel Hercule, que dis-je !, Héraklès lui-même eût reculé avec frayeur, ainsi que le terrible Cerbère aux bouches infernales devant le fils d'Alcmène ?
C'est donc pantelants qu'ils arrivèrent au gîte de Decima, laquelle, ne se laissant pas dire, repris subito sans sancto son ménage constituant en la frénétique envie de fraise et de nettoyage de sa vaisselle, non faite depuis quelques mois et s'entassant dans tout l'appartement entre les jeannettes, les bustes, les fils, les dés, les dessins préparatoires, les tortillons, les dessins définitifs, les pinceaux, les patrons, les ouvriers et même le prolétariat.
Poussant les fils de cotons et les fils électriques, les bouteilles vides et celles en voie de l'être, les cadavres et les squelettes dans le placard, c'est difficilement mais avec succès (sinon, où irait l'histoire ?) que Sthène et Sousthène trouvèrent deux, et même trois, verres suffisamment grands et propres pour y contenir de quoi boire.
Mais voilà qu'au terme de trois cédés et d'un peu plus d'une heure d'attente Decima en vint à finir sa vaisselle en retard et son stock de gâteaux, répondre aux admirateurs internautiques et électroniques qu'elle venait de contacter, bref, une fois qu'elle eut changé vingt fois et mille en plus parce que c'est pas poli de rire des femmes et c'est bien fait pour votre pomme de vêtement, ils partirent de nouveau dans les rues de Bruxelles la belle (même sous la pluie, mais les gens du Nord ont parait-il dans les yeux du bleu qu'ils n'ont pas dehors, mais dans ce das le bleu belge ressemble à du marron céfran pense l'Auteur), nos désormais trois héros descendirent en triplette mais pas trop vite c'est vachement raide les cinq étages, le palier et l'entresol sans compter le rez de chaussée et se dirigèrent à petons et sous la pluie vers le Bihikselle, café à pédé local sis en l'alme et clyte ville capitale des terres belges pour s'en carrer un derrière l'oesophage faut pas déconner, et que s'achève le premier interlude de la dixième croisade.
Narrons cependant, bien que c'est très mal d'anticiper et de montrer toutes les ficelles du métier au benêt lecteur, que Décima avait avec elle deux sachets de soupe vermifugée et déshydratée, qu'elle serrait avec attention dans son petit poing de couturière de peur que la pluie qui commençait à tomber telle la cyprine des fesses d'une goudou en époque de soirée lesbienne n'humectât le Knorr belge.
*****
L'auteur en était donc au moment où le trio, constitué de deux chromosomes Y et de quatre X, s'en allait faire son chemin à flanc de colline, le long du Coudenberg. Koidontilvonfér, peut se demander l'auteur, et même un peu le lecteur, qui se perd non seulement à les suivre tant les rues sont mal foutues et parce qu'il ne sait pas trop vers où les diriger.
- Où va-t-on ? dit Sousthène un peu à Sthène, un peu à lui-même.
Je lui réponds que je n'en ai guère idée, mais que tant que c'est vers un café, un brin alme et clyte en tout cas où l'on peut siphonner, tout ira bien. Parce qu'avec ce qui commence de pleuvoir, va falloir sérieusement siphonner pour extraire toute l'iau infiltrée par le biais des trous poreux de l'organe le plus long de l'homme, appelé communément peau et accessoirement saloperie à laver quotidiennement. Par ailleurs, l'introduction d'éléments liquides d'une densité supérieure à celle de la plate boisson dans les cellules d'un corps frigorifié permet, par subtil équilibre de pressions, de chasser hors des moindres interstices du buveur les sinistres et méchants mélanges externes apportés par la pollution et le temps qui se couvre vraiment vachement depuis qu'on cause.
On cause, on cause, mais ce n'est pas tout ce qu'on sait faire : on avance, mais ce n'est pas assez. Ce qui oblige encore un soliloquement, on n'est plus à ça près. Bref, vous en faisant grâce, supposons, hop, que Sthène, Sousthène sous Sthène (la route est en pente, suivez, quoi, mais à la queue leu leu elle est pas large) et Decima approchent du café tant cherché. Coucou la populace, hennissent-ils en pénétrant. La populace lève un oeil torve de son Cola déquanillé de sucres, et retourne ses zyeux vitreux vers le ptit écran plat à smat où déferlent des images filmiques. La barméd, professionnellement imperturbable, lui ressert une rallonge à deux septante.
Coucou la populace, réessaie le trio, convaincu malgré tout, surtout qu'il en veut à la barméd. Elle essuie le comptoir, plante ses mains dans ses poches et tanguant vers Sthène elle lui colle un bécot, un vrai de vrai, un à la belgeoise, celui qu'y fait qu'un tour rapide sur une joue, on va pas en donner deux à chacune, rapport à la jalousie, servir tout le monde ça cause trop de problèmes, suffit de regarder Wallonnie et Flandrie. Tour à Decima. Et papote avec Sthène, que je te commence l'intégralité. Sauf que l'intégralité, on s'en tape, parce que Sousthène est là qui fait de grands signes discrets et pleins de léger reproche, genre tu ne m'as pas vu yfo que tu m'embrasses. Déplacement latéral de Lorélie, qui permute sur sa jambe droite et se trouve, suite à la translatation d'icelle, face à Sousthène, bécot rapido, et hop que je te retourne à la converse.
Sousthène a eu son bécot, c'était l'objet de la quête pour sa dixième croisade. Il peut donc la considérer comme achevée itemissamen, mais bon il va pas tout de même laisser tomber les copains, alors il s'affale au comptoir.
- Kèkjetesèr, demande la barméd.
- Un léruss, soupire doucement Sousthène, qui est volontiers rancunier.
- Un léruss ? Koikessé, demande le Lecteur.
- Chut, tu vas le déranger. Faut pas gêner la construction d'un léruss, glisse l'Auteur.
- 'ttends, j'regad.
- Tssssssss !
Mais Sousthène n'a pas eu le temps : le léruss est servi, il est là, dans son verre, et il ne peut que constater le miracle de la petite bande sombre qui flotte et oscille entre les deux grandes zones toutes blanches, celle du dessous commençant de pleurer de longues traînées brunes. Dommage qu'il faille mélanger, mais rien qu'en trempant dedans le piti gâteau au café offert, de toute manière tout s'éparpillerait, se fondrait, se dissoudrait en des nuages d'ocre moribonds, de terre de Sienne brûlée défuntant, avec juste un chouïa de cadmium là où la lumière effleure. Alors...
Sousthène et Sthène ont vidé leur verre en même temps. Râh ! Encore un que les Belges n'auront pas. Ils se sentent pris de grands élans philosophiques, car que faire sinon quand on a bu ? Ils philosophent, parlent de comparaison : qui a la plus longue histoire d'entre la France et la Belgique, et conviennent, doctes, que le rognon n'est bon que pas mangé. Ce n'est jamais que pour les occuper, toumanièr, puisqu'il faut surtout attendre Lorélie, qu'elle clôture sa kèsse et range ses bouteilles.
Lorélie clôture sa kèsse, range ses bouteilles, et lorgne en Bonux les petites zannonces sur l'internet, question coeur et astrologie, y'a des fois où l'on a de la chance et où on pourrait trouver de quoi s'occuper à sacquebouter le samedi soir on perd rien à essayer de gagner. Sousthène et Sthène lorgnent la fin de leur verre vide. Decima pleure parce que les soupes n'ont pas convenu à Lorélie, qui n'en mange que des vraies.
Le Lecteur, qui se mêle d'ailleurs de plus en plus à cette histoire que c'en devient indécent, franchement, est-ce qu'on gêne un artisan au travail, est-ce qu'on ose dévier la troupe de la dixième croisade de son alme et clyte chemin c'est vraiment un monde, ça, songe que Lorélie est bien cruelle. C'est faux. Lorélie est fatiguée : elle a standbâillé derrière sa planche de chêne à servir des léruss aux lourdauds qui s'emmêlaient de l'embêter toute la journée. C'est que le léruss, c'est pas facile à faire, faut dire. Or donc Lorélie a bien le droit de choper un bout d'ordinateur, et de faire poireauter son monde. D'autant plus que les pèzes promises par le tenancier local (bien qu'alme et clyte, comme tout ce qui vaticine à Bruxelles, s'entend) tardent à rappliquer, rapport à la difficulté de trouvance du portefeuille. C'est comme qui dirait un dû syndical, mais c'est pas avec ça que la dixième croisade avance.
CXVI. - Promesse pour moiPlus d'autre écrit à ma gloire tant que la dixième croisade n'est pas achevée. 28/03/2006CXV. - Sur le frigoChiri, je voudrais vous dire cependant - malgré toute l'insistance malencontreuse, lourde et absconse dont j'ai certes pu faire preuve pour cause d'hormones qui traînent à mes grands dépens, hélas - que la plus belle image de ce ouiquennede, c'est notre sieste lundi sur votre canapé.
Vous me manquez, et j'ai peur pourtant de trop vous embêter. CXIV. - L'envie se passeEcrire est un drame, parce que je n'arrive jamais à terme. Voir les autres agir est une consolation.
Je ne suis fait que pour des choses inachevées. C'est peut-être mon instinct de jaloux, qui fait cela. Un texte, une histoire fini, ce sont des choses trop indépendantes. Ou peut-être est-ce une incapacité notoire.
Récapitulons. Il faut que j'achève une dixième croisade, un feuilleton, une toile représentant Dante aux enfers, sans compter tous les bouts de brouillons tout juste débutés qui traînent dans le cervelet ou le disque dur.
Le plus grand succès de ce soir aura été d'achever le repassage. On a les victoires que l'on peut.
26/03/200622/03/2006CXII. - VIHAux dernières nouvelles, ce soir j'étais encore séronégatif et non syphilitique.
Cependant, les dix minutes d'attente dans le bureau vide (le médecin ne retrouvait pas mes analyses) m'ont sérieusement fait gamberger. Car s'il durait, c'est que c'était sérieux et qu'il fallait qu'il trouve les mots...
Ben non. Tout va bien.
Ouf, et soulagement égoïste. 21/03/2006CXI. - Ce soir...Merci mon Chiri de m'avoir parlé ; j'avais le vague à l'âme, tu m'as écouté.
Je t'aime.
Vivement ce ouiquennede. 19/03/2006CX. - Le complot mondialJe ne vais pas tenter de tomber dans l'accusation qu'il y a complot, qu'on nous ment et qu'on nous cache des choses, néanmoins je me pose quelques questions sur l'H5N1.
Je récapitule les éléments que je connais à son sujet :
1. - C'est non pas une "grippe", mais une "peste" : la transmission est foudroyante et l'animal malade n'a que quelques jours à vivre.
2. - La maladie touche avant tout des oiseaux, mais a atteint aussi des chats et des hommes.
3. - La maladie est venue en Europe par des oiseaux migrateurs, mais s'est déclarée en Asie.
4. - Les humains décédés des suites du H5N1 l'ont attrapé parce qu'ils vivaient dans des milieux confinés, où ils pouvaient continûment respirer les sécrétions respiratoires, les plumes et les poussières souillées (cas d'élevages massifs).
Je me pose des questions :
1. - Moi, j'ai appris en primaire que les oiseaux migrateurs quittent l'Europe pour aller dans des pays chauds durant l'hiver, et reviennent au printemps. Or, la grippe s'est déclarée en Europe avant le retour des oiseaux migrateurs, dès février. Par ailleurs, le chemin qu'elle a suivi correspond grosso modo à la route de la soie, qui reste, si mes souvenirs sont bons, encore un axe de communication marchande important.
D'où :
i. Existe-t-il des oiseaux migrateurs qui ne vont pas en Afrique mais en Asie, et reviennent plus tôt ?
ii. Si la maladie est foudroyante, comment a-t-elle pu se propager aussi rapidement (deux mois) jusqu'en Europe ? Supposons un canard chinois qui décide de rentrer en plein hiver en Europe. Il est malade. Il meurt donc au bout de trois jours. Il a eu le temps de contaminer un de ses petits camarades, qui va mourir un peu plus loin : la maladie avance par saut de puce. Mais la question est : une succession de bestiaux malades peut-elle voler suffisamment rapidement pour traverser toute l'Asie et arriver en Europe (dans l'hypothèse où l'on admet qu des oiseaux migrateurs font le trajet Europe / Extrême-Orient) ?
iii. Si ce sont bien des oiseaux migrateurs, avec la rapidité de la maladie, des oiseaux morts de maladie auraient dû probablement être retrouvés tout le long du trajet. Or, on en a trouvé en Asie, et puis brusquement en Europe. Rien entre les deux... même si on peut justifier du bordel politique qu'il y a dans ces régions, faisant passer la grippe aviaire loin derrière les multiples assassinats et autres massacres locaux.
2. - D'où c'est là que Bad il se demande si la grippe aviaire n'est pas un truc propre aux animaux d'élevage - un peu comme la tremblante du mouton, l'encéphalie spongiforme bovine, et cetera. Je m'explique :
i. La grippe aviaire s'est déclarée en Asie, et a été repérée avant tout dans des zones d'élevage intensif de volailles, sans qu'on répercute dans les media de cas d'animaux sauvages atteints de la maladie.
ii. Elle a suivi des axes marchands et est brusquement apparue en Turquie, qui sert de plaque tournante entre l'Asie et l'Europe (par exemple pour le plein des vols longs-courriers).
iii. En France, elle s'est déclarée d'abord dans les Dombes, qui sont certes une région marécageuse, mais aussi un grand centre d'élevage de volaille. Elle a ensuite été recensée dans les grandes zones d'élevage (Bresse...). Il se peut qu'effectivement elle soit statistiquement plus identifiable là-bas... et puis un animal domestique, ça se suit, contrairement aux animaux sauvages, qui sont moins soumis aux statistiques. Mais cependant, pourquoi n'y a-t-il pas explosion de la mortalité des oiseaux sauvages (même s'ils se cachent pour mourir) ?
iv. Bref, si je me demandais tout ça depuis une petite quinzaine, j'avoue qu'un article du Canard enchaîné (édition du 15/03/06, page 5) m'a conforté là-dedans : le Laos n'est absolument pas touché par la grippe aviaire. Non pas parce que les oiseaux migrateurs, pour des raisons étranges, sont arrêtés à la frontière, mais parce que dès que la maladie s'est déclarée, le Laos a fermé ses frontières à la volaille de Thaïlande, "et que les éleveurs n'y nourrissent pas leurs bêtes à plume avec des aliments industriels (lesquels sont composés, entre autres ingrédients, de matières fécales, plumes, litières, etc.)".
Bref, en disant qu'il faut enfermer les volailles ne risque-t-on pas d'augmenter la probabilité que la maladie se répande de manière plus foudroyante ? En disant que ce sont les oiseaux migrateurs, ne fait-on pas tout pour se dédouaner niveau responsabilité ? La maladie n'a-t-elle pas une cause humaine ?
Je n'ai aucune réponse, mais j'avoue que des avis éclairés sur la question me seraient d'un grand secours, là...
Bad. - Qui a toujours aimé le blanc de poulet.
CIX. - Donnez-moi un Pivot et une barre, et je soulèverai le monde.Aujourd'hui, les petits plaisirs du lecteur en glandouille.
1. - L'Histoire Auguste
En vadrouille hier chez un libraire, histoire de me rassurer après la séance frénétiques et malsaine d'achats de fringues (quoi que ma garde-robe en eût grandement besoin, et tout n'est pas fini), je cherchais les Satires de tonton Juvénal. Et poum, alors que j'étais à cacabozon devant le rayon, miracle.
C'était énorme. Monstreux. Jamais vu quelque chose d'aussi miraculeux, d'aussi inattendu. À en baver, et j'en bavais. En plus, c'était très bien emballé.
J'avais devant moi L'Histoire Auguste, magnifique petit ouvrage d'un bon millier de pages narrant les actes, exploits et mythes des Empereurs depuis Hadrien jusqu'à Numérien, écrit vers la fin du IV° siècle. J'en avais maintes fois entendu parlé, mais je pensais que c'était un de ces trucs qui ne sont plus édités, si ce n'est dans des ouvrages de spécialistes coûtant la peau des fesses et le reste au demeurant.
Et c'est tout bêtement imprimé par les éditions Robert Laffont, dans la collection Bouquins. Des fois, je me mangerais de bêtise.
Ceci étant, si quelqu'un sait où je pourrais trouver l'Illioupersis, qu'il me fasse signe.

2. - L'Outremangeur
Là, c'est un emprunt fait à la médiathèque, et une très bonne surprise : une bédé. L'histoire d'un commissaire de police dépressif qui fait la bagatelle de 160 kilos et qui n'a plus qu'un à deux ans à vivre à force de boulimie.
Un jour de mauvaise humeur, il décide de quitter son bureau pour s'occuper personnellement d'un meurtre. Manque de pot (ou de chance), il est le seul à trouver les preuves et la coupable, la nièce adoptive de la victime - ses collaborateurs ne brillent pas par leur intelligence.
Et c'est là que ça part en couille. Le poulet propose à la poulette de faire disparaître les preuves d'ici un an si, durant toute une année, elle accepte de passer tous les soirs chez lui de 21h à 23h pour dîner avec lui. Uniquement dîner. Si elle refuse, il ira voir la presse à scandale, qui ne demandera pas mieux que de faire du foin avec la bavure d'un commissaire adipeux et égrillard, qui de toute façon s'en fout.
La fille est prise au piège, et accepte le marché, l'étrange contrat.
Et, durant un an, ils mangent ensemble tous les soirs.
J'ai trouvé cette bédé très agréablement hors norme. C'est de Jacques Ferrandez et Tonnino Benacquista, chez Casterman.
Post-scriptum : Je découvre même que cette bédé a été adaptée au cinéma en 2003, avec E. Cantona dans le rôle du commissaire et R. Brakni dans celui de la fille, réalisation de T. Binisti.18/03/2006CVIII. - Y'avait le feu...
P'tit moment d'émotion : le temple de Vesta, où brûlait le feu de la civilisation symbole de l'Eternité de la Ville.
Feu éteint en 394 sur l'ordre du pape Sirice, quand Rome fut conquise par Théodose, empereur chrétien, après avoir donc brûlé continûment 1187 ans.
Ô saintes Vestales, almes gardiennes de la civilisation et du Palladium énéen, que j'envie qu'une chose aussi grande que l'empire universel ait pu se concentrer dans un lieu aussi petit et modeste. Dire que maintenant pour le moindre crottin, pour la plus petite paillette, il faille les sunlights médiatiques, la réputation d'un kleenex et la folie des hommes. CVII. - Scolaire, vous avez dit scolaire ? | |
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Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.
Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encore du baiser de la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.
Gérard de NERVAL, Les Chimères (1854). |
À mettre sur le frigo : Toute citation est fausse, car elle ôte du contexte. La citation admirative n'est guère sujette à moins de caution que celle confite dans la haine maladive. De fait, seul se peuvent citer une phrase ou un texte relevant du domaine de l'art, car alors ils sont à eux-mêmes leur propre fin, existant sans contexte ni prétexte. Tout le reste n'est que débat parcimonieux dont le but est une Philippique.
15/03/2006CVI. - Mon petit quotidien1. Tests divers ce soir.
Encore heureux que l'institut Alfred-Fournier a la bonne idée de faire un nocturne le mercredi soir à l'attention des glandulaires cadreux qui sortent plus tard qu'ils ne l'escomptent et n'arrivent pas à se lever le samedi avant 15h.
Le dernier test était en août. Non que je prétende avoir mené une vie de débauches ignominieuses, mais on se sent toujours une pointe d'inquiétude - quand bien même on se dit toujours que si, on n'a fait qu'attention, qu'on est un modèle de vertu et de sagesse (ce qui est faux, bien sûr, quoi qu'on veuille). J'irai quérir les réponses la semaine prochaine, et je me doute bien qu'encore moins que ce soir je n'arriverai à lire pour poireauter. Tout juste à faire semblant.
C'est bien sûr toujours dans cette période d'attente qu'on passe en revue, sur au moins les six derniers mois, tous les symptômes, tous les bobos et les fatigues. Le stress et la lassitude. Les diarrhées et les rhumes. Les migraines, les hernies, les fourmis dans les jambes, les lumbagos, les difficultés à nouer la cravate, la saleté de l'appartement, les nuages dans le ciel et le renflement du bedon. Le moindre indice est dans mon cas convoqué devant la Cour, analysé, disséqué, anatomisé et, avec un secret espoir, renvoyé dans le boxe dans l'attente du retour du jury.
Le public était toujours le même... quelque honteux qui se planquent et viennent en célibataire (dont moi), les jeunes couples, le plus souvent hétéros, pour lesquels c'est l'ultime stade avant l'installation et l'achat du frigo. Je crois que nous faisons tous la même tronche, mélange de refus de regarder autour (au cas où il y aurait un pestiféré) et espoir inquiet. Je vais être cruel : l'essentiel des couples hétéros (pour la plupart, répétons-nous) qui rappliquent, à leur tronche, ils ont pas beaucoup de probabilités contre eux. Tout le problème est dehors, en-dehors de ceux qui viennent. Mais bon.
Fin du vague sursaut militant.
2. Ayé, je suis un vrai pédé sexuel du cul et de la capitale.
Je viens de recevoir ma première invitation pour une des soirées de ce site et parisiennes. Soit manque de victimes, soit simple fait d'être parisien (hélas), soit effectivement volonté et désir de renconter l'excellence du Badinou, peu importe. J'en suis. Ou presque. On m'a proposé d'en être.
Je serais certainement très beau comme tapisserie, entre deux trucs au soja que je ne peux pas manger, ou des gros steacks de viande. Parce qu'une pédale, c'est connu, ça ne déguste que light de chez Galvine Gleine, soit un gros morceau de barbaque en sous-sol, parce qu'on est un homme, un vrai.
Tant pis. J'aurais même pas à me demander si j'ai envie d'aller à ce grands raouts, peut-être sympa, peut-être absolument naze, parce que le billet de Thalys est déjà commandé pour ce ouiquennede.
Ouf. Un dilemme de moins : je peux donc vivre.
3. Ayé, je suis un vrai pédé sexuel du cul (bis)
L'atelier travaux pratiques-MJC de ce ouiquennede a abouti en la quête d'un cadre de liège, la peinture d'icelui cadre avec de la peinture acrylique aspect bronze (parce que le bois clair du cadre sus-évoqué ne pouvait en rien aller avec l'ambiance du mur à lui destiné), l'accrochage de ce cadre par le moyen de deux clous, d'un marteau et d'une langue consciencieusement tirée et l'admiration dudit cadre, vierge autant que la Ciccolina avant son premier tournage.
L'activité du lundi a donc été d'accrocher, de façon artistique sur icelui cadre des photos et autres cartes postales. Pour l'accrochage artistique, il convient de disposer d'un espace plan, sur lequel on verse les éléments susceptibles d'être accrochés en vrac, de préférence face visible vers le haut. Rapprocher ensuite les pièces ainsi disposées afin de réduire le vide entre elles, la Nature l'ayant en horreur, et essayer de reproduire sur le liège, par le moyen de punaises, le happening installationnel ainsi constitué. Tirer la langue et loucher rend la chose plus artistique.
On constatera que tirer la langue étant commun entre l'enfonçage de punaises et de clous, on peut se demander légitimement si planter un clou est artistique ou si c'est dans la langue que réside tout l'art.
Vous avez six heures...
[...]
Merci pour vos copies, rendu la semaine prochaine. L'autre question problématique est : oui, j'ai accroché, mais tout n'est pas rempli. Que faire ? J'hésite entre boucher les trous avec des publicités de mon entreprise et me suicider devant cette oeuvre ratée.
4. Ma petite entreprise
On se demandait ce qui permet de "monter" dans une boîte. Leçon de cette semaine : ni le mérite, ni la volonté d'améliorer les choses, ni les succès passés.
J'ai appris hier que pour qu'un collègue devienne le numéro 2 de mon futur ancien service (périmètre triplé, responsabilités accrues, équipe multipliée par sept) il lui a fallu de longues années pour faire preuve de son tempérament acariâtre, de son refus de la collaboration, de son isolement systématique, du frein apporté à toute velléité d'amélioration et d'optimisation, de son don pour la rétention d'information sans compter son impolitesse récurrente et, parfois, sa lâcheté quant au fait d'assumer des actes et des responsabilités, sa méconnaissance de ses propres dossiers et sa malhonnêteté intellectuelle.
Bref, je ne le porte pas dans mon coeur, et cette nomination me reste en travers. À cela, deux possibilités : me dire que j'ai raison d'avoir démissionné et qu'ailleurs je trouverai plus de reconnaissance ; me demander ce qui serait arrivé si j'étais resté. J'oscille.
Mais je me console en me disant que ça va exploser avec ses nouvelles équipes, où il y a de fortes têtes qui ne vont pas se laisser compter par un tel sapajou. Au moins voir leur tronche quand elles ont appris la nouvelle m'aura consolée et fait sourire.
Quoi, je suis une ordure ? Oui, une ordure amère. Penser qu'un zyg de 26 piges puisse mieux connaître l'activité de ce putain de service et avoir mon niveau de compétence que tous les autres était à la fois extrêmement avantageux pour mes responsables (pour ce que je leur coûtais niveau salarial) et impensable (puisque tout espoir de promotion ou du moins de reconnaissance effective de ce que je faisais m'était refusé, bien que, bien entendu, j'étais un pilier du service et le Groupe comptait sur moi). Et, le pire, c'est que c'est aussi impensable à l'extérieur, lors des recrutements que j'ai essayé de suivre. Trop jeune pour ce que je peux espérer maintenant. Être adjoint ! À 26 ans ! Sans être X ! Allons, soyons sérieux, vous ne voulez pas plutôt être sous-fifre dans cette équipe ? Ah ? Vous n'étiez pas sous-fifre ? Allons, il faut penser projet professionnel.
J'espère au moins que le choix que j'ai fait est le bon, et que mon nouvel employeur saura me donner un peu plus d'envergure. Sinon je sens que je vais devenir un mec aigri. Et les mecs aigris dont les dents rayent le parquet, c'est chiant.
13/03/2006CV. - Mendelssohn... Allez, zou, pendant que le Chiri gagne durement sa vie derrière son comptoir, un p'tit peu de Mendelssohn, il m'a donné envie d'en écouter, l'autre sauvage.
Felix Mendelssohn, Symphonie n°1 opus 11 en ut mineur, par C. Abbado avec le LSO, chez DG, ça ira pour le souper ?
(Je vous ai dit que j'ai vu Abbado, de mes yeux vu ?) CIV. - And now, Ladies and Geeeeeentlemen, theeeeeeee....
Pink Floyd !
Pablo Picasso, Le Flamand rose.11/03/2006CIII. - Quand je discute... avec un surréalisteC*** - t'as pas l'air tres interessant
Badinou - Mais je sais, et je t'en prie.
C*** - donc que je doit faire je te laisse ou tu veux que je continu avec toi ?
Badinou - Bof, je pense que tu peux me laisser...
C*** - ok je pense que si je cherche qqun de tres beau c'est sur il ne voudra pas de moi et la je cherche qqun pas tres beau il ne veut pas de moi non plus
Badinou - Ah bah c'est flatteur, ça, merci ! Avec ce genre d'argument, tu ferais vraiment tout pour capter mon attention.
C*** - tu as compris mon message alors mais je dis la verité et je suis franc
Badinou - Récapitulons :
i. Tu me contactes.
ii. J'ai la tête suffisamment ailleurs pour que tu puisses comprendre que je n'ai guère envie de répondre, et que si je ne réponds ce n'est que par politesse minimale.
iii. Tu me réponds que tu cherches quelqu'un de pas très beau... tout en me contactant.
iv. Donc soit tu considères que je suis laid, soit ce n'est pas moi que tu "cherches".
Dans la simple hypothèse où j'eusse été intéressé par ta candidature, tes accumulations de bourdes ne jouent pas en ta faveur.
Par ailleurs, si tu avais fait l'effort de regarder un peu plus mon profil, tu aurais vu que je suis avec quelqu'un, que j'en suis très content et que je ne "cherche" pas.
Bref...
Basta !
Et, réponse, ce soir...
C*** - merci en tout ca mais hiere soir ce n'est pas moi qui t'a envoyé le message mais je suis content pour toi et aussi pour te dire : moi si j'ai deja un petit copain je ne viens pas sur le net car un jour tu peux aussi te trompe ton petit cheri voilà et bonne chance a vous deux
Y'en a vraiment pour lesquels c'est impensable qu'on puisse être sur un site comme ça sans avoir envie de mettre sa biroutte dans tous les trous à muqueuse qui traînent ! Qui ne comprennent même pas que s'il y a un système de blog, certains peuvent n'être là que pour le blog... ou pour le plaisir tout simple de papoter.
Or donc, ce sémillant garçon m'a donc appris qu'à partir du moment où je me connecte, si j'ai bien compris sa grammaire inventive, le net est si puissant, si fort, si hypnotique que bim je tromperais d'office dans l'hypothèse où j'ai un copain. Surtout avec le premier Casanova venu. Surtout avec quelqu'un d'aussi franc, honnête, et plein de bon sens quant à ses techniques de drague.
Sans compter la menace comminatoire du "bonne chance à vous deux". On n'avait pas besoin de tes malédictions, sinistre imbécile. Comme si c'était de la chance, l'affection ! Comme si ça dépendait de la Fortune. Pffff. Y'en a qui ont vraiment encore beaucoup à apprendre, et ce n'est pas qu'en orthographe.
Bad, furibond, et qui se demande s'il va désormais répondre par politesse aux messages.
09/03/2006CII. - Flamand rose attitude.Bon, zou, je me dis que les autres se sont tous des cons, et que moi seul ait raison, contre tous !
Vive la Flamanderie ! Bouh, zut, crotte, na !
CI. - Commentaire...En fait, la réunion a bien commencé à 7h30 du matin.
Sans croissants, et avec un café froid livré à 8h30, dégueulasse en plus.
J'ai quitté le boulot à 20h30. Je content. 08/03/2006C. - Extrait de livre"Je haïssais ce Thomas Bernhard, il était indéniablement bien meilleur écrivain que moi, et pourtant, ce n'était qu'un patineur, un tricoteur, un ratiocineur qui tirait à la ligne, un faiseur de lapalissades syllogistiques, un puceau tubard, un tergiverseur noyeur de poisson, un diatribaveur enculeur de mouches salzbourgeoises, un vantard qui faisait tout mieux que tout le monde, du vélo, des livres, de l'enfonçage de clous, du violon, du chant, de la philo et de la hargne à la petite semaine, un ours mal léché ravagé par ses tics à force d'assener les mêmes coups de patte, de sa grosse lourde patte têtue de péquenot néerlandais, sur les mêmes chimères, son pays natal et ses patriotes, les nazis et les socialistes, les soeurs, les théâtreux, tous les autres écrivains et spécialement les bons, comme les critiques littéraires qui encensaient ou méprisaient ses livres, oui, un pauvre Don Quichotte imbu de lui-même, ce misérable Viennois traître à tout qui n'en finissait pas de proclamer son génie à longueur de livres, qui n'étaient que de toutes petites choses, de toutes petites idées, de toutes petites rancoeurs, de toutes petites images, de toutes petites impuissances sur lesquelles ce violoneux tricotait et patinait sur deux cents pages, sans bouger d'un poil sur le fragment qu'il s'était entrepris de lustrer, de son inégalable alto, jusqu'à l'éclat total ou à l'effacement au brouillage de ses lignes, prenant la tête du lecteur avec les répétitions de son surplace obsédant, travaillant ses nerfs à petits coups d'archet aussi exaspérants qu'un sillon de disque rayé, jusqu'à ce que ces minuscules tableaux (un enfant pendant la guerre qui s'exerce au violon dans le placard à chaussures de l'orphelinat), ces minuscules trouvailles (le faux musicologue qui prend tout un volume pour convenir qu'il est incapable d'écrire son essaie sur Mendelssohn-Bartholdy) deviennent, gonflés à bloc par la beauté de cette écriture, il fallait bien s'incliner à un moment ou à un autre de cette satire, des mondes entiers en eux-mêems, de parfaites cosmogonies."
Hervé Guibert, À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Gallimard, 1990, chap. 73, p. 230. XCIX. - Debout, les damnés de la Terre, deboooooout, les forçats de la faim !Joies du retour au travail.
Après avoir éclusé les 300 messages qui m'attendaient, dont essentiellement 200 spams et 100 presque pertinents (les plus intéressants étant indéniablement les courriels des syndicats), ma nouvelle-patronne-qui-est-indéniablement-plus-sympathique-que-la-précédente-je-sens-que-je-vais-la-regretter-quand-mon-départ-sera-effectif vient de m'annoncer qu'on nous a collé demain au siège du Groupe une réunion à
SEPT HEURES TRENTE DU MATIN !
Je hais décidément de plus en plus la directrice qu'on a mis au placard, mais qui profite des fenêtres pour rentrer subtrepticement, et montrer son pouvoir moribond qu'elle détient encore.
Plus de mépris de la personne humaine, en pays civilisé, je vois guère. Moi, encore, ça va. Mais ma patronne, et l'autre zyg, qui ont une vie de famille, des enfants à confier à la nourrice... Queue de chie !
Quant à moi, je vous raconte pas l'état demain matin. En plus, je suis sûr qu'ils vont même pas offrir le café.
(Bad, demain en réunion, vision prémonitoire n°1)07/03/2006XCVIII. - Regardez comme je suis quelqu'un de pur et d'intègre. Historique de vos conversations avec K***.
K*** 20:43 salut comment vas tu??. je recherche un pére adoptif. je suis beninois etudiant en agronomie. mon adresse yahoo est: @£$$%ù*#@yahoo.fr et hotmail est: @£$$%ù*#@hotmail.com
Badinou 20:46 C'est charmant, mais...
1. - à 26 piges, je ne me vois pas devenir père adoptif d'un gamin de 5 ans plus jeune.
2. - il y a des procédures légales pour ça.
3. - Ce ne serait pas une tentative d'extorsion de fonds, ça ?
K*** 20:51 non ecoute moi je recherche un pére adoptif et si tu es show tu me dit
Badinou 20:52 On dit "chaud", d'abord. Et non, je suis froid. Ca me laisse de marbre.
K***20:53 ok ajoute moi où ecrit moi dans ma boite
Badinou 20:53 JE NE VEUX PAS DE CET ATTRAPE-NIGAUD !!!!
XCVII. - Slip Batman...
Dans l'attente d'un éventuel slip Batman qui finira un stupide concours fait de mon plein gré, voici au moins un Batman avec slip mais peu clean.06/03/2006XCVI. - Ce sont là les fins du communisme
A plus de barbe. Fini les émois gauchistes. Retour en express au grand capital. 05/03/2006XCV. - Je suis TRES déçu.Bon, il est vrai que je n'ai fait que vasouiller et bricoler dans l'appart, faire des comptes, ranger mes affaires, trier le courrier en retard.
N'empêche, pendant ce temps, l'ordinateur était allumé.
Et, pendant tout ce temps, je n'ai eu QUE sept plans culs qui se sont proposés, et une personne qui m'a fait coucou en passant. Sans compter un admirateur.
Qu'est-ce qui vous arrive, ô Parisiens ? Où sont mes foules admiratives ? Où sont-ils, les afficionados aux lèvres militairement travaillées au fer qui se pavanaient devant moi, la muleta sur l'épaule, avant l'ultime faena ? Où sont-elles, les carmencita qui allaient, parées comme des reines, devant moi faire danser leurs voiles ? Où sont-ils, les sicaires et les rêtres, les fins eunuques et les subtils janissaires, les voluptueux éphèbes et les lascives odalisques, où sont les hétaïres, que conduit Phrynée pour le seul plaisir de mes yeux ? Où est-elle, la longue théorie de mes fétiaux, aux robes très-blanches et très-pures, où est-il, le souverain cortège de mes vassaux et vavassaux, le ban et l'arrière-ban de ma cour ? Où sont-ils, tous les courtisans, les marquis de quatre arpents, les receveurs d'impôts, les suppliants et les scrofuleux ?
Allons, je veux du résultat ou je retourne en mon palais du Coudenberg, où la neige cingle et le vent mugit.
 XCIV. - Back in...
Ué. Je trépigne. 04/03/2006XCIII. - "Souvenez-vous, avant tout, que la vie est un épanouissement de chaque instant, non pas un problème à résoudre."Mon cher J***,
Voilà la fin de ma seconde semaine de vacances. Akécourage il m'a fallu pour ne pas retourner de suite au boulot. Comme vaguement annoncé, crois-je, j'ai d'abord commencé par une excursion auprès des pénates familiales, lesquelles pour l'occasion s'étaient exilées dans le sud toulonnais. Ce qui m'a valu des rhumes et autres irritations des yeux magnifiques : vive le pollen, et les acariens méditerranéens.
Tout le problème d'un séjour auprès de la Très-Sainte Famille étant de lui faire comprendre que si on est en vacances, c'est pour se reposer, là j'avoue que j'ai lamentablement échoué. Pas moyen de s'offrir des nuits de 12h, ni de petites siestes en gruge. À peine je me couchais sur un bout de matelas qu'hop-là il fallait partir, aller en excursion pour admirer un bout d'abbaye transformé en hôtel dans lequel on n'a pas le droit d'entrer (Dieu merci, j'ai échappé au musée du tire-bouchon..., si, ça existe). Sans compter que ma soeur trouvant que j'ai une respiration parfois un peu... bruyante la nuit, j'ai dû m'exiler dès la première nuit sur le clic-clac du salon, clic-clac qui me valait d'attendre patiemment la fin du petit feuilleton sympa sur la 3 pour pouvoir y accéder. Ô joie.
Je suis un brin cruel, tout de même... Mais il faut reconnaître que plus de quatre jours avec la famille, je sais plus faire, moi.
Bref, après tout ça, retour à Bruxelles, où moi et ma nouvelle barbe toute fraîche furent accueillis pas mon zhomm et ma nouvelle belle-coloc (un squat de Saint-Etienne qui est venu se ressourcer en Gelbique : la Belgerie, terre d'accueil et de repos, terre d'exil et de tranquillité, mais bon, Hugo étant passé déjà par là, je vais pas me mettre à aligner des alexandrins là où il l'a fait bien mieux que moi). Petit programme de la semaine :
i. Samedi : découverte de la belle-coloc, cuisine diverse, pendaison de crémaillère (surtout, ne rien poser sur le piano...). Pas facile, facile, quand on s'est levé avant six heures du mat et qu'on a passé sa journée dans le train, mais bon, les potes à Chiri sont vraiment des personnes charmantes, et parler avec eux se fait très facilement (ce qui n'est pas toujours donné, crois-en ma looooooooongue expérience).
ii. Dimanche : farniente (toute supposition à caractère crapuleux serait fausse, comment veux-tu qu'on crapule quoi que ce soit avec une belle-coloc vautrée sur le matelas dans le salon à côté du piano, hein, hein, hein?), énaurme brèquefeuste puis balade à Bruxelles-Capitale (la Place Centrale, le Manneken-Pis, la Cathédrale...). On a atterri dans un des nombreux bars de Grote Markt, à taper la converse avec de vieux pépés qui sortaient la maman de 94 ans... tous trois en train de siroter leur bouteille d'Orval. Entre parenthèse, je trouve absolument miraculeuse cette place qui est laissée aux vieux en Gelberie : ils sortent, ils se bougent, on en voit plein dans les bars, ils sont dynamiques, ouverts, ça donne plus guère envie de retourner en France où le troisième âge est une chose honteuse qui a surtout aucun intérêt à sortir de chez lui.
iii. Lundi : farniente, glande devant l'ordinateur à tapoter pour le bonheur futur de l'humanité (Chiri travaille tout l'aprèm au bar...) puis découverte des joies de la gastronomie rapide belge (la mitraillette : une demi-flûte, avec dedans deux sortes de steacks à 2% de viande, plein d'oignons frits, salade, tomate, le tout arrosé de mayonnaise, et puis dessus on empile de nouveau des frites belges et de la mayonnaise, il faut parvenir à enfiler ce sandwich) et quelques courses - j'ai trouvé un bouquiniste pas cher que c'est une merveille par rapport aux prix parisiens.
iv. Mardi : farniente, reglande devant le nordi (parce que Chiri ce matin encore est parti à 11h pour aller souffrir derrière son bar jusqu'à 19h), puis excursion à la collégiale Sint-Guido (c'est en banlieue, c'est là où habitait Erasme, et pas loin de l'appart du Chiri, ce qui me vaut de me paumer direct dans la fraîche banlieue bruxelloise, où pas un panneau routier n'erre esseulé au coin des rues) puis sur la colline du Couldenberg : palais du Roi, le Mammouth, à pieds jusqu'au parc du Cinquantenaire où une tempête de neige me tombe dessus - il fait entre zéro et moins cinq ici - et c'est la deuxième depuis lundi. À peine le courage d'admirer le quartier européen, fais trop froid, je trace mon chemin à travers le Parc royal et me réfugie dans le café du Chiri pour tenter de réchauffer mes doigts, qui tombent par terre, gelés.
v. Mercredi : farniente, popotte pendant que mon zhomm fait son piano, et expédition au Musée Royal des Beaux-Arts de Gelbique avec le Chiri. On tombe en arrêt devant le Bosch, on arrive tout juste aux Brueghel qu'on nous vire déjà (ces fous de Gelbes ferment leurs sumées à 17h!!!!) : on a à peine entr'aperçu les Metsys, et pour les Franz Hals, faut se brosser.
vi. Jeudi : pareil, parce que le musée est grand et qu'il faut bien s'instruire. Ce qui permet de voir les David, les Dali, les Matisse, et de se payer un grand délire délicieux devant les Brueghel. On revient lestés de gauffre et de posters que je me demande comment je vais ramener les miens jusqu'à Paris. Et du coup, plutôt que de partir le soir, je prolonge mon squatt bruxellois jusqu'à dimanche.
vii. Vendredi : glandouille... L'un fait son piano, l'autre bouquine, tapote au nordi, fait un vague essai de popotte, et pis après la soirée se passe avec la belle-coloc et une de ses amies avec un poulet korma. Aux fourneaux : le Chiri. À la backroom euh à la vaisselle-découpe-assistance admirative : Bad. Repas gargantuesque.
Voignà. Chiri est retourné derrière son comptoir alors que je m'éveillai tout juste, j'ai trouvé le petit déj' tout préparé avec un gnoli mot (rhhhhhhhooooooooo), je suis même pas encore lavé et je me pavane dans son peignoir. Qui a dit qu'être heureux était impossible ?
Je t'embrasse, en attendant de tes nouvelles,
Bad. 03/03/2006XCII. - Contes Modernes (4) : L’Hiver d’Irène
La cafetière Bialetti commençait de trembloter, et dehors la brume ne s’était pas levée. Irène laissa retomber le rideau de dentelles en soupirant. Quel froid, même pour un mois de février. De la neige, oh, ça, ça n’était pas étrange, même dans cette partie-ci du pays. Mais ce froid. Elle le sentait de derrière ses vitres, où elle s’emmitouflait en attendant que quelque chose se passe. La Bialetti se mit à hoqueter, puis à siffler : le café était monté.
Irène l’ôta du poêle, le traîna jusqu’à la nappe cirée, et remplit son bol. Un trait de jus, en voilà encore un que personne d’autre n’aura, fredonna-t-elle par habitude. Elle serra son châle en s’asseyant ; elle n’avait plus qu’à attendre : l’essentiel de la matinée était fini, maintenant que le café était prêt. Alors elle s’accouda, et, sirotant le café brûlant avec la circonspection de l’habitude, tranquillement elle se mit à regarder à travers la cuisine, les rideaux de dentelle, les vitres gelées et embuées, les pots sur le rebord, la courette dans la brume, jusqu’au chemin que la neige cachait.
Il faisait froid et l’on est en Provence, mais celle où il neige. Et Irène n’est ni un de ces vieux venus faire dorer leurs os sous un soleil et des impôts plus cléments, ni un de ces personnages typiques de romans du terroir. Irène était là, un point c’est tout. Ni son cousin quand son mari qu’était mort, ni les vagues escadrons militaires de la dernière n’avaient pu faire bouger Irène. E tant qu’elle aurait son café, bon Dieu, elle ne bougerait pas. L’hiver passerait que de toute manière il y aurait toujours quelque chose à voir à travers l’interminable espace, de la toile cirée au chemin – et, lorsqu’il faisait beau, derrière le revers de la côte, les escarpements de Val Follion.
Irène en était à la moitié de son bol, lorsque, comme d’habitude, elle voulut l’allonger à la dernière mode. Et, comme d’habitude, c’est à ce moment que le chat la griffa (un peu plus fort) lorsqu’elle tendit la main vers la bouteille de doucette. Une gouttelette ne faisait jamais de mal, et même que ça faisait du bien au cœur. Saloperie, maugréa-t-elle, mais le chat, qu’avait le même âge que la bouteille, ne se l’entendait plus dire. Son devoir quotidien fait, il retourna dans sa caisse de sciure, à côté du fourneau.
***
La cafetière Bialetti, immuable, glougloutait, comme chaque matin. Irène tira le rideau de dentelle, et lança un œil soupçonneux vers le chemin. Toujours cette foutue neige, toujours ce foutu froid. Elle essaya un instant de tirer l’espagnolette pour casser la glace sur les vitres, mais le café fut plus rapide. Plus tard. Plus tard, plus tard, plus tard : moui, on disait toujours ça, et puis voilà, les habitudes et la crasse s’installaient confortablement, comme le givre sur une vitre. Elle mit de l’eau à chauffer sur le poêle. Le café, le café, le café.
Rien de rien, décidément. Ce n’était pas ce faignant de facteur, celui qu’on leur avait ramené de la guerre, qui viendrait l’occuper aujourd’hui, avec la neige. Irène avait tenté de s’aventurer la veille sur le chemin, mais trop gelé, trop dangereux.
Ce midi, pensa-t-elle, ce sera de l’aillet et une omelette. Tant de neige, ça vaut bien un petit remontant. Elle réussit à esquiver le chat aujourd’hui. Ca la fit sourire. Pour le coup, je mettrai aussi des lardons.
Elle finit son café, toujours accoudée à la toile cirée, en regardant tout ce flou de brumes, de buées, de neige et de glace qui la menait jusqu’au chemin.
***
Elle jeta un regard, rapidement. Pas la peine de soulever. Bon Dieu, toujours cette neige. Et ce froid. Il faudra aller jusqu’à l’appentis, mais il faisait si froid. Et la glace ! Meilleur moyen pour se casser la margoulette.
Irène serra son châle. Oui, voilà le café qui monte. Oui, oui. Mais le soleil ?
Depuis quelques temps, sans y prêter vraiment attention encore, elle avait rajouté un geste supplémentaire, qu’elle fit donc ce matin. Une fois l’état du chemin vérifié, elle alla vers l’éphéméride, près des manteaux. Le chien, vautré dans une herbe d’un vert irréel, proclamait qu’on était bien le 24 avril.
Elle retourna vers le fourneau, remplit le bol bleu roi jusqu’au trait noir, le porta à sa table, et s’assit, les mains dans son giron.
Plus tard, dans un moment d’inquiétude, elle se rappellera qu’elle l’avait bu froid, son café.
***
L’hiver s’était installé, et ne partait plus. On était le 3 juin, mais qu’importe. Irène savait, avec lassitude, ou peut-être avec le refus d’une certaine terreur, qu’il y aurait toujours de la neige. Elle était là, derrière le rideau de dentelle. Pas un iota de moins, pas une once de plus : inchangée – contrairement à la doucette, que le régime hivernal avait sacrément fait maigrir. Cette glace ! Irène ne pouvait lâcher le rideau. Elle en frottait la vitre pour vérifier que ce n’était pas de la buée. Non. C’était toujours la même neige, toujours aussi pure, malgré tout les traces de pas qu’Irène y avait fait depuis des mois. Toujours de la neige, sur les pots, dans la cour, sur le chemin, jusqu’au revers. Et même pas salie, pensa-t-elle.
Irène eut mal au ventre. Elle en pleura.
Le lendemain, le chat était mort, comme étouffé par la sciure de son bac.
***
De la fenêtre tombait une lumière blanche, perlée de gris. Peut-être étaient-ce les nuages qui glissaient besogneusement dans le ciel, derrière Val Follion. Irène n’en avait cure. Voilà trois jours que la Bialetti tremblotait sur le fourneau, et, ce matin, le café avait fini de s’évaporer. L’odeur du moût brûlé était aussi partie. Irène, accoudée à la table devant un bol vide, regardait derrière la fenêtre prise par le givre l’hiver immuable. Le chat avait fini posé contre la porte, dehors : il faisait trop froid pour lui creuser seulement un trou.
Il y avait eu quelque chose d’au-delà de toute certitude, au-delà même de toutes les sûretés génétiques auxquelles l’homme s’est progressivement habitué, qui ne marchait plus. Irène ne savait trop guère ce que c’était que tout ce bazar de mots savants, et, de toute manière, la vieille dame pensait à autre chose. Ce n’était même pas se demander pourquoi l’hiver était toujours là. Irène pensait, sans cesse, depuis trois jours, à cette lumière qui tombait de la vitre, et qui l’empêchait même de voir par-delà la cour, jusqu’au chemin.
***
Nous sommes le 15 juillet, et voici quelques jours qu’Irène est sur sa chaise. Elle ne s’est levée que quelques fois, pour boire à la jarre. L’hiver cinglant, l’hiver intangible fait toujours tomber de la fenêtre cette lumière crue de gris et de blanc. Un des rideaux s’est tordu bizarrement, et le gel l’a collé à la fenêtre.
Irène ne parle pas, ne cille pas. Enfin, si, elle marmonne quelque chose. Ce n’est vraiment qu’en approchant, tout à côté de ses lèvres tirées par la soif, qu’on porurait vaguement entendre quelque chose : « … aux cieux que votre nom soit… ce n’est pas l’hiver qui est… et Jésus le fruit de vos entrailles… normal ça se déglingue mais… pauvres pécheurs ave verum… autre chose… ».
Nous aurions pu écouter plus longtemps, mais un bruit sec se fait : un des carreaux, poussé par le gel, a cassé, faisant tomber quelques morceaux de verre sur les tommettes. Irène sursaute. Elle regarde autour d’elle, puis ses mains entre ses cuisses. Elles sont humides ; elle a fait sous elle.
Irène se lève, s’essuie les mains au tablier, tire la blouse. Elle va prendre le balai, pour nettoyer le verre. Mais elle s’arrête : elle vient de se cogner à la table. Elle maugrée, se reprend et s’empare de la bouteille de doucette, pour la remettre à sa place, à côté du bol. Et c’est là qu’elle tremble.
La bouteille est pleine.
Autre chose ! Autre chose ! Autre chose !
Elle a mal au ventre. Elle se tord. Autre chose ! Autre chose ! Mais quoi, bon Dieu ! Autre chose !
Un second bruit, plus mat : c’est le balai qui tombé à plat. Irène se cramponne au rebord de la table. Autre chose !
Que faire – il faut bien vérifier. Il n’y a plus que ça à faire. Elle va vers le bahut. Elle ouvre les portes. La jatte est pleine d’œufs. Vingt-quatre, comme ceux qu’elle avait achetés au marchand la dernière fois. Vingt-quatre, immuablement, comme tous ces matins d’hiver où elle n’a jamais quitté la maison.
Ici, Irène pourrait se rappeler qu’elle a fait des courses ce matin. Mais elle sait bien que non. Elle pourrait se dire qu’elle devient folle, ou va le devenir tout de bon, mais après tout ce n’est pas de sa faute. D’autant plus qu’elle n’a pas le temps. Car la lumière qui tombait de la fenêtre a changé subtilement. Si peu, pas grand’chose, à peine un peu plus de gros : cela suffit pour qu’Irène le voit, elle qui a passé des jours à la regarder, cette foutue fenêtre pleine d’hiver.
Et, par le carreau cassé, le chat mort avançait sa gueule pleine de sciure, la regardant fixement. Il poussa d’une patte un morceau de verre, qui tomba en cliquetant. Cela fait cling, cling, certainement, ce genre de verre fin qui tombe. Sauf que le chat miaula. Il miaula un cri d’une rancœur pathétique, un cri plein de pitié et de haine, un cri plein de contradictions mais en tout cas absolument glacial.
De toute manière, Irène tire déjà sur la poignée, et claque la porte contre le mur. Et la vieille femme courut, courut, courut dans cour, sur le chemin, vers le revers, dans la neige de l’immuable hiver.
XCI. - Sumée de Bruxelles, salle Brueghel : Brueghel l'Ancien.
Z'avez remarqué le Pokémon dans le tableau ?
Je vous laisse chercher...  |
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"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.
Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !
Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."
Dante Alighieri, Inferno , I.
"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."
François Villon, Epitaphe, 1-4.
"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."
Mickhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, II.
"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.
Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"
P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7. Trad. toute perso.
"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."
Albert Cohen, Les Valeureux, I.
"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."
Yukio Mishima, Les Amours interdites, VIII.
"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."
Homère, Iliade, XXIV.
"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."
Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.
"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.
Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.
" Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, I.
"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."
Herman Melville, Moby Dick, I.
"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"
Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.
" Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."
Giuseppe Tomasi, duc de Palma de Montechiaro, prince de Lampedusa, Le Guépard, I.
"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."
Jules Verne, Le Château des Carpathes, I.

"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."
John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles, Un.
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