30/01/2006LXVI. - Ceci étant...... parce qu'en fait (entre autres) ne parler que de l'état moral ou affectif, ces changements rapides de l'âme, n'est pas intégralement l'objet d'un journal, parlons aussi de l'acte de faire les soldes en pleine foule, sur les Grands Boulevards.
Il y a parfois des circonstances qui vous permettent non seulement de faire ce genre de chose, mais aussi d'entrer, en plus, dans un Zara un jour de grande affluence.
Il y a des circonstances que l'on souhaite voir se répéter. LXV.Malgré tout, tant d'attaques, tant de systématique, ne peut qu'atteindre.
Il m'a eu.
Et plus il m'a eu, plus je m'en moque.
Pour l'instant, je reste accroché au piano. J'y suis, j'y reste. 29/01/2006LXIV. - Je me souviens...La mémoire est une chose qui s'enfuit, qui n'est fait que d'images vagues, de petites impressions et de choses indécises.
Ce soir, je me souviens d'une cuisine, et d'une carte postale...
C'est étrange comme de quelques images on passe à d'autres : de celle d'une cuisine, lardée de dessins, de cartes, où se trouve cette photo de Toscanini, on peut passer à la mienne, qui est vide... L'une et l'autre cuisine sont pourtant reliées par bien des choses, des petits riens et des pas grand'chose. De la musique, entre autres: la musique n'est jamais aussi bonne qu'à plusieurs, comme les restaurants et les bouteilles (même s'il s'agit d'une bière aussi infâme que la Duvel).
Et se retrouver de nouveau autour de l'image de Toscanini. Moins que ses interprétations (je ne connais de lui que Rhapsody in blue, avec Gerschwin au piano) je garde de ce vieil italien à moustache l'image d'un vieil homme aux mains chargées de lourdes bagues.
Et pourtant Dieu sait si le piano apporte parfois des délices insoupçonnées.
Seigneur, pardonnez-moi, de penser autant au piano, ces temps-ci. La musique est si belle, et ce qui l'accompagne aussi... 27/01/2006LXIII. - Entretiens avec...Deuxième entretien ce soir avec un Dirlo et un futur éventuel responsable.
Je joue un jeu dangereux, mais je pense que ça le vaut.
26/01/2006LXII. - Mais ne pas oublier l'essentiel pour survivre.La flamand rose attitude...
LXI. - J-3 (ouvrés)Dans trois jours ouvrés, ma patronne sera partie. À jamais. Snif.
Je ne sais trop guère qu'en penser. Elle m'a fait des coups de pute, mais ce n'est pas la seule. Elle a pu être odieuse, caractérielle, tyrannique, insupportable, elle a pu me sucrer une telle quantité de congés que je peux partir d'office à la retraite sans risque. Et en même temps elle était si exigeante que j'ai énormément appris en deux ans et des bananes. Je suis un "enfant de...", avec toutes les conséquences que cela entraîne : avantages, mais surtout désavantages, quand le régime de Terreur s'effaçant, toutes les rancoeurs ressortent et cherchent nécessairement un exutoire.
Je ne pleurerai pas (réellement ou faussement) son départ, ni ne m'en réjouirai. C'est un fait, avec lequel il faut composer.
On va donc tenter de composer... Je n'aurai besoin que d'un choeur de deux mille personnes, trois orchestres symphoniques, deux bandonéons et le Berliner Philharmoniker pour faire la basse continue. Let's go.
SEID UMSCHLUGEN, MILLIONEN!

ODE AN DIE FREUDE
(Text von Friedrich von Schiller,
Musik von Ludwig van Beethoven)
FREUDE, schöner Götterfunken,
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, Dein Heiligtum!
Deine Zauber binden wieder,
Was die Mode streng geteilt;
Alle Menschen werden Brüder,
Wo Dein sanfter Flügel weilt.
Wem der große Wurf gelungen,
eines Freundes Freund zu sein,
Wer ein holdes Weib errungen,
mische seinen Jubel ein!
Ja, wer auch nur eine Seele
Sein nennt auf dem Erdenrund!
Und wer's nie gekonnt, der stehle
Weinend sich aus diesem Bund.
FREUDE trinken alle Wesen
An den Brüsten der Natur;
Alle Guten, alle Bösen
folgen ihrer Rosenspur.
Küsse gab sie uns und Reben,
einen Freund, geprüft im Tod;
Wollust war dem Wurm gegeben,
Und der Cherub steht vor GOTT!
Froh wie seine Sonnen fliegen,
Durch des Himmels prächt'gen Plan,
Laufet, Brüder, Eure Bahn,
Freudig, wie ein Held zum Siegen!
Seid umschlungen, Millionen!
Diesen Kuss der ganzen Welt!
Brüder, über'm Sternenzelt,
muss ein lieber VATER wohnen!
Ihr stürzt nieder, Millionen?
Ahnest Du den SCHÖPFER, Welt?
Such ihn über'm Sternenzelt!
Über Sternen muss ER wohnen!
25/01/2006LX. - Devoir de réserve (bis) : droit de suiteAu moins l'avantage de mon coup de gueule d'hier est que j'ai vu enfin signé par ma patronne le "carton" d'ouverture du poste de l'assistant qu'on me promet depuis deux ans, et qui traînait sur son bureau depuis six mois.
Ne reste donc plus que ce carton transite par :
i. La DRH ;
ii. La Direction (pour mémoire, il n'y a plus de Directeur en poste...) ;
iii. La Direction Générale (elle s'en branle de ça, ce qu'il lui faut, ce sont les résultats, et basta).
Ensuite, il ne suffira plus que :
i. L'on passe par les voies du recrutement interne, conformément aux accords salariaux ;
ii. Qu'ensuite, devant l'échec d'icelui recrutement interne, on envisage vaguement de recruter en externe, ce qui exigera l'ouverture d'une procédure de recrutement spécifique, avec accord syndical & patronal ;
iii. Qu'ensuite, toutes les personnes postulants refusées pour cause de salaire trop exigeant (si je vous disais le montant des budgets d'augmentation de cette année, y'aurait de quoi rire) n'ayant pas été embauchées, on commencera à râcler des fonds de tiroir ;
iv. Enfin, je me trouverai avec un assistant d'à peine un BTS (si j'ai de la chance), au mieux le bac ou le BEP, qui me prendra plus de temps en management de ses humeurs et de ses refus de comprendre (ou incapacité, faut reconnaître que les sujets traités demandent un niveau de réaction et une capacité d'abstraction pas toujours aisés à avoir, y compris pour moi) qu'il ne m'assistera jamais.
Avis pour une conclusion liminaire à tout développement futur :
J'ai en fait deux possibilités à envisager :
i. Je me réjouis du fait que ma gueulante ait au moins enclenché le premier stade d'un long processus de l'évolution humaine et de notre civilisation ;
ii. Ou je m'effraie d'avance de la lenteur subséquente à ce processus, et je me dis qu'il n'aboutira jamais, m'enfonçant dans le désespoir, la consommation de chocolat et la lecture frénétique de blogs et autre conneries sur internet pour me défouler le soir.
Une autre alternative étant, bien sûr, de changer d'emploi. Je m'y emploie.
Bref, allez, on écoute un brin de musique (que s'y reconnaisse qui de droit)...

Et on reprend la yoyo-flamande attitude... Je ne m'en lasse décidément pas ces temps-ci.
24/01/2006LIX. - Devoir de réserve (bis)Chère patronne, qui démissionnez dans une semaine, et qui ne serez pas remplacée,
Pour la bonne forme (et informer Anaximandre, qui devra avec moi assurer l'intérim à partir de février, et qui va bien rire de mes revendications syndicales), mon avis sur le powerpoint directorial que vous m'avez fait suivre.
Il s'agit d'un planning présentant les desiderata de la Direction quant à Gloubi et à Boulga, tâches récurrentes de l'année qui me sont essentiellement imparties, et qui forment la colonne vertébrale de l'activité du service où nous sévissons.
Les dates stipulées sont les suivantes :
i. Première version des Gloubi à la maille 1 : 03/06
ii. Boulga number ouane : pour nous, de fin mars à mi-avril
iii. Deuxième version des Gloubi : 05/06
iv. Boulga number tout : pour nous, de mi-juin à début août
v. Troisième version des Gloubi : 10/06
vi. Boulga number tri : pour nous, de mi-septembre à fin octobre
Sachant que par simplicité j'ai "collé" dans l'item iii. les Gloubi "normales" et la maille 1, qui jusque là étaient faites de façon concommittante, et que j'ignore tout des Boulga de fin d'année...
Ce que je constate :
i. Dans l'hypothèse où le premier item recouvre des Gloubi effectuées par notre service, cela revient à rajouter une Gloubi supplémentaire entre le Boulga de fin d'année que nous achevons, et celui de mars-avril.
ii. Qu'en 2005, mon emploi du temps a été le suivant :
- Janvier : Boulga 2004 ;
- Février : Mise à jour de l'outil de Gloubi (+15 jours de congés payés, il est vrai, c'est quasi un crime) ;
- Mars : Gloubi internes (sans les longs allers-retours avec la Direction) pour préparer notamment le Boulga de mars, qui en dépend ;
- Avril : Boulga de mars ;
- Mai => mi-juin : Gloubi
- Mi-juin => fin juillet : Boulga de juin ;
- Août : Ah, oui, quatre semaines de congés, comme la Loi m'y autorise ;
- Septembre : fin du Boulga de juin (suite aux envies de fraise en hiver de notre employeur) + Gloubi + Boulga de septembre
- Octobre : Gloubi + Boulga de septembre ;
- Novembre : Gloubi, toujours ;
- Décembre : Boulga.
Sachant par ailleurs qu'avec un tel emploi du temps je me suis consacré à Proooot avec le succès que l'on connaît, c'est-à-dire que je n'y ai pas touché, et que nous ne pourrons pas sortir les calculs exigés avec Proooot.
iii. Qu'en 2006, si je n'ai plus à faire les Gloubi de la filiale number tout, lesquelles étaient celles qui me prenaient le moins de temps, j'hérite de ce beau projet qu'est Proooot, qu'il faudra bien mener un jour à terme, sachant qu'il est extrêmement chronophage.
Ce que j'en pense :
i. En 2006, en plus des fonctions "officielles" (à savoir les Gloubi et le Chuuuuut), je serai amené de fait à piloter encore plus les Boulga intermédiaires, et ce, pour deux raisons : votre départ (et votre absence de remplacement en l'état actuel des choses) et celui de Aristobule Finassier - j'estime que cela ne sert à rien de se voiler la face en se disant "qu'on va trouver des personnes" d'ici à une date indéterminée, en tout cas lointaine.
Par conséquent, je me trouve face au choix suivant : soit je donne la priorité aux Boulga (sachant que bien sûr le Groupe n'admettra pas qu'il n'y ait pas de Boulga correct effectué), soit je donne la priorité aux Gloubi (sachant que bien sûr le Groupe n'admettra pas qu'il n'y ait pas de Gloubi correcte effectuée). Je souhaiterais qu'on m'explique comment je pourrais passer entre Charybde et Sylla. Je signale à toutes fins utiles que mon support technique a été très requis lors de ces Boulga intermédiaires. Et je pense qu'il est utile à ce jour dans le cadre des Gloubi.
ii. Sans compter le Prooootage, avec laquelle il va falloir atermoyer début février (alors que nous sommes incapables à ce jour de fournir des chiffres), le renseignement de l'outil de Gloubi des données 2005 prend extrêmement de temps et est structurant et essentiel pour toute l'année. On ne peut y couper. J'ai donc comme l'impression que cette Gloubi de mars aboutira (si l'outil de Gloubi est renseigné à temps !) à une projection des hypothèses 2006 effectuées en novembre 2005 avec des choix à la serpe injustifiables.
iii. Par ailleurs, je souhaiterais tout de même prendre des congés (dans la limite de la Loi, bien sûr) dans d'autres conditions que ce j'ai pu faire depuis l'été 2005 - c'est-à-dire me servir de mon solde pour autre chose que des jours de maladie ou des jours de grève des transports en commun. Pour mémoire, je bénéficie encore d'ici à mai de 11,5 jours de congés, sans compter les CET, ARTT et fractionnement divers. Si on m'évoque régulièrement (et oralement) une ressource, c'est-à-dire une personne qui m'assisterait, je ne la vois guère venir... Les "économies de bout de chandelle" qui ont pu être faites jusque là en déchargeant sur Davinci Code ou le service des Chiffres et des Lettres vont trouver très rapidement leur limite, si elles ne l'ont pas déjà trouvé : il suffit de voir l'état d'avancement de Proooot.
Par ailleurs, un collaborateur qui se repose entre deux périodes intenses (et Dieu sait si nous avons tous enchaîné les Gloubi/Boulga depuis le mois de septembre) est aussi un collaborateur rentable pour la Compagnie.
Bref : il ne semble pas que cela soit tenable. Il faudra donc soit trouver (encore) des expédients, soit négocier ce planning, soit prendre des décisions structurantes. L'argument (que je vois venir d'ici) de l'augmentation salariale dont j'ai pu bénéficier ne tenant dans tous les cas pas face à un individu qui reste un homme, c'est-à-dire avec des journées non étirables, deux bras et deux jambes.
Je regrette d'avoir eu à écrire cela, mais, quitte à avoir usé de la caricature et fait ressentir un certain énervement, je ne peux qu'alerter face à cet état de choses qui s'instaure. Et est dangereux, aussi, pour "l'intérêt du Groupe".
Badinou 23/01/2006LVIII. - Ce soir
Oui, oui, patronne, je vous jure, je ne voulais pas partir à 18h30, non, ne vous inquiétez pas, je reste, oui, oui, la note pour la semaine passée est presque finie, pitiiiiiéééééééé ! 22/01/2006LVII. - On sera discret.Question numéro 1 : Sachant que :
en déduire que :
Puis montrer que :
Question numéro 2 : Est-il possible d'espérer que, quand t tend vers l'infini, alors on aura au moins :
20/01/2006LVI. - Pour des raisons de réserveJe ne dirai pas ici :
1. - Que j'ai été augmenté de 160 balles par mois ;
2. - Qu'en complément j'ai eu une prime annuelle de 1000 sesterces ;
3. - Que donc mon salaire atteint désormais un vague 39K€ ;
4. - Qu'en contrepartie j'occupe désormais mon poste, celui d'un collègue qui part à la retraite, et, par intérim, celui de ma patronne qui a démissionné ;
5. - Qu'il faut que je maintienne une équipe de 25 personnes complètement démotivées ;
6. - Qu'il faut que j'affronte la réorganisation de la boîte ;
7. - Qu'à 26 piges je dois désormais prendre seul des décisions comptabilisant plusieurs millions d'euros, personne n'osant le faire, en l'absence de direction pour contresigner ;
8. - Qu'il faut que je fasse avec l'héritage des querelles de chef dézingués tour à tour depuis six mois, à savoir des relations pourries avec les filiales, sans que rien ne justifie icelles relations de merde ;
9. - Que j'ai dans le service un collègue responsable de deux personnes complètement caractériel qui n'hésite plus à dire "connasse" à quelqu'un au téléphone, et à la rappeler dix minutes après pour le lui répéter ;
10. - Qu'à côté du caractériel j'ai deux syndicalistes de la sale espèce, celle qui profite du syndicat pour rien branler et foutre le souk, genre imprimer des jacquettes de DVD et graver des CD ;
11. - Qu'il faut que je me prépare à affronter bientôt directement les directeurs, alors que je ne m'en sens pas du tout les épaules et le dos, n'étant pas assez roué ;
12. - Que j'envisage en fait de partir, la destructuration de ma boîte ne faisant qu'augurer un dépiautage plus profond bientôt, accompagné du retour des querelles de chefs, ardents en batailles autour de lambeaux ;
13. - Que beaucoup de boîtes me font les yeux doux, mais me proposent toujours des postes qui sont en-deçà de ce que j'occupe actuellement ;
14. - Que moi-même je n'ose pas trop demander ce qui est désormais de mon niveau ;
15. - Qu'enfin je passe mon temps en management et que, sortant de mes journées, j'ai l'impression de n'avoir rien fait, tout en voyant mes propres dossiers prendre un retard monstrueux.
Car bien sûr le devoir minimal de réserve m'y contraint, sous peine d'être guillotiné dans l'heure.
LV. - Walt Whitman, Song Of Myself, 1.I CELEBRATE myself, and sing myself,
And what I assume you shall assume,
For every atom belonging to me as good belongs to you.
I loafe and invite my soul,
I lean and loafe at my ease observing a spear of summer grass.
My tongue, every atom of my blood, form'd from this soil,
this air,
Born here of parents born here from parents the same, and
their parents the same,
I, now thirty-seven years old in perfect health begin,
Hoping to cease not till death.
Creeds and schools in abeyance,
Retiring back a while sufficed at what they are, but never
forgotten,
I harbor for good or bad, I permit to speak at every hazard,
Nature without check with original energy.
19/01/2006LIV. - Walt Whitman, Leaves Of Grass, 1900.O CAPTAIN! my Captain! our fearful trip is done;
The ship has weather’d every rack, the prize we sought is won;
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring:
But O heart! heart! heart!
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.
O Captain! my Captain! rise up and hear the bells;
Rise up—for you the flag is flung—for you the bugle trills;
For you bouquets and ribbon’d wreaths—for you the shores a-crowding;
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning;
Here Captain! dear father!
This arm beneath your head;
It is some dream that on the deck,
You’ve fallen cold and dead.
My Captain does not answer, his lips are pale and still;
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will;
The ship is anchor’d safe and sound, its voyage closed and done;
From fearful trip, the victor ship, comes in with object won;
Exult, O shores, and ring, O bells!
But I, with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.
LIII. - Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, Oceano nox, 1836.Oh ! Combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !
On demande : où sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque île?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ?
Puis votre avenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.
18/01/2006LII.(Dernière pensée avant le vrai dodo : chaque geste et décision d'aujourd'hui construit demain. Je me demande ce que nous donnerons aux humains à venir. Je le crains déjà.) LI. - BloguerieJe préfère ne pas entrer dans le concert des choses hurlantes et piaillantes pleines de bons sentiments, si faciles et si aisées. La "mobilisation", la pensée du moins, sont nécessairement ailleurs que sur des bouts d'électronique.
Cependant, les derniers événements qui secouent le petit globe de la péditude, de l'internet et du journal intime/public ne laissent pas de me rendre tout songeur d'inquiétude pensée.
*****
Débats éventuels...
18/01/06 - 22:01 - -ALIAS :
"Je préfère ne pas entrer dans le concert des choses hurlantes et piaillantes pleines de bons sentiments, si faciles et si aisées. La "mobilisation", la pensée du moins, sont nécessairement ailleurs que sur des bouts d'électronique."
oh, c'est bien reste dans les hautes sphères de la pensée, where you belong, loin de ce monde qui piaille et qui pue (les bons sentiments)
quand ta liberté sera amputée, ne viens pas pleurer
J'ai dû être trop concis... ou on m'a mal lu. Ce que je voulais dire, c'est que les agitations dans les forums (comme j'ai pu voir...) restent des agitations de forum : le monde pédé est petit, le monde pédé dans l'internet plus encore. Et internet est une bulle fermée, sans beaucoup d'impact sur l'extérieur. Dire "oulalah c'est mal !" à grand renfort de post, de page internet, n'a que peu de conséquence. Une pétition, là, je ne dis pas : on entre déjà dans quelque chose qui relève de l'action politique et publique.
Il est bien évident que les notions de liberté et d'égalité sont plus qu'interrogées par cet événement. Et c'est pour cela qu'innocemment j'avais collé une image rapellant 1984 d'Orwell, songeant que cela suffirait. Bref. Concision ne suffit pas, face à tous les lecteurs.
Quant à mon avis sur la question, il est celui de Garfield : "La sanction est disproportionnée"(aujourd'hui, sur RTL2). À quand bien même il y a devoir de réserve et attente d'exemplarité de tout fonctionnaire, la sanction n'a aucun rapport avec la cause invoquée.
Par ailleurs, je suis sûr que sans peine je pourrais trouver des blogs de fonctionnaire parlant tout aussi bien de cul, mais hétérosexuels... J'en ai déjà vu (une de prof de maths parlant crûment de ses élèves). Sans compter tous les écrivains qui ne sont guère des modèles de morale, mais qui sont aussi membres de l'administration (j'ai vu un prof de la Sorbonne monter des films "expérimentaux" qui étaient des successions d'images pornographiques et scatologiques). Mais je ne pense pas que faire une contre-liste soit productif...
Quoique. Mettre le nez dans la merde au mammouth pourrait lui rappeler ce qu'il chie en jouant la précieuse.
Conclusion : Il doit y avoir des limites à la "bonne pensée" moralisante, mais cela n'a guère de poids dans un pays où l'épouse du chef de l'Etat fait réciter les grâces à chaque repas, mélangeant ainsi conscienscieusement ce qui est du domaine de son intime et la regarde, et de l'action publique de représentation liée à la fonction qu'elle occupe. Elle.
*****
Prolongation éventuelle... copié/collé d'un message d'un ami
Après réflexion :
C’était absurde d’écrire ce matin que les homos doivent prendre acte de l’homophobie et prendre leur dispositions en conséquence ; c’est fallacieux comme raisonnement ; avec cet argument, les noirs devraient finir comme mickael jackson pour lutter contre le racisme… et les juifs raser les murs pour répondre à l’antisémitisme.
Désolé donc si ça a pu te blesser ; je retire ce propos.
D’un point de vue strictement juridique, l’affaire m’a incité à revoir le sujet des droits et devoirs des fonctionnaires en droit public français.
L’état du droit et de la jurisprudence :
1) la liberté d’opinion est absolue ; sur le sujet l’arrêt le plus connu : Conseil d’Etat Barel 1954 : des étudiants communistes ne peuvent se voir refuser le droit de passer le concours de l’ENA
2) La liberté d’expression (manifester ses opinions) est conditionnelle :
- dans l’exécution du service, l’Etat peut exiger du fonctionnaire qu’il s’abstienne de tout acte propre à faire douter de sa neutralité voire de son loyalisme à l’égard des institutions à l’occasion du service (CE Delle Jamet 1950 : en l’espèce manifestation d’opinions religieuses).
- en dehors du service : la liberté constitue le principe et sa restriction est fonction du poste occupé et de la hiérarchie ; je te recopie pas tout les exemples que j’ai pu trouvés ; sont considérées comme fautes : le fait pour le directeur du cnrs de ne pas se démarquer clairement des prises de positions d’une assoc dont il est président d’honneur et critiquant le gouvernement (CE 1953 Teissier), le fait pour un policier en dehors du service de distribuer en civil des tracts critiquant l’action de la police lors d’une grève etc etc
3) Trois précisions supplémentaires quant au régime que je viens de résumer vite fait
- Pour les emplois supérieurs à la discrétion du gouvernement (définis par un décret modifié non limitatif de 1959) le gvt n’a pas besoin d’évoquer de fautes pour révoquer qui lui déplaît ; en revanche s’il le fait (ce qui n’est pas très ‘tactique’), le juge contrôle la légalité de la révocation ; notons d’ailleurs que pour ces emplois le devoir de réserve est évidemment très contraignant – diplomates, directeurs d’administration centrale… ; après vérification (on s’en serait douté), l’emploi de proviseur ne fait pas partie de ce type d’emplois ; (ce qui ne l’aurait pas empêché l’intéressé de se pourvoir en justice de toute façon puisqu’il a été sanctionné disciplinairement)
- Il faut bien souligner qu’un fonctionnaire même subalterne peut être sanctionné disciplinairement pour abus de la liberté d’expression en dehors du service (toujours sous le contrôle du juge) ; c’est important ici pour ceux qui pourraient croire que la conduite irréprochable (qui n’est apparemment pas en cause) du proviseur pendant son service lui permettrait de faire ce qu’il veut en dehors (cf exemples ci-dessus)
- Les agents investis de fonctions syndicales sont plus protégés que les autres.
Aucun des exemples ne renvoie à des contentieux relatifs aux orientations sexuelles d’un requérant et on peut convenir qu’il y a loin des prises de positions politiques contre l’administration à l’expression de ses orientations sexuelles
Je pense bien à l’arrêt récent Villemain qui étend à un agents homosexuel pacsé du ministère des affaires étrangères les avantages réservés aux couples mariés mais je ne sais pas si cette réticence était liée à son homosexualité. La solution de l’arrêt se limite à l’examen des droits que confère le pacs
17/01/2006L.Etrange que certaines douleurs, bien qu'on n'en puisse parler, sont si fortes qu'on ne peut que les évoquer. XLIX. - Miroir & destinéeQuand je me regarde dans le miroir, je ne me vois guère. De fait, ce n’est souvent que pour me raser, ou me coiffer. Et mettre la cravate. Le miroir a quelque chose d’accessoire, du domaine du médical : c’est l’objet de l’étude, de l’inquiétude, de la marque ou du bubon que je regarde. Quand je m’y vois, c’est pour m’y transfigurer. C’est le témoin du passage du sommeil au cadre. La troisième fois que je m’y regarde, je suis en costume. Je ne suis plus moi, au sens strict : je suis le cadre.
Cependant, je me demande où se situe cet instant, quand tout verse, et passe de l’un à l’autre. Il est indéniable qu’en costume, je suis le représentant social d’un statut, ce qui me donne des pouvoirs, et des devoirs. Aussi bête que cela. Dans le monde de l’assurance, le responsable est en costume – même si, comme moi, tout juste arrivé dans le bureau, il quitte la veste et retrousse les manches. Mais il m’arrive de rejoindre des amis, et de dîner : toujours en costume. Pour la simple, et pratique raison, que c’est en semaine, et après le travail.
Pour faire simple, je me demande ce qui relève du public, et du privé. De l’intime, et du connu. Sans compter qu’il est indéniable que l’écriture, et la publication – même si je n’ai pas de lecteur, quoi qu’il arrive je m’expose, je me situe, je me mets en avant, je me pare, je me mets en scène (et je m’admire) – faussent encore plus les définitions les plus sophistiquées.
Exemple : ici, j’essaie de respecter la règle de ne pas nommer ni mon employeur, ni mes collègues, ni citer les sommes sur lesquels j’ai été amené à réaliser des choix, ou les conséquences de telles décisions dans les résultats de la compagnie. C’est du domaine de la réserve professionnelle. Pour autant, je ne puis pas ne pas en parler – que ça soit par citation, situation, etc. Simplement parce que mon travail m’occupe l’essentiel de mon temps éveillé. Ce serait absurde de dire que je vis en-dehors du travail : c’est indéniable. Mais le travail demeure une part essentielle de mon existence.
Exemple n°2 : au travail, j’essaie de respecter cette règle qui est d’évoquer au minimum mes occupations en-dehors du boulot, et surtout moins encore mes préoccupations et mes égarements d’un côté ou de l’autre de la sexualité. Simplement parce que le côtoiement professionnel n’est pas le lieu de révélations sur soi – qu’on soit homosexuel, hétérosexuel ou Dieu sait quoi encore (comme moi). Pour autant, je sais indéniablement que « cela » traverse : le premier à parler des affairettes de l’univers homosexuel au travail, c’est moi, qu’il s’agisse d’un film, d’une référence, d’une aventurette ou d’un problème législatif quelconque.
Devrais-je pour autant ne rien dire ni de l’un ni de l’autre avec l’autre et avec l’un ? Dans l’autre sens, parler de mes petites particularités ne pourrait que me nuire professionnellement. Non que j’en sois honteux : la pilule a été suffisamment longue à avaler, suffisamment douloureuse, mais elle a désormais descendu l’œsophage et a été digérée. Il suffit d’être réaliste, c’est tout. Et si je ne puis citer les millions brassés et les taux de rendement affrontés, ils me pourrissent tout de même mes journées. Il ne me resterait donc qu’à poser ? À faire des mimes, et me photographier sans arrêt ? Ne parler que de moi sous forme de corps, ce qui est fait souvent ? Trop facile.
Ce qui en même temps est paradoxal : les deux parties les plus visibles de moi sont de fait les moins importantes, qu’on regarde les plages horaires ou l’importance sentimentale.
Le travail, les sentiments ? Mais je dors un tiers du temps ! Je suis essentiellement un dormeur ! Comme tous.
L’importance sentimentale ? S’il est des personnes auquel je tiens, j’en ai perdu suffisamment. Ce qui m’importe plus que tout, c’est d’être homme, et d’apprendre à écrire. Le reste n’est que détail.
14/01/2006XLVIII. - Feuilleton Universel (1)Abrogé. XLVII. - Drague encore cette semaine au Lavomatic...Vu que l'incurie notoire de tout monopole a encore frappé, à mon égard cette fois, la machine de mes rêves ne sera livrée que le ouiquennede prochain.
Joâ.
Conséquence : encore au moins deux expéditions au Lavomatic local, histoire de pouvoir draguouiller une dernière fois la rombière et le vieux beauf fatigué, et choper des morpions.
Bonheur imbibé de joie... 13/01/2006XLVI. - Bientôt ton nanniv... Petit frère,
Qu'est-ce que les années, le temps, les minutes et la réalité ? Qu'est-ce qui fait qu'une chose totalement inventée a plus de poids et d'importance que l'élément qui paraît le plus sûr et le plus fondé ?
Aussi étrange que cela paraisse, les choses les plus "vraies" ne sont que l'oeuvre du temps, tandis que les rêves les plus fous, les histoires les plus inventées sont celles qui survivent au-delà du temps. Il est temps de vivre tes propres histoires, petit Frangin.
Bon anniversaire !
O. XLV. Fin de semaine.
Je rentre.
Je pense que je vais aller me coucher. C'est ce qu'il y a de mieux à faire. 10/01/2006XLIV. - Le plombier polonais magazinePour 220 euros, vous avez le soir chez vous durant trois heures deux jeunes gens, dont un avec shorty apparent, et barbe de trois jours. Ces jeunes gens se mettront à genoux dans votre salle de bain, y feront péter le feu et voler des confettis. La tôle hurlera sous leurs assauts.
Je dois à ces jeunes gens, dont un en salopette et l'autre en jeans moule-popotin, la réparation d'une fuite endémique - enième d'une plomberie vétuste qui pète de partout.
Et une salle de bain qui ressemble à Verdun. XLIII. - Contes Modernes (2) : La CravateC'était une grande et belle journée, peut-être était-ce pour cela qu'elle s'était mise à retrouver bien des choses dans l'armoire de la chambre. Le soleil montait lentement le long des vitres de l'immeuble d'en face, et les reflets frappaient le mur au-dessus du lit d'un grand carré de lumière jaune. Les portes de bois étaient plus blondes encore. Leur patine semblait douce, lustrée au chiffon - elle l'avait passé la veille, une fois que la cire avait pénétré.
L'odeur d'encaustique était bonne. Agréable. C'était dommage pourtant toutes ces poussières qui flottaient dans la lumière, elles laissaient de minuscules ombres passagères sur les battants. Bah. C'était une belle journée, et elle avait ouvert les portes.
L'armoire datait du tout début de leur mariage. C'était de celles qu'on offrait parce qu'elles étaient solides et que donc on les trouvait belles. Il y avait un peu de volutes, jusque ce qu'il faut, une petite corniche en haut, mais rien que du respectable. Surtout pas de ces horribles angelots joufflus au popotin masqué de tiges de fleurs. Il n'y avait même pas de miroir sur la porte centrale. La psychée était venue bien après se poser juste à côté du valet de chambre hérité de l'oncle. Mais elle n'avait jamais vraiment servi, juste à poser une veste en vitesse quand elle avait la flemme de la mettre sur un cintre - ou un morceau de châle, qui glissait vite du bois poli par terre.
Il y avait à gauche de petites étagères qu'ils s'étaient partagées depuis longtemps, tant par lassitude que habitude. Chacun avait la sienne. Celle qui avait posé le plus de problèmes était celle du milieu. Depuis longtemps y traînaient ses chaussettes à lui, à côté sa boîte à bijoux, encore à côté leurs gants d'hiver sagement empilés, ses mouchoirs à elle et des vieux caleçons dont il ne savait plus que faire sans vouloir les jeter. Parfois il en faisait des chiffons pour le bricolage.
Au fond, il y avait un vieux canard de porcelaine qui avait atterri là sans qu'ils aient le courage de mieux le ranger ou de s'en débarasser. Surtout qu'il avait contenu quelques dents en or, des bouts de papier jaunis autour de cheveux, et, va savoir pourquoi, toujours cette chevalière en argent à fleur de lys incongrue, qui devait venir de son père, mais, franchement, elle ne la lui voyait vraiment pas.
À droite trônaient ses costumes - ses robes à elle avaient droit à tout le placard dans le couloir, c'était plus simple pour tout le monde, hein.
Le soleil avait bougé - le voisin d'en face avait ouvert sa fenêtre, et le reflet s'était brusquement porté sur les rangées de vestes pressées les unes contre les autres. Les manches dessinaient de petits arcs terminés par les rangées de bouton. L'une d'entre elle était tordue, comme s'il avait rangé sa veste en vitesse, sans faire attention. D'ailleurs, la manche droite était pliée et pointait entre le dos de la veste de devant et le drap. Il fallait toujours qu'elle repasse, ce n'était pas croyable. Ça en devenait même énervant, à la fin. Elle glissa la main entre les deux costumes pour rétablir de l'ordre, et éviter que ça se froisse. Puis elle tapota, d'un geste inutile, la rangée des manches. Les tissus étaient frais.
Elle regarda juste à côté les brillances des costumes d'hiver, réfugiés dans les protections en plastique du pressing. Lorsqu'elle les poussa un peu pour prendre le cintre à cravates, un des plastiques se colla à son bras, laissant un souffle chaud.
Allons donc, qu'est-ce qu'il pouvait bien mettre comme cravate pour cette belle journée ? C'était un choix important. Il ne fallait pas qu'il fasse mauvais genre, surtout aujourd'hui, vu l'occasion. Dire que tu ne sais jamais bien accorder tes cravates avec tes chemises...
Surtout pas celle-là. Tu la portes toujours avec le costume gris perle, d'accord, mais vraiment elle trouvait qu'elle n'allait pas. Elle faisait trop vieille. Toutes ces rayures... Elles en étaient même usées, sur les bords, à force de la porter. À se demander comment tu peux encore avoir ce genre de chose, franchement. C'est une honte. Allez, hop, direction la poubelle. Celle-là, oui, mais elle ne fait pas assez gaie. Et puis regarde, ses rayures ne vont pas exactement avec la nuance de ton costume.
Tout en bas du cintre, cachée sous l'amoncellement de soies, il y avait une cravate dont elle ne se rappelait pas. Il ne l'avait jamais portée. Elle était d'une nuance bleutée, et ce n'était qu'avec un certain chatoiement de la lumière qu'on voyait se dessiner dans la soie de fines fleurs ouvertes.
Ah oui c'était celle que tu t'étais offerte, tu te souviens, chez un grand couturier. Tu m'avais fait une scène pour te l'offrir. C'était une fortune. C'est toujours une fortune. Tu ne l'as jamais mise - tu ne voulais pas la gâcher. Tu voulais la garder pour une occasion, pour faire impression. Elle lissa du doigt le devant, pour chasser la fine couche de poussière qui s'y était glissée. Puis tapota du revers de l'index, satisfaite. C'est vrai qu'elle était belle. Dire que pour mes vêtements on a toujours fait au plus simples, hein. Ça, c'est autre chose.
Allons, elle t'ira bien dans le cercueil, maintenant que tu me fiches la paix.
08/01/2006XLII. - « Je jure devant Vara, et sur ses Saintes Écritures, de toujours servir l’Homme et l’Art… »On a beau vouloir être curieux de tout, sûr de rien, et se dire que la moindre des choses, si elle nous trouvera par la surprise, sera toujours surmontable, la mort reste une inconnue et une évidence. L’âge n’y fait rien. À 26 ans, selon les tables de mortalité en vigueur dans mon travail, ma probabilité de mourir dans l’année est inférieure à 0.1% – reste que cette infime probabilité ne peut être écartée. Aussi faible qu’elle soit, elle arrive. La mort se trouve dans une virgule, un instant, et non plus dans une moyenne.
Elle se trouve dans ce moment entre la fenêtre et le sol. Entre le début où le corps toucherait le goudron, et celui où ce ne serait plus qu’un corps, avec un peu de sang. C’est étrange comme un corps qui est tombé de si haut n’a que peu de sang, en fait. Le fracas n’est pas dans les os, ni dans les derniers soupirs. Il ne serait même pas dans cet instant où d’une fenêtre on verrait l’autre quitter le balcon – c’est si rapide, si intangible. L’immense fracture n’est encore que ce moment où on joue avec la mort, en courant tout le long des escaliers, se répétant que non, cela n’est pas possible. Que, de toute manière, il ne s’est rien passé – il n’y aura au pire qu’une fracture de tibias.
Mais, au dernier pallier, on ne pourrait que ralentir. On aurait mal. Horriblement mal. Ce seraient des zébras, le gouffre dans le ventre, quatre étages de vide dans l’estomac qui vous creuseraient tout le foie, toutes les entrailles. On n’aurait qu’une envie… s’asseoir, se cramponner à la rampe, tordre les jambes sous le choc de la bile. Les portes cochères sont horriblement lourdes à pousser. On regarde, mais on n’ose pas. On sait qu’il y aura l’arbre, la cabine téléphonique, et la voiture du boucher sur la place réservée. Combien de temps faudrait-il pour vraiment regarder ? La femme, sur le banc, serre sa bouche dans un mouchoir, dans son manteau, dans son sac. Chaque pied est un plomb quand on le tire pour avancer encore d’un pas. Il n’y aura plus qu’à s’asseoir à côté, à peine oser tourner les yeux vers le mur, hébété. Et dire qu’il faudrait remonter, pour prendre le téléphone.
Il n’y a pas de plus grande évidence, et de moins crédible. Tout faire pour lui résister, et la trouver encore là, qui ne bouge pas, qui ne bouge plus.
XLI. - Raphaël, Peut-être a-t-il rêvé, Caravane, 2005.Il vit très bien sans elle
la ville n'a pas changé
le matin il descend
comme on donne à manger
à un petit enfant
son ventre se rappelle
Puis il ouvre un journal
sans le vouloir vraiment
tout ça lui est égal
un morceau de métal
dans sa gorge est planté
mais il semble vivant
peut-être a-t-il rêvé
Comme dans un songe on croit trouver de l'or
au matin au réveil
c'est un peu de soleil
fondu au matin
Il vit très bien ainsi
comme dans un flocon
qu'importe le flacon
pourvu qu'il ait l'ivresse
alors il se redresse
peut-être a-t-il rêvé
Comme dans un songe on croit trouver de l'or
au matin la tendresse
c'est un corps dans les draps
qui dort au matin
Il sait qu'elle reviendra
la chambre n'est pas faite
comme quand elle était là
brûlure de cigarette
sur le meuble de bois
peut-être a-t-il rêvé
Comme quand on croit que tout peut arriver
au matin au réveil
c'est un peu de soleil fondu
au matin au réveil 07/01/2006XL. - Nineteen fifty nineCe soir, pour cause de consommation de Saint Emilion 1959 madérisé, la casa elle est fermée. 05/01/2006XXXIX. - Contes Modernes (1) : Un métro propreLes travaux avaient duré longtemps. À chaque fois qu'on les croyait achevés, des essais avaient été réalisés, pour déceler une nouvelle chose qui pouvait être améliorée. La modernité des techniques employés, la nouveauté même de la destination de toute cette technologie exigeaient la plus grande prudence avant de mettre l'ancien chantier à la disposition du public.
Bien évidemment, comme il est d'usage dans toute histoire de ce genre, et comme il arrive lorsque tous les efforts de l'administration, des pouvoirs publics et des grands ordonnateurs des destinées des nations convergent afin de donner sens aux plus extrêmes avancées de la connaissance humaine, il y avait eu une opposition. Le projet était dangereux, la technologie mal maîtrisée. Ou elle était polluante, quand elle ne donnait pas à la machine un statut poussé trop près des frontières de l'intelligence pour que des questions de responsabilité, d'éthique et de modification de la pensée même que l'homme devait avoir sur soi et sur le monde ne se pussent pas poser.
Au plus fort de la crise, lorsque des pétitions circulaient sous le manteau, les radios les plus indépendantes programmèrent un débat, où toute l'intelligentsia parisienne put intervenir, et vendre ses derniers ouvrages. Le journal télévisé de la chaîne d'Etat programma un reportage de fond et de quatre minutes sur le sujet, avant la rubrique sportive. On manifesta un peu, et les transports en commun se trouvèrent bloqués durant sept jours ouvrés, ce qui permit à la capitale de connaître sa traditionnelle asphyxie d'automne.
Cependant, moins qu'une modernité ou un intérêt quelconque qui pût s'avérer convaincant et araser les dernières oppositions, ce furent plus la longueur des travaux, l'extinction par le temps des générations récalcitrantes et la coutumière lassitude face à un sujet déjà ancien tout juste bon pour les rétrospectives qui permirent le consensus et l'achèvement de l'ouvrage.
Lors de l'ouverture au public, aucun politique ne vint orner d'un discours tout usé de grandeurs, de comparaisons et de références la nouvelle mécanique. Aucun ponte de l'administration ne la visita, et le Président de la République ne la présenta pas à un hôte de marque. Il n'y eut que le Journal Officiel pour indiquer d'un entrefilet l'achèvement, et un hebdomadaire satirique qui faisait de l'opposition sardonique par habitude pour râler sur une demi-colonne.
On était dans une époque moderne et responsable, on se contenta donc de placer aux points stratégiques des couloirs des jeunes, employés pour une durée de six mois, là où les usagers pouvaient être le plus perturbés dans leurs habitudes, afin qu'ils fussent rassurés et que des automatismes s'installassent. Il avait bien fallu, après tout, quelques semaines d'adaptation pour que le grand tapis du Montparnasse, qui roulait à neuf kilomètres-heure, fût accepté et emprunté sans réticence ni accident. Par ailleurs, dans les stations centrales, des centres de soutien psychologique s'installèrent pour répondre aux questions des plus âgés et orienter les remarques et les desidera vers les poubelles compétentes.
Pourtant cet ouvrage n'avait pas été un simple chantier: c'était une révolution dans le transport urbain, dont la méconnaissance n'était que le résultat d'une acclimatation certaine aux apports continus de la technologie de cette époque. Il ne se passait pas d'année, pas de semestre, sans que les dernières merveilles de l'informatique n'envahissent le marché et renvoient aux déchetteries de l'Histoire les écrans plats qui avaient fait la mode et le chiffre d'affaire d'un hiver. Ce n'était donc pas la miniaturisation élargie au niveau de tout le réseau de transport métropolitain qui allait faire que le citoyen pressé s'interrogeât un instant.
Il faut avouer que les concepteurs avaient fait pour que toute la mécanique de ce chef-d'oeuvre passât inaperçue. Tout juste un usager marchant au ralenti, et il n'y en avait guère, aurait-il pu remarquer le long des couloirs du métro et entre les interstices des carrelages de faïence qui tapissaient les voûtes des stations les multiples orifices d'où pouvait surgir à tout instant l'immense population des nettoyeurs. Dès qu'un papier gras tombait d'un emballage de barre chocolatée, qu'une goutte de sueur ou d'infiltration s'étalait sur le linoléum, la modification des ondes thermiques et de la qualité olfactive moyenne de l'air alertait les capteurs tapis dans les sols et les murs.
Leurs messages étaient recensés par des puces, et comparés par approches statistiques et probabilistes aux modèles de mathématiques ondulatoires qui servaient de référence. Le moindre écart était sanctionné par l'envoi, le long des fils de silicium, d'ordres de nettoyage, qui activaient à leur tour l'Armée.
Les usagers voyaient alors se répandre le long des murs une poussière grise, qui se dirigeait sans tergiverser vers le papier coupable. C'était une Division, composée de millions d'araignées de titane, de fourmis électroniques et de bacilles aux membranes de strontium. De minuscules chenilles d'acier déchiquetaient le papier de leur mandibules, tandis que des coléoptères tout juste visibles à l'oeil nu orientaient les brindilles rongées vers les bouches d'évacuation. D'autres acariens nettoyaient enfin la surface du sol, lui rendant son poli d'origine. La propreté, ce grand chantier du dernier mandat présidentiel, qui avait été à l'origine de tous les programmes et de toutes les invectives, était enfin installée dans le métro.
L'ouvrage était fait pour durer, et être économique. En effet, si les minuscules insectes informatiques avaient été un investissement conséquent, leur résistance était telle qu'un usager pouvait par inadvertance leur marcher dessus, voire les piétiner, sans qu'ils en souffrissent. Et l'on pouvait désormais utiliser des rames étincelantes et sans odeur autres que celles émises par les diffuseurs d'ambiance.
On ne trouvait plus le long des portes ou entre les sièges ces longues canettes de bière chaude à demi vidées et toutes prêtes de se renverser. La plus simple vomissure d'ivrogne ou de femme enceinte était sucée par une à deux Divisions. On avait même raffiné ces machines en leur insérant un programme de détection d'objets précieux, ce qui permettait de les préserver de la destruction, et de les restituer à leur propriétaire légitime.
Les derniers rats ayant été exterminés, un architecte benevolens avait été jusqu'à suggérer d'employer l'immense base de données que l'Armée enrichissait quotidiennement pour repérer les responsables de la malpropreté publique et les amener à payer les amendes les plus rigoureuses prévues par la Loi. Des problèmes liés à l'emploi de données, qui était heureusement encadré par la Commission Informatique et Libertés, avaient empêché que le projet fût mené à bien.
Dans les couloirs de correspondance, des machines de plus grande taille avaient été installés. Des sortes de grands balais, couvrant toute la largeur du passage, le descendaient régulièrement à intervalles réguliers pour ôter les plus petites traces d'ordure. Extrêmement efficaces, ils s'avérèrent posséder une autre puissance, qui n'échappa pas longtemps aux responsables de station: frontières mobiles dans les couloirs, ils permettaient de canaliser les flux de voyageurs, et surtout de maîtriser la vitesse des usagers.
Les secrétaires courant sur leurs talons avec leur deux sacs à main à chaque bras trouvaient au milieu d'un couloir un balai en action qui les forçait de ralentir leur marche. Les vieux, qui avaient l'habitude exécrable de s'arrêter en plein couloir pour réfléchir ou qui, marchant au milieu, créaient des accumulations d'usagers, trouvaient derrière eux les cent mille bouches d'un balai qui les incitaient à presser le pas.
Une telle efficacité était le progrès, et le public le savait. Aussi n'y eut-il que peu de récriminations. Evidemment, il arrivait parfois qu'un cadre laissât échapper une page de son journal et n'eût pas le temps de la récupérer avant qu'une Division la ronge. Les usagers durent prendre l'habitude de ne plus poser leur mallette ou leur sacoche par terre, mais le pli fut pris plus rapidement qu'on ne le pensait.
Un soir d'été, alors que les masses d'air chaud venues du Sahara étouffaient la capitale pour la vingtième année consécutive, et tandis que des bombardiers affrétés par l'Etat récupéraient les milliers de cadavres dus à la canicule pour les enfouir dans une fosse océanique, une dispute violente s'engagea entre deux hommes dans un couloir de la station Denfert. Les usagers passaient, pressés et indifférents. Le ton monta, un couteau sortit pour rentrer dans une gorge puis un ventre. Le coupable s'enfuit, les policiers faisant leur ronde dans les paisibles quartiers des électeurs.
Le corps restait prostré, tandis que du sang poisseux qui entourait son dos commençait de monter une odeur suspecte. Il fallut trois Divisions et huit minutes pour faire disparaître ce déchet, ce qui fit baisser l'efficacité moyenne du nouvel ouvrage.
Comme prévu, l'alliance, qui était en or, et les dents, en ivoire, furent portées au Bureau des Objets Trouvés, rue des Morillons.
XXXVIII. - Anno MMDCCLIX ab Urbe condita
*******
MANIFESTE UNIVERSEL DE L'AN VI
*******
Réf. : Loi n°2006-XXXVIII du 5 janvier 2006,
modifiée par les lois
n°2006-CCLXXIX du 22 août 2006
et n°2006-CCCLXI du premier novembre 2006
En cet An VI du millénaire, et deux mille sept cent cinquante-neuvième depuis la fondation de la Ville, Nous, Badinou, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique, considérant
que parler de Nous ne peut attirer le chaland, et n'être que superflu, la joie comme la peine ne se partageant pas, et les sentiments quotidiens ne causant en tout Lecteur hasardé ici que le sentiment d'une aventure superfétatoire,
que d'autres choses que l'être intime sont plus intéressantes,
que ces choses peuvent, de fait, plus traduire cet être intime que tout soliloque, diatribe, dythirambe, iambe, penthamètre,
qu'enfin le Bonheur de l'Humanité ne pourrait se passer ni se faire sans la réalisation d'un si Grand Projet, qui est à l'Homme (et la Femme...) ce que la bicyclette est à la daurade dorée et le film pornographique à la sauterelle du Pérou,
voulons, ordonnons et proclamons
que ces pages éphémères à la gloire de la solitude électronique seront désormais organisées autour de cinq colonnes vertébrales, à savoir
- les Moments Oulipiens, qui se consacreront à l'exploration des procédés proposés par l'Ouvroir de Littérature Potentielle et ses prédécesseurs (qui n'en furent que des copieurs à l'avance, c'est connu) ;
- les Contes Modernes, qui traduiront par de petites narrations sans portée morale les conséquences du développement de votre civilisation. Ces Contes Modernes comprendront une sous-section, intitulée la Cathédrale, dont l'objet est une réécriture et une interprétation d'éléments biographiques ;
- le Feuilleton Universel, qui narrera, semble-t-il, des aventures entre deux âges, celui des Lumières et celui du Charbon ;
- les Réalisations plastiques, qui recenseront quelques exemplaires graphiques de Notre don impérier pour tous les arts relevant de Zeuxis et ses zélotes ;
- le Moi... parce que des fois il faut bien pleurer sur son sort.
Afin que cela soit appliqué et mis en oeuvre en tout Notre Empire, y compris Mare Nostrum, faut pas croire que les poissons vont y échapper, Nous datons, signons et paraphons
Badinou Premier, Princeps Senati, Imperator Urbi Orbique
*******
SOMMAIRE EVENTUEL
I. MOMENTS OULIPIENS
(1) Le Douze-Un
(2) Composition du soir (Ce sujet n'a pas vraiment sa place ici, mais où le caser sinon ?)
(3) La traduction homophonique ou un singe de beauté
(4) OuPeinPo, la pictée
(5) Patricid und Sacripant, par Moriss Matar Lindt, Traduction.
(6) Conversation, ragnagna, ragnagna. Les nombres de Calvino.
(7) La belle absente.
(8) Le beau présent.
II. CONTES MODERNES
(1) Un métro propre
(2) La Cravate
(3) Le Baiser du métro
(4) L'Hiver d'Irène
(5) La dixième croisade
(6) Le Recyclage contemporain
(7) Le Légionnaire Gneius
(8) L'Avent
(9) Discussion sur internet
(10) Des ères hache
(11) Le Concert
(12) La Peur
(13) Homme fauteuil
(14) Le Gardien de musée.
(15) L'écrivain.
(16)
(17)
(18)
Section La Cathédrale
(1) Bruckner
(2) Le pouvoir de l'alcool
(3) Repas
(4) La dernière rencontre
(5) Ton départ
(6) La dernière fois
III. FEUILLETON UNIVERSEL
(1) Introduction et Réception de la lettre
(2) San Germano
IV. REALISATIONS PLASTIQUES
(1) Après tout moi aussi.
(2) Jeune homme (Saint Sébastien)
(3) Avoir un corps.
(4) L'herbe à Nicot. Chronique d'un samedi.
(5) Plastronner : prendre une attitude avantageuse,
un ton avantageux; affecter le courage, l'autorité.
(6) Lorsque la nuit.
(7) L'ego traficoté à mort.
(8) Six autoportraits.
(9) Souvenir de la nuit du 4.
(10) Nuit.
(17) Enthousiasme imbécile et niais (Ballade des cigarettes).
(18) Saintes reliques.
(19) Photos ratées.
(20) Je possède un Matisse.
(21) En vidant la puce, en rangeant l'ordi.
(22) Bad's Life Items. Où l'on se dit que la vie est belle, parfois.
(23) Demain, les élections.
(24)
(25)
V. LE MOI
(1) Scènes de la vie de bureau
(2) La nouvelle discothèque
(3) Bref instant banal
(4) Scènes professionnelles de fin d'année
(5) « Je jure devant Vara, et sur ses Saintes Écritures, de toujours servir l’Homme et l’Art… »
(6) Lettre à ma cheffe qui démissionne
(7) Une p'tite lettre
(8) Les petits riens qui font plaisir
(9) Echange téléphonique
(10) Une p'tite lettre
(11) La dixième croisade
(12) Le canard et l'amour
(13) La tour de Pise
(14) Comment des pompiers m'ont sauvé de l'ammoniaque
(15) Comment lire un blog // Lettre à mon Lecteur improbable
(16) Moi et le collectif
(17) Scolie sur Moi et le collectif
(18) Recette : faire face à un chien
(19) En matant, en écrivant
(20) Maille laïllefeuh
(21) Fifteen men on the dean man's chest...
(22) Dialogue imaginaire
(23) Fin d'été
(24) Comment ouvrir une capote ?
(25) À nous quatre, Cardinal.
(26) Füssli.
(27) Où il est question des hémorroïdes, de Dieu, de l'image, du miroir, de la cuisson de la raie, de la culture japonaise et d'autres choses quasi tout aussi véridiques et bonnes, sans que l'on parvienne à conclure ce qu'il en est de l'homme.
(28) Âge, quod agis ?
(29) Conversation, ragnagna, ragnagna. Les nombres de Calvino.
(30) L'herbe à Nicot. Chronique d'un samedi.
(31) En saignant, en signant.
(32) Liste de lecture sur le frigo.
(33) Je ne peux plus lire.
(34) L'oeil avale.
(35) 23 octobre(s).
(36) Saint Crépin.
(37) Je viens de jeter une bouteille de Saint-Emilion 1959.
(38) En se baignant, en caleçonant.
(39) Le rêve de ma papauté.
(40) Charles d'Orléans et autres bergeries.
(41) Pourquoi écrire, hein ?
(42) Dimanche en déshérence.
(43) En lisant, en commentant
(44) croire s'installer pour boire un thé regarder un film
(45) Ce soir où je suis devenu fou.
(46) Lorsque la nuit.
(47) Prélude(s)
(48) Sam Spade dans l'Affaire des doubles rideaux.
(49) Du métro et des lectures qu'on y fait.
(50) De l'actuaire, de l'évolution du métier d'assureur et de l'embedded value.
(51) Phynale reparazionne of der Zalle ov baff.
(52) Du compte de résultat, et des frais.
(53) De ira.
(54) Quatre cents !
(55) Questions & aphorismes.
(56) Sur le frigo : de la musique niaiseuse.
(57) De la fonte de la tarte Tatin.
(58) Mes questions sans réponses.
(59) Vies et opinions de Tristram Shandy, Gentilhomme.
(60) Ces cinq centimètres qui m'ont empêché de jouir.
(61) En rentrant, en marchant.
(62) En repassant, en écoutant.
(63) En attendant, en sirotant.
(64) Lugdunensis.
(65) Shortbus.
(66) J'ai consommé, donc j'ai une existence sociale.
(67) Mes origines.
(68) La meringue à froid.
(69) En mouchant, en glougloutant.
(70) Des traces.
(71) Du rêve au matin (Sébastien).
(72) 'faudrait que j'arrête de parler de moi à la fin.
(73) Des verres, de la parole, des incendies, des sentiments, de Montaigne, de l'Autriche, de l'épidémiologie et de l'ensemble des autres choses qui n'ont pas encore été évoquées ici.
(74) Pelle, hélas, aimait Lys (end).
(75) "Tonton, tontaine, tonton."
(76) "Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi."
(77) En picolant, en limoncellant.
(78) En discutant, en dramatisant.
(79) Enfonçant lourdement le clou, histoire de permettre une fuite justifiée.
(80) En se taisant.
(81) En résistant, en résistant.
(82) Empoussiérant, en fumant.
(83) De la fumée, du feu, des pare-feu.
(84) Je résisterai.
(85) Remise des oscars - Embedded value : 2 ; Bad : 3.
(86) Aguirre, la colère de Dieu.
(87) En sommeillant, en rêvant.
(88) Question de savoir-vivre.
(89) Du listage de déréliction.
(90) Choses vues.
(91) Faire un mauvais film, avoir un succès d'estime.
(92) En touillant, empestant.
(93) Deux scènes entre hommes.
(94) En peinant, en souffrant.
(95) En Assimilant, en bafouillant.
(96) Séquence ragnagna.
(97) Salomon
(98) Loubourou
(99) En traînant, en ratant.
(101) Inquiétude.
(102) Cuisson des artichauts. Et si les artichauts cuisent, ils cuisent non parce que j'ai copié qui que ce soit. J'en avais aussi acheté trois ce ouiquennede, il m'en restait deux, qui marinent dans mon faitout.
(103) À l'état-major interarmées.
(104) En brûlant, en cherchant.
(105) Pédophilie : Nicolas-Paul-Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa donne son avis.
(106) En mangeant, en partant.
(107) Jouissance du matin.
(108) En bronzant, en rentrant.
(109) En votant, en dépouillant.
(110) En rentrant, en chantant.
(111) Retour du naturel.
(112) Et le train, innocent, roulait.
(113) Vie morte.
(114) Se venger de la vie.
(115) Les 821 marches.
(116) J'accuse le président élu d'être anticonstitutionnel.
(117) La vie fantastique de Bad : les lys.
(118) La dolce vita (quando sono un eterosessuale)
(119) Petite annonce.
(120)
Section Petits pohèmes
(1) Ego
(2) Enterrement
(3) Je voulais trouver là l’oubli de l’éternel...
(4) Nous pleurons tous nos morts, et notre cœur vidé...
(5) Je ne suis qu’une erreur, un printemps défraîchi...
(6) Le sourire.
(7) Mes prévisions.
(8) À la postérité.
(9) Des rivières illuminées.
(11) 5 - 7 - 5.
(12) 5 - 7 - 5.
(12) 5 - 7 - 5 (décidément).
(13) 5 - 7 - 5.
(14) Du sexe, du porno, de la pipe, du sperme !
(15) 5 - 7 - 5
(16) Enthousiasme imbécile et niais (Ballade des cigarettes).
(17) Du vide.
(18) Son.
(19) Son.
(20) P'tit pohème
(21) Mire liton
Section Inventaires pour mémoire
(1) Celles et ceux... (part 1)
(2) Le gemme - gemmepa project
(3) Statistiques inutiles.
(4) En listant, en mentant.
(5) Métablog.
04/01/2006XXXVII. - Moments Oulipiens (1) : Douze-unDouze-un : Texte constitué d’énumérations numérotées dans l’ordre croissant, le deuxième mot de chaque vers devant comporter, phonétiquement, le nombre suivant. En général, le texte comprend douze vers, le douzième s'achevant sur les sons "douze-un", afin de boucler avec le premier vers.
Exemple de moi tout seul personnellement :
Un douze-un en neuf octosyllabes et deux décas :
Deux Troie font six lances
Un devin augurait devant
Deux Troie qu’on allait bientôt prendre.
Trois quatre-temps n’y suffiraient :
Quatre sindons ne feraient mieux.
Cinq cids s’impatientaient : quoi donc,
Si cet avenir ne bougeait pas ?!
Sept huis protégeaient les deux villes,
Huit neuf donjons les garnissaient.
Neuf diplomates parlèrent de paix :
Dix zonzons zélotes crachèrent.
Douze insoumis furent donc sacrifiés.
XXXVI. - Et in Arcadia, ego...
Et pourtant, je hais Poussin. 02/01/2006XXXV. - Lucrèce, De Natura rerum, II, 1-4Suave mari magno, turbantibus aequora ventis,
E terra magnum alterius spectare laborem,
Non quia vexari quemquam est jucunda voluptas.
Sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est.
Mais c'est moi qui suis sur la mer. XXXIV.Comme je me sens fatigué...
Alors que je n'ai rien fait aujourd'hui : assistanat par-ci, assistanat par-là. Deux-trois formules sur le bout d'un papier pour l'un, conseils pour l'autre, choix pour le troisième, et un petit deux millions.
Il y a des jours, comme ça, où on a beau avoir fait, on a beau avoir occupé son temps, on n'en ressort qu'avec l'impression désagréable que le temps n'a été qu'une chose vaine. Ne d'avoir pas progressé.
Vexant omnes... 01/01/2006XXXIII. - Fins d'annéeC'est étrange. Systématiquement, lorsque l'année change, juste avant j'ai toujours l'impression d'une course à la montre, d'une fuite irrésistible qui va s'écraser sur le mur du temps, et s'effondrer dans le néant. Comme si les dernières heures de l'année étaient les miennes.
Et pourtant, sans soulagement aucun, je n'aime pas souhaiter, une fois le seuil franchi, la bonne année. Disons que je n'y pense qu'à peine.  |
|
"Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
chè la diritta via era smarrita.
Ah quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura !
Tant'è amara che poco è più morte ;
ma per trattar del ben ch'io vi trovai,
dirò dell'altre cose ch'i' v'ho scorte."
Dante Alighieri, Inferno , I.
"Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis."
François Villon, Epitaphe, 1-4.
"Drapé dans un manteau blanc à doublure sanglante et avançant de la démarche traînante propre aux cavaliers, un homme apparut sous le péristyle qui séparait les deux ailes du palais d'Hérode le Grand. C'était Ponce Pilate, procurateur de Judée. Le printemps était là et l'aube du quatorzième jour du mois de Nisan se levait."
Mickhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, II.
"Je chante les armes, et l'homme ! Oui, celui-là, le premier qui arriva des bords de Troie en Italie, et aux rives du Lavinium, prédestiné, fugitif ! Il a connu bien des traverses, et sur terre, et sur l'abîme, sous les coups de Ceux d'en haut - à cause de la colère de la cruelle Junon. Il souffrit aussi, beaucoup, par la guerre, alors qu'il luttait pour fonder sa ville et installer ses dieux dans le Latium.
Et c'est de là que viennent la race latine, les Albains nos pères, et les murs de la haute Rome !"
P. Vergilius Maro, Aeneidos, I, 1-7. Trad. toute perso.
"À six heures du matin, Pinhas Solal, dit Mangeclous, descendit tout habillé du hamac qui lui servait de lit dans la cave qui lui servait de chambre. Pieds nus mais comme de coutume en redingote et haut-de-forme, il ouvrit le soupirail et aspira, les yeux fermés, les souffles de jasmin et de chèvrefeuille mêlés de senteur marines."
Albert Cohen, Les Valeureux, I.
"Les critiques, pourtant si impitoyables, du Redon, gardèrent le silence. Par discrétion à l'égard de leurs amis ou des garçons du café qui leur tenait compagnie, ils se retenaient d'exprimer leur admiration ineffable. Mais tous ces yeux isolaient l'image du plus beau garçon qu'il leur avait été donné de caresser par le passé, pour la comparer à la statue nue de Yûichi qu'ils imaginaient en face d'eux."
Yukio Mishima, Les Amours interdites, VIII.
"Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles d'Hektôr, le dompteur de chevaux."
Homère, Iliade, XXIV.
"Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j'ai une maladie du foie. D'ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j'ai mal."
Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol, I.
"Je n'ai pas de souvenir d'enfance. Jusqu'à ma douzième année à peu près, mon histoire tient en quelques lignes : j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre dans diverses pensions de Villard-de-Lans. En 1945, la sœur de mon père et son mari m'adoptèrent.
Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparence, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n'était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente.
" Je n'ai pas de souvenirs d'enfance" : je posais cette affirmation avec assurance, avec presque une sorte de défi. L'on n'avait pas à m'interroger sur cette question. Elle n'était pas inscrite à mon programme. J'en étais dispensé : une autre histoire, la Grande, l'Histoire avec sa grande hache, avait déjà répondu à ma place : la guerre, les camps."
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance, I.
"Je m'appelle Ishmaël. Mettons."
Herman Melville, Moby Dick, I.
"À mon sens, lorsque mes parents m'engendrèrent, l'un ou l'autre aurait dû prendre garde à ce qu'il faisait : et pourquoi pas tous les deux puisque c'était leur commun devoir ?"
Laurence Sterne, Vie et Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, I.
" Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. Le rosaire quotidien s'achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux ; pendant une demi-heure, d'autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s'épanouissaient les fleurs d'or de mots insolites : amour, virginité, mort."
Giuseppe Tomasi, duc de Palma de Montechiaro, prince de Lampedusa, Le Guépard, I.
"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes."
Jules Verne, Le Château des Carpathes, I.

"Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d'une tête. Les oreillettes vertes, pleines de grandes oreilles, de cheveux rebelles au ciseau et des fines soies qui croissaient à l'intérieur même desdites oreilles, saillaient de part et d'autre comme deux flèches indiquant simultanément deux directions opposées. Des lèvres pleines, boudeuses, s'avançaient sous la moustache noire et broussailleuse à leur commissure, s'enfonçaient en petits plis plein de désapprobation et de miettes de pomme de terre chips. À l'ombre de la visière verte, les yeux dédaigneurx d'Ignatius J. Reilly dardaient leur regard bleu et jaune sur les gens qui attendaient comme lui sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, scrutant la foule à la recherche des sines de son mauvais goût vestimentaire. Plusieurs tenues, remarqua Ignatius, étaient assez neuves et assez coûteuses pour être légitimement considérées comme des atteintes au bon goût et à la décence. La possession de tout objet neuf ou coûteux dénotait l'absence de théologie et de géométrie du possesseur, quand elle ne jetait pas tout simplement des doutes sur l'existence de son âme."
John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles, Un.
 |